CORRECTION ET PERLES BREVETEES

3 juillet 2017. La grand messe des profs de français. Comme chaque année dans ces parages brumeux de l’année scolaire finissante. Cette fois, dans le quart d’heure d’attente que s’accordent les profs soucieux d’être à l’heure au rendez-vous des copies, des grilles alambiquées de report des notes et des perles en rivières, ça discute réforme de Najat, compétences et fin d’année en queue de poisson.

Ou en eau de boudin. D’abord à cause de l’organisation des épreuves, chamboulée elle aussi dans le tumulte de la réforme. Les chef(fe)s de centre n’ont eu qu’une matinée expresse pour corriger quelques copies tests et se mettre d’accord sur les tolérances accordées. Certains n’ont même pas reçu de convocation officielle… Ensuite parce qu’on se retrouve, quand même, encore, avec chacun(e) un paquet prodigieux de copies à corriger alors que la moitié des collègues ne sont pas convoqués… Ça serait tellement mieux si on était plus nombreux. Partage du travail, ça s’appelle.  Ça signifierait aussi moins de stress, moins de fatigue, et plus d’équité dans l’évaluation du travail des candidats. Pas sûr que celui-ci ou celle-là, avec son visage grognon déjà, soit enclin(e) à noter avec bienveillance sa 45ème copie au bout de sa looongue journée et de son looourd paquet… Enfin, parce qu’on découvre qu’il n’y a pas de grille de notation proposée pour le sujet de rédaction… On a connu ça il y a 20 ans. On lutte contre ça depuis 20 ans : ne surtout pas noter en fonction de son humeur, du ressenti, de la graphie ou du temps qu’il fait… C’est l’inégalité des chances assurée. Depuis 20 ans, on s’escrime à hiérarchiser les critères requis et les compétences qu’on veut évaluer, et on harmonise les points attribués selon ces compétences en regard des attentes du sujet. Et là : rien ! Pas sûr que celui-ci ou celle-là, avec son visage grognon déjà, ne soit enclin(e) à noter  la 45ème rédaction de son paquet avec la bienveillance attendue…

Il n’empêche qu’on écoute quand même religieusement les recommandations de notre cheffe de centre. Qu’on attend avec une impatience non dissimulée (ben on perd encore 1/4 d’heure…) les photocopies du sujet qui ne sont pas prêtes. Et qu’on se rue vers la salle où nous attendent, sagement alignées, les fameuses enveloppes de papier kraft marron contenant les  fameuses copies à tout petits carreaux pas espacés du tout. Les presbytes n’ont qu’à bien se tenir et ne pas oublier leurs lunettes.  On fait la queue. Au moins, en période de soldes, dans les magasins, on multiplie les ouvertures de caisses. Ben là, non. Une pauvre dame se coltine tous les numéros, à 4 chiffres, des jurys pour retrouver la sacro sainte enveloppe qui vous est destinée. Ne poussez pas : il y en aura pour tout le monde, hihi !

Et c’est parti… Malheur à celui ou à celle à qui il manque une copie… Malheur à celui ou à celle qui note au quart de point près… Malheur à celui ou à celle qui se retrouve dans la salle de correction d’un ronchon…

Et puis, pardon pour les « malgré eux », ces candidats qui sortent leur style du dimanche pour épater le correcteur. Ils sont une source de bien être soudain, de sourire, voire de fou rire qui vient détendre l’atmosphère de ces salles où d’anciens potaches sont devenus profs parce qu’ils n’ont pas su devenir des Zola ou des Giono. Allez, partageons ces perles qui illuminent un peu ces fins d’années scolaires embrumées :

Expliquez le sens de « entassement » dans le texte. Texte de Giono, Les vraies Richesses, 1936, où l’auteur décrit son malaise chaque fois qu’il doit affronter la foule sur les trottoirs de la capitale. Une candidate écrit : « Il y a entassement de la foule. Les gens sont collés-serrés. » Ses parents étaient peut-être  fans de Philippe Lavil et de Jocelyne Béroard ?

Et puis au palmarès des mauvaises manies orthographiques, la confusion « sa » et « ça » tient la première place, détrônant les « bizart » et « bizzard », comme si ce qui est « bizarre » se couvrait d’une nuée glacée, blizzard blizzard…

Viennent les morceaux d’écriture denses, et souvent absolument pas ponctués, où le candidat s’évertue à vous prouver que la ville, c’est mieux que la campagne : « En ville les routes sont super propres tandis qu’en campagne il y a de la boue tout partout avec les tracteurs. » C’est frais, hein ?!

Et puis le philosophe qui s’interroge, comme Giono du reste, sur les vraies richesses : « Les vraies richesses auxquelles pense l’auteur, c’est beaucoup de monde paye, et ceux qui ne payent pas n’ont rien. » À méditer…

Et puis, il y a ceux qui ne maîtrisent absolument pas la conjugaison du passé simple mais tiennent absolument à l’utiliser. Conjugaison incertaine mâtinée d’un vocabulaire recherché :

« Tout à coup, il fut l’heure où les magasins s’ouvrèrent et une énorme foule apparut en un éclair. Ce fut un moment terrible pour nous car une terrible panique se mit à nous posséder. Nous fûmes embarqués dans la foule. Les gens chahutaient, nous bousculaient, nous piétinaient, hurlaient comme des sauvages. On aurait pu croire à une tragédie. Mais mon cousin nous disa qu’à partir d’aujourd’hui ce fut les soldes. (…) C’est décevant comme les gens peuvent être d’un instant à l’autre différents, changer de comportement et devenir des malades mental, alors qu’habituellement les gens sont calmes et respectueux. »

Et enfin, il y ceux qui ne maîtrisent pas l’utilisation des pronoms relatifs, mais qui tiennent absolument à les utiliser… :

« Il y a quelques mois, je suis allé dans une ville dont j’ignorais comment c’était. (…) Aussi pendant ce séjour, il y avait un petit parc d’attractions dont je n’avais jamais été. »

Dont… act !

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L’ECOLE EN BATTERIE…

Dernier paquet de copies. Derniers bulletins. Derniers conseil de classe. Derniers cours. Il fait chaud. Tout le monde est plus détendu, plus souriant. Malgré la fatigue. Certains ont déjà déserté les classes. On se retrouve en petits comités. On révise pour le Brevet des collèges. Les emplois des temps. L’accord du participe passé. Dictées. Réécriture. On traque les figures de style et les procédés littéraires dans les textes pour se faire la main. « On comprend mieux Madame, comme ça, quand on n’est pas nombreux et que vous êtes tout près de nous ». Ben oui, c’est mieux. Pourquoi le Ministère s’acharne-t-il à remplir les salles de classes comme on remplit les box des élevages en batterie ? 25 en REP +. 30 à 35 dans les établissements sans problèmes… Démocratisation  ou industrialisation ? A 15, c’est vrai que c’est mieux…

Surtout quand les gamins en face n’ont jamais entendu un subjonctif présent à la maison. « Il faut que je fais mon ménage et que je finis ma vaisselle ». Ouille ! Surtout quand les gamins en face découvrent que « ent » c’est le pluriel pour les verbes et pas pour les noms… A 15, c’est mieux. Mais le Ministère veut faire des économies. On remplit, on remplit. Et tant pis s’il y a du déchet. De la perte. De temps, d’énergie, d’espoir. Et tant pis s’il y a encore des milliers de gamins qui sortent du système scolaire en n’ayant rien compris à rien. En étant formés à rien. En n’ayant aucun diplôme, aucune perspective d’avenir. Économie. Le Maître mot.  Chiffre. Cases. Tableaux. Taux de réussite. Taux de pression. Économie. 1 prof pour 15 élèves ? Mais vous n’y pensez pas ! C’est du gaspillage de moyens ! Nous sommes des moyens. Des numéros. Qu’on place sans trop réfléchir devant un groupe classe. Et surtout, que ça ne dépasse pas! Vous voulez faire de la préparation au CFG avec les élèves en grande difficulté ? Dans un rapport de 1 adulte pour 2 ou 3 élèves ? Mais vous n’y pensez pas ! C’est du gaspillage de moyens ! Et en plus vous voudriez que ce soit dans votre service ? Impossible : nous avons des enveloppes d’heures sup pour payer ça ! Vous ferez ça en plus de votre service ! Entre 13h et 14h, ou de 5 à 6…

Moi, j’en veux pas des heures sup ; c’est pas de l’argent que je veux gagner, c’est du temps. De la santé. De l’énergie. J’ai plus 20 ans faut dire… C’est pas de l’argent en plus que je veux gagner. C’est la confiance de ces élèves à la dérive, perdus dans un groupe à 25, qui, au mieux, dorment sur leur sac, au pire vous retournent le cours dès qu’ils en ont l’occasion. C’est leur confiance, leur intérêt, leur motivation que je veux gagner, regagner…

C’est mieux, Madame, quand on n’est pas nombreux et que vous êtes tout près de nous…

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ET SI C’ ETAIT VOUS…?

C’est l’histoire d’une famille déchirée entre la France et l’Afghanistan. C’est l’histoire de Caroline, professeure d’anglais dans un collège du dunkerquois, qui se démène depuis plus de 6 mois, pour rassembler cette famille.  De courriers sans réponse en coups de fil vains, de paperasseries kafkaïennes en dossiers ubuesques, de l’espoir au désarroi, par lassitude, elle a envoyé la lettre qui suit au Président de la République, à l’OFPRA, aux tribunaux de Nantes et de Paris et à l’ambassade de France à Kaboul :

Mesdames, Messieurs

En 2010, monsieur x est parti, à contre cœur d’Afghanistan, de sa région du Nangarhar, près de Jalalabad, pour trouver refuge en France. Le voyage étant dangereux et ne sachant pas dans quelles conditions il allait vivre, sa femme et ses enfants sont restés sur place.

Après de longues démarches administratives, il a obtenu refuge en France et a décidé, malgré la barrière de la langue, de monter des dossiers de réunification familiale (une procédure normale puisque toute personne qui obtient l’asile en France y a droit).

Du fait de la barrière de la langue (Monsieur parle pachtoune. Non, pas le pakistanais comme l’a dit la « dame qui ne finit pas ses phrases et parle vite » de l’OFPRA.), Monsieur X a demandé de l’aide à des tiers plus ou moins bienveillants qui lui ont conseillé de faire des dossiers séparés pour ses filles et ses garçons et ont fait des erreurs d’orthographe sur les prénoms.

En septembre 2015, les deux fils et leur maman Y sont arrivés en France …  sans les petites qui sont restées chez une voisine.

Pendant un an, la pauvre Y pleurait de ne pas avoir pu emmener ses filles, et malgré tout l’amour qu’elle porte à ses fils, elle  a préféré rejoindre ses 4 jeunes filles en septembre 2016, pensant qu’au moins ses fils étaient en sécurité avec leur père en France. Elle a donné naissance à BB le 16 décembre 2016.

Depuis 7 ans, un père n’a pas revu ses filles.
Depuis un an et demi, deux frères n’ont pas revu leurs sœurs.
Depuis 6 mois, deux fils pleurent de savoir leur mère à 7000 km de chez eux.
BB a 3 mois et fait ses premiers sourires loin de son papa et de ses frères.
Depuis un an et demi, des enfants sont inscrites à l’école républicaine mais sont coincées dans une région que l’armée afghane ne maîtrise pas, sur laquelle les talibans et Daesh règnent…

Présence des Talibans en Afghanistan.
Daesh est présent en Afghanistan, se « disputant » régions et population avec les Talibans…

Depuis octobre 2016, moi, simple professeure d’anglais dans le collège où sont scolarisés les garçons, je les aide dans les démarches, et malgré mon attachement à mon pays, j’ai honte…

Honte de voir que les frontières sont en fait des procédures administratives compliquées, malveillantes et ubuesques.

Honte de constater que deux adolescents qui ont appris le français en moins d’un an, qui sont consciencieux et aiment la France, ne dorment plus, se cachent pour pleurer car ils ont peur pour leur famille, peur de ne plus revoir ni leurs sœurs ni leur maman.

Peut-on en vouloir à cette maman d’être repartie car elle était morte d’inquiétude pour ses enfants ? Non, clairement non. Liberté, Egalité, Fraternité…ce mot n’a donc aucune valeur chez nous?

Il a fallu attendre notre déplacement à l’OFPRA le 22 décembre 2016 pour apprendre que le premier dossier avait été rejeté car mal monté…Depuis 2 mois que je téléphonais, on nous répondait (quand quelqu’un daignait décrocher) que le dossier était en cours d’instruction, ou qu’il avait été transféré au tribunal, ou qu’il allait l’être.
La personne qui nous a reçus nous a conseillé de refaire un dossier suite à la naissance de la petite BB et de déposer un recours auprès du tribunal de Nantes.

Or, suite à un entretien avec un avocat, il apparaît que le tribunal de Nantes ne peut être sollicité qu’après un refus notifié de l’OFPRA. Pourtant, il a fallu que nous appelions 10 fois en 15 jours pour enfin obtenir une information sur le dossier, juste pour nous dire qu’après l’envoi de dossier du 23 décembre, il a été porté à l’étude le 11 janvier.
Il a fallu la gentillesse de monsieur Caremelle pour apprendre par un simple mail de monsieur Brice qu’il nous fallait déposer un recours auprès du tribunal de Nantes…

Bref, aucune information n’est cohérente…

Il est écrit dans la Convention Internationale des Droits de l’Enfant que tout enfant a droit à la sécurité, à l’instruction et à sa famille.

Il est écrit dans la loi française que toute personne réfugiée en France a droit de faire venir sa famille en entier.

Alors certes, Monsieur X a fait une erreur et a déposé deux dossiers différents suite à de mauvais conseils. Mais vous, derrière vos écrans, imaginez que vous arriviez seul dans un pays dont vous ne connaissez pas la langue, ni la culture, auriez-vous fait mieux ?

Engager un avocat coûte cher. L’aide juridique ne s’applique pas pour ce genre d’affaire.

Pendant ce temps là, les filles sont en danger dans une zone officiellement en guerre.

Alors donc, j’en appelle à vous tous qui ne nous répondez pas de façon cohérente…ON FAIT QUOI ? On attend ? Et si le chemin des bombes qui tombent sur Jalalabad en ce moment croisent le chemin des filles, on fait quoi ? On se dira qu’on n’y peut rien ?

C’est quoi ces méthodes ubuesques ? C’est quoi cette gestion de l’humain ? C’est quoi cet outrage aux droits de 4 petites filles Afghanes? Attendons-nous que la fille aînée se fasse kidnapper et soit mariée de force sans que son père ne puisse réagir ?

Voilà…moi je ne sais plus, mais j’ai honte pour vous qui êtes si sûrs de bien faire parce que vous êtes coincés dans vos procédures.

Pour relire la lettre écrite par M…, fils aîné, et l’article que nous lui avions consacré en décembre dernier, c’est ici.

Les jeunes enfants afghans n’ont jamais connu la paix…

Un réfugié – au sens de la Convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés – est une personne qui se trouve hors du pays dont elle a la nationalité ou dans lequel elle a sa résidence habituelle et qui craint avec raison d’être persécutée du fait de son appartenance communautaire, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, et qui ne peut ou ne veut se réclamer de la protection de ce pays ou y retourner en raison de la dite crainte.

Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR ou HCR dans l’espace francophone) a pour but de défendre les droits et la sécurité des réfugiés et des demandeurs d’asile. Cette organisation onusienne estime que, en 2015, il y avait 16,1 millions réfugiés dans le monde. L’UNHCR estime que, en 2016, 60 millions de personnes dans le monde ont été forcées de quitté leurs maisons, 60% de plus que la décennie présente.

Selon l’UNICEF, environ 31 millions d’enfants étaient réfugiés fin 2015, et 17 millions étaient déplacés à l’intérieur de leur pays…

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GRANDE SYNTHE – KABOUL

Il s’appelle M…z. Il a 15 ans. Un visage d’ange. Une voix d’ange. Doux comme un agneau. Qu’on mène au sacrifice, pour l’heure… Son histoire ? Elle ressemble à toutes celles, bien tristes, de réfugiés dans l’attente. L’attente. D’un regroupement familial. D’un miracle de l’administration française pour qu’elle accélère le traitement d’un dossier, le sien, parmi des centaines d’autres. L’attente d’un  rêve : celui de pouvoir serrer enfin dans ses bras une maman qu’il n’a pas vue depuis des mois. Et  4 petites sœurs qu’il n’a pas vues grandir… Il attend ce miracle qui ferait que l’administration française à travers les papiers, tampons, et autres courriers et récépissés, voie enfin les visages de réfugiés en souffrance, la détresse d’une famille écartelée…

Son français est de moins en moins hésitant. Il en a faits, des progrès, depuis un peu plus d’un an qu’il est scolarisé au collège Jules Verne de Grande Synthe. Il a des ami(e)s. Il aime l’école. Il travaille beaucoup. Il veut réussir. Son grand projet ? Intégrer un jour Sciences Po. Il est bien intégré en somme. Et il est soutenu. Par ses camarades. Et par ses professeurs. Notamment par Caroline Riedi, professeure d’anglais, qui a pris à bras le corps la détresse qui gagne Momtaz depuis quelques semaines. Qui s’est alarmée de la tristesse qui grandit chez cet adolescent originaire de la province de Nangarhar en Afghanistan. De Bessoud plus exactement. Petite ville jamais vraiment tranquille, comme le reste du pays du reste.

Fermier de Bessoud, petite ville dont est originaire Momtaz.
Fermier de Bessoud, petite ville dont est originaire Momtaz.

Pays pris en étau entre les combattants de Daesh d’un côté, qui veulent étendre leur État Islamique jusque dans les zones les plus reculées ; et les Talibans, qui n’ont jamais vraiment renoncé à leur emprise depuis l’intervention d’une coalition internationale en 2001.  Pays qui n’a jamais vraiment connu la paix depuis son invasion par l’URSS en 1979, tiraillé aujourd’hui entre ces extrémismes de tous bords, al Qaïda s’invitant dans la ronde des combats et des attentats toujours plus meurtriers… Attaque suicide contre un consulat allemand, le 11 novembre. Explosion meurtrière dans la base militaire de Bagram, le 12 novembre. Explosion dans une mosquée chiite de Kaboul, le 21 novembre. Les Nations unies décrivent une situation « alarmante » en Afghanistan. Le pays enregistre, au 30 novembre 2016, un nouveau record de plus d’un demi-million de civils déplacés depuis le début de l’année, fuyant la violence et les combats. Plus du double comparé à 2014.

L'Afghanistan est en proie à des luttes sanglantes.
L’Afghanistan est en proie à des luttes sanglantes.

Et c’est dans cette poudrière que vivent les 4 petites sœurs de M…z. Et c’est vers cette terre ensanglantée par la terreur que la maman de M…z a décidé de retourner, il y a peu, pour tenter de récupérer ces 4 filles…

Alors M…z a écrit. Aux différents services de l’administration française. Au Ministère de l’Intérieur, à la Direction de l’Immigration, à la Sous-Direction des Visas, Bureau Familles. À l’Office Français des Réfugiés et Apatrides. À l’Ambassade de France à Kaboul. Il frappe à toutes les portes de cette forteresse kafkaïenne, pour y raconter son histoire :

Bonjour Madame, Monsieur

Nous sommes arrivés en France le 19 septembre 2015 avec mon frère I…H et ma mère F…A A…B par regroupement familial. Mon père est arrivé en France 2010. Mes sœurs sont en Afghanistan parce qu’elles ne sont pas déclarées réfugiées. Mon père qui ne connaissait pas le fonctionnement de l’administration française, a eu peur de demander le regroupement familial en même temps pour tous ses enfants, car il avait peur que tous ses enfants soient refusés parce que nous sommes 6. Il pensait qu’avoir 4 filles et 2 garçons était mal vu en France.  Il pensait même que ma mère, mon frère et moi ne viendrions jamais parce qu’il ne comprend pas. La culture Afghane et la culture Française sont différentes. Ma mère est repartie en Afghanistan pour rester avec mes sœurs, car si un enfant est éloigné de ses parents, il est en danger, menacé directement par Daech.  Ma mère me manque , mon frère I…H est triste , il pleure tous les soir. Nous aimerions retrouver notre mère et nos sœurs.  Mes professeurs disent que je travaille très bien,  je trouve que je comprends le mieux en mieux, mais les problèmes de papiers et ma tristesse m’empêchent de travailler comme je le voudrais. J’aimerais tellement que mes sœurs et ma mère nous rejoignent.

Dans l’espoir d’une réponse favorable de votre part, je vous prie l’agréer, Madame, Monsieur l’expression de mes salutations distinguées.

La lettre de Momtaz...
La lettre de Momtaz…
La Lettre de Momtaz...
La Lettre de Momtaz…

M…z n’a pas de jolis souvenirs d’enfance. Il ne lui reste de l’Afghanistan que des images de guerre. Quand on lui demande ce qu’il souhaiterait pour l’année nouvelle qui s’approche, pour lui et pour le monde, il ne montre aucune hésitation : que sa mère et ses sœurs reviennent, et tout de suite ! Et que le monde vive en paix.

 

 

J’ai vu trop de guerres. On ne peut progresser que dans la paix…

Si vous voulez aider M…z, pour que le dossier de regroupement familial soit traité au plus vite, suivez ce lien : ici.

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images 3 et 4 : photographies de la lettre originale écrite par M…z confiées par Caroline Riedi. Qu’elle en soit remerciée…

 

 

GYNECOLOGIE SANS FRONTIERES. PARCE QUE LA FEMME EST L’AVENIR DE L’HOMME.

8 Mars. Journée de promotion de l’égalité entre hommes et femmes dans le monde. Cette année, pas envie de rabâcher les sempiternels chiffres de progrès effectués par la gente masculine sur le temps passé à s’occuper des enfants ou à s’adonner aux tâches domestiques. Pas envie de rappeler pour la énième fois que tous les deux jours une femme meurt, en France, des coups reçus par son conjoint. Pas envie de rappeler que les filles sont meilleures à l’école que la garçons et que c’est étonnant qu’on ne les retrouve pas davantage à des postes à responsabilités dans l’entreprise ou la société civile. Même si le « plafond de verre » tend à prendre chaque année un peu plus de hauteur. Félicitons d’ailleurs pour cela toutes celles et tous ceux qui, par leur lutte ou leurs engagements multiples, ont contribué à diminuer l’inégalité dans les conditions de vie et de travail des hommes et des femmes. Tout au moins en France. Parce qu’ailleurs dans le monde ce n’est pas gagné. Rappelons qu’il n’est pas bon de naître fille en Inde où le viol reste majoritairement impuni. Qu’il n’est pas bon d’être femme ou fille dans un pays en guerre : le viol, encore, étant l’arme de guerre la plus destructrice dans le monde. Destructrice de corps. D’esprits. De destins. Brisés.

La femme est souvent une victime invisible.
La femme est souvent une victime invisible.

Et saluons au passage le travail de Denis Mukwege, l’homme qui répare les femmes. Il est étonnant que cet homme-là, décoré de distinctions diverses et variées, n’ait pas encore tout bonnement reçu le Prix Nobel de la Paix. Son portrait : ici.

Fi donc des éternelles statistiques. Des éternelles rengaines féministes aux relents de misandrie. Des stéréotypes séchés et autres clichés jaunis. Parlons plutôt de ceux qui agissent. Pour le bien des femmes. Quelles qu’elles soient. Et où qu’elles soient. LeMag@zoom a décidé de mettre à l’honneur une association qui fête ses 20 ans : Gynécologie sans Frontières. Les objectifs de cette association humanitaire ?

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Protéger les femmes contre les injustices qu’elles peuvent subir. Elles qui ont un rôle si important à jouer dans le développement des pays et dans tous les secteurs d’activité.  L’association se donne donc pour objectif principal de respecter la dignité humaine et de promouvoir la femme dans le monde en agissant sur 3 composantes essentielles : médicale, psychologique et sociale. GSF intervient, en urgence ou sur du long terme,  dans des pays et des secteurs où les infrastructures sont insuffisantes, voire inaccessibles. Burundi. Haïti. Madagascar. Népal. Afghanistan. Jordanie. La liste des lieux de la misère féminine est longue. Et les actions de GSF nombreuses : constructions de dispensaires, de maisons de naissances, voire de maternités, formation de la population locale à la gynécologie, formation de sages femmes, soins pré et post natalité.  Les problèmes abordés concernent ainsi la périnatalité, les souffrances médicales, les violences conjugales ou sexuelles, la discrimination de toute sorte ou encore le statut de la femme au sein de la société.  Excisions et autres mutilations sexuelles. Viols. Contraception. MST. Suivi de grossesse. Soins périnataux. Éducation à la santé. Les thèmes de réflexion et d’action sont nombreux.

Formation des personnels locaux à l'obstétrique.
Formation des personnels locaux à l’obstétrique.

Sages femmes, gynécologues, autres personnels de la médecine, bénévoles… Ils sont nombreux à rejoindre GSF depuis 20 ans. Les manifestations en France se multiplient : colloques, formation de personnels médicaux à l’obstétrique humanitaire, interventions en milieu scolaire pour sensibiliser à la santé des femmes, soirées thématiques avec projections de films.

Devant une maternité, à Lomé, au Togo.
Devant une maternité, à Lomé, au Togo.

Sans oublier la présence quotidienne de GSF à nos portes. En France. Dans les camps de réfugiés de Calais et de Grande Synthe, où la situation des femmes et des enfants est insupportable…

Une mère et son enfant. Camp de réfugiés de Grande Synthe. 2016...
Une mère et son enfant. Camp de réfugiés de Grande Synthe. 2016…

Le 8 mars, et tous les autres jours d’une vie, que nous soyons femmes ou hommes, soyons surtout humains…

Un obstétricien haitien, formé par GSF, porte un bébé qu'il vient de mettre au monde, en Haiti.
Un obstétricien haitien, formé par GSF, porte un bébé qu’il vient de mettre au monde, en Haiti.

Le site de GSF : ici.

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Les partenaires de GSF : ici.

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MME TASSOU. AU REVOIR MAITRESSE…

Mme Tassou, maîtresse de cm1-cm2, nous a quittés dans un accident de voiture, ce vendredi. Je suis triste. Nous sommes tous tristes…

Mme Tassou, photo de classe 2014-2015.
Mme Tassou, photo de classe 2014-2015.

Elle avait pour réputation d’être gentille et très belle, d’où son surnom « la belle blonde ». Elle nous a apporté beaucoup de choses ; bien sûr le savoir mais aussi l’esprit d’équipe, la bienveillance, le respect et la vie en communauté.

Mme Tassou nous a fait vivre beaucoup d’aventures durant toute sa carrière. Pour ma classe et moi, par exemple, un concours d’escrime, un championnat Des chiffres et des lettres,  les activités avec l’IEM le vendredi matin, sans oublier la sortie au cinéma où l’on a été voir VICE VERSA.

Mme Tassou restera toujours en nous et on ne l’oubliera jamais… Nous pensons à son mari, Yvan, à sa fille Jeanne, et à son petit garçon.

Louise Minne, de L’ÉCOLE QUENEAU

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UN MAITRE D’ECOLE COMME ON LES AIME

Mon Maître d’école. Film documentaire sorti le 13 janvier 2016. La dernière année d’enseignement de Jean Michel Burel, instituteur (ou prof d’école ?) à Saint Just et Vacquières, département du Gard, arrondissement d’Alès. Un petit bijou d’humanité. On est loin de la réforme explosive de Najat Vallaud Belkacem. Et de l’usine à gaz jargonnante que devient progressivement l’Éducation Nationale. Notre coup de cœur de ce début d’année.

1h20 de plaisir. Plaisir de voir des enfants de CE2, CM1 et CM2 apprendre. Les divisions. Les châteaux de la Loire. Les os du corps humain. Le Dormeur du Val de Rimbaud. Les champignons, les bons et les vénéneux. La Première Guerre mondiale et son Armistice. Les enfants vont d’ailleurs  à la Commémoration du 11 Novembre, car M.Burel est aussi le maire du bourg d’à peine 300 habitants où il enseigne depuis 40 années…

40 années dans la même classe. Il a connu la génération des parents de ses élèves. Et c’est une de ses anciennes élèves, Emilie Thérond, qui lui rend hommage dans ce film qu’elle a réalisé. Il n’y est jamais question de notes ou de compétences du socle commun. Mais d’encouragements. Les enfants (et non les « élèves ») apprécient qu’on les encourage. Tout en étant lucide et exigeant sur les objectifs à atteindre. Il n’y est jamais question de « pédagogie » ou de « didactique ». M.Burel enseigne avec beaucoup de bon sens, de bienveillance et d’humanité. Le civisme, et la laïcité, et le « vivre ensemble », et la tolérance, on ne les enseigne pas : on les pratique, au gré des conflits qui perlent parfois dans la classe. On les règle par la discussion. On trouve toujours une solution pour rompre le cercle vicieux de la violence.

Affiche du film.
Affiche du film.

Les cours d’Éducation physique et sportive ? De longues promenades dans la campagne ; les enfants jouent, sautent, traversent des rivières et grimpent aux arbres. Personne ne se blesse jamais car le maître veille. On grandit en tombant. La vraie école, c’est l’école de la vie. On y apprend par la même occasion la course du soleil, les points cardinaux, la boussole et la mousse sur les arbres…

Le texte libre. Qui permet à chacun d’écrire. Son quotidien. Ce qu’il a sur le cœur. De la poésie. Ou pas. Ses origines. Ses blessures. Ses tristesses et ses joies. La dictée de mots que l’on fait sous l’auvent, derrière l’école, parce qu’il commence à faire vraiment chaud dans la classe. La boîte à questions. Parce que pour un enfant, rien n’est évident. Et il n’est jamais de questions idiotes. Le ménage qu’on fait après la classe avec l’instituteur. Et le voyage à Paris ! Pour s’émerveiller du haut de la Tour Eiffel, dans le métro station Voltaire ou sur les bancs du Sénat sur le fauteuil de Victor Hugo !

Jean Michel Burel incarne un savoir faire, ou savoir être d’une autre époque. Il se souvient de son arrivée au village 40 ans plus tôt. Il se souvient que les gens du village considéraient l’instituteur comme un «monsieur». Il sortait galvanisé de l’École Normale où on formait encore les « hussards noirs » de la République. Où l’unique ambition des instituteurs était de « semer la culture ». On se croirait presque chez Pagnol. Sauf qu’on est bien au XXIème siècle, et que c’est encore possible, d’enseigner avec bon sens et humanité…

La leçon de ce film ? On ne transmet bien que ce qu’on aime avec passion. Enseigner, c’est peut-être tout simplement apprendre aux enfants à devenir des hommes et des femmes responsables, autonomes et épanouis….On est vraiment loin de l’usine à gaz jargonnante que devient l’Éducation Nationale…