DES TYRANS D’HIER, D’AUJOURD’HUI. DE LA SERVITUDE VOLONTAIRE. ET DE LA BOETIE…

« Par aventure, dit un jour La Boétie  à son ami Montaigne, n’étais-je point né si inutile que je n’eusse moyen de faire service à la chose publique ?» Jeune homme intelligent, plein d’ardeur, prodige politique de son époque : il intègre, par dérogation,  le Parlement de Bordeaux à 23 ans. La Boétie se passionne pour la politique, au sens noble du terme, et l’humain. Humanisme oblige. Féru, comme beaucoup d’érudits de la Renaissance, de littératures latine et grecque, il tente de comprendre le mécanisme des civilisations pour comprendre la sienne. Il meurt jeune, à 32 ans. Peut-être est-ce le prix à payer pour produire une pensée extraordinairement pertinente, et étonnamment pérenne. Aujourd’hui encore, son Discours de la Servitude volontaire crie de vérité et résonne d’une façon étrangement familière à nos oreilles, plus de 400 ans après sa parution. Non, La Boétie n’est pas né « inutile », et  ce petit ouvrage est le meilleur « service » à rendre « à la chose publique ». De la servitude et des tyrans d’aujourd’hui… c’est par ici…

Phrase extraite du Discours de la servitude volontaire de La Boétie.
Phrase extraite du Discours de la servitude volontaire de La Boétie.

SOYEZ RÉSOLUS DE NE PLUS SERVIR, ET VOUS VOILÀ LIBRES…

Cela paraît si simple… Mais qu’est-ce qui nous empêche de nous libérer du tyran ? Première réponse : la «coutume». Comprenez : les habitudes. La routine dirait-on aujourd’hui. L’homme accepte son asservissement parce que ses parents l’ont accepté avant lui, et parce que tout le monde autour de lui accepte.

C’est cela, que les hommes naissant sous le joug, et puis nourris et élevés dans le servage, sans regarder plus avant, se contentent de vivre comme ils sont nés, et ne pensent point avoir autre bien ni autre droit que ce qu’ils ont trouvé, ils prennent pour leur naturel l’état de leur naissance.

Autre explication ? Le manque de courage. De vaillance. Trop d’indifférence ?… Ou le manque de vertu, au sens où elle est courage de choisir la liberté contre la tyrannie, quel que soit le prix à payer… Mais qui aujourd’hui oserait renoncer à son petit confort pour renoncer aux tyrannies ? Et de quelle tyrannie parlons-nous ? De quels tyrans est-il question ? Hitler, Mussolini, Franco, Bokassa, Robert Mugabe, Denis Sassou N’Guesso, Alexandre Loukachenko, Idriss Déby, Paul Biya, Robert Mugabe, Kim Jon Un, Bachar Al Assad… La triste liste n’est pas exhaustive. Comment s’affranchir de ces tyrans qui sévissent encore aujourd’hui ? Aussi courageux qu’on soit, il est difficile d’admettre qu’on puisse se débarrasser de ces tyrans aussi facilement que La Boétie ne le prône dans son Discours…D’autant que ces hommes forts qui tétanisent des États sont les fantoches des puissances occidentales qui trouvent leur compte, qui satisfont leurs intérêts, en maintenant ces tyrans au pouvoir. Comment être vertueux, pour un État occidental, quand pétrole ou ressources rares sont à la clé ? Nous ne rappellerons pas le rôle honteux de la France dans ses relations avec l’Afrique, la fameuse FrançAfrique ou France à fric comme ironisent certains…Nous renvoyons pour cela à nos articles publiés : ici ou . Et ce mécanisme de corruption à tous les étages, qui permet de maintenir un tyran en place, La Boétie le décrit déjà à son époque :

Ce sont toujours quatre ou cinq qui maintiennent le tyran, quatre ou cinq qui tiennent tout le pays en servage. Toujours il a été que cinq ou six ont eu l’oreille du tyran, et s’y sont approchés d’eux-mêmes, ou bien ont été appelés par lui, pour être les complices de ses cruautés, les compagnons de ses plaisirs, les maquereaux de ses voluptés, et communs aux biens de ses pillages. Ces six adressent si bien leur chef, qu’il faut, pour la société, qu’il soit méchant, non pas seulement par ses méchancetés, mais encore des leurs. Ces six ont six cents qui profitent sous eux, et font de leurs six cents ce que les six font au tyran. Ces six cents en tiennent sous eux six mille, qu’ils ont élevés en état, auxquels ils font donner ou le gouvernement des provinces, ou le maniement des deniers, afin qu’ils tiennent la main à leur avarice et cruauté et qu’ils l’exécutent quand il sera temps, et fassent tant de maux d’ailleurs qu’ils ne puissent durer que sous leur ombre, ni s’exempter que par leur moyen des lois et de la peine.

On reconnaît en filigrane la mécanique infernale qui a organisé le système nazi, qui a entretenu la terreur stalinienne, qui maintient aujourd’hui encore dans le monde de petits chefs aux différents étages de la pyramide du pouvoir dans le monde…

La pyramide du capitalisme.
La pyramide du capitalisme.

LES AUTRES TYRANIES MODERNES

Bien sûr, des tyrannies déguisées prennent le pouvoir ici ou là en Occident. Mais les vraies tyrannies du monde modernes, ne sont-elles pas plus insidieuses ? N’avancent-elles pas sournoisement drapées dans le costume bien pensant de la démocratie de notre vieux monde ? Nos tyrannies modernes ont pour noms : finance, capital, loi du marché, consommation, politique politicienne, injustices sociales… Bill Gates, patron de Microsoft, Amancio Ortega, patron de Zara, Jeff Bezos, patron d’Amazon ou Liliane Bettencourt, patronne de L’Oréal, Bernard Arnault, Gérard Mulliez, Vincent Bolloré se partagent le pouvoir de l’argent, et le pouvoir politique si l’on creuse un peu du côté de leurs accointances avec des tyrans locaux en Afrique par exemple… Nous vous renvoyons pour cela à l’article très intéressant de Frédéric Munier du 11 septembre 2016, publié dans La Revue géopolitique, Diploweb.com :

« Le pétrole est devenu un dieu : il a ses dévots, il a un culte » soulignait l’écrivain Maxime du Camp à la fin du XIXe siècle, alors que débutait la deuxième révolution industrielle. Il relevait alors le prodigieux intérêt porté à l’or noir qui allait devenir en quelques décennies à la fois la principale source d’énergie mais aussi la première marchandise commercée de la planète. Un intérêt dont témoignent aujourd’hui les grandes puissances au chevet de l’Afrique, un continent dont les réserves et la production en pétrole, si elles sont modestes – avec respectivement 7,6% et 9,3% du total mondial – n’en demeurent pas moins décisives à une époque où règnent la diversification de l’approvisionnement et la multiplication des acteurs sur ce marché convoité. Parmi ces derniers, quatre zones/pays totalisent 90% des achats de pétrole africain : l’Union européenne, les Etats-Unis, la Chine et l’Inde. Aux yeux de ces grands ensembles et de leurs multinationales, publiques ou privées, l’Afrique représente un intérêt géopolitique majeur, particulièrement pour les pays d’Asie, tard venus sur le marché du pétrole : cela explique notamment leur activisme permanent, sous la forme d’accords de coopération économique, de soutien politique et militaire, jusqu’aux interventions armées qu’ils peuvent y mener. A cet égard, l’Afrique est devenue, en une génération, un véritable terrain de bataille. La suite de cet article : ici.

Et c’est vrai que « coutume » et « manque de courage » nous empêchent de nous affranchir de ces jougs… Nous pourrions aussi évoquer l’abêtissement programmé des masses par ce « pain et ces jeux » modernes que sont les divertissements les plus échevelés et la consommation la plus folle…

La consommation comme servitude consentie, "dictature douce et heureuse"...
La consommation comme servitude consentie, « dictature douce et heureuse »…

Pour conclure, comment changer ce monde-là ? Comment mettre fin au règne de ces tyrans, personnes physiques, ou engrenages financiers et politiques, qui gangrènent notre monde ? Laissons conclure La Boétie :

Mais, ô bon Dieu ! que peut être cela ? comment dirons-nous que cela s’appelle ? quel malheur est celui-là ? quel vice, ou plutôt quel malheureux vice ? Voir un nombre infini de personnes non pas obéir, mais servir ; non pas être gouvernés, mais tyrannisés (…) Apprenons donc quelquefois, apprenons à bien faire ; levons les yeux vers le ciel, ou pour notre honneur, ou pour l’amour même de la vertu, ou certes, apprenons à parler à bon escient…

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LES FEMMES DU 14 JUILLET. OLYMPE DE GOUGES

14 juillet. Les commémorations envahissent l’espace national. À l’heure où l’on célèbre les grands hommes qui ont fait la Révolution, on se rend compte que des femmes, grandes par leur pensée et leur action, sont oubliées. Les historiens ont souvent mis en avant les sanguinaires et les violents (Robespierre, Danton, Saint Just, parmi d’autres), passant sous silence l’œuvre des progressistes. Des femmes pour la plupart. Michel Onfray leur rend un hommage mérité dans La Force du sexe faible, sous-titré Contre histoire de la Révolution Française, ouvrage paru en mai 2016.  Histoire de remettre les pendules à l’heure. Parmi ces femmes, Olympe de Gouges. Portrait.

Olympe de Gouges, pastel de Alexandre Kucharski.
Olympe de Gouges, pastel de Alexandre Kucharski.

Olympe naît Marie Olympe Gouze en 1748, et son père n’est pas son père. Son père biologique est le marquis de Pompignan, chef du parti des Antiphilosophes, chef du parti bigot mais troussant volontiers ses servantes (faites ce que je dis, pas ce que je fais). Son père adoptif, Gouze, est un boucher traiteur. Elle parle occitan, sait à peine écrire. Et on se demande comment cette jeune femme si éloignée des Lumières sera leur porte parole le plus actif, voire le plus téméraire, sous la Révolution. Veuve et mère à 20 ans, elle modifie alors son identité. Elle devient Olympe de Gouges. Refuse de se marier à nouveau. Mais pas d’aimer. Et elle sera la compagne d’un haut fonctionnaire du Ministère de la Marine, qui lui assurera, en partie, son indépendance financière. Et voilà. Comme le dit Onfray, la libéralité de certains hommes peut faire la liberté de certaines femmes.

Très vite Olympe se passionne pour la littérature, la philosophie. Elle emménage à Paris où tout se joue en ces années d’effervescence intellectuelle. Elle écrit des pièces de théâtre. Beaucoup. Sur les sujets qui lui tiennent à cœur : La Nécessité du divorceMolière chez Ninon ou le Siècle des grands hommes, pièce sur l’insoumission des femmes ; Zamore et Mirza ou l’heureux naufrage, pièce qui s’insurge contre l’esclavage. Brissot, député qui sera à l’origine de la formation des Girondins, est le premier Français à lutter contre l’esclavage ; il importe la Société des Amis des Noirs, créée à Londres en 1787. Olympe y adhère. En 1788, elle publie des Réflexions sur les hommes nègres. Elle y dénonce le colonialisme, l’esclavage et la discrimination. Étonnante modernité.

Elle se passionne pour son pays. Elle publie nombreuses Réflexions qui sont des propositions d’une incroyable modernité là encore. Elle propose de redistribuer plus équitablement les richesses fustigeant « les capitalistes calculateurs qui refusent d’ouvrir leurs trésors ». Elle propose d’ouvrir des maisons pour les plus démunis, maisons qu’elle appelle « maisons du cœur » (De Olympe à Coluche… deux siècles…). Elle propose d’ouvrir des maisons pour que les femmes enceintes puissent accoucher en toute hygiène et en toute quiétude, aidées par des sages femmes. Des maternités quoi. Elle propose une sorte d’assurance sur les catastrophe naturelles, qui préserverait les paysans en cas de mauvaises récoltes (la France est paysanne dans sa presque globalité à l’époque). Elle s’insurge contre la peine de mort. Elle dénonce les conditions de détention en prison.

Et puis, elle écrit et lutte en faveur de l’égalité entre les hommes et les femmes. Dans un siècle où les femmes sont considérées comme épouses et/ou comme mères, soumises à leur père ou à leur époux, Olympe, s’inspirant peut-être du Discours sur la servitude volontaire de La Boëtie, proclame que c’est aux femmes de se libérer de ce joug masculin sous lequel elles se sont librement tenues pendant des siècles. Elle fréquente les salons de Mme Helvétius, épouse de l’audacieux philosophe et parlementaire qui osa s’insurger contre la peine de mort. Elle fréquente le salon de Mme Condorcet, épouse d’un autre éminent penseur. Elle croise dans ces salons Diderot, Chamfort, Condorcet, Beccaria, D’Alembert… Elle s’inscrit au Club de la révolution. Et c’est là, au contact de ces esprits éclairés, humanistes, qu’elle forge son féminisme :

Quelles que soient les barrières que l’on vous oppose, il est en votre pouvoir de les affranchir ; vous n’avez qu’à le vouloir.

Et voilà ce qu’elle propose en faveur des femmes : droit de vote, éligibilité, partage des fortunes, droits des enfants à connaître leur père et à hériter, pension alimentaire, protection des prostituées, mariage des prêtres, égalité avec les gens de couleur. Toutes ces idées sont développées dans LE texte d’Olympe de Gouges que tout le monde connaît maintenant : La Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne (1791), sorte de pied de nez tout à fait sérieux dans son contenu à la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, héritée de la Révolution Française

Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne (1791)
Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne (1791)

Voilà encore ce qu’elle y écrit :

La femme a le droit de monter à l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la tribune.

Témérité, audace de cette femme qui n’hésita pas à placarder ses propositions dans les rues de Paris. Témérité, audace de cette femme qui n’hésita pas à soumettre ses propositions à la Reine Marie Antoinette… à les distribuer aux Députés qui présidaient alors à la destinée de la France. À une époque où l’un d’entre eux, Sylvain Maréchal pour ne pas le nommer, proposait une loi portant défense d’apprendre à lire aux femmes !

Préambule de la DDFC.
Préambule de la DDFC.

Le 3 novembre 1793, elle est guillotinée, Place de la République. 15 jours après Marie Antoinette.

Retenons encore cette réflexion sur l’humaine condition, qu’elle livre dans La Fierté de l’innocence ou Le silence du véritable patriotisme, et qui fait écho dans nos sociétés, où il s’en faut parfois de peu pour qu’une démocratie devienne tyrannie :

Le sang, disent les féroces agitateurs, fait les révolutions. Le sang même des coupables, versé avec profusion et cruauté, souille éternellement les révolutions, bouleverse tout à coup les cœurs, les esprits, les opinions et, d’un système de gouvernement, on passe rapidement à un autre.

Une mise en  garde contre les sanguinaires et les violents de tous bords…

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JULIE VICTOIRE : PREMIERE BACHELIERE DE FRANCE !

A l’heure où les tableaux affichés à la porte des lycées (méthode traditionnelle) ou les serveurs académiques égrènent les résultats du bac 2019, à l’heure des rattrapages pour certain(e)s… souvenons-nous que cet examen, grade universitaire au Moyen Âge, puis séries d’épreuves instaurées par Napoléon 1er, n’a été accessible pour les filles qu’en … 1861 ! C’est pas le Moyen Âge, c’était presque hier. Et la première jeune femme bachelière de France  s’appelle… Victoire !

VICTOIRE AU LYCÉE

21 décembre 1880 : Camille Sée, député et ami de Jules Ferry, fait voter une loi qui permet aux filles d’accéder à l’enseignement secondaire public. Jusque là, les jeunes filles devaient, pour suivre cet enseignement, se tourner vers les établissements privés et catholiques. Dans les établissements publics, les cours de religion sont alors remplacés par des cours de morale. Progressivement, l’Église n’a plus le monopole sur la vie intellectuelle et spirituelle des filles… L’année suivante, le même Camille Sée fait voter une loi créant une section de formation d’enseignantes à l’École Normale de Sèvres. La mixité n’est pas encore à l’ordre du jour. Il faut donc des femmes pour enseigner aux femmes dans le secondaire.

Victoire Julie Daubié
Victoire Julie Daubié

Julie-Victoire Daubié, née le 26 mars 1824 à Bains-les-Bains dans les Vosges et morte le 26 août 1874 à 50 ans à Fontenoy-le-Château, est la première femme française ayant obtenu le droit de se présenter au baccalauréat à Lyon en 1861, et la première à l’obtenir le 17 août 1861. C’est aussi la première licencié (sans « e », orthographe de l’époque) ès lettres le 28 octobre 1872. Elle sera journaliste.

ET AUJOURD’HUI ?

Où en est-on aujourd’hui de la formation des filles dans l’enseignement secondaire ? Quelques chiffres et statistiques sur ce site de l’Éducation Nationale : ici. On y apprend que : les filles sont moins souvent en retard scolaire que les garçons, quel que soit le milieu social d’origine. Les filles meilleures en français devancent les garçons en sciences en fin de collège. Après la 3ème, les filles s’orientent davantage vers l’enseignement général et technologique. Les filles font plus des choix d’enseignements littéraires et les garçons d’enseignements scientifiques ou technologiques. Conséquence de ces choix, la mixité est rarement atteinte : 87 % de filles en santé-social et 87 % de garçons en sciences de l’ingénieur. En fin de seconde Générale et Technologique, les choix de séries diffèrent : les filles vont davantage vers les premières ES (économie et social) et L (littéraire) et les garçons vers les premières scientifiques…  ce qui produit, encore une fois, peu de parité dans les séries. 41,5 % des élèves des terminales scientifiques sont des filles. Gageons que le Bac nouvelle formule à spécialités bénéficiera à la parité…

78 % des filles et 70 % des garçons ont le baccalauréat… À l’université, plus de 70 % de femmes en lettres et en langues, moins de 30 % en sciences fondamentales et en Staps (filière sportive). Peu de filles en classes préparatoires scientifiques et peu de garçons en classes préparatoires littéraires. Des filles plus souvent titulaires de diplômes généraux et des garçons plus souvent titulaires de diplômes professionnels. 44 % de femmes parmi les docteurs et 29 % parmi les ingénieurs. 57 % des docteurs en lettres sont des femmes, 38 % de femmes parmi les docteurs en science. À la sortie du système éducatif, les femmes sont plus diplômées. Pourtant, elles ne sont pas majoritaires sur le marché du travail, occupent souvent des emplois à temps partiel, et gagnent moins que les hommes à diplôme et emploi équivalents dans certaines entreprises encore…

L'égalité dans l'éducation des filles et des garçons reste un vaste chantier.
L’égalité dans l’éducation des filles et des garçons reste un vaste chantier.

La convention interministérielle pour l’égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes dans le système éducatif, signée pour la période 2013-2018 par six ministres,  s’inscrit dans un fort engagement gouvernemental défini lors du comité interministériel des droits des femmes de novembre 2012.
La convention est articulée autour de trois chantiers prioritaires : 1. Acquérir et transmettre une culture de l’égalité entre les sexes. 2. Renforcer l’éducation au respect mutuel et à l’égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes. 3. S’engager pour une plus grande mixité des filières de formation à tous les niveaux d’études. Pour que la parité ne soit plus un vœu pieux…

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MDT à L’EMMD de CDK ou MUSIQUE DANSE THEATRE à l’Ecole Municipale de Musique et de Danse de Coudekerque Branche…

« Le 21 juin, ce sera l’été. Et pour fêter son arrivée, M. Jack Lang, Ministre de la Culture (applaudissements) a décidé de lancer une vaste fête de la musique. » C’est par ces mots, prononcés par les élèves de la section Théâtre, que l’Ecole Municipale de Musique et de Danse (et de Théâtre, hihi !) de Coudekerque Branche a lancé son spectacle de fin d’année, le 15 juin dernier, dans la Salle Molière de l’espace Jean Vilar… Retour en images sur ce grand moment…

Elèves de la section "Pratique collective-Théâtre" de l'EMMD.
Elèves de la section « Pratique collective – Théâtre » de l’EMMD, dirigée par Marjorie Tricot.

Un orchestre symphonique, une petite Harmonie, des danseuses, des choristes et des comédiens ont assuré le spectacle de clôture d’une année de travail. Les élèves et leurs professeurs ont travaillé sur des œuvres aussi variées que la Septième Symphonie de Beethoven, Palladio de Karl Jenkins, l’Ave Maria de Cacini et/ou de Vavilov, la Barcarolle d’Offenbach ou Carmina Burana de Karl Orff…

La Symphonietta, dirigée par Ludovic Minne, et la Chorale, dirigée par Sébastien Blanquart.

Les élèves de fin de Cycle I et de fin de Cycle II, en formation musicale, instrument et danse, ont été récompensés…

Les élèves de la section Théâtre (pratique collective proposée cette année, en plus du chant choral et de l’orchestre) ont assuré la fluidité des transitions en interprétant des saynètes inspirées de Feydeau ou de textes d’auteurs à propos de la musique.

Après Misérables ! en 2016 (voir les articles, par , et , ici, et ici et ) , Roméo et Juliette en 2018 (voir les articles ici et ), les professeurs des différentes sections (orchestre, chorale, danse et théâtre) disposent d’un vivier dynamique d’élèves motivés pour monter dès septembre prochain un autre grand spectacle : Notre Dame de Paris. 1482-2020. D’après le roman de Victor Hugo (1831), bien sûr, et qui puisera aussi aux sources du ballet de Jules Perrot et Cesare Pugni, créé en 1844, La Esmeralda, et de celui de Roland Petit, sur une musique de Maurice Jarre, joué en 1965. Des extraits du Bossu de Notre Dame, dessin animé sorti en 1996 et de la comédie musicale, qui a fêté ses 20 ans d’existence en 2018…

Bravo encore à tous ces jeunes talents ! Et rendez-vous dès la saison prochaine, pour jouer, danser, bref fêter la musique, et tous les arts, à l’EMMD de CDK !

Merci à Amandine Plancke, photographe de la Ville de Coudekerque Branche, pour les photos…

MAGNUM ET LES PERES ETERNELS

L’agence Magnum a fêté ses 70 ans d’existence en 2017. Robert Capa, Henri Cartier Bresson, George Rodger, David Seymour, et leurs nombreux successeurs ont capturé des milliers d’instants de grâce de notre humanité, anonyme ou renommée. Les pères sont à l’honneur dans cet album-ci…

USA. 1968. Robert KENNEDY avec ses 9 enfants. Burt Glinn.

USA. Caroline du Sud. 1966. Constantine Manos.

Elliott Erwitt

CANADA. Ontario. 1994. ©Larry Towell/Magnum Photos

G.B. Pays de Galles. Course en sacs des pères.1977. David Hurn.

Pour retrouver les milliers d’autres clichés de l’agence Magnum, pères, mères, enfants, humanité anonyme et bouleversante, cliquez ici et .

TRAGEDIES DE L’ESCLAVAGE

Parce qu’aujourd’hui, en Lybie, on achète et on vend des candidats au rêve occidental qui meurent oubliés de tous en pleine Méditerranée. Parce qu’aujourd’hui, en Syrie ou dans certains pays d’Afrique, on achète des femmes pour combler les rêves de Paradis de soldats fous de Dieu… Parce qu’aujourd’hui, en Afrique encore, on achète des enfants pour qu’ils travaillent à l’extraction de minerais précieux à la fabrication de nos smartphones. 10 mai. Depuis le  31 mars 2006, la journée du 10 mai est officiellement reconnue comme « Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions ». Le but ici n’est pas de retracer l’histoire du commerce triangulaire, de la traite jusqu’à l’abolition, acquise après maints revirements. Voyez plutôt une modeste contribution au « devoir de mémoire ». Pour ne pas oublier ce crime contre l’humanité. Des mots pour méditer sur l’esclavage, et l’esclavage moderne en particulier. Deux œuvres théâtrales qui traitent de la traite…

Statue en Mémoire de l'Esclavage, Robert Ford, Ile de Gorée, Sénégal.
Statue en Mémoire de l’Esclavage, Robert Ford, Ile de Gorée, Sénégal.

TRAGIQUE CÉSAIRE

La Tragédie du Roi Christophe. Aimé Césaire. 1964. On est à l’époque en pleine décolonisation. Et cette pièce contre les tyrannies, toutes les tyrannies, semble dirigée à la fois contre l’esclavage en Haïti au début du XIXème siècle (elle s’inscrit dans ce contexte historique) et aussi contre l’Europe colonisatrice qui perd peu à peu de son hégémonie dans les années 1960. Cette pièce raconte la lutte du peuple haïtien pour la liberté. Elle raconte aussi l’irrésistible chute de Henri Christophe, ancien esclave, dans la démesure et la mégalomanie. Lui, le héros de la révolte des esclaves, compagnon de lutte de Toussaint Louverture, est nommé Président à vie en 1807, puis roi. C’est ce que Aimé Césaire raconte. À l’esclavage succède un autre esclavage. Le tyran blanc laisse la place à un tyran noir. Comment concilier les lourds héritages de l’esclavage, de la décolonisation et des racines africaines ?  Sassou N’Guesso, Biya… et bien d’autres ressemblent étrangement au Roi Christophe… Laissons parler la poésie du texte de Césaire. Écoutons ce que Madame Christophe reproche à son époux :

Christophe, à vouloir poser la toiture d’une case, sur une autre case, elle tombe dedans ou se trouve grande ! Christophe ne demande pas trop aux hommes et à toi-même, pas trop ! Et puis je suis une mère et quand parfois je te vois emporté sur le cheval de ton cœur fougueux, le mien à moi, trébuche et je me dis : pourvu qu’un jour on ne mesure pas au malheur des enfants la démesure du père. Nos enfants, Christophe, songe à nos enfants. Mon Dieu ! Comment tout cela finira-t-il ?

Et voilà ce que répond Henri Christophe :

Je demande trop aux hommes ! Mais pas assez aux nègres, Madame ! S’il y a une chose qui, autant que les propos des esclavagistes, m’irrite, c’est d’entendre nos philanthropes clamer, dans le meilleur esprit sans doute, que tous les hommes sont des hommes et qu’il n’y a ni Blancs ni Noirs. C’est penser à son aise, et hors du monde, Madame. Tous les hommes ont mêmes droits. J’y souscris. Mais du commun lot, il en est qui ont plus de devoirs que d’autres. Là est l’inégalité. Une inégalité de sommations, comprenez-vous ? A qui fera-t-on croire que tous les hommes, je dis tous, sans privilège, sans particulière exonération, ont connu la déportation, la traite, l’esclavage, le collectif ravalement à la bête, le total outrage, la vaste insulte, que tous, ils ont reçu plaqué sur le corps, au visage, l’omni-niant crachat ! Nous seuls, Madame, vous m’entendez, nous seuls, les nègres ! Alors, au fond de la fosse ! C’est bien ainsi que je l’entends. Au plus bas de la fosse. C’est là que nous crions ; de là que nous aspirons à l’air, à la lumière, au soleil. Et si nous voulons remonter, voyez comme s’imposent à nous, le pied qui s’arcboute, le muscle qui se tend, les dents qui se serrent, la tête, oh ! la tête large et froide ! Et voilà pourquoi il faut en demander aux nègres plus qu’aux autres : plus de travail, plus de foi, plus d’enthousiasme, un pas, un autre pas, encore un autre pas et tenir gagné chaque pas ! C’est d’une remontée jamais vue que je parle, Messieurs, et malheur à celui dont le pied flanche !

Et Césaire encore : Savez-vous pourquoi il travaille jour et nuit ? Savez-vous, ces lubies féroces, comme vous dîtes, ce travail forcené… C’est pour que désormais il n’y ait plus de par le monde une jeune fille noire qui ait honte de sa peau et trouve dans sa couleur un obstacle à la réalisation des vœux de son cœur.

D’UNE TRAGÉDIE À L’AUTRE

La Mission, Souvenir d’une révolution. Heiner Muller. Magnifique, encore. Parue en 1979. Jouée pour la première en France en 1982. Le contexte historique de l’action : la première tentative d’abolition de l’esclavage aux Antilles après la Révolution Française. Cela commence avec la révolte des esclaves de Saint Domingue en 1791. En février 1794, l’abolition est proclamée dans toutes les colonies françaises. C’est Bonaparte, Napoléon Ier, qui rétablit l’esclavage, sous la pression des « lobbies économiques » de l’époque, en 1802. La Mission rejoue ces soubresauts, cette lutte sanglante entre Blancs et Noirs. Et c’est le personnage de Sasportas qui porte la voix noire de la révolte dans cette tragédie :

J’ai dit que les esclaves n’ont pas de patrie. Ce n’est pas vrai. La patrie des esclaves est le soulèvement. Je vais au combat, armé des humiliations de ma vie. (…) Les morts combattront quand les vivants ne pourront plus. Chaque battement de cœur de la révolution fera de nouveau croître de la chair sur leurs os, du sang dans leurs veines, de la vie dans leur mort. Le soulèvement des morts sera la guerre des paysages, nos armes les forêts, les montagnes, les mers, les déserts du monde. Je serai forêt, montagne, mer, désert. Moi, c’est l’Afrique. Moi, c’est l’Asie. Les deux Amériques, c’est moi.

Cette tragédie contemporaine met en garde, elle aussi, contre les mirages de la liberté. Contre les tyrannies qui prennent la place d’autres tyrannies. Contre ces libérateurs qui se révèlent dictateurs.

La révolution n’a plus de patrie, ce n’est pas nouveau sous le soleil qui ne brillera peut-être jamais sous une nouvelle terre, l’esclavage a de multiples visages, nous n’avons pas encore vu le dernier (…) ce que nous avons pris pour l’aurore de la liberté n’était peut-être qu’un nouvel esclavage plus effroyable (…) et ta bien-aimée inconnue, la liberté, quand ses masques seront usés, peut-être n’aura-t-elle pas d’autre visage que la trahison.

La Tragédie du Roi Christophe, Aimé Césaire. La Mission, Heiner Müller. Deux pièces à voir, à revoir, à lire, à relire. Deux tragédies sur l’esclavage. Deux tragédies de la négritude. Deux poings d’interrogation sur la liberté et sur l’humaine condition.

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LEONARD DE VINCI, NI ITALIEN, NI FRANCAIS, HUMANISTE…

Il y a 500 ans, Léonard de Vinci venait s’installer en France, au Clos Lucé, près du château d’Amboise. À la demande d’un roi. François 1er. Pour y observer la nature, y finaliser quelques unes de ses inventions, y poursuivre ses recherches en mécanique, en botanique, en anatomie, en astronomie. Il y apporte sa Joconde, son Saint Jean Baptiste et sa Sainte Anne. La retraite du plus Italien des Français fut bien remplie et bien fleurie. Les roses colorent encore son jardin comme certains préceptes fleurissent encore une pensée tout empreinte de philosophie antique. Aperçu, ici,  de ces roses de l’esprit…

Etude sur la lumière, Léonard de Vinci.
Etude sur la lumière, Léonard de Vinci.

Regarde la lumière et admire sa beauté. Ferme l’œil et observe. Ce que tu as vu d’abord n’est plus et ce que tu verras ensuite n’est pas encore.

Etude des proportions du corps humain selon Vitruve, réalisée par Léonard de Vinci vers 1492.
Etude des proportions du corps humain selon Vitruve, réalisée par Léonard de Vinci vers 1492.

Si cette dépouille extérieure de l’homme (son corps) te paraît merveilleusement ouvragée, considère qu’elle n’est rien, auprès de l’âme qui l’a formée. En vérité, quel que soit l’homme, c’est toujours quelque chose de divin que l’homme incorpore.

L’œil, appelé fenêtre de l’âme, est la principale voie par où notre intellect peut apprécier pleinement et magnifiquement l’œuvre infinie de la nature.

Que les figures, que les couleurs, que toutes les espèces des parties de l’univers soient réduites à un point… quelle merveille que ce point !

Etude anatomique, Léonard de Vinci.
Etude anatomique, Léonard de Vinci.

Cœur : instrument merveilleux, inventé par le Maître suprême. Celui-ci se meut de lui-même et ne s’arrête point, sinon pour toujours.

La rigueur vient toujours à bout de l’obstacle.

Qui marche droit tombe rarement.

Il faut contempler ; il faut penser : qui pense peu se trompe beaucoup.

La Joconde, réalisée entre 1503 et 1506.
La Joconde, réalisée entre 1503 et 1506.

Une journée bien remplie donne un bon sommeil ; une vie bien remplie donne une mort tranquille.

Là où entre la fortune, la jalousie met le siège et s’acharne, et laisse en partant douleur et repentir.

Saint Jean Baptiste, réalisé entre 1513 et 1516.
Saint Jean Baptiste, réalisé entre 1513 et 1516.

On ne peut avoir d’empire plus petit, ni d’empire plus grand que celui qu’on a sur soi-même.

Un génie, un «honnête homme» comme on les surnommera plus tard, ces hommes complets, réalisés dans l’étude des sciences, de la nature et de l’humanité. Artiste et artisan. Léonard de Vinci avait-il un secret ? Oui, la rigueur et la détermination dans le travail. Il écrivait de gauche à droite. Une écriture spéculaire : qu’on peut déchiffrer en regardant dans un miroir. Nul secret à cacher… Juste une paresse que cet acharné de travail s’accorde en tant que gaucher et qui lui permettait, en outre, de ne pas salir ses manches sur l’encre fraîchement inscrite sur le papier…

Clos Lucé, Demeure de Léonard de Vinci, 37 100 Amboise. 02 17 57 00 73.

Le site du Clos Lucé : ici.

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