KERITH

Que se cache-t-il sous ce nom mystérieux ? Moniales subjuguées, incubes et succubes, moine fascinant, mondes parallèles où une réalité médiévale fantasmée cohabite avec les rêves hallucinés générés par une plante mystérieuse… La jeune réalisatrice dunkerquoise Ysé Le Bellec s’est inspirée de l’essai de Jules Michelet,  La Sorcière, et du roman gothique  Le Moine de M.G. Lewis, pour nous proposer une web série originale et fascinante : Kerith . Un « made in » Dunkerque unique. Une web série pas comme les autres, à découvrir le mercredi 3 octobre à Lille au cinéma l’Univers à 19h30, le  dimanche 7 octobre à 18h au Studio 43 à Dunkerque, et le 8 octobre à 21h sur internet en direct sur Twitch, puis sur YouTube…

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Ghazal Zati dans le rôle de Kérith.

Une vingtaine de journées de tournage. Autant de figurants. Dix épisodes. Sept personnages. L’Atelier couture du CCAS de Dunkerque pour les costumes. La Chartreuse de Neuville sous Montreuil. Le Fort des Dunes de Leffrinckoucke. La plage. Les bois et les eaux de Clairmarais. Des crépuscules à couper le souffle. Un froid de canard. Bref, Kerith est une production 100% locale, qui met en valeur autant les lieux de notre région que les talents locaux.

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Kérith et Aavdi sur le site de Clairmarais

C’est aussi une « entreprise » familiale. Ysé Le Bellec à la conception, à l’écriture du scénario, à la caméra et au montage. Patrick, le papa, à l’éclairage, la régie et auprès de sa talentueuse fille pour le montage. Le matériel en partie prêté par Canasucre Productions. La maman, Nathalie Lagréga, à la régie,  à l’intendance, et dans un rôle de moniale. La petite sœur, Esther, dans la figuration. Et toute une troupe de copains et de copines pour assurer le reste. Ghazal Zati (Kerith), Félicien Graugnard (Isidore), Arthur Hubert (Ephialtès/Aavdi), Jeanne Duval (Aleka), Didier Cattoen (Burkhard)Cécile Deroubaix (Mara)Marjorie Tricot (Elvire). Des marionnettes et des masques d’une étrange beauté, réalisations de Pedro Cobra, Larissa Miyashiro, Romane Leleux et Aude Crépin. Et des musiques sublimes, originales, composées par Joshua Bousseau et  Franck Di Razza, qui n’ont pas à rougir des airs de Hildegarde de Bingen et de Bernard de Ventadour habillant d’un charme égal l’intrigue de Kerith

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A gauche, Patrick et Ysé Le Bellec

L’intrigue justement. Laissons Ysé nous raconter :  » Le point de départ du scénario est ma lecture de l’œuvre de Michelet, La Sorcière. Œuvre étrange qui oscille entre pertinences et lacunes historiques, pure fiction et essai sociétal. Cet aspect m’a beaucoup plu : emprunter à l’Histoire sans chercher l’exactitude historique. » Ysé a voulu « étudier le cas de la sorcière sous l’angle féministe. Pourquoi y a-t-il eu une chasse aux sorcières ? Qui étaient les victimes ? Pourquoi certaines femmes se revendiquent-elles sorcières ?
J’ai voulu raconter l’histoire d’une femme exploratrice de l’imaginaire. Puisque je remarque que la religion a une grande importance en fantasy et dans l’histoire de la sorcellerie, j’ai choisi de la mettre au cœur de cette première saison. Si elle tient une place évidente dans le genre c’est peut être, au delà du fait qu’elle joue un grand rôle dans l’accusation de sorcellerie, parce qu’elle crée ses propres monstres, ses propres miracles. Ce scénario est une sorte de récit initiatique de Kerith, sorcière en puissance, qui devra remettre en question ses certitude et essayer de sortir du monastère où les portes sont grandes ouvertes mais si difficiles à franchir. »

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Mara (Cécile Deroubaix), au Fort des Dunes

« On est allé jusqu’au bout du projet. Pas de barrière, pas de limite. On n’a pas cherché à plaire aux spectateurs. On a voulu montrer autre chose, autrement. On ne s’est pas préoccupé du comment le film allait être reçu. Décontenancer le spectateur, le laisser se perdre et se retrouver au fil de l’intrigue et des images, c’est respecter sa liberté. » Caméra portée avec lumière et son direct en décors réels. « Cette esthétique rend la caméra très présente, elle est impliquée dans le récit, elle n’est pas passive. Je ne souhaite pas créer de distance avec les situations et les acteurs mais au contraire avoir un filmage plutôt rentre-dedans. Je ne veux pas faire oublier au spectateur qu’il y a une équipe qui a œuvré à fabriquer cette série et je souhaite donc jouer avec les imperfections, les imprévus et les erreurs. Enfin, ce parti pris filmique permet de cadrer au plus proche des acteurs, d’avoir un filmage plus sensuel, plus charnel. Je souhaite dépasser les archétypes par un onirisme assumé à travers la lenteur, la contemplation et les trucages à l’ancienne inspirés du cinéma fantastique de Méliès, Carné et de Cocteau. Je propose donc un cadre d’expérimentation entre le récit d’un Moyen-Âge fantasmé et un filmage brutal et onirique. » De sa voix douce, posée, Ysé Le Bellec expose son intention. Calme légendaire et sérénité de cette toute jeune réalisatrice qui ne perd jamais son sang froid, même quand les aléas du quotidien la rattrapent et gênent parfois le tournage. « Quand on a tourné au Fort des Dunes, nous n’avions pas anticipé la présence d’un stand de tirs à proximité… Il a fallu beaucoup de patience et beaucoup de génie à Franck di Razza pour prendre le son puis retirer les scories au mixage… ». Une autre fois, c’est un piège à renards dissimulé dans une botte de paille qui donne un coup de sang à l’équipe… Une autre fois encore, c’est la perche qui se casse la figure… Et puis, il y a ces longues tirades -tour de force de mémorisation pour Jeanne Duval- qu’il faut répéter jusqu’à 14 fois, entre fous rires et cadrage à rectifier… Et puis, il y a les crépuscules du matin et du soir, soleil irradiant la plaine de sa rougeoyante clarté…

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Aleka (Jeanne Duval) au soleil couchant…

Le résultat est époustouflant. Intrigant. Étrange. Et vaut la peine d’être goûté. Rendez-vous le 6 octobre sur la chaîne YouTube de KERITH…

La page Facebook de Kérith : ici.

Le site de Canasucre Productions : .

Le site du Studio 43 : ici.

Images : Ysé Le Bellec et son équipe. Qu’ils en soient tous remerciés !

 

 

 

 

 

 

VINGT ET TROIS ETRANGERS ET NOS FRERES POURTANT…

Arsène Tchakarian est mort… Sa disparition, comme celle du dernier poilu français, Lazare Ponticelli en 2008, marque un tournant dans l’Histoire. Un des dernier acteurs de la Résistance à l’Occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale se retire de notre monde emmenant ses souvenirs avec lui… Des traces cependant nous restent pour transmettre aux générations futures le souvenir d’un homme, étranger, arménien d’origine, qui donna sa vie pour libérer la France. Rescapé du Groupe Manouchian. Immigrés Résistants, Francs Tireurs et Partisans. Fusillés par les Allemands au Mont Valérien le 21 février 1944, quelques mois seulement avant la Libération de Paris. Ceux que les nazis voulaient faire passer pour des terroristes, à travers la propagande de l’Affiche rouge, sont morts en martyres pour la France. Il est urgent de témoigner…

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L’Affiche rouge, affiche de propagande nazie : on fait passer pour des terroristes les membres du groupe Manouchian, immigrés arméniens, Résistants, Francs Tireurs et Partisans, fusillés en 1944.

Il nous reste la dernière lettre de Manouchian à sa femme. Tombeau d’émotions. 

Ma Chère Mélinée, ma petite orpheline bien-aimée,

Dans quelques heures, je ne serai plus de ce monde. Nous allons être fusillés cet après-midi à 15 heures. Cela m’arrive comme un accident dans ma vie, je n’y crois pas mais pourtant je sais que je ne te verrai plus jamais.
Que puis-je t’écrire ? Tout est confus en moi et bien clair en même temps.

Je m’étais engagé dans l’Armée de Libération en soldat volontaire et je meurs à deux doigts de la Victoire et du but. Bonheur à ceux qui vont nous survivre et goûter la douceur de la Liberté et de la Paix de demain. Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la Liberté sauront honorer notre mémoire dignement. Au moment de mourir, je proclame que je n’ai aucune haine contre le peuple allemand et contre qui que ce soit, chacun aura ce qu’il méritera comme châtiment et comme récompense.

Le peuple allemand et tous les autres peuples vivront en paix et en fraternité après la guerre qui ne durera plus longtemps. Bonheur à tous… J’ai un regret profond de ne t’avoir pas rendue heureuse, j’aurais bien voulu avoir un enfant de toi, comme tu le voulais toujours. Je te prie donc de te marier après la guerre, sans faute, et d’avoir un enfant pour mon bonheur, et pour accomplir ma dernière volonté, marie-toi avec quelqu’un qui puisse te rendre heureuse. Tous mes biens et toutes mes affaires je les lègue à toi à ta sœur et à mes neveux. Après la guerre tu pourras faire valoir ton droit de pension de guerre en tant que ma femme, car je meurs en soldat régulier de l’armée française de la libération.

Avec l’aide des amis qui voudront bien m’honorer, tu feras éditer mes poèmes et mes écrits qui valent d’être lus. Tu apporteras mes souvenirs si possible à mes parents en Arménie. Je mourrai avec mes 23 camarades tout à l’heure avec le courage et la sérénité d’un homme qui a la conscience bien tranquille, car personnellement, je n’ai fait de mal à personne et si je l’ai fait, je l’ai fait sans haine. Aujourd’hui, il y a du soleil. C’est en regardant le soleil et la belle nature que j’ai tant aimée que je dirai adieu à la vie et à vous tous, ma bien chère femme et mes bien chers amis. Je pardonne à tous ceux qui m’ont fait du mal ou qui ont voulu me faire du mal sauf à celui qui nous a trahis pour racheter sa peau et ceux qui nous ont vendus. Je t’embrasse bien fort ainsi que ta sœur et tous les amis qui me connaissent de loin ou de près, je vous serre tous sur mon cœur. Adieu. Ton ami, ton camarade, ton mari.

Manouchian Michel.

En 1955, Aragon s’inspire de la lettre de Manouchian pour rédiger les Strophes pour se souvenir :

Strophes pour se souvenir

Vous n’avez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l’orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servi simplement de vos armes
La mort n’éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L’affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents

Tout avait la couleur uniforme du givre
À la fin février pour vos derniers moments
Et c’est alors que l’un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d’hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur coeur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant.

Louis Aragon, Le Roman Inachevé

Samedi 4 août dernier, Arsène Tchakarian est mort… Souvenons-nous…

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Arsène Tchakarian

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image 2 : photo de JOEL SAGET, AFP.

ROMEO ET JULIETTE, RATTRAPAGE…

50 musiciens, 50 choristes, 12 danseuses, 4 solistes et 3 Parques. Roméo et Juliette, Espace Jean Vilar de Coudekerque Branche. Si vous avez raté l’événement exceptionnel des 15 et 16 juin derniers, une séance unique de rattrapage, ici…

Photo de Pierre Thouvenot, Orion Productions

 

Montage réalisé par Amandine Plancke, photographe et vidéaste de la ville de Coudekerque Branche.

LE LUNDI A CASSEL

La saison carnavalesque est terminée ? Pas tout-à-fait. Il reste quelques bandes, ici ou là dans certains villages de la campagne flamande. Et surtout il reste un carnaval. Le dernier. Pas une bande. Ni un bal. Un événement particulier. Unique en Flandre. C’est un lundi. Et c’est pas la Citadelle. C’est le Lundi de Pâques à Cassel. Vous ne connaissez pas cette manifestation haute en couleurs et en bonne humeur ? On vous la fait découvrir ici.

Affiche ancienne pour le Carnaval d'été de Cassel.
Affiche ancienne pour le Carnaval d’été de Cassel.

UN LUNDI AU SOLEIL

Un carnaval d’été un lundi de Pâques ? Y’aurait pas comme un meshplek dans le calendrier ? C’est vrai que Pâques, c’est au printemps. Bernard Minne, Tambour Major au cœur gros comme ça, nous donne la clé de ce mystère calendaire : en 1929, quand les intempéries particulièrement rigoureuses de l’hiver empêchent les Casselois de sortir les géants pour le traditionnel carnaval de Mardi Gras, Les Amis du Reuze cherchent une date pour reporter les festivités. La seule qui convienne : le lundi de Pâques. Qu’à cela ne tienne : cette année-là, on fêtera le dernier jour avant Carême, quand celui-ci sera terminé ! Sauf que ce lundi de Pâques-là, il a fait plus de 30 degrés ! Au point que les brasseurs se sont retrouvés en rupture de stocks pour abreuver les carnavaleux déshydratés ! Depuis, non seulement on a conservé cette date pour « remettre ça » après le carnaval d’hiver, mais on a aussi conservé cette appellation de « carnaval d’été » au printemps !

LES CASSEROLES DE CASSEL

Et le premier  temps fort de cette pittoresque  journée est le Réveil. Pas de grasse matinée. À 6 heures précises, le Tambour Major lève sa canne, donne le coup de sifflet et le coup d’envoi de ce concert de tambours, de cymbales et autres casseroles en tous genres. Joyeuse bande bruyante, bigarrée et souriante qui défile dans les rues de la ville pour chasser les mauvais esprits et les esprits bougons. Ici, on sait se lever tôt pour perpétuer la tradition et faire la fête ! Un avant goût de cette très matinale avant bande :

Vous avez vu le sourire lumineux de la cantinière ? Isis Mahieu officie depuis 20 ans maintenant. Mais le plus rayonnant, c’est le Tambour Major : vous avez vu comme il est beau ? Et unique ! Rien à voir avec les autres meneurs de bandes, à chako poilu et redingote napoléonienne. Ici, le rouge est de rigueur. Et le chapeau exceptionnel. Sur le devant, l’effigie de Reuze Papa, Géant protecteur de Cassel, et sur l’arrière le fameux Pierrot des vieilles affiches carmin annonçant l’événement. Celui que porte Bernard Minne date de 1967 ; c’est son père, Marceau Minne, qui l’avait arrangé un peu avant de lui léguer à sa mort. Bernard se souvient de ses sœurs découpant des affichettes et les collant sur ce chef d’œuvre de couvre chef. Une affaire de famille.

Carnaval du Lundi de Paques - Reveil et Bande des Arlequins
Vincent Minne aide son père, Bernard, à ajuster cet unique couvre chef de Tambour Major.

LA DANSE DES GÉANTS

C’est vrai qu’il y a la bande des Arlequins, vers 10h ;  ainsi appelée parce qu’autrefois la plupart de ceux qui y prenaient part se déguisaient en Arlequin, personnage typique du carnaval de Venise.  C’est vrai qu’il y a le Four Merveilleux, qui promène à travers la cité  le docteur Kakiskoff, son diable, ses mitrons et ses musiciens pour rajeunir les vieux et redresser les bossus.

C’est vrai qu’il y a ces groupes venus de toute la Flandre, et parfois de contrées très lointaines,  harmonies, lanceurs de drapeaux, Gilles de Binche, majorettes et autres danseurs pour mêler au rouge et au blanc de Cassel les couleurs des autres traditions folkloriques.

C’est vrai. Mais la sortie des seigneurissimes Reuze Papa, le plus ancien des géants du Nord (créé en 1827), et Reuze Maman, géants de Cassel, classés par l’UNESCO au titre de Monuments Historiques depuis 2000, ça vous transporte et ça vous remplit de joie. Vous retrouvez votre âme d’enfant, et vous vous surprenez à chantonner la Reuze Lied, composée en 1882, par Auguste Taccoen, chef de l’Harmonie de l’époque. Pendant que les Grosses Têtes qui les précèdent s’amusent à effrayer les enfants, Reuze Papa et Reuze Maman dansent.

Et leur danse, solennelle et infiniment renouvelée, vous réconcilie avec les joies simples de la Tradition. Au sens premier du terme. Les valeurs qu’on porte et qu’on transmet. Alors on danse. Avec les géants. Et on danse le renouveau de la nature et de la vie dans ce printemps casselois. On danse l’amour et la joie de vivre. Tout simplement. Y en a qui dansent et qui transpirent : les porteurs. Ils sont une douzaine à se relayer. Toute la journée. Peut-être croiserez-vous Vincent Minne, le fils du Tambour Major, qui, en digne fils de son père,  promis à conduire le Réveil et la bande quand Bernard lui confiera sa canne, porte le Reuze.

Bernard Minne, Tambour Major, regarde avec fierté et bienveillance son fils Vincent qui prendra un jour la relève...
Bernard Minne, Tambour Major, regarde avec fierté et bienveillance son fils Vincent qui prendra un jour la relève…

Mais le plus beau, et ça c’est Bernard Minne lui-même qui le dit, c’est la rentrée des Géants. Je lui laisse la parole pour conclure :

A Cassel, y en a pour tous les goûts. Tout est beau. Mais le plus beau, c’est la rentrée des géants. Tout bon Flamand doit voir la rentrée des Géants pour ne pas mourir idiot. La lumière des torches dans le soir, les reflets des Géants sur les façades, c’est magnifique.

 Alors, rendez-vous à Cassel, lundi 28 mars dès 6h du matin, et jusqu’au soir, pour un carnaval d’été … au printemps !

image 1 : reproduction LeMag@zoom.

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ROMEO, JULIETTE ET TOUS LES AUTRES…

60 musiciens, 50 choristes, une douzaine de danseuses, quelques solistes… Ils sont donc tout un petit peuple de jeunes de l’École Municipale de Musique et de Danse de Coudekerque Branche à travailler depuis des semaines sur leur nouveau projet de spectacle musical. Roméo et Juliette. Dans les coulisses de l’événement… Par ici…

 

L’orchestre de l’Ecole Municipale de Musique et de Danse, sous la direction de Ludovic Minne.

 

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Sébastien Blanquart dirige la chorale.

 

 

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Les enfants de la chorale chantent Roméo et Juliette…

 

Roméo et Juliette. Tout le monde connaît. Un amour fou. Un amour malheureux. Deux familles qui se haïssent depuis toujours. Montaigu. Capulet. Une lettre qui n’arrive jamais. Et deux jeunes gens qui en meurent. Depuis 1582, la pièce de Shakespeare a fait des émules. Des versions cinématographiques de Cukor (1936), de  Zefirelli (1968) et de Luhrmann (1996), aux 24 opéras que les amants de Vérone ont inspirés, en passant par l’adaptation géniale qu’en fut West Side Story en 1957 ou la populaire version française de Gérard Presgurvic en 2001. Les jeunes musiciens, chanteurs, danseurs et comédiens de l’École Municipale de Musique et de Danse de Coudekerque Branche avaient l’embarras du choix pour composer leur spectacle à eux… Sans trop dévoiler, disons qu’ils se sont abreuvés à ces différentes sources, pour préparer ainsi un spectacle unique. Exceptionnel.

 

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Les danseuses, sous la direction de la chorégraphe Valérie Pottier.

 

 

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Les danseuses écoutent les directives données…

 

Images. Voix. Chorégraphies. Chants. Musique. Tout y est. Les pièces du puzzle s’assemblent petit à petit. Les chants ici, sous la conduite du chef de chœur Sébastien Blanquart. Là les mélodies arrangées par Ludovic Minne et travaillées sous sa baguette par l’orchestre des jeunes de l’école. Plus loin les chorégraphies élaborées par Valérie Pottier. Les surprises en images concoctées par Amandine Plancke. Le travail d’interprétation des solistes, mené par Marjorie Tricot

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Les comédiens ont enregistré des voix off, sous la direction de Marjorie Tricot.
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Emy, Apolline et Chiara en séance d’enregistrement.

Roméo. Julette. Tybalt. Mercutio. Capulet Père. Et même la Mort, qui s’invite dans un étrange trio…

Louis, Louise, Emy, Tristan, Prielle, Shirelle, Apolline, Chiara, Léonie, Maéva, Alicia, Rosie, Margot, Marius, Rose, Antoine, Léa, Baptiste, Ange, Timotée, Roméo, Juliette et tous les autres… Venez les  applaudir en juin…

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Roméo et Juliette, spectacle musical, vendredi 15 juin 2018, samedi 16 juin 2018, 20h, Espace Jean Vilar de Coudekerque Branche.

Photos de Amandine Plancke, photographe de la ville de Coudekerque Branche, et de Pierre Thouvenot, Studio d’enregistrement Orion Productions. Qu’ils en soient remerciés ! Affiche officielle, Service communication de la ville de Coudekerque Branche, merci à Madeleine Vandewalle !

 

LES APPRENTIS CONFERENCIERS DE LA REPUBLIQUE DU SAVOIR

Ils s’appellent Igor, Léanna, Pierre, Joris, Lisa, Ella, Alicia, Eva, Khwalla et François. Ils sont élèves de 1ère ou de terminale des Lycées Angellier, de L’Europe, du Noordover ou  Sophie Berthelot. Ils ont rencontré Romain Ducoulombier, Président de la République du Savoir. Et les voilà, grâce à leur enthousiaste mentor,  propulsés conférenciers l’espace d’une journée à la Halle aux Sucres… Entre Rêves et Cauchemars, la jeunesse s’invite à la table des savoirs…

Invitation

La République du Savoir est née de l’envie de transmettre. Pas seulement des savoirs, mais aussi un savoir faire : l’art de la conférence. Se pencher sur un sujet, problématiser, explorer des univers et des bibliographies, structurer une pensée et construire une intervention devant un public. Mieux qu’une épreuve orale de bac.  C’est à cet art que se sont livrés quelques lycéens du littoral. D’abord afin de soumettre leur projet au conseil de la République du Savoir. Ensuite, pour les 9 élèves sélectionnés, afin de préparer leur conférence du mercredi 28 mars prochain. Pour leurs professeurs, engagés dans cette République-là, c’est donner l’envie de s’interroger, de se passionner et de transmettre. Arnaud Dubois et Loïc Figoureux du Lycée Angellier. Stanislas Kuttner-Homs du Lycée Sophie Berthelot. Stéphanie Paix du Lycée du Noordover. Olivier Owczarek du Lycée de l’Europe. Enseignants en Histoire-Géographie et en Lettres classiques. Avec à leur tête  Romain Ducoulombier. Professeur agrégé d’histoire au Lycée Angellier, ce passionné, et spécialiste incontesté, de la question communiste (il a publié 5 ouvrages sur le thème à retrouver ici), souhaite sortir de la classe, emmener ses élèves, et ses collègues, plus loin que l’horizon des examens.

L’édition 2017 fut un succès. Héros et Monstres avaient permis aux élus de l’année dernière d’explorer ce thème dans tous les sens de l’histoire, de la littérature et de la société : de Héraklès à Harry Potter, entre États Unis et Europe, de Wonder Woman à Jean Jaurès… Et cerise sur le gâteau :  c’est Annette Wieviorka, historienne et directrice de recherches émérite du CNRS, qui avait clôturé la journée par une intervention sur « Héros et Monstres : l’exemple de la Shoah ». Les actes de ce colloque sont d’ailleurs publiés et disponibles ici.

Cette année, les lycéens, guidés par leurs professeurs, se sont attelés aux « Rêves et Cauchemars »… À travers la musique, le langage, l’histoire, le climat, les migrations… Demandez le programme :

Programme

L’ambition de la République du Savoir ? Étendre son action à l’ensemble des lycées du département… pourquoi pas de la Région. Même si l’association, et les professeurs, ont reçu le soutien de la D.A.A.C. (Délégation Académique aux Arts et à la Culture), et des proviseurs des lycées concernés (notamment de M. Feryn, proviseur du Lycée Angellier), il leur manque des moyens pour mettre en œuvre cette ambition. D’où la possibilité de devenir adhérent de l’association en prenant contact . D’où la possibilité d’acheter les actes du colloque de l’année dernière, ici. D’où la possibilité d’assister à cette manifestation, pacifique, de la République du Savoir et d’en rencontrer tous les admirables ministres : 

Mercredi 28 mars 2018, dès 9h00, à La Halle aux Sucres, http://www.halleauxsucres.fr

Page Facebook des Lycéens de la République du Savoir : .

 

FENETRE SUR COUR. QUAND CAMBRON REGARDE PROUST QUI REGARDE LES HOMMES

Cabaret Catleya. L’Étranger dans la maison. Les Souliers de la Duchesse. Et aujourd’hui : Fenêtre sur cour. 4ème opus proustien pour Maxence Cambron et la Cie des Arpenteurs. Cet arpentage-ci nous propose de nous mettre à la fenêtre et d’observer, comme le narrateur de La Recherche du Temps perdu, les allées et venues de tous les barons de Charlus qui peuplent notre humanité…

Évidemment, avec un titre pareil, on se figure immédiatement James Stewart coincé dans son appartement de Greenwich Village à cause d’une jambe cassée et témoin-enquêteur des drôles d’histoires qui agitent ses voisins d’en face. Les seuls points communs entre le film d’Hitchcock et cette création qui s’imprègne de Sodome et Gomorrhe, 4ème tome de La Recherche, c’est la position de voyeur du narrateur. Et les fenêtres, aussi. Évidemment. Celles-ci sont figurées par une douzaine de stores vénitiens, qui invitent aux différents points de vue…. Celui du narrateur  sur le Baron de Charlus. Celui de Charlus sur Jupien, giletier « qui n’aime que les vieux messieurs ». Celui du vieux baron sur le narrateur lui-même. Celui de Maxence Cambron sur ces 30 pages d’une œuvre qui en compte près de 2000. Celui des spectateurs sur le monde de l’homosexualité et sur les relations humaines plus généralement. Celui du public sur la création en cours. Celui des acteurs sur les spectateurs… Mise en abîme, de fenêtre en fenêtre… Dans ce spectacle,  l’éveil du regard et la notion de point de vue sont essentiels, vous l’aurez compris.

 

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Fenêtre sur cour, d’après Sodome et Gomorrhe de Marcel Proust

 

Regard et point de vue de l’individu sur l’autre. Maxence Cambron explore les zones d’ombre de l’être humain, entre les lignes de  Proust. La jalousie, l’infidélité dans Cabaret Catleya. L’antisémitisme, l’hypocrisie, la méchanceté dans L’Étranger dans la maison. L’antisémitisme, encore, la vanité, le cynisme, dans Les Souliers de la Duchesse. L’autre, cet inconnu qui fait peur. Parce qu’il est homosexuel, par exemple. Parce que sa sexualité est différente. Fenêtre sur cour. Il s’agit bien sûr de la cour de l’Hôtel de Guermantes, dans laquelle les trajets de Charlus sont épiés. Il s’agit aussi de la cour « galante » à laquelle l’ homme mûr se livre pour séduire de jeunes hommes. Cour, ou parade amoureuse, rendue sensible par une métaphore parlante : le bourdon butinant l’orchidée, par extension tout insecte butinant une fleur… 

 

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Fenêtre sur cour, Maxence Cambron, Cie des Arpenteurs, mars 2018.

 

Et la création vidéo de Félix Létot porte cette métaphore tout au long du spectacle. Les stores deviennent alors écran. Écran qui montre. Écran qui cache. Comme le souvenir écran freudien, qui montre des oiseaux, des insectes et des fleurs, la parade amoureuse et la sexualité de la nature … pour montrer en fait la nature de notre sexualité. Des indices sont aussi ostensiblement placés sur l’espace scénique conçu comme une installation à laquelle le spectateur est convié : oiseaux, orchidée en pot, ouvrages sur la faune et la flore,  ouvrages critiques sur Proust, et un livre sur Fra Angelico… « le peintre des anges » … Les anges n’ont pas de sexe… Ou sont androgynes, comme l’apparaît Simon Capelle, prodigieux interprète du Narrateur de La Recherche, troublant de féminité dans sa nudité d’homme…

Et quel tour de force pour l’acteur de mémoriser non seulement le texte proustien, mais aussi la phrase la plus longue de La Recherche, qui se trouve justement dans cette partie. 847 mots… Pour la lire dans son intégralité, cliquez ici.

Il y est question de dissimulation du « vice », mot qui désigne à l’époque de Proust les pratiques, notamment sexuelles, qui ne sont pas jugées morales ou normales. Il y est question de signes de reconnaissance des individus s’adonnant à ce « vice ». Il y est question de « races » au sens d’espèces naturelles particulières d’êtres humains, qui s’opposent par leurs pratiques. Il y est question d’hypocrisie, de haine de celui qui vit autrement, de comédie qu’on se joue, à soi-même autant qu’aux autres... Il y est question finalement de rejet de l’autre qui est différent. Ce qui résonne évidemment aujourd’hui, aussi fort qu’en ce début de XXème siècle proustien… 

Et pour résumer la Recherche de Maxence Cambron, théâtrale, depuis plus de 15 ans, ces quelques vers d‘Edmond Jabès,  qui commencent la Chanson de l’étranger :

Je suis à la recherche
d’un homme que je ne connais pas,
qui jamais ne fut tant moi-même
que depuis que je le cherche.

Ou du même Jabès, cet aphorisme tiré de Un étranger avec, sous le bras, un livre de petit format : 

L’étranger te permet d’être toi-même, en faisant, de toi, un étranger.  

Pour découvrir le travail d’imprégnation que nous offrent les Arpenteurs, l’intelligence de la mise en scène de Maxence Cambron, la finesse et la force d’interprétation de Simon Capelle, les images puissantes de Félix Létot, le tout mis en lumières par Pablo Rançon, c’est à l’Atelier Culture La Piscine, rue du Gouvernement à Dunkerque, mercredi 14 et jeudi 15 mars prochains. Réservation souhaitée au : 03 28 23 70 69 / lapiscine@univ-littoral.fr

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