DUOS CONFINÉS. OPUS 2.

« Ça fait 5 semaines que je confine comme un vieil oignon. J’en peux plus Gaston. J’en peux plus ! ». Confinement, solitude, ennui, envie de partager, d’écrire, de jouer… Et c’est ce qu’ont fait l’année dernière les auteurs de Duos confinés, opus premier : Pascal Rohart et Juliette Bonenfant, membres du collectif théâtral Les Armateurs. Re confinement et re couvre-feu. Ils ont remis ça. Pascal s’est trouvé une autre partenaire de jeu : Coralie Dupuis. Écrire à distance, s’envoyer des répliques comme des balles, répondre et filer le texte jusqu’à sa fin… L’opus 2 est né, prêt à être édité : Duos confinés… et vaccinés… contre la morosité, bien entendu…

Cette fois-ci, ils se sont imposé une consigne supplémentaire : partir des paroles d’une chanson. Laisse béton, Je suis venu te dire que je m’en vais ou On n’est pas là pour se faire engueuler… L’accroche sonne comme un refrain bien connu mais le dialogue emmène souvent là où on ne s’attend pas. Amours inavouées, scènes de ménage, violences conjugales, meurtres passionnels, pervers narcissiques, homophobie, jalousie, crise de la cinquantaine, et autres couplets sur les relations difficiles entre « Elle », « Lui » et « L’autre ». Variations sur un thème bien contemporain. Gaston, y a l’téléphon qui son, Mathilde est revenue, et entre eux Y a d’la rumba dans l’air ! Le contexte sanitaire apparaît toujours en filigrane dans ces duos, et il exacerbe les relations humaines. La destinée de chacun, de chacune, apparaît plus comique…ou plus tragique…

« On s’fait chier comme des cons dans des boulots de merde, pour s’acheter des choses de merde pour remplir nos vies de merde. ».

La drôle de période dont nous sortons peu à peu a eu le mérite de nous amener à nous recentrer sur l’essentielL’autre. Qui nous a tant manqué…

« Vous êtes seul sur votre chemin. » Et les nouvelles technologies n’ont pas toujours rapproché ceux qui s’aiment… « zoom, mikogo, citrix, go to meeting, fast viewer, webmex meetings, whereby, jitsi meet… (…) C’est pas avec tout le monde qu’on se partage le saucisson de nos jours ! Tout le monde se méfie de tout le monde et tout le monde mange son saucisson tout seul. » Une fois l’écran éteint, « Ça tape sur le système la solitude. ». Sic.

Heureusement, la vie reprend son cours. Les théâtres sont ouverts et les acteurs jouent. Enfin, ceux du collectif Les Armateurs vous proposent une lecture publique de ces Duos confinés, le jeudi 23 septembre à 19h à la BIB, Dunkerque. Les informations sont ici.

Et bientôt, vous pourrez vous régaler à la lecture des 18 textes de ces nouveaux Duos confinés…et vaccinés. Pour vous les procurer, composez le 06 64 80 53 93. Ou bien c’est par .

« Tu crois qu’à l’approche de la cinquantaine, il n’y a que toi pour t’interroger sur notre place dans l’existence. Chacun fait comme il peut et souvent avec pudeur, silence et humilité. »

Evidemment, on connaît la chanson…

CARNAVAL DE DUNKERQUE, UN NOUVEL HYMNE ?

A tous les amoureux du carnaval dunkerquois… De Fort Mardyck à Bergues, en passant par Saint Pol sur Mer et Grande Synthe, il atteint son apogée lors des Trois Joyeuses … Dunkerque Citadelle Rosendael… Pour les amoureux de cette tradition, un hymne … à découvrir ici…

LE TEMPS, CETTE « CHOSE » SI RELATIVE…

Alors que le plupart se préparent à réveillonner en petits comités, pandémie oblige,  pour fêter le passage du vieil an à l’année nouvelle, vous êtes-vous déjà interrogés sur le pourquoi de cette tradition ? Et puis, la nouvelle année a-t-elle toujours commencé le 1er janvier ? Et puis encore, tous les peuples de la terre vivent-ils selon le même calendrier ? Zoom sur le temps, et sa relativité…

LE RENOUVEAU

Ce qu’on fête dans l’année nouvelle, c’est un renouveau. Celui de la nature. C’est pourquoi, le nouvel an se situe souvent, dans les régions tempérées, entre le solstice d’hiver et l’équinoxe de printemps.  Solstice d’hiver : point de bascule de l’année où les jours vont progressivement s’allonger. Mort apparente de la nature, mais gestation du renouveau. Equinoxe : équilibre parfait du jour et de la nuit. Renaissance. Ainsi, le calendrier berbère place le nouvel an au 12 janvier ; le calendrier chinois, entre le 20 janvier et le 19 février. Mais cela n’est valable que sous nos climats. Le temps reste inéluctablement lié à l’espace. La situation géographique, la relation au ciel (astronomie et religion), le nombre de saisons influencent donc le repérage calendaire des êtres humains… Les musulmans, pour ne citer que leur exemple, sont passés à l’année nouvelle du calendrier hégirien le 20 août  dernier… La notion de renouveau, même si elle semble partagée par l’ensemble de l’humanité, ne se manifeste pas partout de la même façon.

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Calendrier égyptien.

Ainsi, les anciens Égyptiens commençaient leur année au moment de la crue du Nil, vers le 19 juillet. Pour les Romains d’avant Jules César, c’était les Ides de Mars qui marquaient le début. Un peu comme dans le calendrier perse zoroastrien, qui prenait l’équinoxe de printemps, le 21 mars, comme point de départ de l’année nouvelle. Pour les Hébreux, c’est Roch Hachana, début du calendrier lunaire, fiscal et agricole. Pour les musulmans, c’est aussi à peu près à cette date, puisque leur religion s’appuie aussi sur un calendrier lunaire. Dis-moi quand tu fêtes le nouvel an, je te dirai qui tu es… Calendrier solaire pour les sédentaires. Lunaire pour les peuples à tradition nomade. Solstice, équinoxe. Soleil, lune. Le renouveau n’est pas le même pour tous…

calendrier zoroastrien
Calendrier zoroastrien.

L’AN ZÉRO

Et puis, le point de départ n’est pas le même non plus. L’an « zéro ». Pour les musulmans, c’est l’hégire qui marque l’an zéro. L’hégire : le départ du prophète Mahomet de la Mecque pour l’actuelle cité de Médine, et la création de l’Islam. Selon notre calendrier, cet an zéro correspond à notre 16 juillet 622. La France a, elle aussi, connu des soubresauts calendaires : lors de la Révolution Française. Le calendrier républicain entre en vigueur le 15 vendémiaire an II (6 octobre 1793), mais débute le 1er vendémiaire an I (22 septembre 1792), jour de proclamation de la République, déclaré premier jour de l’« ère des Français ». Il sera utilisé de 1792 à 1806, ainsi que brièvement durant la Commune de Paris.

calendrier républicain
Calendrier républicain.

Ainsi, si ce calendrier était resté en vigueur, notre Président de la République nous aurait déjà présenté ses vœux le 22 septembre dernier, et nous serions aux alentours de l’année 228…

Placez votre main sur un poêle une minute et ça vous semble durer une heure. Asseyez vous auprès d’une jolie fille une heure et ça vous semble durer une minute. C’est ça la relativité.                                                 Albert Einstein, Physicien

DE LA LUNE AU SOLEIL

Et notre calendrier alors, de quand date-t-il ? Remontons aux anciens Romains, puisque notre tradition calendaire en est un héritage. Les Romains avaient placé leur « an zéro » à la création de Rome, en 753 avant JC. D’ailleurs, ils utilisaient l’abréviation AUC après chaque date évoquée. Ab Urbe Condita : « depuis la création de la ville ». Lui-même serait un héritage grec, et lunaire. Une année de 10 mois, de 30 jours chacun, et le premier de l’an tombe en mars ; ainsi septembre est bien le 7ème mois de l’année ;  octobre, le 8ème ;  novembre, le 9ème et décembre, le 10ème. Il faut attendre le roi Numa Pompilius, vers le VIIIème siècle avant JC, pour que soient inventés les mois de janvier et de février. Je vous passe les détails et les calculs, mais il a fallu inventer aussi un « 13ème mois » (et pas rémunéré celui-là !) pour rééquilibrer le nombre de jours par année. Le calendrier est modifié par Jules César,  en 45 av. J.-C., en 709 AUC…  

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Calendrier julien.

Le calendrier julien abolit les mois intercalaires ; il ajoute un jour au mois de septembre, pour rattraper progressivement le retard accumulé par l’ancien calendrier romain républicain. Le calendrier julien apporte une solution plus radicale car non calquée sur le cycle lunaire, et plus durable. Jules César préfère le soleil à la lune…

DE JULES À GRÉGOIRE

Notre calendrier, celui qui rythme nos jours, nos semaines, nos mois et nos années, a été établi en 1582, par le pape Grégoire XIII. D’où son nom : calendrier grégorien. L’an zéro : la naissance de Jésus Christ. Le calendrier grégorien reprend, en grande partie, les divisions du calendrier julien. Mais la grande innovation, c’est l’introduction des années bissextiles. Qui permettent de caler le temps des hommes sur la course du soleil. Qui permettent au printemps de toujours tomber un 21 mars. Qui permettent aux hommes de ne plus perdre leur temps… Ainsi, le calendrier grégorien est officiellement mis en place le vendredi 15 octobre 1582, le lendemain du jeudi 4 octobre 1582 ! Cette année-là, on passa du 4 au 15 en une nuit ! Évidemment, tous les pays n’adoptent pas ce nouveau calendrier tout de suite. Les pays où dominaient les cultes protestants (l’Angleterre ou la Suède par exemple) mirent du temps à l’adopter. L’astronome Kepler s’amusait à dire que les Protestants préféraient obéir au Soleil qu’au Pape… L’Église orthodoxe, elle aussi, met du temps à adopter ce nouveau calendrier. La Russie vit encore au rythme du calendrier julien jusqu’à la Révolution d’Octobre.

Le temps n’a qu’une réalité, celle de l’instant. Autrement dit, le temps est une réalité resserrée sur l’instant et suspendue entre deux néants.                  Gaston Bachelard, Philosophe et épistémologue

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La course de la terre autour du soleil.

Étrange n’est-ce pas, et vertigineux aussi, de se dire que le temps nous échappe… Que les dates ne sont que des nombres sur des calendriers de papier… Que les années n’ont pas d’importance… Que tout ça est invention humaine… Que seules comptent les courses de la Lune et du Soleil, et le retour du printemps…

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NOEL, C’EST QUOI ?

Et voilà, nous y sommes : deniers jours d’attente avant Noël.  Ce soir-là, peut-être, réveillonnerez-vous. Dans l’attente du Père Noël ? Dans l’attente de la Messe de Minuit ? Dans l’attente de la naissance du Christ ? Pourquoi fête-t-on Noël ? Pourquoi le 25 décembre, et pas à une autre date ? Et puis « noël », qu’est-ce que ça veut dire ? Et pourquoi la bûche ? Et pourquoi le Père Noël ? Et puis pourquoi le sapin et les bougies ? Quel rapport avec le petit Jésus dans sa crèche ? Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur cette étrange, mais très populaire, fête sans jamais avoir osé le demander se trouve dans cet article…

NOËL, ÇA VEUT DIRE QUOI ?

La Nativité, Bendetto Bigordi, XVème siècle
La Nativité, Bendetto Bigordi, XVème siècle

Le mot « noël » est une déformation phonétique du mot latin natalis, qui veut dire «naissance». Cette fête s’inscrit dans le calendrier liturgique chrétien et commémore la naissance de Jésus Christ, dans la nuit du 24 au 25 décembre de l’an zéro ! C’est le point d’ancrage de notre calendrier. Alors, évidemment, c’est pas aussi précis que ça : les historiens ne sont pas d’accord entre eux, et Jésus serait né entre -7 et 4 de notre ère. Et les chrétiens eux-mêmes ne sont pas non plus d’accord, puisque les orthodoxes font coïncider la naissance de Jésus avec l’Épiphanie, le 7 janvier, selon le calendrier julien. Les catholiques, eux, depuis le Chronographe du Pape Libère en 354, fixent donc la naissance de Jésus Christ dans la nuit du 24 au 25 décembre.  Et la crèche alors, avec ses petits santons, son âne, son bœuf, ses bergers et ses moutons ? Eh bien, toujours selon le texte biblique ( le Nouveau testament, l’Évangile de Luc exactement ), un édit de l’empereur César Auguste, relayé par Hérode dans cette contrée lointaine du Moyen Orient, commandait aux populations de se faire recenser dans leurs villes et villages d’origine. Ainsi, Joseph et Marie ( enceinte jusqu’aux yeux ), prirent la route de Nazareth, en Galilée, pour rejoindre Bethléem en Judée. Marie et Joseph trouvèrent refuge dans  une « crèche », sorte d’étable pour les animaux ; toutes les hôtelleries du coin affichaient complet… Se trouvaient là un bœuf ; l’âne, qui portait Marie pendant le voyage, prit place à ses côtés.  En pleine nuit elle sentit les douleurs de l’enfantement, et mit au monde un beau petit garçon, Jésus, sous le regard ébahi des bergers qui s’étaient eux aussi réfugiés là pour la nuit.

SAPIN, BÛCHE ET PÈRE NOËL

sapinSi Noël est une fête religieuse avant tout, des motifs païens, mais très symboliques,  y sont associés depuis longtemps. Le sapin par exemple. Il n’est pas si profane que ça en fait ! J’explique : au Moyen Âge, sur les parvis des églises, on jouait des mystères, sortes de pièces de théâtre qui racontaient les épisodes religieux les plus importants à une population encore très largement illettrée et inculte. Eh bien, en Alsace, le sapin figurait l‘arbre de vie du Jardin d’Éden dans les représentations de la Genèse. Cette pratique vient peut-être d’ailleurs d’une tradition encore plus ancienne : les Celtes décoraient déjà un arbre, symbole de vie, au solstice d’hiver.

Quant à la bûche, avant d’être un dessert très prisé, glacé ou pâtissier, c’était une vraie bûche de bois, que le chef de famille plaçait, arrosée de vin, de miel ou de sel selon les régions, dans la cheminée. Elle devait se consumer le plus lentement et le plus longtemps possible. Trois jours minimum. Symbole de chaleur, de vie et de renouveau. Elle symbolise la bascule de l’année qui se termine vers l’année nouvelle. Un dicton provençal l’atteste : « Cache le feu ancien ; allume le feu nouveau. »

Mais la star de Noël, le personnage phare de cette fête devenue, hélas, très commerciale, c’est le Père Noël bien sûr ! C’est la création la plus récente de tout ce folklore qui gravite autour de l’ événement. Il apparaît pour la première fois en 1843 dans un récit de Charles Dickens, A Christmas Carol ( Un chant de Noël ).  En France, c’est George Sand qui en parle la première en 1855. A l’origine, la couleur qui le caractérise est le vert, car on le confond encore avec la figure de Saint Nicolas. C’est d’ailleurs pour ça que les Anglo-saxons ont baptisé le Père Noël « Nicolas ». C’est la marque Coca Cola qui popularise le personnage  dans les années 1930 en l’associant au bonheur généré par sa boisson gazeuse…

LES CULTES DE LA (RE)NAISSANCE

Mais j’entends déjà les experts, les blasés, les athées  : « Oui, mais les chrétiens n’ont rien inventé ! Noël n’est pas une fête religieuse à l’origine ! Le petit Jésus, la crèche, le sapin, la bûche et le Père Noël, c’est des histoires pour les enfants, moi j’y crois plus. Noël, c’est devenu une fête commerciale ! » Alors, pour vous réconcilier, chers lecteurs experts, blasés ou athées, avec la magie de Noël ( la vraie…), je vous propose un court voyage dans le temps. A l’aube de l’humanité. Pas quand l’hiver s’installe et enveloppe le monde de son manteau de pénombre que  l’homme cherche la chaleur et la lumière. C’est dans la nuit profonde de l’hiver qu’il sent et célèbre le retour progressif de cette lumière : le solstice d’hiver, qui correspond approximativement au 25 décembre, marque le jour le plus court de l’année, la nuit la plus longue. A partir de ce point de bascule, les journées vont commencer à s’allonger progressivement. Et c’est la promesse d’un printemps à venir. Le solstice d’hiver, comme le solstice d’été le 24 juin, sont les deux portes du temps. Les Romains avaient personnifié les deux solstices dans la figure du dieu à deux visages Janus : un regard tourné vers le passé, un autre tourné vers le futur. Les solstices sont fêtés depuis que l’homme est homme, c’est-à-dire sensible au rythme immuable et éternel des saisons et à la course des astres. La naissance, ou renaissance, est bien celle d’un enfant : le monde qui revient progressivement à la vie, à la lumière. Facile ensuite d’y superposer des événements plus ou moins sacrés et festifs : naissance de Mithra, héros d’un culte pratiqué en Asie Mineure, bien avant la naissance du monothéisme ; Saturnales romaines, naissance du Christ… Noël, c’est en fait la natalis solis invicti : la naissance du soleil invaincu… Et ça, c’est magique !

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Stonehenge, monument mégalithique d’Angleterre qui permettait aux Anciens de célébrer les solstices…

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LUCIE, LUCE, LUMIERE

Le 13 décembre, nous fêtons traditionnellement les Lucie. Prénom plein de lumière… Mais qu’est-ce que cette fête vient faire là, dans ce premier tiers du mois de décembre, alors que le solstice d’hiver nous fait miroiter une vraie bascule vers la lumière retrouvée, à peine 11 jours après ? Explications…

Retable de Sainte Lucie. Musée de Contes.
Retable de Sainte Lucie. Musée de Contes.

À LA SAINTE LUCE…

… le jour avance du saut d’une puce. Dicton qui veut dire qu’à partir de la Sainte Lucie, le 13 décembre, le soleil se couche plus tard que la veille dans l’hémisphère nord. Mais il semblerait que l’explication provienne plutôt du passage du calendrier julien au grégorien, qui eut lieu en France le 9 décembre 1582. Le 13 décembre dans le julien correspond à notre époque au 26 décembre, date à laquelle la durée du jour commence à augmenter effectivement. Lucie représente la sainte Lumière qui protège la vue comme les yeux. Lux, lucis, la lumière en latin. Nous sommes à la mi-temps de l’Avent. La lumière va se faire de plus en plus proche. Et la Sainte Lucie est une fête très populaire dans le nord de l’Europe, notamment en Suède, au  Danemark, en Finlande et en Norvège. Pays où l’obscurité règne une bonne partie de l’année. En France ? À Montbéliard, on organise le Défilé des Lumières. En Alsace, Lucie devient Christkindel : une jeune fille vêtue de blanc et portant une chandelle. Elle accompagne Saint Nicolas et le Père Fouettard. Tandis que ce dernier punit les enfants qui n’ont pas été sages, Lucie-Christkindel dresse la liste de leurs bonnes actions pour les récompenser…

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LUCIE DE SYRACUSE

Lucie est une jeune fille qui vécut à Syracuse entre la fin du IIIème et le début du IVème siècle. Elle obtint de Sainte Agathe la guérison de sa mère. Elle distribuait les biens qu’elle possédait aux pauvres et avait fait vœu de chasteté. Ce qui mit très en colère le fiancé à qui elle était promise. On raconte qu’elle se creva les yeux et qu’elle les lui envoya dans une boîte pour se dédire. On raconte que le fiancé éconduit aurait dénoncé Lucie à Dioclétien, qui poursuivait les Chrétiens. Elle montra une résistance sans faille. Et un « miracle » voulut que les soldats romains, qui voulaient l’emmener de force dans un lupanar pour qu’elle perdît sa chasteté, ne purent remuer son corps d’un pouce. On la martyrisa donc autrement : en transperçant sa gorge d’une épée…

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 Bonne fête de la lumière, et ouvrez l’œil… !

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LA DUDH ET LE POLITIQUE

La DUDH et le politique. Ça ressemble au titre d’une fable. Ça pourrait être le titre d’une fable. Dans laquelle la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, ratifiée le 10 décembre 1948 (anniversaire !) serait délaissée par un petit homme repu, le politique, satisfait de lui-même, qui aurait oublié qu’être élu, c’est être « au service de ». Et non pas « se servir ». Un petit homme (ou une petite bonne femme) qui aurait oublié que « s’engager » c’est respecter un contrat, moral ou social, avec ceux qui vous ont engagé. Et si on instaurait un examen de passage qui imposerait aux candidats en politique de connaître par cœur…disons…allez, au moins le Préambule et l’article premier de ce texte si beau, si fondamental, si plein de promesses….

dudhLA DÉCLARATION UNIVERSELLE DES DROITS DE L’HOMME

10 décembre 1948. Les 58 membres de l’Organisation des Nations Unies (ONU) siègent pour la dernière fois à Paris, au Palais de Chaillot. The Universal Declaration of Human Rights est rédigée sous l’égide d’Eleanor Roosevelt, veuve du président américain, avec le concours éclairé du juriste français René Cassin. Malgré sa volonté universaliste, ce texte exprime par endroits la pensée occidentale du XXe siècle dans ses deux volets, communiste et libéral. Il reprend dans les grandes lignes les principes universels de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789. Mais il est surtout daté, inscrit dans une époque, et manque, pour le coup, d’universalité, si on regarde de près certains articles. L’article sur le mariage, article 16, par exemple, n’aurait eu aucune chance d’être agréé au XXIe siècle, tant par les États qui autorisent la polygamie (inégalité de droits entre les sexes) que par ceux qui légitiment les unions homosexuelles : « À partir de l’âge nubile, l’homme et la femme, sans aucune restriction quant à la race, la nationalité ou la religion, ont le droit de se marier et de fonder une famille. Ils ont des droits égaux au regard du mariage, durant le mariage et lors de sa dissolution ».

Mais ce texte fondamental a le mérite d’exister… Il dessinait les bases d’une société plus fraternelle, plus respectueuse de l’être humain, après l’horreur des camps, après l’impensable, après la catastrophe, après la barbarie. Relisons-le, en ces temps si troublés.

UN REMPART CONTRE LA BARBARIE

Relisons le Préambule, donc… 

Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde.

Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l’homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l’humanité et que l’avènement d’un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l’homme.

Considérant qu’il est essentiel que les droits de l’homme soient protégés par un régime de droit pour que l’homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l’oppression.

Considérant qu’il est essentiel d’encourager le développement de relations amicales entre nations.

Considérant que dans la Charte les peuples des Nations Unies ont proclamé à nouveau leur foi dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité des droits des hommes et des femmes, et qu’ils se sont déclarés résolus à favoriser le progrès social et à instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande.

Considérant que les États Membres se sont engagés à assurer, en coopération avec l’Organisation des Nations Unies, le respect universel et effectif des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Considérant qu’une conception commune de ces droits et libertés est de la plus haute importance pour remplir pleinement cet engagement.

L’Assemblée générale proclame la présente Déclaration universelle des droits de l’homme comme l’idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations afin que tous les individus et tous les organes de la société, ayant cette Déclaration constamment à l’esprit, s’efforcent, par l’enseignement et l’éducation, de développer le respect de ces droits et libertés et d’en assurer, par des mesures progressives d’ordre national et international, la reconnaissance et l’application universelles et effectives, tant parmi les populations des États Membres eux-mêmes que parmi celles des territoires placés sous leur juridiction.

ARTICLE PREMIER

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

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image 2 ( le paon symbolise, traditionnellement, l’orgueil, l’ego… )

CDK. 1789. 2019.

Amateurs d’histoire et de musique, ne manquez ce rendez-vous unique à Coudekerque Branche : la commémoration des 230 ans d’existence de la commune, le 14 décembre prochain.

Armoiries de Coudekerque Branche

Ils se sont dépassés pour vous offrir un petit spectacle le 14 décembre 2019, à 15h, à l’Eglise Sainte Thérèse de Coudekerque Branche, rue Ghesquière. Qui « ils » ? Les élèves de l‘Ecole Municipale de Musique et de Danse de Coudekerque Branche, soutenus par les chanteurs de la chorale Allegro. Mais que fêtent-ils ?

Pas Noel, c’est encore trop tôt… Mais les 230 ans d’existence de la Commune de Coudekerque Branche. En effet, le 14 décembre 1789, les habitants de la Branche, qui dépendent encore de la Commune de Coudekerque à l’époque (Coudekerque Village aujourd’hui) se réunissent et décident de se former en municipalité, comme les y autorisent les « Edits des mois d’août 1764 et mai 1765 », et « conformément au décret de l’Assemblée Nationale du douze novembre dernier, sanctionné par lettres patentées de sa Majesté du mois de décembre suivant ». Cette autonomie des 1400 âmes qui constituaient la Branche était une requête des fameux Cahiers de doléances et pétitions rédigés, à la demande du Roi Louis XVI, à partir de janvier 1789 :

Copie de la 1ère page du Cahier de Doléances et pétitions des habitants de la Branche de Coudekerque du 22 mars 1789.

Le 22 mars 1789, au lieu dit du Pont Tournant, au Petit Steendam, dans le cabaret du dénommé Micheaux, des habitants de la Branche de Coudekerque se sont rassemblés, et voilà ce qu’on entend et fait écrire sur le cahier de doléances… :

Doléances et pétitions des habitants de la Branche de Coudekerque, territoire de Dunkerque, à insérer au cahier du Tiers Etat de la Flandre maritime et objets du mandat à donner à Messieurs les Députés aux Etats généraux...

Pour découvrir la suite, rendez-vous le samedi 14 décembre… Les élèves de la classe Arts de la Scène-Théâtre de l’EMMD, animée par Marjorie Tricot, vous raconteront cette fabuleuse histoire. En musique, grâce aux professeurs et aux élèves instrumentistes réunis dans la Sinfonietta, orchestre de l’Ecole, sous la houlette de Ludovic Minne. Et en chansons, grâce à la chorale de l’Ecole, dirigée par Sébastien Blanquart, soutenue par la chorale Allegro.

Affiche de l’événement.

Entrée libre. Venez nombreux !

Merci à M. Régis Jonckherre, « Monsieur Histoire » de la Mairie de Coudekerque Branche, pour sa précieuse collaboration !

Images 1, 2 et 3 : crédits photo Le Mag@zoom.

SAINT MARTIN : DE L’INDIGNATION A L’AMOUR

En ce moment, ne demandez pas aux enfants ce qui se passe le 11 novembre. Ils vous rétorqueront que ce n’est pas le 11 novembre qui compte, mais le 10 ! La Saint Martin. Fête populaire dans le dunkerquois, certes, mais aussi un peu partout en Europe du Nord. Pourquoi un tel engouement ? Qu’est-ce qui dans la vie du personnage a retenu l’attention du temps et des hommes pour que la figure historique devienne légendaire ?

DU GLAIVE À LA CROSSE

Saint Martin, tout le monde le connaît… ou croit le connaître. En soutane épiscopale pourpre ou mauve, coiffé de sa mitre et tenant sa crosse, on le voit chaque dixième jour de novembre arpenter les rues de nos communes du nord du Nord, accompagné de son inénarrable âne. Et distribuant, pour le bonheur des enfants, croquendoules et folaerts, ou volaeren. Au son de la musique et  des chants que tous reprennent en chœur : « Saint Martin, boit du vin, dans la rue des Capucins ». Voilà la figure pittoresque que le folklore populaire a gardé en mémoire et met en scène chaque année depuis le XIXème siècle.

Mais Martin, dont la vie rocambolesque est racontée par Sulpice Sévère en 395, est un homme, avant tout, et un homme extraordinaire. Aujourd’hui, le Pape François, lui qui rejette les ors et les fastes de l’Église, en aurait fait son conseiller. Et nul doute, que Martin serait l’ami de Pierre Rabhi ou soutiendrait la cause des Indignés. En effet, ce soldat de l’Empire romain finissant (sa vie se déroule sur le IVème siècle), adopte la cause des pauvres et des déshérités par un geste qui en fait un saint avant même sa canonisation :

la cape de Martin

 

il partage sa cape avec un indigent qui est en train de mourir, littéralement, de froid. Vous me direz, il aurait pu lui filer la cape en entier. Sauf que Martin ne rigolait pas avec le règlement. Et la règle militaire à l’époque voulait que la moitié de l’habit appartînt à l’armée, l’autre au légionnaire. N’empêche qu’il donne, par cette moitié, la totalité de ce qui lui appartient… Pour la petite histoire, le bout de cape en question aurait été acheminé plus tard à la chapelle palatine d’Aix la Chapelle… Ce qui aurait donné d’ailleurs le nom « chapelle » (lieu où l’on garde la c/h/ape du Saint). De  même, Martin donneur de cape aurait été choisi comme patron protecteur des … Capé/tiens.

L’ÉVÊQUE DES PAUVRES

Il épouse alors l’église catholique, balbutiante encore, à cette époque où cultes romains et paganisme font bon ménage dans les campagnes françaises. Il s’entoure du clergé régulier (les moines, qui vivent selon des règles drastiques et dans la pauvreté, comprennent son combat). Le clergé séculier, celui des villes notamment, a trop tendance, à son goût, à s’installer dans le confort…. L’événement majeur pour lui, et pour la légende dorée qui naîtra ensuite, c’est sa nomination comme évêque de Tours. Quel chemin pour cet homme né en Hongrie et amené à présider le lourd évêché de Tours. Et quelle surprise pour les instances religieuses de Tours quand elles constatent que le nouvel évêque est un homme d’action, qui veut revenir à l’esprit de l’Évangile. Pauvreté et générosité. La loi d’amour quoi. Il se met alors en route. On le croise sur les routes de campagne, visitant les plus humbles, leur apportant la bonne parole. Ça ne vous rappelle pas quelqu’un ? Sauf que là, l’évêque Martin veut amener à cette loi d’amour des populations rustres, qui pratiquent encore des cultes païens et adhèrent à des croyances superstitieuses. Il arpente ainsi son évêché, mais pas que. Il sillonne les routes du nord, de la France et de l’Europe. Le culte de Saint Martin est très vivace en Belgique et en Allemagne. Comme le prouve cette sculpture contemporaine de Saint Martin, à Mayence, en Allemagne.


Saint Martin à Mayence

L’évêque des pauvres n’est d’ailleurs pas mort sur son siège épiscopal. Il est mort en pleine mission d’évangélisation, à Candes, près de Tours.

UNE TRADITION DUNKERQUOISE

Et c’est au cours d’une de ses nombreuses campagnes d’évangélisation qu’il se serait retrouvé à …Dunkerque. Et là, vous connaissez la légende. Son âne, le cheval du pauvre comme chacun sait, se serait égaré dans les dunes. Les enfants, figures de l’innocence que Martin voulait raviver dans le culte chrétien, l’aident à retrouver la bête. En récompense de leur persévérance à avancer dans l’obscurité guidés par la lumière (celle de la foi ? de l’amour?), l’homme pieux accomplit un miracle : il transforme les crottes de l’humble animal en petits pains… Observez bien le cortège qui suit Saint Martin : bien souvent, il est emmené par 4 porteurs de flambeaux… Symboles des 4 Evangiles que voulait répandre autrefois l’homme saint et qui le guidaient dans les ténèbres de l’ignorance… ?


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ENTRE OMBRE ET LUMIÈRE

Une fête de la lumière. Aussi. Vaincre l’obscurité naissante de l’hiver qui s’approche en cheminant, lanterne à la main. C’est un avant goût du solstice d’hiver, au mitant de l’année, qui annonce le retour progressif de la lumière. La Saint Martin serait comme une répétition générale de ce grand spectacle. Alors, le 10 novembre, au cœur du cortège de lampions, de betteraves et des enfants illuminés de joie, souvenons-nous un peu de cet homme qui, avant d’être un frère de Saint Nicolas et un vieil oncle du père Noël, fut un homme d’amour qui savait s’indigner…

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MDT à L’EMMD de CDK ou MUSIQUE DANSE THEATRE à l’Ecole Municipale de Musique et de Danse de Coudekerque Branche…

« Le 21 juin, ce sera l’été. Et pour fêter son arrivée, M. Jack Lang, Ministre de la Culture (applaudissements) a décidé de lancer une vaste fête de la musique. » C’est par ces mots, prononcés par les élèves de la section Théâtre, que l’Ecole Municipale de Musique et de Danse (et de Théâtre, hihi !) de Coudekerque Branche a lancé son spectacle de fin d’année, le 15 juin dernier, dans la Salle Molière de l’espace Jean Vilar… Retour en images sur ce grand moment…

Elèves de la section "Pratique collective-Théâtre" de l'EMMD.
Elèves de la section « Pratique collective – Théâtre » de l’EMMD, dirigée par Marjorie Tricot.

Un orchestre symphonique, une petite Harmonie, des danseuses, des choristes et des comédiens ont assuré le spectacle de clôture d’une année de travail. Les élèves et leurs professeurs ont travaillé sur des œuvres aussi variées que la Septième Symphonie de Beethoven, Palladio de Karl Jenkins, l’Ave Maria de Cacini et/ou de Vavilov, la Barcarolle d’Offenbach ou Carmina Burana de Karl Orff…

La Symphonietta, dirigée par Ludovic Minne, et la Chorale, dirigée par Sébastien Blanquart.

Les élèves de fin de Cycle I et de fin de Cycle II, en formation musicale, instrument et danse, ont été récompensés…

Les élèves de la section Théâtre (pratique collective proposée cette année, en plus du chant choral et de l’orchestre) ont assuré la fluidité des transitions en interprétant des saynètes inspirées de Feydeau ou de textes d’auteurs à propos de la musique.

Après Misérables ! en 2016 (voir les articles, par , et , ici, et ici et ) , Roméo et Juliette en 2018 (voir les articles ici et ), les professeurs des différentes sections (orchestre, chorale, danse et théâtre) disposent d’un vivier dynamique d’élèves motivés pour monter dès septembre prochain un autre grand spectacle : Notre Dame de Paris. 1482-2020. D’après le roman de Victor Hugo (1831), bien sûr, et qui puisera aussi aux sources du ballet de Jules Perrot et Cesare Pugni, créé en 1844, La Esmeralda, et de celui de Roland Petit, sur une musique de Maurice Jarre, joué en 1965. Des extraits du Bossu de Notre Dame, dessin animé sorti en 1996 et de la comédie musicale, qui a fêté ses 20 ans d’existence en 2018…

Bravo encore à tous ces jeunes talents ! Et rendez-vous dès la saison prochaine, pour jouer, danser, bref fêter la musique, et tous les arts, à l’EMMD de CDK !

Merci à Amandine Plancke, photographe de la Ville de Coudekerque Branche, pour les photos…

TRAGEDIES DE L’ESCLAVAGE

Parce qu’aujourd’hui, en Lybie, on achète et on vend des candidats au rêve occidental qui meurent oubliés de tous en pleine Méditerranée. Parce qu’aujourd’hui, en Syrie ou dans certains pays d’Afrique, on achète des femmes pour combler les rêves de Paradis de soldats fous de Dieu… Parce qu’aujourd’hui, en Afrique encore, on achète des enfants pour qu’ils travaillent à l’extraction de minerais précieux à la fabrication de nos smartphones. 10 mai. Depuis le  31 mars 2006, la journée du 10 mai est officiellement reconnue comme « Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions ». Le but ici n’est pas de retracer l’histoire du commerce triangulaire, de la traite jusqu’à l’abolition, acquise après maints revirements. Voyez plutôt une modeste contribution au « devoir de mémoire ». Pour ne pas oublier ce crime contre l’humanité. Des mots pour méditer sur l’esclavage, et l’esclavage moderne en particulier. Deux œuvres théâtrales qui traitent de la traite…

Statue en Mémoire de l'Esclavage, Robert Ford, Ile de Gorée, Sénégal.
Statue en Mémoire de l’Esclavage, Robert Ford, Ile de Gorée, Sénégal.

TRAGIQUE CÉSAIRE

La Tragédie du Roi Christophe. Aimé Césaire. 1964. On est à l’époque en pleine décolonisation. Et cette pièce contre les tyrannies, toutes les tyrannies, semble dirigée à la fois contre l’esclavage en Haïti au début du XIXème siècle (elle s’inscrit dans ce contexte historique) et aussi contre l’Europe colonisatrice qui perd peu à peu de son hégémonie dans les années 1960. Cette pièce raconte la lutte du peuple haïtien pour la liberté. Elle raconte aussi l’irrésistible chute de Henri Christophe, ancien esclave, dans la démesure et la mégalomanie. Lui, le héros de la révolte des esclaves, compagnon de lutte de Toussaint Louverture, est nommé Président à vie en 1807, puis roi. C’est ce que Aimé Césaire raconte. À l’esclavage succède un autre esclavage. Le tyran blanc laisse la place à un tyran noir. Comment concilier les lourds héritages de l’esclavage, de la décolonisation et des racines africaines ?  Sassou N’Guesso, Biya… et bien d’autres ressemblent étrangement au Roi Christophe… Laissons parler la poésie du texte de Césaire. Écoutons ce que Madame Christophe reproche à son époux :

Christophe, à vouloir poser la toiture d’une case, sur une autre case, elle tombe dedans ou se trouve grande ! Christophe ne demande pas trop aux hommes et à toi-même, pas trop ! Et puis je suis une mère et quand parfois je te vois emporté sur le cheval de ton cœur fougueux, le mien à moi, trébuche et je me dis : pourvu qu’un jour on ne mesure pas au malheur des enfants la démesure du père. Nos enfants, Christophe, songe à nos enfants. Mon Dieu ! Comment tout cela finira-t-il ?

Et voilà ce que répond Henri Christophe :

Je demande trop aux hommes ! Mais pas assez aux nègres, Madame ! S’il y a une chose qui, autant que les propos des esclavagistes, m’irrite, c’est d’entendre nos philanthropes clamer, dans le meilleur esprit sans doute, que tous les hommes sont des hommes et qu’il n’y a ni Blancs ni Noirs. C’est penser à son aise, et hors du monde, Madame. Tous les hommes ont mêmes droits. J’y souscris. Mais du commun lot, il en est qui ont plus de devoirs que d’autres. Là est l’inégalité. Une inégalité de sommations, comprenez-vous ? A qui fera-t-on croire que tous les hommes, je dis tous, sans privilège, sans particulière exonération, ont connu la déportation, la traite, l’esclavage, le collectif ravalement à la bête, le total outrage, la vaste insulte, que tous, ils ont reçu plaqué sur le corps, au visage, l’omni-niant crachat ! Nous seuls, Madame, vous m’entendez, nous seuls, les nègres ! Alors, au fond de la fosse ! C’est bien ainsi que je l’entends. Au plus bas de la fosse. C’est là que nous crions ; de là que nous aspirons à l’air, à la lumière, au soleil. Et si nous voulons remonter, voyez comme s’imposent à nous, le pied qui s’arcboute, le muscle qui se tend, les dents qui se serrent, la tête, oh ! la tête large et froide ! Et voilà pourquoi il faut en demander aux nègres plus qu’aux autres : plus de travail, plus de foi, plus d’enthousiasme, un pas, un autre pas, encore un autre pas et tenir gagné chaque pas ! C’est d’une remontée jamais vue que je parle, Messieurs, et malheur à celui dont le pied flanche !

Et Césaire encore : Savez-vous pourquoi il travaille jour et nuit ? Savez-vous, ces lubies féroces, comme vous dîtes, ce travail forcené… C’est pour que désormais il n’y ait plus de par le monde une jeune fille noire qui ait honte de sa peau et trouve dans sa couleur un obstacle à la réalisation des vœux de son cœur.

D’UNE TRAGÉDIE À L’AUTRE

La Mission, Souvenir d’une révolution. Heiner Muller. Magnifique, encore. Parue en 1979. Jouée pour la première en France en 1982. Le contexte historique de l’action : la première tentative d’abolition de l’esclavage aux Antilles après la Révolution Française. Cela commence avec la révolte des esclaves de Saint Domingue en 1791. En février 1794, l’abolition est proclamée dans toutes les colonies françaises. C’est Bonaparte, Napoléon Ier, qui rétablit l’esclavage, sous la pression des « lobbies économiques » de l’époque, en 1802. La Mission rejoue ces soubresauts, cette lutte sanglante entre Blancs et Noirs. Et c’est le personnage de Sasportas qui porte la voix noire de la révolte dans cette tragédie :

J’ai dit que les esclaves n’ont pas de patrie. Ce n’est pas vrai. La patrie des esclaves est le soulèvement. Je vais au combat, armé des humiliations de ma vie. (…) Les morts combattront quand les vivants ne pourront plus. Chaque battement de cœur de la révolution fera de nouveau croître de la chair sur leurs os, du sang dans leurs veines, de la vie dans leur mort. Le soulèvement des morts sera la guerre des paysages, nos armes les forêts, les montagnes, les mers, les déserts du monde. Je serai forêt, montagne, mer, désert. Moi, c’est l’Afrique. Moi, c’est l’Asie. Les deux Amériques, c’est moi.

Cette tragédie contemporaine met en garde, elle aussi, contre les mirages de la liberté. Contre les tyrannies qui prennent la place d’autres tyrannies. Contre ces libérateurs qui se révèlent dictateurs.

La révolution n’a plus de patrie, ce n’est pas nouveau sous le soleil qui ne brillera peut-être jamais sous une nouvelle terre, l’esclavage a de multiples visages, nous n’avons pas encore vu le dernier (…) ce que nous avons pris pour l’aurore de la liberté n’était peut-être qu’un nouvel esclavage plus effroyable (…) et ta bien-aimée inconnue, la liberté, quand ses masques seront usés, peut-être n’aura-t-elle pas d’autre visage que la trahison.

La Tragédie du Roi Christophe, Aimé Césaire. La Mission, Heiner Müller. Deux pièces à voir, à revoir, à lire, à relire. Deux tragédies sur l’esclavage. Deux tragédies de la négritude. Deux poings d’interrogation sur la liberté et sur l’humaine condition.

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