JO DE 1936 : ENTRE SPORT ET IDEOLOGIE

 «L’important aux Jeux olympiques n’est pas d’y gagner, mais d’y prendre part ; car l’essentiel dans la vie n’est pas tant de conquérir que de bien lutter.» C’est par la diffusion de ces paroles de Pierre de Coubertin que débute la XIème Olympiade, au Stade Olympique de Berlin, construit pour l’occasion. Bien lutter. Ce que fit un athlète en particulier : Jesse Owens. Entre boycott et participation symbolique, l’athlète noir américain démontre que la lutte est toujours possible, que le symbole demeure nécessaire dans une société, celle de 1936 en Europe, celle d’aujourd’hui, où certaines valeurs sacrées pour l’humanité s’étiolent dans le « tout à l’ego » de l’indifférence mondialisée. Un film sorti en France cet été retrace ce moment clé pour le sport et pour l’évolution des droits :  La Couleur de la victoire, de Stephen Hopkins. Retour sur un événement, 80 ans après…

Jesse Owens. J.O. d'été de Berlin, 1936.
Jesse Owens. J.O. d’été de Berlin, 1936.

Les Jeux Olympiques d’été à Berlin en 1936, c’était pas gagné d’avance. Hitler est au pouvoir en Allemagne depuis 1933, et ils sont nombreux, un peu partout dans le monde, au Comité Olympique aussi, à vouloir boycotter ces jeux. Comment un Afro Américain peut-il cautionner par sa présence un régime ostensiblement hostile aux juifs et aux noirs ? Montrer par une absence visible qu’on ne cautionne pas ce régime. Voilà une partie du débat d’idées. Sans parler des pressions que subit Jesse Owens lui-même de la part des associations de lutte contre le racisme aux États Unis : comment un noir peut-il représenter une nation dans laquelle il n’est même pas à égalité de droits avec les blancs ?

L’équipe américaine prend le bateau quand même. Des athlètes noirs. Des athlètes juifs aussi. Après les qualifications de juillet 1936, l’homme le plus rapide du monde, comme on le surnomme alors, enchaîne les exploits. Immense stade Olympique de Berlin. 100 000 spectateurs. Première diffusion des Jeux d’été à la télévision. Postérité tout acquise par un autre film en train de se tourner : Les Dieux du Stade, réalisé par Leni Riefenstahl. 100 m. Saut en longueur. 200 m. 4 x 100 m  en relais. 4 épreuves. 4 médailles d’or. Et des records du monde… Le film de Stephen Hopkins montre avec réussite ces exploits jubilatoires. Parce qu’à la beauté du défi sportif s’ajoute la jubilation de la revanche : celle d’un homme de couleur qui brave le racisme. 

Il montre aussi le revers de la médaille : Jesse Owens ne devait pas prendre part au relai 4 x 100 m. Les organisateurs, tout acquis à la cause nazie, ont refusé que les deux athlètes juifs de l’équipe américaine y participent : Marty Glickman et Sam Stoller apprennent le matin même de l’épreuve qu’ils ne peuvent pas prendre le départ. Les Américains ripostent à leur façon : ce sont deux athlètes noirs qui remplaceront les deux athlètes juifs… Pied de nez à l’idéologie nauséabonde.

Marty Glickman, à gauche, Sam Stoller, à droite.
Marty Glickman, à gauche, Sam Stoller, à droite.

Les J.O. de Berlin n’ont pas empêché l’holocauste. Ils ont même encouragé les nations occidentales à continuer à dormir sur leurs illusions et leur indifférence … Ils ont cependant permis à la lutte pour l’égalité des droits civiques aux États Unis de se poursuivre.  La question reste posée : quels symboles véhiculent aujourd’hui les Jeux Olympiques ? Quelle est leur importance idéologique  dans notre société ? Comment le sport peut-il être une démonstration de la pensée et des valeurs ? Nous avons tous en tête ces images du talentueux Jesse Owens. Nous nous souvenons aussi de ce tragique assassinat de 11 athlètes juifs lors des J.O. de 1972 à Munich. Nous préférons garder cette dernière image de la lutte sportive au service du combat pour des valeurs de respect de l’humanité, image capturée lors des J.O. de 1968 à Mexico :

Jeux olympiques de Mexico. Podium du 200 mètres masculin, de g. à dr. : Peter Norman (Australie, 2ème), Tommie Smith et John Carlos (Etats-Unis, respectivement 1er et 3ème, faisant le signe du "Black Power"), 16 octobre 1968.
Jeux olympiques de Mexico. Podium du 200 mètres masculin, de g. à dr. : Peter Norman (Australie, 2ème), Tommie Smith et John Carlos (Etats-Unis, respectivement 1er et 3ème, faisant le signe du « Black Power »), 16 octobre 1968.

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Un commentaire sur “JO DE 1936 : ENTRE SPORT ET IDEOLOGIE

  1. Jesse Owens a incarné des valeurs primordiales, dont avait besoin des Etats Unis divisés. Il a incarné un combat vers une égalité entre les différentes communautés, un peu comme les hommes du « Tuskegee Airmen » durant la seconde guerre mondiale. Bel article sur ce formidable athlète, qui rappelle les valeurs des jeux olympiques.

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