QUE NOS IDEES SOIENT IMPREGNEES D’ENFANCE…

Lettre de Jean Jaurès aux instituteurs

La Dépêche de Toulouse, 15 janvier 1888

« Vous tenez en vos mains l’intelligence et l’âme des enfants ; vous êtes responsables de la patrie. Les enfants qui vous sont confiés n’auront pas seulement à écrire et à déchiffrer une lettre, à lire une enseigne au coin d’une rue, à faire une addition et une multiplication. Ils sont Français et ils doivent connaître la France, sa géographie et son histoire : son corps et son âme. Ils seront citoyens et ils doivent savoir ce qu’est une démocratie libre, quels droits leur confère, quels devoirs leur impose la souveraineté de la nation. Enfin, ils seront hommes et il faut qu’ils aient une idée de l’homme, il faut qu’ils sachent quelle est la racine de toutes nos misères : l’égoïsme aux formes multiples ; quel est le principe de notre grandeur : la fierté unie à la tendresse. Il faut qu’ils puissent se représenter à grands traits l’espèce humaine domptant peu à peu les brutalités de la nature et les brutalités de l’instinct, et qu’ils démêlent les éléments principaux de cette œuvre extraordinaire qui s’appelle la civilisation. Il faut leur montrer la grandeur de la pensée ; il faut leur enseigner le respect et le culte de l’âme en éveillant en eux le sentiment de l’infini qui est notre joie, et aussi notre force, car c’est par lui que nous triompherons du mal, de l’obscurité et de la mort. Eh ! Quoi. Tout cela à des enfants ! Oui, tout cela, si vous ne voulez pas fabriquer simplement des machines à épeler. Je sais quelles sont les difficultés de la tâche. Vous gardez vos écoliers peu d’années et ils ne sont point toujours assidus, surtout à la campagne. Ils oublient l’été le peu qu’ils ont appris l’hiver. Ils font souvent, au sortir de l’école, des rechutes profondes d’ignorance et de paresse d’esprit, et je plaindrais ceux d’entre vous qui ont pour l’éducation des enfants du peuple une grande ambition, si cette grande ambition ne supposait un grand courage. J’entends dire, il est vrai : “A quoi bon exiger tant de l’école ? Est-ce que la vie elle-même n’est pas une grande institutrice ? Est-ce que, par exemple, au contact d’une démocratie ardente, l’enfant devenu adulte ne comprendra point de lui-même les idées de travail, d’égalité, de justice, de dignité humaine qui sont la démocratie elle-même ?” Je le veux bien, quoiqu’il y ait encore dans notre société, qu’on dit agitée, bien des épaisseurs dormantes où croupissent les esprits. Mais autre chose est de faire tout d’abord amitié avec la démocratie par l’intelligence ou par la passion. La vie peut mêler, dans l’âme de l’homme, à l’idée de justice tardivement éveillée, une saveur amère d’orgueil blessé ou de misère subie, un ressentiment et une souffrance. Pourquoi ne pas offrir la justice à des cœurs tout neufs ? Il faut que toutes nos idées soient comme imprégnées d’enfance, c’est-à-dire de générosité pure et de sérénité. Comment donnerez-vous à l’école primaire l’éducation si haute que j’ai indiquée ? Il y a deux moyens. Il faut d’abord que vous appreniez aux enfants à lire avec une facilité absolue, de telle sorte qu’ils ne puissent plus l’oublier de la vie et que, dans n’importe quel livre, leur œil ne s’arrête à aucun obstacle. Savoir lire vraiment sans hésitation, comme nous lisons vous et moi, c’est la clé de tout. Est-ce savoir lire que de déchiffrer péniblement un article de journal, comme les érudits déchiffrent un grimoire ? J’ai vu, l’autre jour, un directeur très intelligent d’une école de Belleville, qui me disait : “Ce n’est pas seulement à la campagne qu’on ne sait lire qu’à peu près, c’est-à-dire point du tout ; à Paris même, j’en ai qui quittent l’école sans que je puisse affirmer qu’ils savent lire”. Vous ne devez pas lâcher vos écoliers, vous ne devez pas, si je puis dire, les appliquer à autre chose tant qu’ils ne seront point par la lecture aisée en relation familière avec la pensée humaine. Qu’importent vraiment à côté de cela quelques fautes d’orthographe de plus ou de moins, ou quelques erreurs de système métrique ? Ce sont des vétilles dont vos programmes, qui manquent absolument de proportion, font l’essentiel. J’en veux mortellement à ce certificat d’études primaires qui exagère encore ce vice secret des programmes. Quel système déplorable nous avons en France avec ces examens à tous les degrés, qui suppriment l’initiative du maître et aussi la bonne foi de l’enseignement, en sacrifiant la réalité à l’apparence ! Mon inspection serait bientôt faite dans une école. Je ferais lire les écoliers, et c’est là-dessus seulement que je jugerais le maître. Sachant bien lire, l’écolier, qui est très curieux, aurait bien vite, avec sept ou huit livres choisis, une idée, très générale il est vrai, mais très haute de l’histoire de l’espèce humaine, de la structure du monde, de l’histoire propre de la terre dans le monde, du rôle propre de la France dans l’humanité. Le maître doit intervenir pour aider ce premier travail de l’esprit ; il n’est pas nécessaire qu’il dise beaucoup, qu’il fasse de longues leçons ; il suffit que tous les détails qu’il leur donnera concourent nettement à un tableau d’ensemble. De ce que l’on sait de l’homme primitif à l’homme d’aujourd’hui, quelle prodigieuse transformation ! Et comme il est aisé à l’instituteur, en quelques traits, de faire sentir à l’enfant l’effort inouï de la pensée humaine ! Seulement, pour cela, il faut que le maître lui-même soit tout pénétré de ce qu’il enseigne. Il ne faut pas qu’il récite le soir ce qu’il a appris le matin ; il faut, par exemple, qu’il se soit fait en silence une idée claire du ciel, du mouvement des astres ; il faut qu’il se soit émerveillé tout bas de l’esprit humain qui, trompé par les yeux, a pris tout d’abord le ciel pour une voûte solide et basse, puis a deviné l’infini de l’espace et a suivi dans cet infini la route précise des planètes et des soleils ; alors, et alors seulement, lorsque, par la lecture solitaire et la méditation, il sera tout plein d’une grande idée et tout éclairé intérieurement, il communiquera sans peine aux enfants, à la première occasion, la lumière et l’émotion de son esprit. Ah ! Sans doute, avec la fatigue écrasante de l’école, il vous est malaisé de vous ressaisir ; mais il suffit d’une demi-heure par jour pour maintenir la pensée à sa hauteur et pour ne pas verser dans l’ornière du métier. Vous serez plus que payés de votre peine, car vous sentirez la vie de l’intelligence s’éveiller autour de vous. Il ne faut pas croire que ce soit proportionner l’enseignement aux enfants que de le rapetisser. Les enfants ont une curiosité illimitée, et vous pouvez tout doucement les mener au bout du monde. Il y a un fait que les philosophes expliquent différemment suivant les systèmes, mais qui est indéniable : “Les enfants ont en eux des germes, des commencements d’idées”. Voyez avec quelle facilité ils distinguent le bien du mal, touchant ainsi aux deux pôles du monde ; leur âme recèle des trésors à fleur de terre : il suffit de gratter un peu pour les mettre à jour. Il ne faut donc pas craindre de leur parler avec sérieux, simplicité et grandeur. Je dis donc aux maîtres, pour me résumer : lorsque d’une part vous aurez appris aux enfants à lire à fond, et lorsque d’autre part, en quelques causeries familières et graves, vous leur aurez parlé des grandes choses qui intéressent la pensée et la conscience humaine, vous aurez fait sans peine, en quelques années, œuvre complète d’éducateurs. Dans chaque intelligence, il y aura un sommet, et, ce jour-là, bien des choses changeront. »

Jean Jaurès, professeur de philosophie (et homme politique...)
Jean Jaurès, professeur de philosophie (et homme politique…)

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CARNAVAL DE DUNKERQUE, UN NOUVEL HYMNE ?

A tous les amoureux du carnaval dunkerquois… De Fort Mardyck à Bergues, en passant par Saint Pol sur Mer et Grande Synthe, il atteindra son apogée lors des Trois Joyeuses … Dunkerque Citadelle Rosendael… Pour les amoureux de cette tradition, un hymne … à découvrir ici…

CDK. 1789. 2019.

Amateurs d’histoire et de musique, ne manquez ce rendez-vous unique à Coudekerque Branche : la commémoration des 230 ans d’existence de la commune, le 14 décembre prochain.

Armoiries de Coudekerque Branche

Ils se sont dépassés pour vous offrir un petit spectacle le 14 décembre 2019, à 15h, à l’Eglise Sainte Thérèse de Coudekerque Branche, rue Ghesquière. Qui « ils » ? Les élèves de l‘Ecole Municipale de Musique et de Danse de Coudekerque Branche, soutenus par les chanteurs de la chorale Allegro. Mais que fêtent-ils ?

Pas Noel, c’est encore trop tôt… Mais les 230 ans d’existence de la Commune de Coudekerque Branche. En effet, le 14 décembre 1789, les habitants de la Branche, qui dépendent encore de la Commune de Coudekerque à l’époque (Coudekerque Village aujourd’hui) se réunissent et décident de se former en municipalité, comme les y autorisent les « Edits des mois d’août 1764 et mai 1765 », et « conformément au décret de l’Assemblée Nationale du douze novembre dernier, sanctionné par lettres patentées de sa Majesté du mois de décembre suivant ». Cette autonomie des 1400 âmes qui constituaient la Branche était une requête des fameux Cahiers de doléances et pétitions rédigés, à la demande du Roi Louis XVI, à partir de janvier 1789 :

Copie de la 1ère page du Cahier de Doléances et pétitions des habitants de la Branche de Coudekerque du 22 mars 1789.

Le 22 mars 1789, au lieu dit du Pont Tournant, au Petit Steendam, dans le cabaret du dénommé Micheaux, des habitants de la Branche de Coudekerque se sont rassemblés, et voilà ce qu’on entend et fait écrire sur le cahier de doléances… :

Doléances et pétitions des habitants de la Branche de Coudekerque, territoire de Dunkerque, à insérer au cahier du Tiers Etat de la Flandre maritime et objets du mandat à donner à Messieurs les Députés aux Etats généraux...

Pour découvrir la suite, rendez-vous le samedi 14 décembre… Les élèves de la classe Arts de la Scène-Théâtre de l’EMMD, animée par Marjorie Tricot, vous raconteront cette fabuleuse histoire. En musique, grâce aux professeurs et aux élèves instrumentistes réunis dans la Sinfonietta, orchestre de l’Ecole, sous la houlette de Ludovic Minne. Et en chansons, grâce à la chorale de l’Ecole, dirigée par Sébastien Blanquart, soutenue par la chorale Allegro.

Affiche de l’événement.

Entrée libre. Venez nombreux !

Merci à M. Régis Jonckherre, « Monsieur Histoire » de la Mairie de Coudekerque Branche, pour sa précieuse collaboration !

Images 1, 2 et 3 : crédits photo Le Mag@zoom.

DE SAINT NICOLAS AU PERE NOEL

Le 6 décembre, la plupart des pays du Nord de l’Europe fêteront Saint Nicolas… Alors que dans d’autres régions, on attend plutôt, et avec une impatience non  dissimulée, la venue du Père Noël. Beaucoup ne s’embarrassent pas de choix cornéliens et fêtent les deux figures tutélaires de l’enfance, de la famille et de la joie. Et si ces deux figures n’en faisaient qu’une… Portraits croisés…

QUI EST DONC CE NICOLAS SI SAINT ?

Nicolas est né en Lycie, province d’Anatolie. Bout de la Turquie d’aujourd’hui. Il devient évêque de Myre, ville turque, en l’an 300 de notre ère, succédant à son oncle, lui-même évêque. Jusque là, rien d’extraordinaire.  Pourquoi est-il donc devenu aussi populaire dans tout le Nord de l’Europe et dans certains pays des Balkans ? Ce qui rend ce personnage extraordinaire, c’est sa personnalité généreuse et déterminée. D’ailleurs, ce sont souvent les personnalités généreuses et déterminées qui entrent dans la légende. Souvenez-vous de l’autre évêque, devenu saint très populaire lui aussi, Martin, fêté le 10 novembre. Nicolas, lui, ne partage pas son manteau avec un indigent. Mais il partage. Et vient en aide à ceux qui sont dans le besoin. L’histoire, puis la légende, retiennent de lui qu’il a donné trois sacs d’or à son voisin, pour qu’il puisse constituer des dots à ses filles, et leur épargner ainsi la prostitution. On dit aussi qu’il sauva de la famine la ville de Myre en persuadant des marins de se délester d’une partie de leur cargaison de grains.

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Saint Nicolas sauve 3 condamnés à mort, innocents.

Il sauve aussi trois jeunes gens injustement condamnés à mort. Il sauve des pêcheurs de la noyade. Et dans la légende que tout le monde connaît, il aurait sauvé trois enfants, découpés en morceaux par un méchant boucher et jetés au saloir pendant 7 ans… Ça, c’est la légende que l’on colporte, mais elle symbolise bien les actes de charité accomplis par l’évêque  : le sel de la mer, sel de sagesse que diffuse le personnage. Les 3 enfants symbolisent peut-être aussi l’innocence de ces trois condamnés à mort injustement. Il nourrit, il libère, dans tous les sens des termes, ceux qui le côtoient. Et c’est peut-être pour cela qu’il est devenu le patron de beaucoup de corporations (marins et commerçants, entre autres) et des enfants. Des reliques sont conservées. Notamment une phalange, à Saint Nicolas de Port, en Lorraine, où Saint Nicolas est très populaire.

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Zwarte Piet, le double négatif de Saint Nicolas.

Le Père Fouettard qui l’accompagne, et qui punit les bêtises quand lui récompense la sagesse, est une invention plus tardive. Il rappelle le boucher de la légende. On raconte que ce sont les Lorrains qui auraient inventé la figure de son alter ego maléfique, Rubbelz, «Robert à la fourrure», que les Belges appellent Zwarte Piet. Enfin, la monture de l’évêque ajoute encore à l’humilité du personnage : l’âne de Saint Nicolas est aussi célèbre que celui de Jésus ou celui de Saint Martin… Il n’est pas trop tard pour que vos enfants écrivent une lettre à ce saint si populaire : un service de la poste belge leur répondra volontiers… Voici l’adresse : Saint Nicolas, Rue du Paradis no 1, 0612 CIEL…

QUAND SANTA CLAUS DEVIENT PÈRE NOËL

Après la Réforme protestante survenue au XVIe siècle, la fête de Saint Nicolas est abolie dans certains pays européens. Les Hollandais conservent cependant cette ancienne coutume catholique. Au début du XVIIe siècle, des Hollandais émigrent aux États-Unis et fondent une colonie, « Nieuw Amsterdam » qui, en 1664, devient New York. En quelques décennies, cette coutume néerlandaise de fêter la Saint-Nicolas se répand dans ces jeunes États. Pour les Américains, Sinter Klaas devient rapidement Santa Claus. Et on le fête de plus en plus tard, les catholiques du Nouveau Monde associant ce saint préféré des enfants à la fête de Noël. En 1821, un pasteur américain, Clément Clarke Moore écrit un conte de NOËL pour ses enfants. Un personnage sympathique y apparaît, dodu, jovial et souriant… Ainsi naît le Père Noël, dans son traîneau tiré par huit rennes. La mitre de Saint Nicolas devient bonnet, la crosse sucre d’orge. Et l’âne est remplacé par 8 rennes fringants.  En 1860, Thomas Nast, illustrateur et caricaturiste au journal new-yorkais Harper’s Illustrated Weekly, revêt Santa-Claus d’un costume rouge, garni de fourrure blanche et rehaussé d’un large ceinturon de cuir. C’est Coca Cola, en 1931, qui popularise la figure du Père Noël, telle que nous la connaissons aujourd’hui, dans une campagne de publicité incitant à consommer sa boisson gazeuse même en hiver…

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Coca Cola popularise la figure du Père Noel dans les années 1930…

 Saint Nicolas et le Père Noël offrent des cadeaux… à condition d’être bien sage… Mais la commercialisation à outrance de ces fêtes populaires contribue-t-elle à la sagesse des masses… Permettez-nous d’en douter…

 

SAINT MARTIN : DE L’INDIGNATION A L’AMOUR

En ce moment, ne demandez pas aux enfants ce qui se passe le 11 novembre. Ils vous rétorqueront que ce n’est pas le 11 novembre qui compte, mais le 10 ! La Saint Martin. Fête populaire dans le dunkerquois, certes, mais aussi un peu partout en Europe du Nord. Pourquoi un tel engouement ? Qu’est-ce qui dans la vie du personnage a retenu l’attention du temps et des hommes pour que la figure historique devienne légendaire ?

DU GLAIVE À LA CROSSE

Saint Martin, tout le monde le connaît… ou croit le connaître. En soutane épiscopale pourpre ou mauve, coiffé de sa mitre et tenant sa crosse, on le voit chaque dixième jour de novembre arpenter les rues de nos communes du nord du Nord, accompagné de son inénarrable âne. Et distribuant, pour le bonheur des enfants, croquendoules et folaerts, ou volaeren. Au son de la musique et  des chants que tous reprennent en chœur : « Saint Martin, boit du vin, dans la rue des Capucins ». Voilà la figure pittoresque que le folklore populaire a gardé en mémoire et met en scène chaque année depuis le XIXème siècle.

Mais Martin, dont la vie rocambolesque est racontée par Sulpice Sévère en 395, est un homme, avant tout, et un homme extraordinaire. Aujourd’hui, le Pape François, lui qui rejette les ors et les fastes de l’Église, en aurait fait son conseiller. Et nul doute, que Martin serait l’ami de Pierre Rabhi ou soutiendrait la cause des Indignés. En effet, ce soldat de l’Empire romain finissant (sa vie se déroule sur le IVème siècle), adopte la cause des pauvres et des déshérités par un geste qui en fait un saint avant même sa canonisation :

la cape de Martin

 

il partage sa cape avec un indigent qui est en train de mourir, littéralement, de froid. Vous me direz, il aurait pu lui filer la cape en entier. Sauf que Martin ne rigolait pas avec le règlement. Et la règle militaire à l’époque voulait que la moitié de l’habit appartînt à l’armée, l’autre au légionnaire. N’empêche qu’il donne, par cette moitié, la totalité de ce qui lui appartient… Pour la petite histoire, le bout de cape en question aurait été acheminé plus tard à la chapelle palatine d’Aix la Chapelle… Ce qui aurait donné d’ailleurs le nom « chapelle » (lieu où l’on garde la c/h/ape du Saint). De  même, Martin donneur de cape aurait été choisi comme patron protecteur des … Capé/tiens.

L’ÉVÊQUE DES PAUVRES

Il épouse alors l’église catholique, balbutiante encore, à cette époque où cultes romains et paganisme font bon ménage dans les campagnes françaises. Il s’entoure du clergé régulier (les moines, qui vivent selon des règles drastiques et dans la pauvreté, comprennent son combat). Le clergé séculier, celui des villes notamment, a trop tendance, à son goût, à s’installer dans le confort…. L’événement majeur pour lui, et pour la légende dorée qui naîtra ensuite, c’est sa nomination comme évêque de Tours. Quel chemin pour cet homme né en Hongrie et amené à présider le lourd évêché de Tours. Et quelle surprise pour les instances religieuses de Tours quand elles constatent que le nouvel évêque est un homme d’action, qui veut revenir à l’esprit de l’Évangile. Pauvreté et générosité. La loi d’amour quoi. Il se met alors en route. On le croise sur les routes de campagne, visitant les plus humbles, leur apportant la bonne parole. Ça ne vous rappelle pas quelqu’un ? Sauf que là, l’évêque Martin veut amener à cette loi d’amour des populations rustres, qui pratiquent encore des cultes païens et adhèrent à des croyances superstitieuses. Il arpente ainsi son évêché, mais pas que. Il sillonne les routes du nord, de la France et de l’Europe. Le culte de Saint Martin est très vivace en Belgique et en Allemagne. Comme le prouve cette sculpture contemporaine de Saint Martin, à Mayence, en Allemagne.


Saint Martin à Mayence

L’évêque des pauvres n’est d’ailleurs pas mort sur son siège épiscopal. Il est mort en pleine mission d’évangélisation, à Candes, près de Tours.

UNE TRADITION DUNKERQUOISE

Et c’est au cours d’une de ses nombreuses campagnes d’évangélisation qu’il se serait retrouvé à …Dunkerque. Et là, vous connaissez la légende. Son âne, le cheval du pauvre comme chacun sait, se serait égaré dans les dunes. Les enfants, figures de l’innocence que Martin voulait raviver dans le culte chrétien, l’aident à retrouver la bête. En récompense de leur persévérance à avancer dans l’obscurité guidés par la lumière (celle de la foi ? de l’amour?), l’homme pieux accomplit un miracle : il transforme les crottes de l’humble animal en petits pains… Observez bien le cortège qui suit Saint Martin : bien souvent, il est emmené par 4 porteurs de flambeaux… Symboles des 4 Evangiles que voulait répandre autrefois l’homme saint et qui le guidaient dans les ténèbres de l’ignorance… ?


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ENTRE OMBRE ET LUMIÈRE

Une fête de la lumière. Aussi. Vaincre l’obscurité naissante de l’hiver qui s’approche en cheminant, lanterne à la main. C’est un avant goût du solstice d’hiver, au mitant de l’année, qui annonce le retour progressif de la lumière. La Saint Martin serait comme une répétition générale de ce grand spectacle. Alors, le 10 novembre, au cœur du cortège de lampions, de betteraves et des enfants illuminés de joie, souvenons-nous un peu de cet homme qui, avant d’être un frère de Saint Nicolas et un vieil oncle du père Noël, fut un homme d’amour qui savait s’indigner…

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BLANCHE PEYRON : UNE VICTORIEUSE OUBLIEE

Dans Les Victorieuses, roman publié il y a quelques semaines, Laetitia Colombani (auteure de La Tresse), ressuscite Blanche Peyron, une oubliée de l’histoire de la lutte des femmes contre la précarité. Par la même occasion, elle redonne vie à un établissement méconnu du 11ème arrondissement de Paris : le Palais de la Femme. Retour sur ces deux monuments…

Le Palais de la Femme en 1920.

Situé au 94 rue de Charonne, le Palais de la Femme est une victoire sur l’adversité… De 1641 à 1904, le terrain est occupé par un couvent dominicain des Filles de la Croix. Cyrano de Bergerac serait enterré sous la bibliothèque, comme le rapporte Laetitia Colombani dans son roman :

Elle songe à Cyrano, recueillant les confidences de Christian brûlant d’amour pour Roxane. Au Palais, on dit que le véritable Cyrano de Bergerac est enterré ici, quelque part sous la bibliothèque, et non à Sannois comme le prétendent les biographes. Il aurait trouvé refuge dans le couvent jadis établi sur ce terrain, auprès de sa soeur religieuse…

C’est d’ailleurs par un écrit d’une Soeur anonyme de ce couvent des Filles de la Croix que s’ouvre et se referme le récit de Laetitia Colombani :

J’ai voulu me soustraire du monde, pour mieux en faire partie.

Je suis à la fois en son coeur et loin de lui. (…)

Dans ce cloître où le temps a arrêté son cours,

Je ferme les yeux et je prie.

Je prie pour ceux qui en ont besoin,

Ceux que la vie a blessés, entamés,

Laissés sur le bord du chemin.

Je prie pour ceux qui ont froid, qui ont faim,

Qui ont perdu l’espoir, qui ont perdu l’envie.

Je prie pour ceux qui n’ont plus rien. (XIXème siècle)

A croire que cet endroit de Paris était dévolu dès le XVIIème siècle à une lutte contre la pauvreté. Le couvent est détruit en 1904. En 1910, on bâtit une « maison ouvrière » comme il en existe plusieurs déjà à l’époque, pour héberger les ouvriers célibataires de la capitale. En 1914, ces ouvriers célibataires sont mobilisés ; le bâtiment se transforme alors pendant la Grande Guerre en hôpital ; le Ministère des Pensions y installe ensuite ses bureaux ; en 1924, Blanche Peyron, accompagnée de son époux Albin, veut faire de cet édifice imposant un lieu de refuge pour ces femmes déshéritées qu’elle rencontre régulièrement dans Paris. L’hiver est particulièrement rude cette année-là, et les lieux de refuge sont insuffisants pour accueillir le peuple souffrant de la capitale…

BLANCHE PEYRON : SOLDATE OUBLIEE

Blanche et Albin Peyron.

Tant que les femmes pleureront, je me battrai. Tant que des enfants auront faim et froid, je me battrai (…) Tant qu’il y aura dans la rue une fille qui se vend, je me battrai (…) Je me battrai, je me battrai, je me battrai…

William Booth, fondateur de l’Armée du Salut

Et Blanche se bat… Elle a 17 ans quand elle rencontre à Glasgow Catherine Booth Clibborn, la « Maréchale », l’épouse de William Booth. Que faire de sa vie ? Quel sens lui donner ? Comment être utile en ce monde et contribuer, à sa mesure, à le changer ? Ces paroles sont un détonateur pour Blanche. Fille d’une pieuse écossaise et d’un père pasteur français de l’Eglise Libre de Lyon, elle s’engage dans l’Armée du Salut et commence son oeuvre. Gravissant petit à petit les degrés de cette armée qui lutte contre la précarité, elle s’arrête un jour particulièrement froid de l’hiver 1924 devant ce bâtiment immense, et abandonné, de la rue de Charonne à Paris… L’idée d’en faire un Palais de la Femme, pour la femme, pour toutes celles qui dorment dehors et que le sort a meurtries, jaillit et ne la quitte plus. Avec l’aide de son époux, Albin, Blanche réunit, à force de conférences, d’actions diverses, d’appels aux dons de généreux donateurs, 11 millions de francs de l’époque. L’Armée peut offrir un Palais aux plus démunies… Le nom d’un donateur est inscrit sur chaque porte des 630 chambres. L’une d’entre elle porte le nom de « Blanche Peyron ».

Céramique située dans le porche de l’entrée principale.

Le bâtiment est inauguré en 1926. Blanche est nommée Chevalier de la Légion d’Honneur en 1931. Elle s’éteint d’un cancer généralisé en 1933.

Le roman de Laetitia Colombani retrace l’aventure généreuse de Blanche Peyron. Il se referme sur ces mots d’une Soeur du Couvent des Filles de La Croix, qui nous rappellent que le sens d’une vie réside peut-être dans le salut de celle des autres :

Le temps est venu de m’en aller,

En silence, sur la pointe des pieds.

Je n’emporte rien avec moi.

Je n’ai rien créé ici-bas,

Rien construit, rien produit,

Je n’ai rien enfanté.

Ma vie n’a été qu’une étincelle éphémère

Anonyme, comme tant d’autres, oubliées de l’Histoire.

Une petit flamme, infime et dérisoire.

Qu’importe. Je suis là, tout entière,

Dans le souffle de ma prière. (…)

Donnez de votre temps, donnez de votre argent,

Donnez ce que vous possédez,

Donnez ce que vous n’avez pas.

Quand votre heure aura sonné,

Vous vous envolerez vers des cieux inconnus,

Et vous vous sentirez plus légers.

Car je le dis en vérité :

Tout ce qui n’est pas donné est perdu…

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LEONARD DE VINCI, NI ITALIEN, NI FRANCAIS, HUMANISTE…

Il y a 500 ans, Léonard de Vinci venait s’installer en France, au Clos Lucé, près du château d’Amboise. À la demande d’un roi. François 1er. Pour y observer la nature, y finaliser quelques unes de ses inventions, y poursuivre ses recherches en mécanique, en botanique, en anatomie, en astronomie. Il y apporte sa Joconde, son Saint Jean Baptiste et sa Sainte Anne. La retraite du plus Italien des Français fut bien remplie et bien fleurie. Les roses colorent encore son jardin comme certains préceptes fleurissent encore une pensée tout empreinte de philosophie antique. Aperçu, ici,  de ces roses de l’esprit…

Etude sur la lumière, Léonard de Vinci.
Etude sur la lumière, Léonard de Vinci.

Regarde la lumière et admire sa beauté. Ferme l’œil et observe. Ce que tu as vu d’abord n’est plus et ce que tu verras ensuite n’est pas encore.

Etude des proportions du corps humain selon Vitruve, réalisée par Léonard de Vinci vers 1492.
Etude des proportions du corps humain selon Vitruve, réalisée par Léonard de Vinci vers 1492.

Si cette dépouille extérieure de l’homme (son corps) te paraît merveilleusement ouvragée, considère qu’elle n’est rien, auprès de l’âme qui l’a formée. En vérité, quel que soit l’homme, c’est toujours quelque chose de divin que l’homme incorpore.

L’œil, appelé fenêtre de l’âme, est la principale voie par où notre intellect peut apprécier pleinement et magnifiquement l’œuvre infinie de la nature.

Que les figures, que les couleurs, que toutes les espèces des parties de l’univers soient réduites à un point… quelle merveille que ce point !

Etude anatomique, Léonard de Vinci.
Etude anatomique, Léonard de Vinci.

Cœur : instrument merveilleux, inventé par le Maître suprême. Celui-ci se meut de lui-même et ne s’arrête point, sinon pour toujours.

La rigueur vient toujours à bout de l’obstacle.

Qui marche droit tombe rarement.

Il faut contempler ; il faut penser : qui pense peu se trompe beaucoup.

La Joconde, réalisée entre 1503 et 1506.
La Joconde, réalisée entre 1503 et 1506.

Une journée bien remplie donne un bon sommeil ; une vie bien remplie donne une mort tranquille.

Là où entre la fortune, la jalousie met le siège et s’acharne, et laisse en partant douleur et repentir.

Saint Jean Baptiste, réalisé entre 1513 et 1516.
Saint Jean Baptiste, réalisé entre 1513 et 1516.

On ne peut avoir d’empire plus petit, ni d’empire plus grand que celui qu’on a sur soi-même.

Un génie, un «honnête homme» comme on les surnommera plus tard, ces hommes complets, réalisés dans l’étude des sciences, de la nature et de l’humanité. Artiste et artisan. Léonard de Vinci avait-il un secret ? Oui, la rigueur et la détermination dans le travail. Il écrivait de gauche à droite. Une écriture spéculaire : qu’on peut déchiffrer en regardant dans un miroir. Nul secret à cacher… Juste une paresse que cet acharné de travail s’accorde en tant que gaucher et qui lui permettait, en outre, de ne pas salir ses manches sur l’encre fraîchement inscrite sur le papier…

Clos Lucé, Demeure de Léonard de Vinci, 37 100 Amboise. 02 17 57 00 73.

Le site du Clos Lucé : ici.

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DES TYRANS D’HIER, D’AUJOURD’HUI. DE LA SERVITUDE VOLONTAIRE. ET DE LA BOETIE…

« Par aventure, dit un jour La Boétie  à son ami Montaigne, n’étais-je point né si inutile que je n’eusse moyen de faire service à la chose publique ?» Jeune homme intelligent, plein d’ardeur, prodige politique de son époque : il intègre, par dérogation,  le Parlement de Bordeaux à 23 ans. La Boétie se passionne pour la politique, au sens noble du terme, et l’humain. Humanisme oblige. Féru, comme beaucoup d’érudits de la Renaissance, de littératures latine et grecque, il tente de comprendre le mécanisme des civilisations pour comprendre la sienne. Il meurt jeune, à 32 ans. Peut-être est-ce le prix à payer pour produire une pensée extraordinairement pertinente, et étonnamment pérenne. Aujourd’hui encore, son Discours de la Servitude volontaire crie de vérité et résonne d’une façon étrangement familière à nos oreilles, plus de 400 ans après sa parution. Non, La Boétie n’est pas né « inutile », et  ce petit ouvrage est le meilleur « service » à rendre « à la chose publique ». De la servitude et des tyrans d’aujourd’hui… c’est par ici…

Phrase extraite du Discours de la servitude volontaire de La Boétie.
Phrase extraite du Discours de la servitude volontaire de La Boétie.

SOYEZ RÉSOLUS DE NE PLUS SERVIR, ET VOUS VOILÀ LIBRES…

Cela paraît si simple… Mais qu’est-ce qui nous empêche de nous libérer du tyran ? Première réponse : la «coutume». Comprenez : les habitudes. La routine dirait-on aujourd’hui. L’homme accepte son asservissement parce que ses parents l’ont accepté avant lui, et parce que tout le monde autour de lui accepte.

C’est cela, que les hommes naissant sous le joug, et puis nourris et élevés dans le servage, sans regarder plus avant, se contentent de vivre comme ils sont nés, et ne pensent point avoir autre bien ni autre droit que ce qu’ils ont trouvé, ils prennent pour leur naturel l’état de leur naissance.

Autre explication ? Le manque de courage. De vaillance. Trop d’indifférence ?… Ou le manque de vertu, au sens où elle est courage de choisir la liberté contre la tyrannie, quel que soit le prix à payer… Mais qui aujourd’hui oserait renoncer à son petit confort pour renoncer aux tyrannies ? Et de quelle tyrannie parlons-nous ? De quels tyrans est-il question ? Hitler, Mussolini, Franco, Bokassa, Robert Mugabe, Denis Sassou N’Guesso, Alexandre Loukachenko, Idriss Déby, Paul Biya, Robert Mugabe, Kim Jon Un, Bachar Al Assad… La triste liste n’est pas exhaustive. Comment s’affranchir de ces tyrans qui sévissent encore aujourd’hui ? Aussi courageux qu’on soit, il est difficile d’admettre qu’on puisse se débarrasser de ces tyrans aussi facilement que La Boétie ne le prône dans son Discours…D’autant que ces hommes forts qui tétanisent des États sont les fantoches des puissances occidentales qui trouvent leur compte, qui satisfont leurs intérêts, en maintenant ces tyrans au pouvoir. Comment être vertueux, pour un État occidental, quand pétrole ou ressources rares sont à la clé ? Nous ne rappellerons pas le rôle honteux de la France dans ses relations avec l’Afrique, la fameuse FrançAfrique ou France à fric comme ironisent certains…Nous renvoyons pour cela à nos articles publiés : ici ou . Et ce mécanisme de corruption à tous les étages, qui permet de maintenir un tyran en place, La Boétie le décrit déjà à son époque :

Ce sont toujours quatre ou cinq qui maintiennent le tyran, quatre ou cinq qui tiennent tout le pays en servage. Toujours il a été que cinq ou six ont eu l’oreille du tyran, et s’y sont approchés d’eux-mêmes, ou bien ont été appelés par lui, pour être les complices de ses cruautés, les compagnons de ses plaisirs, les maquereaux de ses voluptés, et communs aux biens de ses pillages. Ces six adressent si bien leur chef, qu’il faut, pour la société, qu’il soit méchant, non pas seulement par ses méchancetés, mais encore des leurs. Ces six ont six cents qui profitent sous eux, et font de leurs six cents ce que les six font au tyran. Ces six cents en tiennent sous eux six mille, qu’ils ont élevés en état, auxquels ils font donner ou le gouvernement des provinces, ou le maniement des deniers, afin qu’ils tiennent la main à leur avarice et cruauté et qu’ils l’exécutent quand il sera temps, et fassent tant de maux d’ailleurs qu’ils ne puissent durer que sous leur ombre, ni s’exempter que par leur moyen des lois et de la peine.

On reconnaît en filigrane la mécanique infernale qui a organisé le système nazi, qui a entretenu la terreur stalinienne, qui maintient aujourd’hui encore dans le monde de petits chefs aux différents étages de la pyramide du pouvoir dans le monde…

La pyramide du capitalisme.
La pyramide du capitalisme.

LES AUTRES TYRANIES MODERNES

Bien sûr, des tyrannies déguisées prennent le pouvoir ici ou là en Occident. Mais les vraies tyrannies du monde modernes, ne sont-elles pas plus insidieuses ? N’avancent-elles pas sournoisement drapées dans le costume bien pensant de la démocratie de notre vieux monde ? Nos tyrannies modernes ont pour noms : finance, capital, loi du marché, consommation, politique politicienne, injustices sociales… Bill Gates, patron de Microsoft, Amancio Ortega, patron de Zara, Jeff Bezos, patron d’Amazon ou Liliane Bettencourt, patronne de L’Oréal, Bernard Arnault, Gérard Mulliez, Vincent Bolloré se partagent le pouvoir de l’argent, et le pouvoir politique si l’on creuse un peu du côté de leurs accointances avec des tyrans locaux en Afrique par exemple… Nous vous renvoyons pour cela à l’article très intéressant de Frédéric Munier du 11 septembre 2016, publié dans La Revue géopolitique, Diploweb.com :

« Le pétrole est devenu un dieu : il a ses dévots, il a un culte » soulignait l’écrivain Maxime du Camp à la fin du XIXe siècle, alors que débutait la deuxième révolution industrielle. Il relevait alors le prodigieux intérêt porté à l’or noir qui allait devenir en quelques décennies à la fois la principale source d’énergie mais aussi la première marchandise commercée de la planète. Un intérêt dont témoignent aujourd’hui les grandes puissances au chevet de l’Afrique, un continent dont les réserves et la production en pétrole, si elles sont modestes – avec respectivement 7,6% et 9,3% du total mondial – n’en demeurent pas moins décisives à une époque où règnent la diversification de l’approvisionnement et la multiplication des acteurs sur ce marché convoité. Parmi ces derniers, quatre zones/pays totalisent 90% des achats de pétrole africain : l’Union européenne, les Etats-Unis, la Chine et l’Inde. Aux yeux de ces grands ensembles et de leurs multinationales, publiques ou privées, l’Afrique représente un intérêt géopolitique majeur, particulièrement pour les pays d’Asie, tard venus sur le marché du pétrole : cela explique notamment leur activisme permanent, sous la forme d’accords de coopération économique, de soutien politique et militaire, jusqu’aux interventions armées qu’ils peuvent y mener. A cet égard, l’Afrique est devenue, en une génération, un véritable terrain de bataille. La suite de cet article : ici.

Et c’est vrai que « coutume » et « manque de courage » nous empêchent de nous affranchir de ces jougs… Nous pourrions aussi évoquer l’abêtissement programmé des masses par ce « pain et ces jeux » modernes que sont les divertissements les plus échevelés et la consommation la plus folle…

La consommation comme servitude consentie, "dictature douce et heureuse"...
La consommation comme servitude consentie, « dictature douce et heureuse »…

Pour conclure, comment changer ce monde-là ? Comment mettre fin au règne de ces tyrans, personnes physiques, ou engrenages financiers et politiques, qui gangrènent notre monde ? Laissons conclure La Boétie :

Mais, ô bon Dieu ! que peut être cela ? comment dirons-nous que cela s’appelle ? quel malheur est celui-là ? quel vice, ou plutôt quel malheureux vice ? Voir un nombre infini de personnes non pas obéir, mais servir ; non pas être gouvernés, mais tyrannisés (…) Apprenons donc quelquefois, apprenons à bien faire ; levons les yeux vers le ciel, ou pour notre honneur, ou pour l’amour même de la vertu, ou certes, apprenons à parler à bon escient…

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LES FEMMES DU 14 JUILLET. OLYMPE DE GOUGES

14 juillet. Les commémorations envahissent l’espace national. À l’heure où l’on célèbre les grands hommes qui ont fait la Révolution, on se rend compte que des femmes, grandes par leur pensée et leur action, sont oubliées. Les historiens ont souvent mis en avant les sanguinaires et les violents (Robespierre, Danton, Saint Just, parmi d’autres), passant sous silence l’œuvre des progressistes. Des femmes pour la plupart. Michel Onfray leur rend un hommage mérité dans La Force du sexe faible, sous-titré Contre histoire de la Révolution Française, ouvrage paru en mai 2016.  Histoire de remettre les pendules à l’heure. Parmi ces femmes, Olympe de Gouges. Portrait.

Olympe de Gouges, pastel de Alexandre Kucharski.
Olympe de Gouges, pastel de Alexandre Kucharski.

Olympe naît Marie Olympe Gouze en 1748, et son père n’est pas son père. Son père biologique est le marquis de Pompignan, chef du parti des Antiphilosophes, chef du parti bigot mais troussant volontiers ses servantes (faites ce que je dis, pas ce que je fais). Son père adoptif, Gouze, est un boucher traiteur. Elle parle occitan, sait à peine écrire. Et on se demande comment cette jeune femme si éloignée des Lumières sera leur porte parole le plus actif, voire le plus téméraire, sous la Révolution. Veuve et mère à 20 ans, elle modifie alors son identité. Elle devient Olympe de Gouges. Refuse de se marier à nouveau. Mais pas d’aimer. Et elle sera la compagne d’un haut fonctionnaire du Ministère de la Marine, qui lui assurera, en partie, son indépendance financière. Et voilà. Comme le dit Onfray, la libéralité de certains hommes peut faire la liberté de certaines femmes.

Très vite Olympe se passionne pour la littérature, la philosophie. Elle emménage à Paris où tout se joue en ces années d’effervescence intellectuelle. Elle écrit des pièces de théâtre. Beaucoup. Sur les sujets qui lui tiennent à cœur : La Nécessité du divorceMolière chez Ninon ou le Siècle des grands hommes, pièce sur l’insoumission des femmes ; Zamore et Mirza ou l’heureux naufrage, pièce qui s’insurge contre l’esclavage. Brissot, député qui sera à l’origine de la formation des Girondins, est le premier Français à lutter contre l’esclavage ; il importe la Société des Amis des Noirs, créée à Londres en 1787. Olympe y adhère. En 1788, elle publie des Réflexions sur les hommes nègres. Elle y dénonce le colonialisme, l’esclavage et la discrimination. Étonnante modernité.

Elle se passionne pour son pays. Elle publie nombreuses Réflexions qui sont des propositions d’une incroyable modernité là encore. Elle propose de redistribuer plus équitablement les richesses fustigeant « les capitalistes calculateurs qui refusent d’ouvrir leurs trésors ». Elle propose d’ouvrir des maisons pour les plus démunis, maisons qu’elle appelle « maisons du cœur » (De Olympe à Coluche… deux siècles…). Elle propose d’ouvrir des maisons pour que les femmes enceintes puissent accoucher en toute hygiène et en toute quiétude, aidées par des sages femmes. Des maternités quoi. Elle propose une sorte d’assurance sur les catastrophe naturelles, qui préserverait les paysans en cas de mauvaises récoltes (la France est paysanne dans sa presque globalité à l’époque). Elle s’insurge contre la peine de mort. Elle dénonce les conditions de détention en prison.

Et puis, elle écrit et lutte en faveur de l’égalité entre les hommes et les femmes. Dans un siècle où les femmes sont considérées comme épouses et/ou comme mères, soumises à leur père ou à leur époux, Olympe, s’inspirant peut-être du Discours sur la servitude volontaire de La Boëtie, proclame que c’est aux femmes de se libérer de ce joug masculin sous lequel elles se sont librement tenues pendant des siècles. Elle fréquente les salons de Mme Helvétius, épouse de l’audacieux philosophe et parlementaire qui osa s’insurger contre la peine de mort. Elle fréquente le salon de Mme Condorcet, épouse d’un autre éminent penseur. Elle croise dans ces salons Diderot, Chamfort, Condorcet, Beccaria, D’Alembert… Elle s’inscrit au Club de la révolution. Et c’est là, au contact de ces esprits éclairés, humanistes, qu’elle forge son féminisme :

Quelles que soient les barrières que l’on vous oppose, il est en votre pouvoir de les affranchir ; vous n’avez qu’à le vouloir.

Et voilà ce qu’elle propose en faveur des femmes : droit de vote, éligibilité, partage des fortunes, droits des enfants à connaître leur père et à hériter, pension alimentaire, protection des prostituées, mariage des prêtres, égalité avec les gens de couleur. Toutes ces idées sont développées dans LE texte d’Olympe de Gouges que tout le monde connaît maintenant : La Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne (1791), sorte de pied de nez tout à fait sérieux dans son contenu à la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, héritée de la Révolution Française

Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne (1791)
Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne (1791)

Voilà encore ce qu’elle y écrit :

La femme a le droit de monter à l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la tribune.

Témérité, audace de cette femme qui n’hésita pas à placarder ses propositions dans les rues de Paris. Témérité, audace de cette femme qui n’hésita pas à soumettre ses propositions à la Reine Marie Antoinette… à les distribuer aux Députés qui présidaient alors à la destinée de la France. À une époque où l’un d’entre eux, Sylvain Maréchal pour ne pas le nommer, proposait une loi portant défense d’apprendre à lire aux femmes !

Préambule de la DDFC.
Préambule de la DDFC.

Le 3 novembre 1793, elle est guillotinée, Place de la République. 15 jours après Marie Antoinette.

Retenons encore cette réflexion sur l’humaine condition, qu’elle livre dans La Fierté de l’innocence ou Le silence du véritable patriotisme, et qui fait écho dans nos sociétés, où il s’en faut parfois de peu pour qu’une démocratie devienne tyrannie :

Le sang, disent les féroces agitateurs, fait les révolutions. Le sang même des coupables, versé avec profusion et cruauté, souille éternellement les révolutions, bouleverse tout à coup les cœurs, les esprits, les opinions et, d’un système de gouvernement, on passe rapidement à un autre.

Une mise en  garde contre les sanguinaires et les violents de tous bords…

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JULIE VICTOIRE : PREMIERE BACHELIERE DE FRANCE !

A l’heure où les tableaux affichés à la porte des lycées (méthode traditionnelle) ou les serveurs académiques égrènent les résultats du bac 2019, à l’heure des rattrapages pour certain(e)s… souvenons-nous que cet examen, grade universitaire au Moyen Âge, puis séries d’épreuves instaurées par Napoléon 1er, n’a été accessible pour les filles qu’en … 1861 ! C’est pas le Moyen Âge, c’était presque hier. Et la première jeune femme bachelière de France  s’appelle… Victoire !

VICTOIRE AU LYCÉE

21 décembre 1880 : Camille Sée, député et ami de Jules Ferry, fait voter une loi qui permet aux filles d’accéder à l’enseignement secondaire public. Jusque là, les jeunes filles devaient, pour suivre cet enseignement, se tourner vers les établissements privés et catholiques. Dans les établissements publics, les cours de religion sont alors remplacés par des cours de morale. Progressivement, l’Église n’a plus le monopole sur la vie intellectuelle et spirituelle des filles… L’année suivante, le même Camille Sée fait voter une loi créant une section de formation d’enseignantes à l’École Normale de Sèvres. La mixité n’est pas encore à l’ordre du jour. Il faut donc des femmes pour enseigner aux femmes dans le secondaire.

Victoire Julie Daubié
Victoire Julie Daubié

Julie-Victoire Daubié, née le 26 mars 1824 à Bains-les-Bains dans les Vosges et morte le 26 août 1874 à 50 ans à Fontenoy-le-Château, est la première femme française ayant obtenu le droit de se présenter au baccalauréat à Lyon en 1861, et la première à l’obtenir le 17 août 1861. C’est aussi la première licencié (sans « e », orthographe de l’époque) ès lettres le 28 octobre 1872. Elle sera journaliste.

ET AUJOURD’HUI ?

Où en est-on aujourd’hui de la formation des filles dans l’enseignement secondaire ? Quelques chiffres et statistiques sur ce site de l’Éducation Nationale : ici. On y apprend que : les filles sont moins souvent en retard scolaire que les garçons, quel que soit le milieu social d’origine. Les filles meilleures en français devancent les garçons en sciences en fin de collège. Après la 3ème, les filles s’orientent davantage vers l’enseignement général et technologique. Les filles font plus des choix d’enseignements littéraires et les garçons d’enseignements scientifiques ou technologiques. Conséquence de ces choix, la mixité est rarement atteinte : 87 % de filles en santé-social et 87 % de garçons en sciences de l’ingénieur. En fin de seconde Générale et Technologique, les choix de séries diffèrent : les filles vont davantage vers les premières ES (économie et social) et L (littéraire) et les garçons vers les premières scientifiques…  ce qui produit, encore une fois, peu de parité dans les séries. 41,5 % des élèves des terminales scientifiques sont des filles. Gageons que le Bac nouvelle formule à spécialités bénéficiera à la parité…

78 % des filles et 70 % des garçons ont le baccalauréat… À l’université, plus de 70 % de femmes en lettres et en langues, moins de 30 % en sciences fondamentales et en Staps (filière sportive). Peu de filles en classes préparatoires scientifiques et peu de garçons en classes préparatoires littéraires. Des filles plus souvent titulaires de diplômes généraux et des garçons plus souvent titulaires de diplômes professionnels. 44 % de femmes parmi les docteurs et 29 % parmi les ingénieurs. 57 % des docteurs en lettres sont des femmes, 38 % de femmes parmi les docteurs en science. À la sortie du système éducatif, les femmes sont plus diplômées. Pourtant, elles ne sont pas majoritaires sur le marché du travail, occupent souvent des emplois à temps partiel, et gagnent moins que les hommes à diplôme et emploi équivalents dans certaines entreprises encore…

L'égalité dans l'éducation des filles et des garçons reste un vaste chantier.
L’égalité dans l’éducation des filles et des garçons reste un vaste chantier.

La convention interministérielle pour l’égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes dans le système éducatif, signée pour la période 2013-2018 par six ministres,  s’inscrit dans un fort engagement gouvernemental défini lors du comité interministériel des droits des femmes de novembre 2012.
La convention est articulée autour de trois chantiers prioritaires : 1. Acquérir et transmettre une culture de l’égalité entre les sexes. 2. Renforcer l’éducation au respect mutuel et à l’égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes. 3. S’engager pour une plus grande mixité des filières de formation à tous les niveaux d’études. Pour que la parité ne soit plus un vœu pieux…

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