QUI VEUT TUER DENIS MUKWEGE ?

C’est en 1990 qu’il comprend sa vocation. Une femme arrive à son hôpital. Violée par 4 soldats, elle a le fémur et le bassin réduits en bouillie à cause d’un coup de feu provenant d’une arme enfoncée dans son vagin… Depuis cette époque, c’est presque 45 000 victimes que Denis Mukwege « répare ». Physiquement et psychologiquement. Des femmes, des jeunes filles, des enfants, et même des bébés, victimes de viols. Arme de guerre redoutable, destructrice. Arme de guerre dans un pays ravagé par des décennies de conflit, la République Démocratique du Congo. Docteur honoris causa de l’université d’Umeå en Suède depuis octobre 2010. Honoré par  la médaille Wallenberg de l’université du Michigan.  Élevé en 2008 au rang de Chevalier de la Légion d’Honneur en France. Honoré par le Prix des Droits de l’Homme des Nations Unies et  le Prix Sakharov en 2014. Pourquoi les puissances occidentales, qui ont œuvré pour la fin des conflits au Rwanda, en Bosnie Herzégovine et ailleurs dans le monde, restent-elles sourdes aux cris d’alarme de ce bienfaiteur de l’humanité pourtant honni dans son propre pays ? Pourquoi n’assurent-elles plus sa protection ? Quels intérêts empêchent ainsi les nations d’empêcher le massacre d’une population ? Qui veut tuer Denis Mukwege ?

L’HOMME QUI RÉPARE LES FEMMES

Le Docteur Denis Mukwege en 2014.
Le Docteur Denis Mukwege en 2014.

Denis Mukwege est né en 1955 au sud Congo, à l’époque où le pays est encore colonie belge. Il se forme à la médecine à l’université du Burundi, et se spécialise en gynécologie en Europe, à l’université d’Angers puis à l’université libre de Bruxelles. Il est devenu «un ange qui soigne», comme le dit avec beaucoup de fierté sa maman dans le documentaire. Mais contrairement à d’autres Africains qui font carrière dans les pays dits développés, il décide de retourner dans son pays d’origine pour venir en aide aux populations les plus en détresse. Il devient ainsi médecin directeur de l’hôpital de Lemera dans le Sud Kivu. Hôpital violemment détruit lors de la Première Guerre du Congo en 1996. Le Docteur Denis Mukwege a la vie sauve. Il se réfugie à Nairobi, puis décide de retourner en RDC.  Il y fonde l’hôpital Panzi à Bukavu. Si vous n’avez pas vu le film sorti en février 2016 qui lui est consacré, peut-être pourrez-vous revoir ce  documentaire, réalisé par Thierry Michel, en replay sur la chaîne de Public Sénat.  Un  film choc qui permet de prendre conscience d’un drame humanitaire et « fémicide » qui se joue, depuis 20 ans maintenant, en République Démocratique du Congo.

 

UN « FÉMICIDE » ORGANISÉ

Carte de la RDC.
Carte de la RDC.

La  géopolitique de la RDC est complexe, comme dans la plupart des pays d’Afrique. La situation troublée de la RDC s’enracine dans le conflit fratricide du Rwanda qui oppose Hutu et Tutsi d’une part ; et d’autre part  dans l’opposition au régime autocratique du Président Mobutu, opposition menée par Laurent-Désiré Kabila. Son fils et successeur, Joseph Kabila, s’accroche au pouvoir, sourd aux revendications démocratiques des partis d’opposition. De là, des conflits incessants, notamment dans l’est du pays, à la frontière avec le Rwanda voisin. C’est dans cette zone que sont perpétrés des viols collectifs, de femmes mais aussi de très jeunes filles, parfois mineures. Le viol collectif comme arme de guerre.

QUI VEUT TUER DENIS MUKWEGE ?

Téléphone portable, tablette, ordinateur, console de jeux… Tous ces objets sont fabriqués à l’aide de minerais précieux car rares : étain, tungstène, or et coltan. Coltan : contraction de « colombite » et de « tantalite », pierre polymétallique contenant du fer, du manganèse, du tantale et du nobium. L’extraction et le commerce de ces minerais ont lieu essentiellement…en République Démocratique du Congo !  Esclavage moderne, qui masque une autre réalité plus horrible encore : la lutte que se livrent des groupes armés, profitant de l’instabilité politique,  pour garder la main sur ce commerce juteux. Ce sont ces groupes armés qui font régner la terreur et s’adonnent, entre autres atrocités, aux viols de femmes et d’enfants pour assurer leur suprématie dans ce pays. Et le pouvoir en place ferme les yeux… Joseph Kabila devrait quitter le pouvoir avant la fin de l’année 2017… si les tergiversations constitutionnelles et les prétextes de tous ordres cessent…

Voici des extrait du dernier rapport d’Amnesty International concernant la situation en RDC (pour en lire l’intégralité, suivre : ce lien) :

L’incertitude politique a contribué à l’exacerbation des tensions dans l’est du pays, toujours en proie aux conflits armés. Les tensions accrues entre les différentes ethnies et communautés qui ont accompagné la longue période préélectorale, ainsi que le manque de réactivité de l’État sur les plans administratif et sécuritaire, ont favorisé les violences et de nouveaux recrutements dans les groupes armés. (…) L’aggravation de la crise économique a exacerbé la pauvreté, déjà forte, et le pays a été touché par des épidémies de choléra et de fièvre jaune qui ont fait des centaines de morts. (…) Plusieurs dizaines de journalistes ont été détenus arbitrairement. Les 19 et 20 septembre 2016, au moins huit journalistes de médias nationaux et internationaux ont été arrêtés et placés en détention pendant qu’ils couvraient les mouvements de protestation. Certains ont été harcelés, dévalisés et frappés par les forces de sécurité. (…) Au moins trois défenseurs des droits humains ont été tués par des membres avérés ou présumés des forces de sécurité dans les provinces du Maniema, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. (…) Les groupes armés ont perpétré toute une série d’exactions, parmi lesquelles des exécutions sommaires, des enlèvements, des traitements cruels, inhumains et dégradants, des viols et d’autres sévices sexuels, et des pillages de biens civils. Les FDLR, les Forces de résistance patriotique d’Ituri (FRPI) et plusieurs groupes armés maï maï (milices locales et communautaires) figuraient au nombre des responsables des atrocités commises contre la population civile. Les combattants de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) étaient toujours actifs et ont continué de se livrer à des atteintes aux droits humains dans les zones frontalières du Soudan du Sud et de la République centrafricaine. Dans le territoire de Beni (Nord-Kivu), des civils ont été massacrés au moyen généralement de machettes, de houes et de haches. Dans la nuit du 13 août 2016, 46 personnes ont été tuées à Rwangoma, un quartier de la ville de Beni, par des membres présumés du Front démocratique allié (ADF), groupe armé ougandais disposant de bases dans l’est de la RDC.

Plusieurs centaines de femmes et de filles ont subi des violences sexuelles dans les zones de conflit. Parmi les auteurs de ces violences figuraient des soldats et d’autres agents de l’État, mais aussi des combattants de groupes armés tels que les Raïa Mutomboki (coalition de groupes armés), les FRPI et les Maï Maï Nyatura (milice hutu).

Alors, qui a intérêt à ce que Denis Mukwege meure ? Joseph Kabila, pour effacer l’image ignoble que donne son pays à la face du monde ? Les groupes armés qui font régner la terreur et s’enrichissent par le commerce du « coltan » ? La communauté internationale, complice de ce commerce qui enrichit aussi les grandes firmes de l’industrie de l’électronique et de l’informatique ? La question est posée…

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