COUDEKERQUE BRANCHE. 1918-2018 : LA JEUNESSE DES ECOLES REND HOMMAGE A UNE JEUNESSE SACRIFIEE

Quenau. Pagnol. Brassens. Millon. Chaplin. Courtois. Éluard. La Salle. Sacré Cœur. Tous les élèves de toutes les classes de CM2 de ces écoles primaires de Coudekerque Branche ont accompli leur devoir de mémoire, en participant à une exposition sur le centenaire de l’Armistice de 1918. Et c’est une grande émotion de croiser tous ces enfants, ce matin du 11 Novembre, lors de l’inauguration de la Maison de la Mémoire…

Maison de la Mémoire de Coudekerque Branche.

 

Des enfants qui ont appris ce que c’était que cette Guerre de tranchées, cette « boucherie » qui a sacrifié toute une jeunesse. Et c’est avec un mélange de fierté et de gravité qu’ils ont montré à leurs familles ce qu’ils retenaient, par leurs dessins, de cette Guerre qui devait être la Der des Ders…

Silhouettes de poilus, d’infirmières. Explosions de couleurs pour clamer le « plus jamais ça ! ». Mains qui se serrent pour vanter l’amitié entre les peuples. Colombes de la paix découpées dans des lettres de poilus. Les enfants des écoles ont mis des « mots sur des maux » qu’ils ne veulent pas vivre, comme les a vécus dans sa chair la jeunesse sacrifiée de 14-18…

images : Le Mag∂zoom

SAINT MARTIN : DE L’INDIGNATION A L’AMOUR

En ce moment, ne demandez pas aux enfants ce qui se passe le 11 novembre. Ils vous rétorqueront que ce n’est pas le 11 novembre qui compte, mais le 10 ! La Saint Martin. Fête populaire dans le dunkerquois, certes, mais aussi un peu partout en Europe du Nord. Pourquoi un tel engouement ? Qu’est-ce qui dans la vie du personnage a retenu l’attention du temps et des hommes pour que la figure historique devienne légendaire ?

DU GLAIVE À LA CROSSE

Saint Martin, tout le monde le connaît… ou croit le connaître. En soutane épiscopale pourpre ou mauve, coiffé de sa mitre et tenant sa crosse, on le voit chaque dixième jour de novembre arpenter les rues de nos communes du nord du Nord, accompagné de son inénarrable âne. Et distribuant, pour le bonheur des enfants, croquendoules et folaerts, ou volaeren. Au son de la musique et  des chants que tous reprennent en chœur : « Saint Martin, boit du vin, dans la rue des Capucins ». Voilà la figure pittoresque que le folklore populaire a gardé en mémoire et met en scène chaque année depuis le XIXème siècle.

Mais Martin, dont la vie rocambolesque est racontée par Sulpice Sévère en 395, est un homme, avant tout, et un homme extraordinaire. Aujourd’hui, le Pape François, lui qui rejette les ors et les fastes de l’Église, en aurait fait son conseiller. Et nul doute, que Martin serait l’ami de Pierre Rabhi ou soutiendrait la cause des Indignés. En effet, ce soldat de l’Empire romain finissant (sa vie se déroule sur le IVème siècle), adopte la cause des pauvres et des déshérités par un geste qui en fait un saint avant même sa canonisation :

la cape de Martin

il partage sa cape avec un indigent qui est en train de mourir, littéralement, de froid. Vous me direz, il aurait pu lui filer la cape en entier. Sauf que Martin ne rigolait pas avec le règlement. Et la règle militaire à l’époque voulait que la moitié de l’habit appartînt à l’armée, l’autre au légionnaire. N’empêche qu’il donne, par cette moitié, la totalité de ce qui lui appartient… Pour la petite histoire, le bout de cape en question aurait été acheminé plus tard à la chapelle palatine d’Aix la Chapelle… Ce qui aurait donné d’ailleurs le nom « chapelle » (lieu où l’on garde la c/h/ape du Saint). De  même, Martin donneur de cape aurait été choisi comme patron protecteur des … Capé/tiens.

L’ÉVÊQUE DES PAUVRES

Il épouse alors l’église catholique, balbutiante encore, à cette époque où cultes romains et paganisme font bon ménage dans les campagnes françaises. Il s’entoure du clergé régulier (les moines, qui vivent selon des règles drastiques et dans la pauvreté, comprennent son combat). Le clergé séculier, celui des villes notamment, a trop tendance, à son goût, à

s’installer dans le confort…. L’événement majeur pour lui, et pour la légende dorée qui naîtra ensuite, c’est sa nomination comme évêque de Tours. Quel chemin pour cet homme né en Hongrie et amené à présider le lourd évêché de Tours. Et quelle surprise pour les instances religieuses de Tours quand elles constatent que le nouvel évêque est un homme d’action, qui veut revenir à l’esprit de l’Évangile. Pauvreté et générosité. La loi d’amour quoi. Il se met alors en route. On le croise sur les routes de campagne, visitant les plus humbles, leur apportant la bonne parole. Ça ne vous rappelle pas quelqu’un ? Sauf que là, l’évêque Martin veut amener à cette loi d’amour des populations rustres, qui pratiquent encore des cultes païens et adhèrent à des croyances superstitieuses. Il arpente ainsi son évêché, mais pas que. Il sillonne les routes du nord, de la France et de l’Europe. Le culte de Saint Martin est très vivace en Belgique et en Allemagne. Comme le prouve cette sculpture contemporaine de Saint Martin, à Mayence, en Allemagne.


Saint Martin à Mayence

L’évêque des pauvres n’est d’ailleurs pas mort sur son siège épiscopal. Il est mort en pleine mission d’évangélisation, à Candes, près de Tours.

UNE TRADITION DUNKERQUOISE

Et c’est au cours d’une de ses nombreuses campagnes d’évangélisation qu’il se serait retrouvé à …Dunkerque. Et là, vous connaissez la légende. Son âne, le cheval du pauvre comme chacun sait, se serait égaré dans les dunes. Les enfants, figures de l’innocence que Martin voulait raviver dans le culte chrétien, l’aident à retrouver la bête. En récompense de leur persévérance à avancer dans l’obscurité guidés par la lumière (celle de la foi ? de l’amour?), l’homme pieux accomplit un miracle : il transforme les crottes de l’humble animal en petits pains… Observez bien le cortège qui suit Saint Martin : bien souvent, il est emmené par 4 porteurs de flambeaux… Symboles des 4 Evangiles que voulait répandre autrefois l’homme saint et qui le guidaient dans les ténèbres de l’ignorance… ?


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ENTRE OMBRE ET LUMIÈRE

Une fête de la lumière. Aussi. Vaincre l’obscurité naissante de l’hiver qui s’approche en cheminant, lanterne à la main. C’est un avant goût du solstice d’hiver, au mitant de l’année, qui annonce le retour progressif de la lumière. La Saint Martin serait comme une répétition générale de ce grand spectacle. Alors, le 10 novembre, au cœur du cortège de lampions, de betteraves et des enfants illuminés de joie, souvenons-nous un peu de cet homme qui, avant d’être un frère de Saint Nicolas et un vieil oncle du père Noël, fut un homme d’amour qui savait s’indigner…

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LES OUBLIES DE LA MER NOIRE. 1918-1919. UN RECIT ET UNE EXPO.

Mer Noire. C’est le titre d’un récit décapant de César  Fauxbras, alias Gaston Kléber Sterckeman, Rosendaëlien né à Dunkerque en 1899 et mort en 1961. Dans ce récit inspiré de son expérience de marin pendant la Première Guerre mondiale, le narrateur personnage Vignes se fait le porte parole de l’auteur qui raconte cette drôle de campagne en Mer noire de juillet 1918 à mai 1919. Il dénonce les actes barbares de ce drôle d’épilogue à la Guerre qui devait être la Der des der,  les mensonges de Clémenceau, les aberrations d’une alliance contractée entre la France et la Russie blanche de Nicolas II qui se traduit par une mission impossible : mater la Révolution russe des Bolcheviks entamée en 1917. Dans cet ultime épisode de la Première Guerre mondiale, méconnue du grand public, les soldats de la Marine Française sympathisent avec le petit peuple russe et osent se mutiner. Mer noire. À lire, et à voir. Les étudiants de  2ème année de DUT TC de l’ULCO, sous la houlette de leur professeure Justine Jotham,  se sont emparés de ce récit pour nous proposer une exposition interactive. Images et son : aux photos et autres vestiges visibles, témoins de cette victoire de la fraternité entre les peuples contre les intérêts financiers des dirigeants, s’ajoutent de nombreux extraits du texte de Fauxbras enregistrés par les étudiants eux-mêmes…

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Et pour avoir un avant goût de ce qu’on pourra entendre, voici quelques extraits de ce récit incisif, lus par les étudiants…

Cet extrait, pour faire connaissance avec Vignes, et avec son insolence de soldat révolté par la mission qu’on leur a confiée, à lui et à ses frères d’armes :

 

 

Dans celui-ci, le récit de la mutinerie d’avril 1919…

 

Dans cet autre, on nous raconte comment l’amiral français envoie des troupes pour tirer sur ses propres hommes… :

 

Bilan de cette drôle de guerre…

 

« Camarades soldats français, vous êtes trompés par votre gouvernement impérialiste. Les bolcheviks ne sont pas des bandits, ils sont travailleurs, ouvriers, exactement vos frères de misère. Nous luttons contre la classe capitaliste qui est la cause des ennemis du peuple, aussi bien en Russie qu’en France. C’est à cette classe que votre gouvernement obéit, et quand vous combattez avec les volontaires qui sont la lie, la tourbe, les serviteurs de Nicolas deuxième, vous faites trahison à votre classe, la classe ouvrière. Vous devez, au contraire, aider la République des Soviets et la Révolution Rouge, elle vous délivrera de l’esclavage capitaliste. Nous vous disons, camarades soldats français prolétaires : Vive la Révolution Sociale, à bas les brigands capitalistes de toutes les Nations ! » Extrait de Mer Noire, César Fauxbras.

Un propos étrangement moderne, qui résonne avec encore beaucoup de justesse un siècle après…

Dunkerque, du 26 octobre au 22 novembre, découvrez l’exposition César Fauxbras : destination Mer noire. Vernissage le 5 novembre à  18h. 
Page facebook de la BULCO : ici.

 

KERITH

Que se cache-t-il sous ce nom mystérieux ? Moniales subjuguées, incubes et succubes, moine fascinant, mondes parallèles où une réalité médiévale fantasmée cohabite avec les rêves hallucinés générés par une plante mystérieuse… La jeune réalisatrice dunkerquoise Ysé Le Bellec s’est inspirée de l’essai de Jules Michelet,  La Sorcière, et du roman gothique  Le Moine de M.G. Lewis, pour nous proposer une web série originale et fascinante : Kerith . Un « made in » Dunkerque unique. Une web série pas comme les autres, à découvrir le mercredi 3 octobre à Lille au cinéma l’Univers à 19h30, le  dimanche 7 octobre à 18h au Studio 43 à Dunkerque, et le 8 octobre à 21h sur internet en direct sur Twitch, puis sur YouTube…

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Ghazal Zati dans le rôle de Kérith.

Une vingtaine de journées de tournage. Autant de figurants. Dix épisodes. Sept personnages. L’Atelier couture du CCAS de Dunkerque pour les costumes. La Chartreuse de Neuville sous Montreuil. Le Fort des Dunes de Leffrinckoucke. La plage. Les bois et les eaux de Clairmarais. Des crépuscules à couper le souffle. Un froid de canard. Bref, Kerith est une production 100% locale, qui met en valeur autant les lieux de notre région que les talents locaux.

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Kérith et Aavdi sur le site de Clairmarais

C’est aussi une « entreprise » familiale. Ysé Le Bellec à la conception, à l’écriture du scénario, à la caméra et au montage. Patrick, le papa, à l’éclairage, la régie et auprès de sa talentueuse fille pour le montage. Le matériel en partie prêté par Canasucre Productions. La maman, Nathalie Lagréga, à la régie,  à l’intendance, et dans un rôle de moniale. La petite sœur, Esther, dans la figuration. Et toute une troupe de copains et de copines pour assurer le reste. Ghazal Zati (Kerith), Félicien Graugnard (Isidore), Arthur Hubert (Ephialtès/Aavdi), Jeanne Duval (Aleka), Didier Cattoen (Burkhard)Cécile Deroubaix (Mara)Marjorie Tricot (Elvire). Des marionnettes et des masques d’une étrange beauté, réalisations de Pedro Cobra, Larissa Miyashiro, Romane Leleux et Aude Crépin. Et des musiques sublimes, originales, composées par Joshua Bousseau et  Franck Di Razza, qui n’ont pas à rougir des airs de Hildegarde de Bingen et de Bernard de Ventadour habillant d’un charme égal l’intrigue de Kerith

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A gauche, Patrick et Ysé Le Bellec

L’intrigue justement. Laissons Ysé nous raconter :  » Le point de départ du scénario est ma lecture de l’œuvre de Michelet, La Sorcière. Œuvre étrange qui oscille entre pertinences et lacunes historiques, pure fiction et essai sociétal. Cet aspect m’a beaucoup plu : emprunter à l’Histoire sans chercher l’exactitude historique. » Ysé a voulu « étudier le cas de la sorcière sous l’angle féministe. Pourquoi y a-t-il eu une chasse aux sorcières ? Qui étaient les victimes ? Pourquoi certaines femmes se revendiquent-elles sorcières ?
J’ai voulu raconter l’histoire d’une femme exploratrice de l’imaginaire. Puisque je remarque que la religion a une grande importance en fantasy et dans l’histoire de la sorcellerie, j’ai choisi de la mettre au cœur de cette première saison. Si elle tient une place évidente dans le genre c’est peut être, au delà du fait qu’elle joue un grand rôle dans l’accusation de sorcellerie, parce qu’elle crée ses propres monstres, ses propres miracles. Ce scénario est une sorte de récit initiatique de Kerith, sorcière en puissance, qui devra remettre en question ses certitude et essayer de sortir du monastère où les portes sont grandes ouvertes mais si difficiles à franchir. »

Mara Cécile Deroubaix
Mara (Cécile Deroubaix), au Fort des Dunes

« On est allé jusqu’au bout du projet. Pas de barrière, pas de limite. On n’a pas cherché à plaire aux spectateurs. On a voulu montrer autre chose, autrement. On ne s’est pas préoccupé du comment le film allait être reçu. Décontenancer le spectateur, le laisser se perdre et se retrouver au fil de l’intrigue et des images, c’est respecter sa liberté. » Caméra portée avec lumière et son direct en décors réels. « Cette esthétique rend la caméra très présente, elle est impliquée dans le récit, elle n’est pas passive. Je ne souhaite pas créer de distance avec les situations et les acteurs mais au contraire avoir un filmage plutôt rentre-dedans. Je ne veux pas faire oublier au spectateur qu’il y a une équipe qui a œuvré à fabriquer cette série et je souhaite donc jouer avec les imperfections, les imprévus et les erreurs. Enfin, ce parti pris filmique permet de cadrer au plus proche des acteurs, d’avoir un filmage plus sensuel, plus charnel. Je souhaite dépasser les archétypes par un onirisme assumé à travers la lenteur, la contemplation et les trucages à l’ancienne inspirés du cinéma fantastique de Méliès, Carné et de Cocteau. Je propose donc un cadre d’expérimentation entre le récit d’un Moyen-Âge fantasmé et un filmage brutal et onirique. » De sa voix douce, posée, Ysé Le Bellec expose son intention. Calme légendaire et sérénité de cette toute jeune réalisatrice qui ne perd jamais son sang froid, même quand les aléas du quotidien la rattrapent et gênent parfois le tournage. « Quand on a tourné au Fort des Dunes, nous n’avions pas anticipé la présence d’un stand de tirs à proximité… Il a fallu beaucoup de patience et beaucoup de génie à Franck di Razza pour prendre le son puis retirer les scories au mixage… ». Une autre fois, c’est un piège à renards dissimulé dans une botte de paille qui donne un coup de sang à l’équipe… Une autre fois encore, c’est la perche qui se casse la figure… Et puis, il y a ces longues tirades -tour de force de mémorisation pour Jeanne Duval- qu’il faut répéter jusqu’à 14 fois, entre fous rires et cadrage à rectifier… Et puis, il y a les crépuscules du matin et du soir, soleil irradiant la plaine de sa rougeoyante clarté…

Jeanne Duval Soleil levant
Aleka (Jeanne Duval) au soleil couchant…

Le résultat est époustouflant. Intrigant. Étrange. Et vaut la peine d’être goûté. Rendez-vous le 6 octobre sur la chaîne YouTube de KERITH…

La page Facebook de Kérith : ici.

Le site de Canasucre Productions : .

Le site du Studio 43 : ici.

Images : Ysé Le Bellec et son équipe. Qu’ils en soient tous remerciés !

 

 

 

 

 

 

VINGT ET TROIS ETRANGERS ET NOS FRERES POURTANT…

Arsène Tchakarian est mort… Sa disparition, comme celle du dernier poilu français, Lazare Ponticelli en 2008, marque un tournant dans l’Histoire. Un des dernier acteurs de la Résistance à l’Occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale se retire de notre monde emmenant ses souvenirs avec lui… Des traces cependant nous restent pour transmettre aux générations futures le souvenir d’un homme, étranger, arménien d’origine, qui donna sa vie pour libérer la France. Rescapé du Groupe Manouchian. Immigrés Résistants, Francs Tireurs et Partisans. Fusillés par les Allemands au Mont Valérien le 21 février 1944, quelques mois seulement avant la Libération de Paris. Ceux que les nazis voulaient faire passer pour des terroristes, à travers la propagande de l’Affiche rouge, sont morts en martyres pour la France. Il est urgent de témoigner…

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L’Affiche rouge, affiche de propagande nazie : on fait passer pour des terroristes les membres du groupe Manouchian, immigrés arméniens, Résistants, Francs Tireurs et Partisans, fusillés en 1944.

Il nous reste la dernière lettre de Manouchian à sa femme. Tombeau d’émotions. 

Ma Chère Mélinée, ma petite orpheline bien-aimée,

Dans quelques heures, je ne serai plus de ce monde. Nous allons être fusillés cet après-midi à 15 heures. Cela m’arrive comme un accident dans ma vie, je n’y crois pas mais pourtant je sais que je ne te verrai plus jamais.
Que puis-je t’écrire ? Tout est confus en moi et bien clair en même temps.

Je m’étais engagé dans l’Armée de Libération en soldat volontaire et je meurs à deux doigts de la Victoire et du but. Bonheur à ceux qui vont nous survivre et goûter la douceur de la Liberté et de la Paix de demain. Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la Liberté sauront honorer notre mémoire dignement. Au moment de mourir, je proclame que je n’ai aucune haine contre le peuple allemand et contre qui que ce soit, chacun aura ce qu’il méritera comme châtiment et comme récompense.

Le peuple allemand et tous les autres peuples vivront en paix et en fraternité après la guerre qui ne durera plus longtemps. Bonheur à tous… J’ai un regret profond de ne t’avoir pas rendue heureuse, j’aurais bien voulu avoir un enfant de toi, comme tu le voulais toujours. Je te prie donc de te marier après la guerre, sans faute, et d’avoir un enfant pour mon bonheur, et pour accomplir ma dernière volonté, marie-toi avec quelqu’un qui puisse te rendre heureuse. Tous mes biens et toutes mes affaires je les lègue à toi à ta sœur et à mes neveux. Après la guerre tu pourras faire valoir ton droit de pension de guerre en tant que ma femme, car je meurs en soldat régulier de l’armée française de la libération.

Avec l’aide des amis qui voudront bien m’honorer, tu feras éditer mes poèmes et mes écrits qui valent d’être lus. Tu apporteras mes souvenirs si possible à mes parents en Arménie. Je mourrai avec mes 23 camarades tout à l’heure avec le courage et la sérénité d’un homme qui a la conscience bien tranquille, car personnellement, je n’ai fait de mal à personne et si je l’ai fait, je l’ai fait sans haine. Aujourd’hui, il y a du soleil. C’est en regardant le soleil et la belle nature que j’ai tant aimée que je dirai adieu à la vie et à vous tous, ma bien chère femme et mes bien chers amis. Je pardonne à tous ceux qui m’ont fait du mal ou qui ont voulu me faire du mal sauf à celui qui nous a trahis pour racheter sa peau et ceux qui nous ont vendus. Je t’embrasse bien fort ainsi que ta sœur et tous les amis qui me connaissent de loin ou de près, je vous serre tous sur mon cœur. Adieu. Ton ami, ton camarade, ton mari.

Manouchian Michel.

En 1955, Aragon s’inspire de la lettre de Manouchian pour rédiger les Strophes pour se souvenir :

Strophes pour se souvenir

Vous n’avez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l’orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servi simplement de vos armes
La mort n’éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L’affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents

Tout avait la couleur uniforme du givre
À la fin février pour vos derniers moments
Et c’est alors que l’un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d’hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur coeur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant.

Louis Aragon, Le Roman Inachevé

Samedi 4 août dernier, Arsène Tchakarian est mort… Souvenons-nous…

FRANCE-ARMENIA-WWII-RESISTANCE-MANOUCHIAN-TCHAKARIAN
Arsène Tchakarian

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image 2 : photo de JOEL SAGET, AFP.

Z COMME ZENO. LA REVANCHE DES INTELLOS…

Zénobie Abernathy, pré ado HPI (au Haut Potentiel Intellectuel, dixit le gentil psy du récit) est entrée au collège, en 6ème Einstein. Cette fillette à l’  « hyperactivité intellectuelle » et à l’ « imagination débordante » est la nouvelle héroïne d’un univers créé par Justine Jotham dans son dernier opus dédié à la jeunesse : Moi, Zénobie Abernathy. De Z à A, ma vie à l’envers. Après le succès de Qui veut la peau d’Otto Dafé ? paru en mai 2016 (notre article sur l’ouvrage : ici), l’auteure aux multiples talents réitère avec ce récit, qui, à travers les préoccupations des adolescents, leurs rêves, leurs angoisses, leurs amours, leur rapport complexe aux autres et au monde, bat en brèche les clichés poussiéreux de l’  « intello » et du « cancre ». Pour découvrir Zénobie et son petit monde, c’est par ici …  

JustineJustine Jotham, agrégée de littérature, enseignante à l’ULCO et auteure jeunesse.

Justine Jotham a débuté sa carrière d’enseignante au collège Lucie Aubrac, Petite Synthe. Depuis qu’elle est auteure pour la jeunesse, elle multiplie les rencontres avec les lecteurs adolescents, à l’occasion de salons du livre, ou  plus sûrement lors des ateliers d’écriture qu’elle anime. Ainsi, elle n’a pas manqué de modèles pour donner vie à tout un peuple de collégiens aussi typés que criants de vérité : Léa, la bonne copine qui console et parle « cash » avec son amie « intello » rejetée par la masse des ados, Zénobie. Margot, la grande soeur fan de fringues et de mode, accrochée à un régime minceur,  à son portable ou  enfermée dans sa tour de dédain pour les autres. Hyppolyte, le « cancre » joueur de foot, qui crache par terre et qui éparpille les affaires de classe de Zéno sur le trottoir. Daphné, la voisine de classe, qui a « tout d’une splendide nymphe » et regarde d’un œil réprobateur Zéno, « cette mocheté » qui vient « faire de l’ombre » à sa beauté. Tristan, un grand nul de 3ème qui terrorise les petits de 6ème à la cantine et leur pique leurs desserts. Priscilla et Arthur, candidats à l’élection des délégués de classe, qui proposent la fin des interros surprises et l’utilisation des téléphones portables dans la cour de récré.  Et puis il y a Théodule, qui porte bien son nom : d’abord parce que ça rime avec « tarentule », et qu’il se passionne pour les araignées. Ensuite parce que c’est le chevalier servant de Zénobie, son « super héros », celui qui la sauve des griffes de tous ceux trop « normés » qui se moquent d’elle, la différente… C’est son premier amoureux…

 

 

Et les adultes aussi n’échappent pas non plus à ce passage en revue des types humains qui hantent les mondes adolescents : Mme Honoré, principale du collège, sévère à souhait, qui distribue les heures de colle à tour de bras. Aligaud, le surveillant pas sympa, qui prend en grippe les élèves, et les suspecte toujours. Big Louchard, le prof de sciences un peu bizarre, qui, comme Mme Honoré, fait peur aux élèves de 6ème… La maman de Zénobie, qui ne voit pas sa fille grandir, l’appelle « choupinette », l’habille en jupe et corsage citron fraise, et stimule le cerveau de sa fille en continu. Sans voir qu’elle passe à côté d’une étape cruciale de la vie de Zénobie. Une « vie d’ado en construction ».  Elle réagit d’ailleurs très mal quand Zénobie simule une crise de « cancrite virale » et décide de changer totalement de peau en se faisant passer pour la dernière des… cancres ! C’est le psy directement… qui comprend tout de suite que Zénobie a voulu se fondre dans le moule de la plupart des ados, faire comme tout le monde : répondre aux professeurs, pourrir un cours, falsifier la signature des parents, …

Et sachez lire entre les lignes… Justine Jotham n’a pas voulu faire pleurer dans les chaumières avec un portrait de l’élève harcelé(e). Ce sur quoi tentent de nous alerter les institutions scolaires et les associations de parents, et elles ont bien raison. Mais en filigrane dans ce récit léger, pointe cette question du harcèlement et de la banalité des violences à l’école. On l’insulte : « la naine », « grosse tête » et autres noms d’oiseaux. On raille ses vêtements. On tente de la racketter à la sortie du collège. On éparpille toutes les affaires contenues dans son cartable sur le trottoir. On lui prend régulièrement ses desserts à la cantine. Heureusement que Zéno est une fille équilibrée et aimée. D’autres, plus fragiles, n’auraient pas été de bons héros pour ce récit drôle autant qu’acidulé…

couverture du livre

D’ailleurs, ce qui sauve Zénobie, et le lecteur, du tragique, c’est l’humour de l’héroïne et de l’auteure. Et leur culture solide comme un roc. Voici, par exemple, la définition que Zénobie donne de la gente adolescente :

A ceux qui trouveraient étrange de comparer les ados à des mollusques, voici la justification scientifique de ma théorie en trois points :

  1. Ils n’ont qu’une tête (et encore, pour certains ados, ça reste à prouver).

  2. Ils ont des pieds (la « sole pédieuse » chez certaines espèces).

  3. Et entre la tête et les pieds, une masse viscérale (parfois on trouve une perle de nacre, mais la seule chose qui y ressemble de loin chez nos ados, c’est un petit pois remonté dans le crâne).

C’est un regard lucide et tendre porté sur l’espèce adolescente. Le prouve encore cet autre passage :

DEVINETTE : à votre avis, pourquoi les mots « cancre » et « crabe » ont la même racine ? RÉPONSE : ils sont pareils ! Une carapace sacrément coriace et des pinces effrayantes, mais ne vous y trompez pas, à l’intérieur, ils sont aussi tendres. Il faut juste apprendre à les cuisiner.

« Mode d’emploi du cancre », « Minute diététique » et autres « Questions existentielles »… Justine Jotham aborde ces chapitres de son récit, et de la vie des ados, avec légèreté et humour. Moi, Zénobie Abernathy. De Z à A, ma vie à l’envers invite à coup sûr à une lecture divertissante autant qu’à une méditation sur la vie des ados d’aujourd’hui…

 

Les photos sont issues du site web de Justine Jotham : ici …

… et de sa page Facebook : .

 

 

ROMEO ET JULIETTE, RATTRAPAGE…

50 musiciens, 50 choristes, 12 danseuses, 4 solistes et 3 Parques. Roméo et Juliette, Espace Jean Vilar de Coudekerque Branche. Si vous avez raté l’événement exceptionnel des 15 et 16 juin derniers, une séance unique de rattrapage, ici…

Photo de Pierre Thouvenot, Orion Productions

 

Montage réalisé par Amandine Plancke, photographe et vidéaste de la ville de Coudekerque Branche.