TRAGEDIES DE L’ESCLAVAGE

Parce qu’aujourd’hui, en Lybie, on achète et on vend des candidats au rêve occidental qui meurent oubliés de tous en pleine Méditerranée. Parce qu’aujourd’hui, en Syrie ou dans certains pays d’Afrique, on achète des femmes pour combler les rêves de Paradis de soldats fous de Dieu… Parce qu’aujourd’hui, en Afrique encore, on achète des enfants pour qu’ils travaillent à l’extraction de minerais précieux à la fabrication de nos smartphones. 10 mai. Depuis le  31 mars 2006, la journée du 10 mai est officiellement reconnue comme « Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions ». Le but ici n’est pas de retracer l’histoire du commerce triangulaire, de la traite jusqu’à l’abolition, acquise après maints revirements. Voyez plutôt une modeste contribution au « devoir de mémoire ». Pour ne pas oublier ce crime contre l’humanité. Des mots pour méditer sur l’esclavage, et l’esclavage moderne en particulier. Deux œuvres théâtrales qui traitent de la traite…

Statue en Mémoire de l'Esclavage, Robert Ford, Ile de Gorée, Sénégal.
Statue en Mémoire de l’Esclavage, Robert Ford, Ile de Gorée, Sénégal.

TRAGIQUE CÉSAIRE

La Tragédie du Roi Christophe. Aimé Césaire. 1964. On est à l’époque en pleine décolonisation. Et cette pièce contre les tyrannies, toutes les tyrannies, semble dirigée à la fois contre l’esclavage en Haïti au début du XIXème siècle (elle s’inscrit dans ce contexte historique) et aussi contre l’Europe colonisatrice qui perd peu à peu de son hégémonie dans les années 1960. Cette pièce raconte la lutte du peuple haïtien pour la liberté. Elle raconte aussi l’irrésistible chute de Henri Christophe, ancien esclave, dans la démesure et la mégalomanie. Lui, le héros de la révolte des esclaves, compagnon de lutte de Toussaint Louverture, est nommé Président à vie en 1807, puis roi. C’est ce que Aimé Césaire raconte. À l’esclavage succède un autre esclavage. Le tyran blanc laisse la place à un tyran noir. Comment concilier les lourds héritages de l’esclavage, de la décolonisation et des racines africaines ?  Sassou N’Guesso, Biya… et bien d’autres ressemblent étrangement au Roi Christophe… Laissons parler la poésie du texte de Césaire. Écoutons ce que Madame Christophe reproche à son époux :

Christophe, à vouloir poser la toiture d’une case, sur une autre case, elle tombe dedans ou se trouve grande ! Christophe ne demande pas trop aux hommes et à toi-même, pas trop ! Et puis je suis une mère et quand parfois je te vois emporté sur le cheval de ton cœur fougueux, le mien à moi, trébuche et je me dis : pourvu qu’un jour on ne mesure pas au malheur des enfants la démesure du père. Nos enfants, Christophe, songe à nos enfants. Mon Dieu ! Comment tout cela finira-t-il ?

Et voilà ce que répond Henri Christophe :

Je demande trop aux hommes ! Mais pas assez aux nègres, Madame ! S’il y a une chose qui, autant que les propos des esclavagistes, m’irrite, c’est d’entendre nos philanthropes clamer, dans le meilleur esprit sans doute, que tous les hommes sont des hommes et qu’il n’y a ni Blancs ni Noirs. C’est penser à son aise, et hors du monde, Madame. Tous les hommes ont mêmes droits. J’y souscris. Mais du commun lot, il en est qui ont plus de devoirs que d’autres. Là est l’inégalité. Une inégalité de sommations, comprenez-vous ? A qui fera-t-on croire que tous les hommes, je dis tous, sans privilège, sans particulière exonération, ont connu la déportation, la traite, l’esclavage, le collectif ravalement à la bête, le total outrage, la vaste insulte, que tous, ils ont reçu plaqué sur le corps, au visage, l’omni-niant crachat ! Nous seuls, Madame, vous m’entendez, nous seuls, les nègres ! Alors, au fond de la fosse ! C’est bien ainsi que je l’entends. Au plus bas de la fosse. C’est là que nous crions ; de là que nous aspirons à l’air, à la lumière, au soleil. Et si nous voulons remonter, voyez comme s’imposent à nous, le pied qui s’arcboute, le muscle qui se tend, les dents qui se serrent, la tête, oh ! la tête large et froide ! Et voilà pourquoi il faut en demander aux nègres plus qu’aux autres : plus de travail, plus de foi, plus d’enthousiasme, un pas, un autre pas, encore un autre pas et tenir gagné chaque pas ! C’est d’une remontée jamais vue que je parle, Messieurs, et malheur à celui dont le pied flanche !

Et Césaire encore : Savez-vous pourquoi il travaille jour et nuit ? Savez-vous, ces lubies féroces, comme vous dîtes, ce travail forcené… C’est pour que désormais il n’y ait plus de par le monde une jeune fille noire qui ait honte de sa peau et trouve dans sa couleur un obstacle à la réalisation des vœux de son cœur.

D’UNE TRAGÉDIE À L’AUTRE

La Mission, Souvenir d’une révolution. Heiner Muller. Magnifique, encore. Parue en 1979. Jouée pour la première en France en 1982. Le contexte historique de l’action : la première tentative d’abolition de l’esclavage aux Antilles après la Révolution Française. Cela commence avec la révolte des esclaves de Saint Domingue en 1791. En février 1794, l’abolition est proclamée dans toutes les colonies françaises. C’est Bonaparte, Napoléon Ier, qui rétablit l’esclavage, sous la pression des « lobbies économiques » de l’époque, en 1802. La Mission rejoue ces soubresauts, cette lutte sanglante entre Blancs et Noirs. Et c’est le personnage de Sasportas qui porte la voix noire de la révolte dans cette tragédie :

J’ai dit que les esclaves n’ont pas de patrie. Ce n’est pas vrai. La patrie des esclaves est le soulèvement. Je vais au combat, armé des humiliations de ma vie. (…) Les morts combattront quand les vivants ne pourront plus. Chaque battement de cœur de la révolution fera de nouveau croître de la chair sur leurs os, du sang dans leurs veines, de la vie dans leur mort. Le soulèvement des morts sera la guerre des paysages, nos armes les forêts, les montagnes, les mers, les déserts du monde. Je serai forêt, montagne, mer, désert. Moi, c’est l’Afrique. Moi, c’est l’Asie. Les deux Amériques, c’est moi.

Cette tragédie contemporaine met en garde, elle aussi, contre les mirages de la liberté. Contre les tyrannies qui prennent la place d’autres tyrannies. Contre ces libérateurs qui se révèlent dictateurs.

La révolution n’a plus de patrie, ce n’est pas nouveau sous le soleil qui ne brillera peut-être jamais sous une nouvelle terre, l’esclavage a de multiples visages, nous n’avons pas encore vu le dernier (…) ce que nous avons pris pour l’aurore de la liberté n’était peut-être qu’un nouvel esclavage plus effroyable (…) et ta bien-aimée inconnue, la liberté, quand ses masques seront usés, peut-être n’aura-t-elle pas d’autre visage que la trahison.

La Tragédie du Roi Christophe, Aimé Césaire. La Mission, Heiner Müller. Deux pièces à voir, à revoir, à lire, à relire. Deux tragédies sur l’esclavage. Deux tragédies de la négritude. Deux poings d’interrogation sur la liberté et sur l’humaine condition.

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LE DERNIER LUNDI DE BERNARD A CASSEL…

La saison carnavalesque est terminée ?  Pas tout à fait. Il reste un carnaval. Le dernier… Enfin, pas pour les carnavaleux qui honoreront toujours ce rendez-vous. Mais pour Bernard Minne, Tambour Major de Cassel depuis 50 ans, et qui  conduira le Réveil et la Bande des Arlequins pour une ultime fois…  Dernier Lundi de Pâques à Cassel pour lui… avant de transmettre son chapeau en demi lune et son habit rouge à son fils Vincent… Vous ne connaissez pas cette manifestation haute en couleurs et en bonne humeur ? On vous la fait découvrir ici.

Affiche ancienne pour le Carnaval d'été de Cassel.
Affiche ancienne pour le Carnaval d’été de Cassel.

UN LUNDI AU SOLEIL

Un carnaval d’été un lundi de Pâques ? Y’aurait pas comme un meshplek dans le calendrier ? C’est vrai que Pâques, c’est au printemps. Bernard Minne, Tambour Major au cœur gros comme ça, nous donne la clé de ce mystère calendaire : en 1929, quand les intempéries particulièrement rigoureuses de l’hiver empêchent les Casselois de sortir les géants pour le traditionnel carnaval de Mardi Gras, Les Amis du Reuze cherchent une date pour reporter les festivités. La seule qui convienne : le lundi de Pâques. Qu’à cela ne tienne : cette année-là, on fêtera le dernier jour avant Carême, quand celui-ci sera terminé ! Sauf que ce lundi de Pâques-là, il a fait plus de 30 degrés ! Au point que les brasseurs se sont retrouvés en rupture de stocks pour abreuver les carnavaleux déshydratés ! Depuis, non seulement on a conservé cette date pour « remettre ça » après le carnaval d’hiver, mais on a aussi conservé cette appellation de « carnaval d’été » au printemps !

LES CASSEROLES DE CASSEL

Et le premier  temps fort de cette pittoresque  journée est le Réveil. Pas de grasse matinée. À 6 heures précises, le Tambour Major lève sa canne, donne le coup de sifflet et le coup d’envoi de ce concert de tambours, de cymbales et autres casseroles en tous genres. Joyeuse bande bruyante, bigarrée et souriante qui défile dans les rues de la ville pour chasser les mauvais esprits et les esprits bougons. Ici, on sait se lever tôt pour perpétuer la tradition et faire la fête ! Un avant goût de cette très matinale avant bande :

Vous avez vu le sourire lumineux de la cantinière ? Isis Mahieu officie depuis plus de 20 ans maintenant. Mais le plus rayonnant, c’est le Tambour Major : vous avez vu comme il est beau ? Et unique ! Rien à voir avec les autres meneurs de bandes, à chako poilu et redingote napoléonienne. Ici, le rouge est de rigueur. Et le chapeau exceptionnel. Sur le devant, l’effigie de Reuze Papa, Géant protecteur de Cassel, et sur l’arrière le fameux Pierrot des vieilles affiches carmin annonçant l’événement. Celui que porte Bernard Minne date de 1967 ; c’est son père, Marceau Minne, qui l’avait arrangé un peu avant de lui léguer à sa mort. Bernard se souvient de ses sœurs découpant des affichettes et les collant sur ce chef d’œuvre de couvre chef. Une affaire de famille. D’ailleurs, c’est à son fils Vincent qu’il lèguera ce costume unique ce lundi de Pâques 2019…

Carnaval du Lundi de Paques - Reveil et Bande des Arlequins
Vincent Minne aide son père, Bernard, à ajuster cet unique couvre chef de Tambour Major.

LA DANSE DES GÉANTS

C’est vrai qu’il y a la bande des Arlequins, vers 10h ;  ainsi appelée parce qu’autrefois la plupart de ceux qui y prenaient part se déguisaient en Arlequin, personnage typique du carnaval de Venise.  C’est vrai qu’il y a le Four Merveilleux, qui promène à travers la cité  le docteur Kakiskhof, son diable, ses mitrons et ses musiciens pour rajeunir les vieux et redresser les bossus.

C’est vrai qu’il y a ces groupes venus de toute la Flandre, et parfois de contrées très lointaines,  harmonies, lanceurs de drapeaux, Gilles de Binche, majorettes et autres danseurs pour mêler au rouge et au blanc de Cassel les couleurs des autres traditions folkloriques.

C’est vrai. Mais la sortie des seigneurissimes Reuze Papa, le plus ancien des géants du Nord (créé en 1827), et Reuze Maman, géants de Cassel, classés par l’UNESCO au titre de Monuments Historiques depuis 2000, ça vous transporte et ça vous remplit de joie. Vous retrouvez votre âme d’enfant, et vous vous surprenez à chantonner la Reuze Lied, composée en 1882, par Auguste Taccoen, chef de l’Harmonie de l’époque. Pendant que les Grosses Têtes qui les précèdent s’amusent à effrayer les enfants, Reuze Papa et Reuze Maman dansent.

Et leur danse, solennelle et infiniment renouvelée, vous réconcilie avec les joies simples de la Tradition. Au sens premier du terme. Les valeurs qu’on porte et qu’on transmet. Alors on danse. Avec les géants. Et on danse le renouveau de la nature et de la vie dans ce printemps casselois. On danse l’amour et la joie de vivre. Tout simplement. Y en a qui dansent et qui transpirent : les porteurs. Ils sont une douzaine à se relayer. Toute la journée. Peut-être croiserez-vous Vincent Minne, le fils du Tambour Major, qui, en digne fils de son père,  est promis à conduire le Réveil et la bande quand Bernard lui confiera sa canne demain, porte le Reuze.

Bernard Minne, Tambour Major, regarde avec fierté et bienveillance son fils Vincent qui prendra un jour la relève...
Bernard Minne, Tambour Major, regarde avec fierté et bienveillance son fils Vincent qui va prendre la relève…

Mais le plus beau, et ça c’est Bernard Minne lui-même qui le dit, c’est la rentrée des Géants.  Demain soir, le coucher sera empreint de nostalgie Mais la relève est assurée, et Bernard gardera cette dernière image comme l’une des plus touchantes de toutes celles qui ont coloré ces 50 années de joie. Auprès d’Evelyne son épouse toujours  à ces côtés dans les ruelles de Cassel. Auprès des Casselois toujours à ses côtés depuis le premier carnaval d’été en 1969… Laissons-lui la parole pour conclure :

A Cassel, y en a pour tous les goûts. Tout est beau. Mais le plus beau, c’est la rentrée des géants. Tout bon Flamand doit voir la rentrée des Géants pour ne pas mourir idiot. La lumière des torches dans le soir, les reflets des Géants sur les façades, c’est magnifique.

 Alors, rendez-vous à Cassel, lundi 22 avril dès 6h du matin, et jusqu’au soir, pour un carnaval d’été … au printemps !

Progrmme du Lundi de Pâques 2019.

image 1 : reproduction LeMag@zoom.

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AVRILS TRAGIQUES…

Avril. Drôles de printemps. Étranges anniversaires…  Génocide arménien : 24 avril 1915.   Avril encore, de l’année 1945 :  libération de la plupart des camps de concentration. 30 avril : c’est cette date, cette année,  qui est retenue pour honorer la mémoire de ceux qui ne sont jamais revenus. Ou qui en sont revenus, sans jamais vraiment revenir. Les « revenants », comme les appelle Charlotte Delbo, l’une des rares rescapées d’Auschwitz. Avril 1946 :  procès de Nuremberg. La notion de « crime contre l’humanité » est inventée. Avril 1961 : procès Eichmann et naissance d’une autre notion : celle de « banalité du mal ». Retour sur ces tragédies que nous lègue l’Histoire…

La une de L'Humanité sur la libération du camp de Lublin en septembre 1944.

Lublin, Dachau, Bergen Belsen, Buchenwald, Auschwitz, Mehlteuer, Matthausen… Triste litanie de noms qui font encore trembler d’effroi aujourd’hui. Triste litanie qu’il faut psalmodier encore et encore, chaque année, dans les classes ou lors des commémorations pour ne pas oublier. Devoir de mémoire. Parce que Charlotte Delbo, Anne Frank, Primo Levi, Etty Hillesum, et tant d’autres doivent être lus. Et connus. Pour sensibiliser les jeunes générations. Leur faire prendre conscience de la « banalité du mal ».  Écoutons ces voix d’outre tombe. Etty Hillesum d’abord. De 1941 à 1943, cette jeune hollandaise à peine plus âgée qu’Anne Frank, tient elle aussi un journal. Le 7 septembre 1943, elle est envoyée au camp de transit de Westerbork. Transit. Entre deux. Entre la vie à Amsterdam et une mort certaine à Auschwitz. Elle écrit des lettres bouleversantes depuis ce camp. Voici un passage dans lequel elle raconte comment elle essaie d’apporter son aide aux mamans qui sont programmées avec leurs enfants dans les prochains convois vers la mort. À Westerbork, il y avait une infirmerie, une « nurserie » et un orphelinat… ironie tragique…

Quand je dis : cette nuit j’ai été en enfer, je me demande ce que ce mot exprime pour vous. Je me le suis dit à moi-même au milieu de la nuit, à haute voix, sur le ton d’une constatation objective : Voilà, c’est donc cela l’enfer. Impossible de distinguer entre ceux qui partent et ceux qui restent. Presque tout le monde est levé, les malades s’habillent l’un l’autre. Plusieurs d’entre eux n’ont aucun vêtement, leurs bagages se sont perdus ou ne sont pas encore arrivés. (…) On prépare des biberons de lait à donner aux nourrissons, dont les hurlements lamentables transpercent les murs des baraques. Une jeune mère me dit en s’excusant presque : « D’habitude le petit ne pleure pas, on dirait qu’il sent ce qu’il va se passer. » Elle prend l’enfant, un superbe bébé de 8 mois. (…) La bonne femme au linge mouillé est au bord de la crise de nerf : « Vous ne pourriez pas cacher mon enfant ? Je vous en prie, cachez-le, faites-le pour moi, il a une forte fièvre, comment pourrais-je l’emmener ? Un enfant malade, ils vous l’enlèvent, et on ne le revoit plus jamais. »

Voici un autre texte. De Charlotte Delbo, déportée politique française. Rescapée d’Auschwitz. Elle écrit de nombreux textes sur l’enfer. Celui-ci prend la forme d’une prière. Prière aux vivants :

Vous qui passez bien habillés de tous vos muscles, un vêtement qui vous va bien, qui vous va mal, qui vous va à peu près. Vous qui passez animés d’une vie tumultueuse aux artères et bien collée au squelette, d’un pas alerte sportif lourdaud, rieurs renfrognés, vous êtes beaux, si quelconques, si quelconquement tout le monde, tellement beaux d’être quelconques diversement, avec cette vie qui vous empêche de sentir votre buste qui suit la jambe, votre main au chapeau, votre main sur le cœur, la rotule qui roule doucement au genou… Comment vous pardonner d’être vivants…

Vous qui passez bien habillés de tous vos muscles, comment vous pardonner, ils sont morts tous.

Vous passez et vous buvez aux terrasses, vous êtes heureux, elle vous aime, mauvaise humeur souci d’argent… Comment comment vous pardonner d’être vivants comment comment vous ferez-vous pardonner par ceux-là qui sont morts pour que vous passiez bien habillés de tous vos muscles que vous buviez aux terrasses que vous soyez plus jeunes chaque printemps

Je vous en supplie faites quelque chose, apprenez un pas, une danse, quelque chose qui vous justifie, qui vous donne le droit d’être habillés de votre peau, de votre poil, apprenez à marcher et à rire parce que ce serait trop bête à la fin que tant soient morts et que vous viviez sans rien faire de votre vie.

Je reviens d’au-delà de la connaissance il faut maintenant désapprendre je vois bien qu’autrement je ne pourrais plus vivre.

Et puis mieux vaut ne pas y croire à ces histoires de revenants, plus jamais vous ne dormirez si jamais vous les croyez ces spectres revenants, ces revenants qui reviennent sans pouvoir même expliquer comment.

Lisez encore Primo Levi, Si c’est un homme. Lisez, lisez. Regardez aussi, si vous préférez : La Liste de Schindler, Steven Spielberg. La Rafle, Rose Bausch. La Vie est belle, Roberto Benigni. Le Fils de Saül, László Nemes. Elle s’appelait Sarah, Gilles Paquet-Brenner...Et bien d’autres chefs d’œuvre du cinéma qui remplissent leur devoir de mémoire. Et le film de Margarethe von Trotta sur le combat de Hannah Arendt.

Les fours crématoires de Buchenwald.

Banalité du mal. Concept élaboré par Hannah Arendt : ceux qui ont commis ces horreurs ne sont pas des monstres. Ce serait trop facile de penser ainsi. Ce ne sont pas des monstres, ce sont des êtres humains, comme vous et moi, qui ont accompli leur « devoir ». La banalité du mal expliqué ici :

 

Eichmann est responsable de la logistique de la « solution finale ». Il organise notamment l’identification des victimes de l’extermination raciale, et leur déportation vers les camps de concentration et d’extermination. Eichmann est jugé en Israel à partir d’avril 1961, est condamné à mort et pendu en mai 1962.  Il avait échappé à un autre procès presque 20 ans plus tôt. Le procès qui invente le chef d’inculpation de « crime contre l’humanité » : Nuremberg.

Du 20 novembre 1945 au 10 octobre 1946, les plus hauts dignitaires du nazisme comparaissent dans le tribunal de cette ville, qui n’est pas choisie au hasard : berceau du nazisme et terreau de la doctrine de l’aryanisme. Le NSDAP ( le parti national socialiste = le parti nazi), la SS (escadron de protection), le SD (service de sécurité) et la Gestapo (police politique) sont reconnus organisations criminelles. 12 condamnés à mort dont Goering, Commandant en chef de la Luftwaffe et ministre de l’Aviation, personnage clé du IIIème Reich. 3 condamnations à la prison à perpétuité dont celle de Rudolf Hess :  compagnon influent d’Adolf Hitler dès ses débuts politiques,  représentant officiel auprès du parti nazi (chef de la chancellerie du NSDAP) et principal rédacteur des lois de Nuremberg qui fondent le nazisme. D’autres condamnations à des peines de prison longues sont prononcées. Nuremberg invente un chef d’inculpation : le crime contre l’humanité.

La une du Monde annonce la libération du camp de Bergen Belsen.
La une du Monde annonce la libération du camp de Bergen Belsen.

Comment le « sens du devoir » peut-il pousser un homme à accomplir les actes les plus cruels à l’encontre de ses semblables ? Un début d’explication avec La Mort est mon métier de Robert Merle : les pseudo-mémoires de Rudolf Höß, rebaptisé Rudolf Lang dans le livre, commandant du camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz. Rédigé entre 1950 et 1952, ce récit nous fait comprendre le concept de banalité du mal élaboré pourtant presque 10 plus tard par Hannah Arendt. Voici un extrait de la préface du livre écrite par Robert Merle signée du 27 avril 1972 :

Il y a bien des façons de tourner le dos à la vérité. On peut se refugier dans le racisme et dire : les hommes qui ont fait cela étaient des Allemands. On peut aussi en appeler à la métaphysique et s’écrier avec horreur, comme un prêtre que j’ai connu : « Mais c’est le démon ! Mais c’est le Mal !… ».
Je préfère penser, quant à moi, que tout devient possible dans une société dont les actes ne sont plus contrôlés par l’opinion populaire. Dès lors, le meurtre peut bien lui apparaître comme la solution la plus rapide à ses problèmes.
Ce qui est affreux et nous donne de l’espèce humaine une opinion désolée, c’est que, pour mener à bien ses desseins, une société de ce type trouve invariablement les instruments zélés de ses crimes.
C’est un de ces hommes que j’ai voulu décrire dans La Mort est mon métier. Qu’on ne s’y trompe pas : Rudolf Lang n’était pas un sadique. Le sadisme a fleuri dans les camps de la mort, mais à l’échelon subalterne. Plus haut, il fallait un équipement psychique très différent.
Il y eu sous le nazisme des centaines, des milliers, de Rudolf Lang, moraux à l’intérieur de l’immoralité, consciencieux sans conscience, petits cadres que leur sérieux et leurs « mérites » portaient aux plus hauts emplois. Tout ce que Rudolf fit, il le fit non par méchanceté, mais au nom de l’impératif catégorique, par fidélité au chef, par soumission à l’ordre, par respect pour l’Etat. Bref, en homme de devoir : et c’est en cela justement qu’il est monstrueux.

Se méfier du démon de la pureté. Se méfier du sens du devoir qui pousse sur les champs de frustrations, sur les collines de l’orgueil, sur les murs qu’édifie l’individualisme.

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POURQUOI TANT DE POISSONS LE 1ER AVRIL ?

1er avril : jour béni pour les enfants, les taquins et autres farceurs. Mais d’où vient cette tradition ? Pour en savoir plus, par ici…

Le fameux et énigmatique poisson d'avril...
Le fameux et énigmatique poisson d’avril…

UNE HISTOIRE DE CALENDRIER

Depuis un peu plus de 500 ans, notre année civile commence le 1er janvier. Il n’en fut pas toujours ainsi. C’est Charles IX, guidé par sa mère Catherine de Médicis, qui, le 9 août 1564, publia, entre autres décisions, celle de faire commencer l’année le 1er janvier. C’est l’Édit de Roussillon, préparé et signé dans la ville de Roussillon, par, entre autres,  Michel de L’Hospital (voir un précédent article du Mag@zoom à propos de cet homme bienveillant quoique méconnu : ici). Auparavant, le début de l’année variait selon les provinces : à Lyon, c’était le 25 décembre, à Vienne, le 25 mars, ailleurs encore le jour de Pâques… L’ Empereur  Charles Quint avait déjà fixé le début de l’année au 1er janvier dans son royaume. Et en 1622, le Pape Grégoire XV applique cette mesure à l’ensemble de la chrétienté. Il poursuit ainsi l’œuvre de son illustre prédécesseur, Grégoire XIII, qui s’était attaqué à la réforme du calendrier. Sur les tribulations du calendrier et du temps, voir, encore, un précédent article du Mag@zoom : .

Exemple de calendrier grégorien du XIXème siècle.
Exemple de calendrier grégorien du XIXème siècle.

POURQUOI TANT DE POISSONS ?

Comme le début de l’année coïncidait donc autrefois avec le printemps (grosso modo mars avril), les gens avaient l’habitude de s’offrir des petits cadeaux, comme nous le faisons encore parfois, et qu’on nomme étrennes. Cette tradition des petits cadeaux a perduré, mais c’était « pour rire ». Et la farce ou le canular est un geste traditionnel ancien : les Romains avaient leurs hilaria, fêtes fixées aux alentours du 25 mars… En Occident, et en Amérique du Nord encore aujourd’hui, cette période correspond à la « fête des fous » qui remonte au Moyen Âge. C’est le «April Fool’s day» (jour des fous d’avril) ou «All Fool’s day» (jour de tous les fous).

Combat entre Carnaval et Carême, Brueghel l'Ancien, 1559.
Combat entre Carnaval et Carême, Brueghel l’Ancien, 1559.

Et puis, mars-avril : cette période marque l’ouverture de la pêche en eau douce. Le lien entre 1er avril et poisson collé dans le dos est peut-être à trouver ici… À moins qu’il ne faille rapprocher cette tradition de celle de Pâques, qui met fin au Carême : on sait que le poisson a une importance symbolique pour les Chrétiens. Le poisson étant le signe de reconnaissance des premiers fidèles du christ. L’ichthus chrétien, ce dessin représentant un poisson, est un acronyme de « Christ »

Ichthus : signe de reconnaissance des premiers chrétiens.
Ichthus : signe de reconnaissance des premiers chrétiens.

Et puis le poisson, c’est le dernier signe zodiacal de l’hiver : on marque ainsi par cette fête, qui rappelle des rites d’inversion anciens, un passage calendaire, passage de l’hiver au printemps, de la stérilité à la fertilité, de la pénombre à la lumière…

Le 1er avril, tel qu’il se célèbre aujourd’hui, est un héritage de toutes ces traditions. Ce qui paraît commun, c’est l’idée du rite de passage, pour rire…

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11 MARS 2011 : FUKUSHIMA

Au moment où on parle d’enfouir 80 000 tonnes de déchets radioactifs sur la zone de Bure dans la Meuse, il faut plus que jamais rappeler les dangers auxquels les populations s’exposent…. Souvenons-nous. Souvenez-vous…Vendredi 11 mars 2011. Début d’après-midi. Fukushima. Japon. La terre tremble. La mer mugit. Et c’est la catastrophe. Nucléaire. Fukushima, Récit d’un désastre, de Michaël Ferrier, raconte la descente aux enfers du peuple nippon. Témoin direct, involontaire, de la catastrophe, il raconte cette fin du monde en trois temps : séismes à répétition, tsunami, cataclysme nucléaire.

UNE CATASTROPHE ANNONCÉE

Ancien élève de l’École Normale Supérieure, agrégé de lettres, docteur ès-lettres de l’université Paris-Sorbonne, Michaël Ferrier est professeur à l’université Chuo de Tokyo, au Japon. Sa vie est là-bas. Son amour est là-bas : Jun, qui partage sa vie et sa passion pour le Japon.  Le 11 mars 2011, ils sont les témoins directs de la catastrophe. Le Récit d’un désastre est inédit. Il n’aurait pas dû exister. Il existe. Et c’est l’œuvre la plus diffusée de son auteur. Il aurait préféré peut-être que ce soit un autre de ses romans. Mais celui-ci raconte l’indicible. Extraits :

« Cela fait 80 millions d’années que ces plaques [les plaques tectoniques] se frictionnent. Aujourd’hui, ce vieux conflit s’est réveillé. Les répliques s’enchaînent à une cadence folle. La terre tremble. La terre tremble. Le vendredi 11 mars : 78 séismes. Le samedi 12 mars : 148 séismes. Le dimanche 13 : 117 séismes. (…) Paul Claudel, lui, trouve pour le dire les mots justes et l’image exacte : ″A tout moment, à midi, au théâtre, pendant le repas, la main mystérieuse intervient. Elle saisit le Japon au collet, elle lui rappelle qu’elle est là.″ Ici, en une semaine, on en est à plus de 400 répliques. Un tremblement de terre magnitude 5 minimum toutes les 17 minutes… Et c’est dans ce pays qu’on a construit 54 réacteurs nucléaires. » 

Michael Ferrier, Fukushima, Récit d'un désastre (2012)
Michael Ferrier, Fukushima, Récit d’un désastre (2012)

Inconscience meurtrière de ceux qui ont installé des centrales nucléaires sur une terre fragile. Ce mois de mars 2011, les éléments se déchaînent sur le Japon : la terre tremble, un tsunami engloutit tout ce qui vit sous un déluge d’eau, le feu brûle infiniment dans les réacteurs de la centrale, et l’air qu’on respire devient poison, et tue lentement.

L’île principale de l’archipel semble avoir glissé de plus de deux mètres et l’axe de rotation de la Terre s’être déplacé de dix centimètres, alors imaginez ce qui s’est passé avec les maisons (..) le séisme du Tohoku a libéré une énergie 24 mille fois plus forte que la bombe atomique larguée en 1945 à Nagasaki.

Les mots disent l’énormité, l’aberration, l’horreur aussi vécue pas les populations victimes à la fois du cataclysme naturel et de la catastrophe nucléaire. Énormité, aberration, horreur. La Terre. La Mer. Le Ciel. Ou comment le monde devient fou. Baudelaire et Claudel se cassent la figure de la bibliothèque. Des bouts du ciel nous tombent sur la tête. Les murs tremblent. Le sol tremble. Tout est sens dessus dessous. Et la mer vient engloutir le tout. Comment dire la vague haute de trois étages ? Comment dire ce déferlement vertigineux : la vitesse d’un tsunami est de 360 km /h pour 1km d’eau ; à 5 km du rivage, les vagues sont encore à 800 km/h … à 500 mètres, c’est l’équivalent d’un TGV ( 250 km/h) qui se lance sur la plage… Comment dire « les corps, les cris, la lente agonie (…) le bruit de l’eau (…) l’écharpe de boue, la strangulation liquide », les amas de voitures, de bateaux, de maisons, les objets, le verre, le bois, les métaux, toutes ces choses du quotidien des hommes entremêlées dans une danse stagnante et macabre. 25 millions de tonnes de débris, sans compter les véhicules… Comment ?  Cadavres à la dérive d’un déluge qui charrie êtres et choses dans son cortège boueux et funèbre.

Citons encore Michaël Ferrier :

À l’heure où je trace ces lignes, le tsunami continue son chemin à travers l’océan pacifique. Les vagues iront se perdre l’an prochain sur les côtes américaines, et arriveront jusqu’en Antarctique où, après un voyage de 13 000 km, elles feront encore trente centimètres et seront encore assez puissantes pour fissurer et faire s’effondrer de gros blocs de glace. Ou encore ce détail, que me rapporte un géologue rencontré dans un restaurant de Fukushima : les cartes de la région sont toutes à revoir, car de nombreux éléments du relief (côtes, criques, collines…) se sont déplacés.

LA DEMI-VIE

Et le récit s’achève ainsi, dans la poésie du tragique :

L’eau, le vent, les feuilles.

L’herbe, les champignons, les baies.

Se rouler dans l’herbe.

Sentir la pluie sur son visage, au petit matin – odeur de vin et d’algue – dans une rue de Tokyo.

Voici quelques échantillons de ce qui, petit à petit, nous devient de jour en jour un peu plus interdit. La pluie tombe, mais ce n’est plus la pluie. Le vent souffle, mais ce n’est plus le vent : il porte avec lui le césium et non le pollen, des bouffées de toxines et non des parfums. La mer, tout en continuant à rugir, devient muette de terreur.

Depuis le 11 mars, une expression s’est répandue comme une traînée de poudre : la « demi-vie ». Elle est autour de nous, on ne parle plus que de ça désormais. La demi-vie des éléments radioactifs que les réacteurs nucléaires diffusent par panaches. La demi-vie n’est pas une moitié de vie. La demi-vie est la période au terme de laquelle un de ces produits aura perdu la moitié de son efficacité ou de son danger. Cela peut se compter en jours, en années, en siècles ou en millénaires…

Une femme et sa fille priant pour les millions de victimes de la catastrophe de Fukushima. REUTERS/Kim Kyung-Hoon (JAPAN)
Une femme et sa fille priant pour les millions de victimes de la catastrophe de Fukushima. REUTERS/Kim Kyung-Hoon (JAPAN)

Il faut lire et relire le récit de Michaël Ferrier, paru aux éditions Gallimard en 2012, et disponible en format de poche. Il faut éveiller les consciences.

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CAVIAR, POISSON STAR

« Mémoire d’éléphant, voix cristalline, écailles scintillantes et sourire bright ». Voici le portrait de Caviar, star du dernier opus pour la jeunesse de Justine Jotham. Et pourquoi pas faire chanter un oiseau plutôt ? Trop facile ! Faire chanter un poisson, voilà un défi à la hauteur des talents de l’auteure dunkerquoise. Et défi relevé ! Depuis le 7 février dernier, Caviar chante et enchante tous ses lecteurs et a trouvé sa place dans la collection « Nos amies les sales bêtes » des Editions du Poulpe. Caviar… pas si sale et pas si bête que ça…

Portrait de Caviar, poisson star.

Caviar poisson star, c’est d’abord une photographie intéressante de notre société… Un père macho qui travaille beaucoup, Jean Bernard. Une maman qui travaille beaucoup, aussi, Prunelle… Une grand-mère qui ne s’entend pas avec son gendre et atteinte de la maladie d’Alzheimer, Mémé. A l’école, c’est pas mieux. Madame la Directrice ne connaît pas la bienveillance. Quand Léopold apporte son poisson en classe, elle invite les autres élèves à se moquer de ce pourtant si touchant duo. On appelle ça du harcèlement aujourd’hui. Ici, il est même encouragé :

« Caviar ? HA HA HA ! Vous avez entendu ça, les enfants ? Qu’est-ce que c’est que ce nom ?

– Bouh ! Léopold ! La honte ! HA HA HA !!! HA HA HA !!! s’esclaffent les élèves en pointant du doigt le marmot dépité.

Léopold observe ses pieds et ses baskets trop petites aux lacets défaits. Défait, il l’est aussi – abattu, rompu, vaincu. Ses iris joliment bleutés se noient dans les larmes et son regard est vague et translucide. Je sais bien que, par principe, je n’aime pas les mouflets, mais Léopold est différent dans sa fragilité. Différent…

Justine Jotham a des souvenirs malheureux de l’école maternelle, nous confie t elle… Enseignante quelques années en collège, elle a eu le temps de se forger une opinion : « Je ne suis pas sûre que les enfants soient heureux à l’école, heureux de ce qu’on leur propose. Malgré l’illusion de « bienveillance, d’ « ouverture »  » et de « confiance »…

Justine Jotham, Maître de Conférences en Littérature à l’ULCO Dunkerque, et auteure jeunesse.

Sous la plume de Justine, c’est Caviar qui raconte. Star de la chanson. Et star du récit. Poignante, la solitude du petit Léopold. C’est Mémé, qui perd la boule, et Goldy, rebaptisé Caviar, qui vont, vous l’avez compris, combler ce vide affectif.

Goldy, c’est son premier nom, nom d’artiste, du temps où il partageait la vie et la scène avec Miss Silver, vedette de la chanson, apporte gaieté et amour dans la vie du petit héros. Chaque chapitre s’ouvre en musique… Et on s’amuse à reconnaître ici ou là des airs connus cachés dans les paroles retravaillées de Caviar Poisson Star :

« C’est la java des aieux,

La plus belle des ritournelles… »


Comme chez Beaumarchais, tout finit avec de l’amour et des chansons…

Mais chut ! Je n’en dis pas plus. A vous de découvrir l’histoire…

Caviar… à déguster !

Un narrateur chanteur. Une auteure musicienne. Cela va de soi. Tromboniste à l’Orchestre Semper Fidelis, Justine Jotham voue une adoration pour Le Lac des Cygnes de Tchaïkovski. Elle passe du temps sur sa batterie électronique ; la Mémé de Léopold est d’ailleurs percussionniste sur batterie… de cuisine ! Cette Mémé est attachante dans sa folie douce ; elle est née des souvenirs que Justine a de sa propre grand-mère, qu’ un AVC a rendue aphasique, mais qui gardait une mémoire intacte pour fredonner les chansons de carnaval…

Pédagogue née (elle est Maître de Conférence en littérature à l’ULCO Dunkerque), Justine met aussi un point d’honneur à parsemer son récit de références scientifiques, littéraires, et culturelles d’une manière générale. Et toujours avec humour… Ainsi Caviar est un « cyprin doré », non un vulgaire poisson rouge, et son anatomie est détaillée au fil des pages, entre « branchies », « ouies » et « mâchoires pharyngiennes ». On apprend dans la bonne humeur que « ce qui monte doit nécessairement redescendre », et les notes de bas de pages sont succulentes :

Méphistophélique : adjectif qui veut dire diabolique, mais j’aime bien ce mot, parce qu’il fait peur et que ça en met plein la vue (…)

« les vieilles personnes qui « se hâtent avec lenteur » : c’est ce que dit La Fontaine de La Tortue qui se mesure au Lièvre dans sa fable (…)

« Alzheimer a ses raisons que la raison ignore, disait le philosophe… »

Le texte se suffirait à lui-même, Justine jouant aussi sur la taille et la morphologie des caractères utilisés… Mais il est rehaussé par les illustrations de Perceval Barrier, qui a su, sans concertation nous a confié Justine, trouver les images collant parfaitement aux mots…

Bref, ce récit, comme les précédents, est un régal pour les lecteurs de 7 à 77 ans. Vous ne connaissez pas les précédents ?! Allez vite voir, pour découvrir Qui veut la peau d’Otto Dafé ? Et ici vous serez tentés par les aventures de Zénobie Abernathy, dont le tome 2, A la Recherche du Big Louchard, est sorti récemment…

La suite des aventures de Zénobie Abernathy…

Et pour rencontrer la belle Justine, insomniaque qui écrit, pour peupler ses nuits et les imaginations de ses lecteurs de personnages plus attachants les uns que les autres, allez voir dans les librairies de la région… Elle s’y promène pas mal en ce moment…

Justine Jotham est à La Mare aux diables à Dunkerque, samedi 16 février. L’événement : ici.

Le site des Editions du Poulpe : .

La Page Facebook de Justine Jotham : ici.

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