11 NOVEMBRE A COUDEKERQUE BRANCHE

Le cortège se forme rue Guynemer. Georges Guynemer, aviateur français, né à Paris en 1894, et mort au combat, le 11 septembre 1917, à Poelkappelle, de l’autre côté de la frontière, en pays flamand. C’est dire que cette année 1917, outre qu’elle commémore la prise de pouvoir d’un autre Georges, Clémenceau, permet aux Coudekerquois et au Député Christian Hutin, amoureux de Saint Pol sur Mer, dont il fut le maire pendant des années, de rendre hommage à l’aviateur adopté par notre région.

 

M Hutin Député
M. Christian Hutin, Député.

 

C’est l’occasion aussi pour M. Parents, adjoint aux Anciens Combattants, de rappeler quel rôle important Coudekerque Branche joua dans les combats aériens lors de la Première Guerre Mondiale… Saviez-vous, par exemple, que la Ferme Vernaelde fut, parmi d’autres lieux stratégiques de notre localité, un aérodrome qui regroupa les forces aériennes françaises et celles, britanniques,  qui allaient devenir, en 1918, la Royal Air Force ?

 

M Parents adjoint auxANciens Combattants
M. Jean Paul Parents, Adjoint aux Anciens Combattants.

 

Moment émouvant aussi parce que la jeunesse coudekerquoise est présente pour se souvenir de tragédies qu’elle ne connaît que par les cours d’histoire. Le collège du Westhoek, et son porte drapeau. Les enfants de l’école Pagnol, et sa Marseillaise. Les jeunes du Conseil Municipal des Jeunes, dont c’est la dernière sortie officielle, puisque les élections auront lieu ce mois de novembre. Louise Minne, Maire, Samuel Dumey, 1er Adjoint, Angèle Julien, Simon Weber, et quelques autres, sous la houlette bienveillante de Jean Luc Decreton, responsable du CMJ. Les sortants du CMJ étaient de sortie pour la dernière fois…

 

M. Decreton et le CMJ sortant
M. Jean Luc Decreton et les jeunes élus « sortants » du CMJ.

 

Angèle Julien a lu un très beau texte sur les conditions de vie terribles des « poilus » pendant le conflit. Pour retrouver le portrait d’ Angèle Julien, cliquez ici. Pour retrouver celui de Samuel Dumey, 1er Adjoint, cliquez. Pour retrouver les portraits croisés des deux Maires de Coudekerque Branche, David Bailleul et Louise Minne, cliquez ici.

Angèle Julien et le CMJ sortant

M. le Maire, David Bailleul, n’a d’ailleurs pas manqué de saluer la présence toujours plus nombreuse des jeunes à ce genre de commémoration. Il se dit rassuré que « la relève soit assurée », pour perpétuer la mémoire de ceux qui ont donné leur vie pour combattre les nationalismes de tous bords, et pour tenir bien haut le flambeau de la Démocratie et de la République.

 

M le Maire
M. David Bailleul, Maire de COudekerque Branche.

 

Le ciel semblait protéger la  générosité de tout le petit peuple coudekerquois : il n’a même pas plu…

images : photographies LeMag@zoom

SAINT MARTIN : DE L’INDIGNATION A L’AMOUR

En ce moment, ne demandez pas aux enfants ce qui se passe le 11 novembre. Ils vous rétorqueront que ce n’est pas le 11 novembre qui compte, mais le 10 ! La Saint Martin. Fête populaire dans le dunkerquois, certes, mais aussi un peu partout en Europe du Nord. Pourquoi un tel engouement ? Qu’est-ce qui dans la vie du personnage a retenu l’attention du temps et des hommes pour que la figure historique devienne légendaire ?

DU GLAIVE À LA CROSSE

Saint Martin, tout le monde le connaît… ou croit le connaître. En soutane épiscopale pourpre ou mauve, coiffé de sa mitre et tenant sa crosse, on le voit chaque dixième jour de novembre arpenter les rues de nos communes du nord du Nord, accompagné de son inénarrable âne. Et distribuant, pour le bonheur des enfants, croquendoules et folaerts, ou volaeren. Au son de la musique et  des chants que tous reprennent en chœur : « Saint Martin, boit du vin, dans la rue des Capucins ». Voilà la figure pittoresque que le folklore populaire a gardé en mémoire et met en scène chaque année depuis le XIXème siècle.

Mais Martin, dont la vie rocambolesque est racontée par Sulpice Sévère en 395, est un homme, avant tout, et un homme extraordinaire. Aujourd’hui, le Pape François, lui qui rejette les ors et les fastes de l’Église, en aurait fait son conseiller. Et nul doute, que Martin serait l’ami de Pierre Rabhi ou soutiendrait la cause des Indignés. En effet, ce soldat de l’Empire romain finissant (sa vie se déroule sur le IVème siècle), adopte la cause des pauvres et des déshérités par un geste qui en fait un saint avant même sa canonisation :

la cape de Martin

il partage sa cape avec un indigent qui est en train de mourir, littéralement, de froid. Vous me direz, il aurait pu lui filer la cape en entier. Sauf que Martin ne rigolait pas avec le règlement. Et la règle militaire à l’époque voulait que la moitié de l’habit appartînt à l’armée, l’autre au légionnaire. N’empêche qu’il donne, par cette moitié, la totalité de ce qui lui appartient… Pour la petite histoire, le bout de cape en question aurait été acheminé plus tard à la chapelle palatine d’Aix la Chapelle… Ce qui aurait donné d’ailleurs le nom « chapelle » (lieu où l’on garde la c/h/ape du Saint). De  même, Martin donneur de cape aurait été choisi comme patron protecteur des … Capé/tiens.

L’ÉVÊQUE DES PAUVRES

Il épouse alors l’église catholique, balbutiante encore, à cette époque où cultes romains et paganisme font bon ménage dans les campagnes françaises. Il s’entoure du clergé régulier (les moines, qui vivent selon des règles drastiques et dans la pauvreté, comprennent son combat). Le clergé séculier, celui des villes notamment, a trop tendance, à son goût, à s’installer dans le confort…. L’événement majeur pour lui, et pour la légende dorée qui naîtra ensuite, c’est sa nomination comme évêque de Tours. Quel chemin pour cet homme né en Hongrie et amené à présider le lourd évêché de Tours. Et quelle surprise pour les instances religieuses de Tours quand elles constatent que le nouvel évêque est un homme d’action, qui veut revenir à l’esprit de l’Évangile. Pauvreté et générosité. La loi d’amour quoi. Il se met alors en route. On le croise sur les routes de campagne, visitant les plus humbles, leur apportant la bonne parole. Ça ne vous rappelle pas quelqu’un ? Sauf que là, l’évêque Martin veut amener à cette loi d’amour des populations rustres, qui pratiquent encore des cultes païens et adhèrent à des croyances superstitieuses. Il arpente ainsi son évêché, mais pas que. Il sillonne les routes du nord, de la France et de l’Europe. Le culte de Saint Martin est très vivace en Belgique et en Allemagne. Comme le prouve cette sculpture contemporaine de Saint Martin, à Mayence, en Allemagne.

Saint Martin à Mayence L’évêque des pauvres n’est d’ailleurs pas mort sur son siège épiscopal. Il est mort en pleine mission d’évangélisation, à Candes, près de Tours.

UNE TRADITION DUNKERQUOISE

Et c’est au cours d’une de ses nombreuses campagnes d’évangélisation qu’il se serait retrouvé à …Dunkerque. Et là, vous connaissez la légende. Son âne, le cheval du pauvre comme chacun sait, se serait égaré dans les dunes. Les enfants, figures de l’innocence que Martin voulait raviver dans le culte chrétien, l’aident à retrouver la bête. En récompense de leur persévérance à avancer dans l’obscurité guidés par la lumière (celle de la foi ? de l’amour?), l’homme pieux accomplit un miracle : il transforme les crottes de l’humble animal en petits pains… Observez bien le cortège qui suit Saint Martin : bien souvent, il est emmené par 4 porteurs de flambeaux… Symboles des 4 Evangiles que voulait répandre autrefois l’homme saint et qui le guidaient dans les ténèbres de l’ignorance… ?

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ENTRE OMBRE ET LUMIÈRE

Une fête de la lumière. Aussi. Vaincre l’obscurité naissante de l’hiver qui s’approche en cheminant, lanterne à la main. C’est un avant goût du solstice d’hiver, au mitant de l’année, qui annonce le retour progressif de la lumière. La Saint Martin serait comme une répétition générale de ce grand spectacle. Alors, le 10 novembre, au cœur du cortège de lampions, de betteraves et des enfants illuminés de joie, souvenons-nous un peu de cet homme qui, avant d’être un frère de Saint Nicolas et un vieil oncle du père Noël, fut un homme d’amour qui savait s’indigner…

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POUR LUTTER CONTRE LA « PEDAGOGIE DE GARCON DE CAFE » : FIN DE LA COMPETENCE. RETOUR A LA PENSEE

Ce sont les vacances, et les profs en ont bien besoin. À l’heure où l’on reparle de réduire la durée des congés d’octobre, il est bon de rappeler que leurs missions, empilées façon millefeuille depuis deux décennies, s’accompagnent d’une fatigue mentale due à une dépense d’énergie folle pour capter l’attention et la concentration des élèves… Pourquoi ce déploiement d’énergie ?  En septembre 2011, le journal Le Monde publiait un entretien croisé entre Philippe Meirieu, pédagogue et essayiste, et Marcel Gauchet, historien et philosophe, qui apportent ensemble des réponses à ce phénomène d’éparpillement de l’attention de la jeunesse.  De l’enfant désiré à la marchandisation de nos désirs et de la société. Retour sur un processus qu’il est temps d’inverser si l’on veut instaurer à nouveau dans les classes le calme et la concentration nécessaires à la pensée…

Philippe Meirieu : Nous vivons, pour la première fois, dans une société où l’immense majorité des enfants qui viennent au monde sont des enfants désirés. Cela entraîne un renversement radical : jadis, la famille « faisait des enfants », aujourd’hui, c’est l’enfant qui fait la famille. En venant combler notre désir, l’enfant a changé de statut et est devenu notre maître : nous ne pouvons rien lui refuser, au risque de devenir de « mauvais parents »…
Ce phénomène a été enrôlé par le libéralisme marchand : la société de consommation met, en effet, à notre disposition une infinité de gadgets que nous n’avons qu’à acheter pour satisfaire les caprices de notre progéniture.
Cette conjonction entre un phénomène démographique et l’émergence du caprice mondialisé, dans une économie qui fait de la pulsion d’achat la matrice du comportement humain, ébranle les configurations traditionnelles du système scolaire.
Pour avoir enseigné récemment en CM2 après une interruption de plusieurs années, je n’ai pas tant été frappé par la baisse du niveau que par l’extraordinaire difficulté à contenir une classe qui s’apparente à une cocotte-minute.

Dessin de Jack (site Danger Ecole)

Dans l’ensemble, les élèves ne sont pas violents ou agressifs, mais ils ne tiennent pas en place. Le professeur doit passer son temps à tenter de construire ou de rétablir un cadre structurant. Il est souvent acculé à pratiquer une « pédagogie de garçon de café », courant de l’un à l’autre pour répéter individuellement une consigne pourtant donnée collectivement, calmant les uns, remettant les autres au travail.
Il est vampirisé par une demande permanente d’interlocution individuée. Il s’épuise à faire baisser la tension pour obtenir l’attention. Dans le monde du zapping et de la communication « en temps réel », avec une surenchère permanente des effets qui sollicite la réaction pulsionnelle immédiate, il devient de plus en plus difficile de « faire l’école ». Beaucoup de collègues buttent au quotidien sur l’impossibilité de procéder à ce que Gabriel Madinier définissait comme l’expression même de l’intelligence, « l’inversion de la dispersion ».
Dès lors que certains parents n’élèvent plus leurs enfants dans le souci du collectif, mais en vue de leur épanouissement personnel, faut-il déplorer que la culture ne soit plus une valeur partagée.

Marcel Gauchet : L’école est prise dans ce grand mouvement de déculturation et de désintellectualisation de nos sociétés qui ne lui rend pas la tâche facile. Les élèves ne font que le répercuter avec leur objection lancinante : à quoi ça sert ? Car c’est le grand paradoxe de nos sociétés qui se veulent des « sociétés de la connaissance » : elles ont perdu de vue la fonction véritable de la connaissance.

C’est pourquoi nous avons l’impression d’une société sans pilote. Il n’y a plus de tête pour essayer de comprendre ce qui se passe : on réagit, on gère, on s’adapte. Ce dont nous avons besoin, c’est de retrouver le sens des savoirs et de la culture.

Pour retrouver l’intégralité de l’entretien, c’est par ici.

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DES TRACES DANS LA MEMOIRE DES MASSES, OU COMMENT LETOT RACONTE CORBIER

En lisant cet article, vous allez certainement commettre trois bonnes actions. D’abord, vous réconcilier avec un artiste étiqueté « public jeunesse », à tort. Ensuite, participer, si vous êtes sur Paris entre le 18 octobre et le 14 novembre 2017,  à la projection d’un film documentaire d’une grande qualité, au Cinéma Saint André des Arts. Enfin, faire la connaissance de deux artistes, qui méritent de l’être. Et tout ça, sans effort…. Vous êtes prêts ? Alors, lisez jusqu’au bout !

VOUS ÉTIEZ DANS DOROTHÉE ? NON, Á CÔTÉ…

Ça, c’est le titre plein d’humour de son autobiographie publiée en 2012. Celui qui était à côté de Dorothée, dans son illustre Club, de 1987 à 1996, c’est François Corbier. Vous voyez ? Le grand barbu avec une guitare ?

Corbier sur scène wikipediaC’est l’émission qui l’a rendu populaire. Et pourtant, ce n’est pas ce qu’il a fait de mieux dans sa vie. Sa vie, il la raconte, donc, dans son autobiographie. Mais sa vie pourrait être vue aussi, dans un film documentaire qui lui est consacré. Et elle mérite d’être connue, sa vie. Et il mérite d’être reconnu, cet artiste, fils spirituel d’un croisement un peu étrange, mais très juteux, entre Brassens et Fluide Glacial. Saviez-vous, par exemple, qu’il a fréquenté tout un tas de cabarets à Paris et en province, avant de se  retrouver au côté de Dorothée, d’Ariane, de Jacky et de Patrick ? Saviez-vous qu’il avait joué dans les usines en grève de 1968, avec Georges Moustaki et Maxime Le Forestier ? Saviez-vous qu’il avait plusieurs cordes à son arc (ou à sa guitare ?) : auteur, compositeur, interprète, chansonnier, acteur, poète quoi ! Saviez-vous que c’est un autre poète, méconnu lui aussi, François Villon, qui lui inspire son pseudonyme ? Saviez-vous que…. J’arrête là. Si vous voulez savoir, et même faire savoir, il vous suffit de lire la suite…

QUAND FÉLIX RENCONTRE FRANÇOIS

Félix Létot, c’est un jeune réalisateur de la région lilloise, plein de talent et d’humour, qui n’a peut-être pas eu le temps d’être conditionné par le Club Dorothée, mais qui a eu l’immense plaisir de croiser François Corbier, seul sur la scène de Bercy (!) en 2010. On peut dire que c’est un coup de foudre, comme il peut y en avoir de très beaux au cinéma. La rencontre entre le jeune fou de la caméra et le vieux lion de la scène a lieu.

Félix et Corbier
Félix Létot et François Corbier

Et même, Félix réussit à engager Corbier pour un petit rôle, mais essentiel, dans son film Vent de Folie, présenté à Cannes en 2014. François Corbier accepte, avec humour, générosité et talent, d’y incarner le rôle d’un « père et maire ». La bande annonce de ce road movie comique d’une génération tragique ici :

Xilef Productions, c’est la boîte de prod’ de Félix. Il finance comme il peut ses métrages, courts et longs. Et c’est un peu difficile de financer une création artistique quand on veut rester indépendant. Dans tous les sens du terme.  D’ailleurs, si vous voulez vous procurer le DVD de Vent de Folie, outre le fait que vous passerez un joyeux moment de méditation sur quelques folies de notre société, vous participerez au souffle vital qui anime la petite entreprise de Félix… Pour sauter ce pas joyeux, c’est par ici.

Un avant goût du documentaire poético-comico émouvant consacré à Corbier au titre évocateur : Des Traces dans la mémoire des masses :

 

CORBIER, des traces dans la mémoire des masses (documentaire, vf, 1h38)
En exclusivité au cinéma Le Saint André des Arts ( 30 Rue Saint-André des Arts, 75006 Paris )
du 18 au 30 octobre 2017 tous les jours à 13h (sauf le mardi 24 octobre)
puis les mardi 7 et 14 novembre 2017 à 13h
Chaque séance aura lieu en présence du réalisateur et de l’équipe du film.

Le site de Xilef Productions (Félix Létot) : .

La Page Facebook de l’événement : ici.

La page Facebook de Corbier le Documentaire : par ici.

 

 

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MON ENNEMI BIENAIME…

Quel étrange oxymore… Loin du commandement christique « Aime ton prochain comme toi-même… surtout si c’est ton ennemi », il semblerait que Homo Sapiens ne peut s’empêcher de se « construire un ennemi », pour reprendre le titre d’une conférence donnée par Umberto Eco en 2008. Yuval Noah Harari, dans son Homo Deus, confirme pourtant que l’être humain meurt davantage aujourd’hui des conséquences de l’obésité et de la malbouffe, que de la guerre et du terrorisme. Pourtant, les Unes à sensations de la plupart des chaînes de radio et de TV focalisent sur les attentats terroristes ou sur les quelques théâtres de guerres du monde… L’être humain se repaît-il donc, pour s’épanouir et avoir le sentiment d’exister, de la certitude d’avoir un ennemi ? Pourquoi ce besoin ? Umberto Eco apporte des éléments de réponse…

QUI EST L’ENNEMI ?

Souvenez-vous de la réaction de Donald Trump il y a quelques semaines face aux affrontements de Charlottesville : il renvoyait dos à dos racistes et antiracistes, condamnant les violences « des deux parties ». Tollé : comment pouvait-on mettre dans le même panier partisans généreux de l’égalité des êtres humains et racistes de bas étage ? Outre évidemment l’erreur (la énième…) commise par le chef d’État, il est intéressant de constater que l’on est toujours l’ennemi de quelqu’un… Voyez encore le déferlement de haine contre les Rohingya en Birmanie… La sempiternelle haine entre Sunnites et ChiitesIsraëliens et Palestiniens…  Haine anti réfugiés ou anti migrants… Les crimes sexistes… antisémites… islamophobes… homophobes… Bref, dans un monde globalement en paix, la haine fratricide nourrit l’actualité… Abel et Caïn, Romulus et Remus, et autres Capulet et Montaigu de toutes nations, portant masques divers, se disputent éternellement sur la scène de l’humanité…

Cain et Abel, Le Titien (1542-1544), premier meurtre fratricide mythique.

 

Pour rappel, quelques images du déferlement de violence à Charlottesville :

 

 

Plus récente, la focale sur la haine anti Rohingya :

CONSTRUIRE L’ENNEMI, UMBERTO ECO

Pour faire la paix avec un ennemi, on doit travailler avec cet ennemi, et cet ennemi devient votre associé.
Nelson Mandela, Un Long Chemin vers la liberté

De l’ennemi à l’associé, un pas difficile à franchir… Et Umberto Eco est bien pessimiste quant à la capacité de l’être humain à accéder à une éthique de la fraternité :

L’éthique est-elle donc impuissante face au besoin ancestral d’avoir des ennemis ? Je dirais que l’instance éthique survient non quand on feint qu’il n’y ait pas d’ennemis, mais quand on essaie de les comprendre, de se mettre à leur place. (…) César traitera les Gaulois avec beaucoup de respect (…) et Tacite admire les Germains (…). Essayer de comprendre l’autre signifie détruire son cliché, sans nier ou effacer son altérité.

Umberto Eco, peu de temps avant sa mort en 2016.

Car c’est ce besoin de l’altérité étrangère qui paraît nécessaire à la construction individuelle. Et même, comble du paradoxe, à l’harmonie d’un peuple :

« la reconversion de la société américaine à une situation de paix eût été désastreuse car seule la guerre constitue le fondement du développement harmonieux des sociétés humaines (…) » Umberto Eco puise ici son argumentation dans un ouvrage américain anonyme, paru en 1968 : La Paix indésirable ? Rapport sur l’utilité des guerresLa guerre permet à une communauté de se reconnaître comme une nation. On comprend alors le rôle de « gendarme du monde » joué par les États Unis…

Avoir un ennemi est important pour se définir une identité, mais aussi pour se confronter à un obstacle, mesurer son système de valeurs et montrer sa bravoure. (…) Les ennemis sont différents de nous (…) Ce n’est pas leur caractère menaçant qui fait ressortir leur différence, mais leur différence qui devient un signe de menace. (…) Il semble qu’il soit impossible de se passer de l’ennemi. La figure de l’ennemi ne peut être abolie par les procès de la civilisation. Le besoin est inné, même chez l’homme doux et ami de la paix. Simplement, dans ces cas, on déplace l’image de l’ennemi, d’un objet humain à une force naturelle ou sociale qui, peu ou prou,  nous menace et doit être combattue, que ce soit l’exploitation du capitalisme, la faim dans le monde ou la pollution environnementale.  (…) La vision la plus pessimiste à ce propos est celle de Sartre dans Huis Clos. D’un côté, nous ne pouvons nous reconnaître nous-mêmes qu’en présence d’un Autre, et c’est sur cela que reposent les règles de la cohabitation et de la mansuétude. Mais, plus volontiers, nous trouvons cet Autre insupportable parce qu’il n’est pas nous. En le réduisant à l’ennemi, nous nous construisons notre enfer sur terre. Toutes les citations sont extraites de la Conférence donnée par Umberto Eco à l’Université de Bologne le 15 mai 2008.

Et vous, quel est votre Ennemi ?

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HOMMAGE AU CH’TI

Vous l’avez sûrement visionnée. Elle fait le tour du net ces jours-ci. La vidéo de Norman sur les chtis remet pas mal d’idées reçues en place, notamment à propos de la population des Hauts de France. Un petit cours de « parler chti » pour terminer. Mais pas grand chose finalement sur ce dialecte, langue d’oïl tout ce qu’il y avait de plus officielle,  parlée autrefois depuis le nord de Senlis jusqu’à Mouscron, et de Berck sur Mer à Charleroi… Petit hommage au chti, une langue en voie de disparition ?

LA VIDEO

Si vous l’avez ratée, la voici :

Norman Thavaud, originaire d’Arras dans les Hauts de France, sait de quoi il parle, et aborde avec humour les clichés répandus à propos des « gens du Nord ». Une manne inépuisable pour les artistes ? La chanson d’Enrico Macias vous revient en mémoire. Le film de Danny Boon, Bienvenue chez les Chtis, et dernièrement Dunkerque, de Nolan, qui présente un épisode sombre de notre histoire locale. Attention, Dunkerque est déjà hors du territoire chti… Nous sommes en Flandre. Aujourd’hui comme autrefois. Alors, qu’est-ce vraiment que cette langue devenue patois ?

LANGUE, DIALECTE, PATOIS

Le chti est au Moyen Age une langue. Ou plutôt une des langues d’oïl parlées au nord de la GauleDante (1265-1321), dans son  De vulgari eloquentia, écrit vers 1305, distingue au Moyen Age 4 grands groupes linguistiques, déterminés selon la façon de dire « oui » : « jo » pour les langues germaniques, « oïl » pour les langues du nord de la Gaule (du latin hoc ille, « celui ci »), « oc » (du latin hoc, « ceci », et sic, « ainsi ») pour les langues parlées au sud et « si » pour les langues parlées en Italie.

Au Moyen Age donc, les populations de la moitié nord parlent la langue de leurs provinces respectives :

  • au centre (Île-de-France et à proximité) : le français
  • à l’est : le bourguignon-morvandiau, le champenois, le lorrain ;
  • au nord : le picard et le wallon ;
  • au nord-ouest : le normand ;
  • à l’ouest : le gallo ;
  • au sud-est : le franc-comtois ;
  • au sud-ouest : le poitevin-saintongeais ;
  • au sud : le berrichon.
Les langues d’oïl selon Marie-Rose Simoni-Aurembou (2003).

 

Le chti est donc une survivance du picard parlé au Moyen Age. Picard, langue d’oïl qui a donné naissance à des textes majeurs de la littérature médiévale : Renart le novel (1289), du lillois Jacquemars Giélée, constitue une des « branches » du Roman de Renart. Arras devient capitale européenne de la littérature avec Jean Bodel, auteur de fabliaux. C’est d’ailleurs grâce à lui que le terme picard « fabliau » a supplanté le terme français « fableau » pour désigner ce genre comique si populaire….  Arras doit son renom aussi à Adam de la Halle, dit « le Bochu » (le Bossu) qui jette les bases de notre théâtre national avec Le Jeu de la feuillée et Le Jeu de Robin et Marion. Valenciennes partage la renommée de la capitale de l’Artois grâce aux œuvres de son chroniqueur Jean Froissart. C’est par lui que devient célèbre le sacrifice des Bourgeois de Calais…

Avec la Renaissance, François Ier et le fameux Édit de Villers Cotterêts (1535), le français devient la langue officielle de tout le royaume, et c’est à cette époque qu’apparaissent les mots « dialecte » et « patois » pour désigner les langues d’oïl… Dialecte : variété linguistique propre à un groupe d’utilisateurs déterminés. Patois : langue minoritaire. Le terme est  souvent dépréciatif, voire péjoratif. Pourtant, avec le temps,  les linguistes se sont attachés à redorer le blason des patois. Pour preuve :  l’évolution des définitions du mot « patois » au fil des éditions du  Dictionnaire de l’Académie Française :

  • 4e édition : Langage rustique, grossier, comme est celui d’un paysan, ou du bas peuple.
  • 8e édition : Variété d’un dialecte, idiome propre à une localité rurale ou à un groupe de localités rurales.
  • 9e édition : Variété d’un dialecte qui n’est parlée que dans une contrée de faible étendue, le plus souvent rurale.

Le mot même, « patois », viendrait de l’ancien français patoier/ patoyer signifiant agiter les mains, gesticuler ; il dériverait du nom patte auquel on ajoute le  suffixe -oyer. On comprend ainsi la connotation péjorative que comporte ce terme : on patoise quand on n’arrive plus à s’exprimer que par gestes… Selon une autre hypothèse, plus noble,  il pourrait dériver du latin patria (patrie), faisant ainsi référence à la dispersion locale d’un dialecte.

La linguiste Henriette Walter, dans son ouvrage Le Français dans tous les sens (2014), élimine les clichés et rétablit non seulement le sens des mots mais aussi la dignité des patois :

Le terme de « patois » en est arrivé progressivement à évoquer dans l’esprit des gens l’idée trop souvent répétée d’un langage rudimentaire (…). Nous voilà loin de la définition des linguistes, pour qui un patois (roman) est au départ l’une des formes prises par le latin parlé dans une région donnée, sans y attacher le moindre jugement de valeur : un patois, c’est une langue. (…) Le latin parlé en Gaule (…) s’est diversifié au cours des siècles en parlers différents. (…) Lorsque cette diversification a été telle que le parler d’un village ne s’est plus confondu avec celui du village voisin, les linguistes parlent plus précisément de patois. Mais, à leurs yeux, il n’y a aucune hiérarchie de valeur à établir entre langue, dialecte et patois. (…) Il faut donc bien comprendre que non seulement les patois ne sont pas du français déformé, mais que le français n’est qu’un patois qui a réussi. 

L’ÂGE D’OR DU CHTI

Nous n’avons donc pas à rougir de notre patois picard. Pas la peine de déboulonner les statues des auteurs qui ont forgé la  renommée de notre région et de sa langue : François Decottigniy, dit « Brûle Maison » à Lille, L’Abbé Delmotte à Mons, Henri Carion ou Charles Lamy à Cambrai, Alexandre Desrousseaux et son Petit Quinquin de L’Canchon Dormoire, Louis Dechristé et ses Souv’nirs d’un homme d’Douai, Marceline Desbordes-Valmore, douaisienne elle aussi, Benjamin Desailly, Jules Mousseron, Auguste Labbe et sa déchirante Carrette à quiens, Jules Watteeuw dit le Broutteux à TourcoingPoèmes, saynettes, textes écrits par des saqueux d’fichelles (montreurs de marionnettes), journaux, chansons… La langue populaire emprunte des formes populaires pour continuer à exister. Elle n’en reste pas moins digne d’intérêts esthétique autant qu’historique ou sociologique.

En guise de conclusion, ce poème de Jules Mousseron (1868-1943), hommage au patois du Nord…

J’ai fort quier el français, ch’est l’pu joli langache
Comm’ j’aime el biau vêt’mint qué j’mets dins les honneurs.
Mais j’préfèr’ min patois, musiqu’dé m’premier âche
Qui chaq’jour, fait canter chu qu’a busié min coeur.

Dins l’peine un mot patois nous consol’ davantache

Dins l’joie, à l’bonne franquette, I corse el’bonne humeur
Il est l’pus bell’rincontre au cours d’un long voïache
L’pus douch’ plaint’ du soldat au mitan des horreurs.

L’patois s’apprind tout seul, et l’français à l’école.
L’in vient in liberté, l’autr’ s’intass’ comme un rôle.
Les deux sont bons, bin sûr, mais not’patois pourtant,
Rappell’ mieux les souvenirs d’eun’jeunesse effacée.

L’patois, ch’est l’fleur sauvach’ pus qu’eune autr’parfeumée …
Ch’est l’douche appel du soir d’eun’ mère à ses infants.

Pour terminer sur une note d’humour, et entendre cette savoureuse langue, cette saynette écrite et interprétée par Léopold Simons et Line Dariel … :

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LES ENFANTS DE TEREZIN

Quelques photographies aux visages souriants. Deux valises portant un nom, une adresse. Et des dessins. Des milliers de dessins. D’enfants. Ils ont entre 10 et 15 ans. Et leur insouciance les empêche peut-être d’imaginer le destin tragique qui sera le leur. Emmenés pour la plupart en 1942 avec leurs parents, ils se retrouvent immédiatement séparés d’eux à leur arrivée dans cet étrange guetto au milieu de nulle part, à une heure de train de Prague. Une communauté d’enfants emportés dans la machine infernale de l’Histoire et qui livrent le plus émouvant des témoignages de leur vie dans cette ville qui porte le nom d’une impératrice. Ce sont les enfants de Terezin.

Robert et Kamil Sattlerovi. Terezin.

LAISSER UNE TRACE… PINKASOVA

Tout commence à Pinkasova, synagogue du quartier juif de Prague, Josefov, Maislova. Construit en 1535, ce lieu de prière est aujourd’hui un vaste lieu du souvenir. Sur les murs de chacune des salles,  entre 1954  et 1959, les peintres Jiří John et Václav Boštík ont écrit à la main, sans pochoir, le nom de chacune des victimes de l’holocauste en Moravie et en Bohême. Rien que la nef principale comporte 40 000 noms.  Aujourd’hui, après de multiples restaurations nécessitées par les ravages du temps et les avaries climatiques, et suite aux recherches historiques qui se poursuivent, ce sont 80 000 noms qui s’inscrivent dans la pierre de l’édifice et dans la mémoire de l’Histoire. Des noms sortis de l’oubli. Des noms pour faire vivre dans notre souvenir ceux et celles qui n’étaient plus que des numéros au moment de leur mort…

Sur chaque mur les noms des victimes de l’holocauste en Bohême et Moravie. 80 000 noms au total… Synagogue Pinkas, Prague.
De part et d’autre de l’Arche, la liste des camps de concentration d’Europe centrale. Synagogue Pinkas. Prague.

80 000  noms. Et 4 000 dessins. Les dessins des 10 000 enfants déportés à Terezin. Tous ne sont pas exposés. Mais ceux que l’on voit sont saisissants. De simplicité. Rien ne transparaît, ou presque, de la tragédie dont ils sont les acteurs involontaires. Des jeux. Des maisons. Des personnages de contes traditionnels. La cantine. Des gardes qui ont presque l’air sympathique…

UN ART DE VIVRE CONTRE LA MORT

A Terezin, la plupart des enfants juifs de Bohême et de Moravie sont déportés dès 1942, séparés de leurs parents et regroupés dans « la maison des enfants ». Une femme joue alors un rôle essentiel dans leur vie : Friedl Dicker Brandeis. Professeure d’art, spécialiste de pédagogie, résistante communiste, elle se retrouve à la tête de ce village d’enfants. C’est elle qui leur fournit de quoi dessiner, explorer leur créativité. De quoi exprimer leurs émotions. De quoi lutter contre la mort, et l’oubli.

Friedl Dicker Brandeis (1898 Vienne – 1944 Auschwitz) enseigne le dessin aux enfants de Terezin. Synagogue Pinkasova, Prague.

Les enfants avaient-ils conscience de ce qu’ils vivaient ? de ce qui les attendait ? Deux dessins troublent par leur lucidité. Le premier représente un paysage coloré dans lequel des enfants jouent. Deux gros nuages noirs surplombent cette scène pleine d’insouciance…  Le second est un collage de papier blanc sur fond vert, qui représente les figures mythiques du meurtre fratricide d’Abel par Caïn. Comme l’explication symbolique de ce génocide : une partie de l’humanité assassine une autre partie de cette même humanité…

En 1940, voici ce que Friedl Dicker Brandeis écrit à un de ses amis :

 Je me souviens avoir songé lorsque j’étais à l’école comment je me comporterais une fois adulte pour protéger mes étudiants des impressions désagréables, de l’incertitude, des apprentissages décousus. […] Aujourd’hui, une seule chose me semble importante pour préserver l’élan créatif, c’est d’en faire un art de vivre et d’enseigner comment dépasser les difficultés qui sont insignifiantes en regard des objectifs que vous poursuivez.

Art de vivre contre industrie de la mort. Voilà ce qu’a proposé Friedl Dicker Brandeis à ces milliers d’enfants qui sont passés par Terezin avant d’être transférés vers la mort certaine d’Auschwitz en 1944. Il reste de cet enseignement deux valises remplies de plus de 4000 dessins, confiées après la guerre à la Ville de Prague, et au Musée Juif.

Daisaku Ikeda, le fondateur du musée d’art Fuji à Tokyo qui accueillit l’exposition consacrée aux dessins des enfants de Terezin au Japon  résume bien l’importance de cette trace laissée par ceux que l’Histoire a happés :

Les travaux artistiques variés laissés par cette grande dame et par les enfants de Terezin sont leurs legs au présent pour chacun d’entre nous. Ils nous invitent à continuer notre quête d’une société qui chérit la vie humaine en transcendant toutes les différences de races, de religion, de politique et d’idéologie. Cela reste mon espoir le plus profond que cette exposition soit un moment d’introspection pour ceux qui la verront, un moment pour réaffirmer l’importance de nos droits en tant qu’être humain et la valeur de la vie en elle-même. 

Sous la photo d’un visage d’enfant, ce poème :

A little garden / Fragrant and full of roses / The path is narrow / And a little boy walks along it. / A little boy, a sweet boy / Like that growing blossom / When the blossom comes to bloom / The little boy will be no more…

Un petit jardin / Parfumé et plein de roses /  Le chemin est étroit / Et un petit garçon s’y promène. / Un petit garçon, un garçon adorable / Pur comme cette fleur qui pousse / Lorsque la fleur sera sur le point de s’épanouir / Le petit garçon ne sera plus…

 

Images : Le Mag@zoom.