MAGNUM ET LES PERES ETERNELS

L’agence Magnum fête ses 70 ans d’existence. Robert Capa, Henri Cartier Bresson, George Rodger, David Seymour, et leurs nombreux successeurs ont capturé des milliers d’instants de grâce de notre humanité, anonyme ou renommée. Les pères sont à l’honneur dans cet album-ci…

USA. 1968. Robert KENNEDY avec ses 9 enfants. Burt Glinn.

 

USA. Caroline du Sud. 1966. Constantine Manos.
Elliott Erwitt
CANADA. Ontario. 1994. ©Larry Towell/Magnum Photos
G.B. Pays de Galles. Course en sacs des pères.1977. David Hurn.

Pour retrouver les milliers d’autres clichés de l’agence Magnum, pères, mères, enfants, humanité anonyme et bouleversante, cliquez ici et .

NOTRE MONDE EN IMAGES. MAGNUM FETE SES 70 ANS

“If your pictures aren’t good enough, you’re not close enough,” « Si vos photos ne sont pas assez bonnes, c’est que vous n’êtes pas assez près. » Robert Capa (1913-1954). Les trois autres fondateurs de Magnum : Henri Cartier-Bresson (1908-2004), George Rodger (1908-1995) et David « Chim » Seymour (1911-1956). L’agence franco-américaine, devenue « une communauté de pensée, une qualité humaine en partage, une curiosité de ce qui se passe dans le monde, un respect de ce qui s’y passe et le désir de le transcrire visuellement », comme l’expliquait Cartier-Bresson, fête 70 ans d’images. 1947 – 2017. Tout un pan de l’histoire de l’humanité. De grandes figures immortalisées. Et toute une humanité anonyme entrée dans l’Histoire par les clichés exceptionnels. Des mineurs du Nord photographiés par Seymour en 1935 jusqu’aux  images capturées par Matt Stuart après l’attentat terroriste de Manchester il y a quelques jours… En guise de cadeau d’anniversaire, l’agence s’expose et fait découvrir ou redécouvrir ses richesses. Feuilletons l’album…

FRANCE. Normandie. Omaha Beach. Débarquement du 6 juin 1944. Robert Capa.
Jeunes mineurs. Nord de la France. David Seymour, 1935.
Hongrie, Budapest. Octobre, 1956.
Révolution. Erich Lessing.
1948. GANDHI. Henri Cartier Bresson.
FRANCE. Golfe-Juan, août 1948. Pablo Picasso et Françoise Gilot sa compagne. Robert Capa.
USA. 1995. Rosa PARKS. Eli Reed.
USA. 1940. Ernest HEMINGWAY. Robert Capa.
FRANCE. Boulogne Billancourt, mai- juin, 1936. Ouvriers de l’usine Renault en g;rève. Robert Capa.
LONDRES. The Beatles, EMI Studios, Abbey Road Studios.1964. David Hurn.
Jimi Hendrix, 1968. Eliott Landy.
FRANCE. Château de Versailles. 29 Mai 2017. Emmanuel MACRON et Vladimir POUTINE, A. Abbas.
France. Tanya ROBERTS, Roger MOORE et Grace JONES. Permis de tuer. Patrick Zachmann, 1985.
New York, 9/11/2001. After the attack of the World Trade Center, Larry Towel.
USA. 1958. Enfants dans un cinéma. Wayne Miller.
IRAN: TEHERAN Janvier 1979. A. Abbas.
USA. New York City. 1951. A new face for the new world. Dennis Stock.
FRANCE. Paris. Rue Vignon. 1987. Raymond Depardon.

 

INDIA. 4. Father and son, A. Abbas, 2012.
USA. New York City. Brooklyn. 1986. Mother and son. Eli Reed.
CHINA. Place Tien An Men, 1989. Stuart Franklin.
Manchester. Mai 2017. Après l’attentat. Matt Stuart.

Ces photos proviennent toutes du site de l’agence Magnum. Pour voir d’autres merveilles de notre histoire, la grande, la petite, suivez ce lien vers le site de Magnum : ici.

 

 

ORPHEUS XXI OU COMMENT REVENIR DES ENFERS

16 avril 2016. Tout commence peut-être là… Jordi Savall, gambiste, violoncelliste, chef d’orchestre et chef de chœur de génie, joue et partage la musique avec les migrants de la jungle de Calais…

Vous le connaissez, Jordi Savall… Ou vous connaissez sans doute sa musique, primée notamment aux CésarTous les matins du monde de Corneau, ou Marquise de Véra Balmont… Ce prodige de la musique baroque, d’Espagne, son pays natal, ou d’ailleurs, Officier de l’Ordre des Arts et des Lettres, Chevalier de la Légion d’Honneur, Ambassadeur européen pour le dialogue interculturel, Artiste de l’UNESCO pour la paix,  est non seulement un musicien exceptionnel, mais un humaniste accompli.

Jordi Savall dans la jungle de Calais en avril 2016.

Écoutez ce qui suit, vous allez reconnaître La Gavotte du Tendre de Marin Marais, extrait de Tous les Matins du monde….

Ce morceau-ci, vous le connaissez aussi : Marche pour la Cérémonie des Turcs, de Lully, interprété et dirigé, encore, par Jordi Savall :

Cet homme de talent, qui côtoie les plus grands, a monté un projet ambitieux, audacieux et tellement beau : réunir une vingtaine de migrants pour former un orchestre. Ils viennent de Syrie, d’Afghanistan ou d’Irak. Ils sont musiciens. Ils ont risqué leur vie pour fuir l’enfer. Ils sont hébergés à la Saline Royale d’Arc-et-Senans, classée patrimoine mondial de l’Unesco, et accueilli par le directeur du site, Hubert Tassy. Voici ce que nous pouvons découvrir sur le site internet  de ce lieu exceptionnel :

 

ORPHEUS XXI – MUSIQUE POUR LA VIE ET LA DIGNITE

A l’initiative du musicien catalan Jordi Savall, le projet Europe Créative « ORPHEUS XXI » a pour objectif de permettre l’intégration de musiciens professionnels réfugiés et de transmettre leur culture aux enfants et adolescents déracinés.
Au-delà des dispositifs d’accueil et d’aide au logement pris en charge par les pouvoirs publics, la Saline royale et ses partenaires, prennent en compte de manière prioritaire la dimension culturelle des difficultés liées à l’intégration des populations réfugiées. Les populations cibles du projet sont, d’une part, les populations réfugiées (musiciens professionnels, jeunes instrumentistes ou chanteurs, enfants et leur famille) dont nous souhaitons favoriser l’intégration et, d’autre part, les populations locales (citoyens européens) à qui nous souhaitons faire découvrir les valeurs et cultures des réfugiés pour qu’elles enrichissent leurs propres cultures.
Nous souhaitons offrir à ces jeunes musiciens la chance de s’intégrer par le travail salarié, d’abord en tant qu’enseignants musicaux dans les écoles, puis en tant que concertistes lors de la tournée de notre orchestre interculturel. Le projet débute le 1er novembre 2016 et se terminera le 31 octobre 2018.

Pour en savoir plus sur la Saline, suivez ce lien.

Notons que les membres de l’association, Coop Agir, et sa présidente, Sylvie Laroche, prennent en charge l’intendance et le logement de ceux qui ne sont plus vraiment des « réfugiés » ou des « migrants », mais des musiciens. Tout simplement.

Les deux vidéos qui suivent ont été réalisées par France Télévision, et relayées par divers médias sur internet. 

 

 

 

 

 

De cet amour de la musique, de ce mariage de l’Orient et de l’Occident, renaît l’humanité, comme ce fut le cas en 2012, avec Hesperion XXI :

Orpheus XXI. Orphée, héros de la mythologie grecque, fils d’un roi de Thrace et de la muse Calliope. Poète et musicien, il charmait les bêtes sauvages par la musique divine de sa lyre. Même le redoutable Cerbère succomba… Il alla jusqu’ à ramener son amour, Eurydice, des Enfers

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MADEMOISELLE EST MORTE…

En ce 8 mars, Journée Internationale des Droits des Femmes, il est grand temps de célébrer un deuil… Celui d’un mot : «mademoiselle». Mademoiselle a disparu, quasiment totalement, des formulaires administratifs. Pas encore totalement de notre vocabulaire. Disparition symbolique ? Disparition inutile ? Oh que non, quand on sait le poids et le pouvoir des mots. Quand on est persuadé qu’ils modèlent notre pensée, notre mentalité et donc notre comportement. Petit retour nécessaire sur une question de vocabulaire…

Campagne « madame ou madame », lancée par un groupe féministe.

« demoiselle » vient du latin dominicella, issu lui-même de domina, la « maîtresse de maison ». La domina est une femme d’un milieu aisé, de notables, qui occupe un rang important dans la société antique. Le mot dominicella désigne la version jeune et non mariée de cette classe de femmes. Au Moyen Âge, le mot «damoiselle» désigne toujours cette catégorie de jeunes femmes célibataires de la noblesse. Et le masculin existe : «damoisel» ou «damoiseau». L’égalité est parfaite… Le damoiseau étant ce jeune homme aspirant à devenir chevalier.

Notons que « pucelle » existe aussi. On en connaît une très célèbre, la Pucelle d’Orléans. Ce mot désigne alors, toujours à l’époque médiévale, une jeune femme non encore mariée, et vierge ; on insiste en effet sur la pureté de la personne (pullicella est le féminin de pullus, purulus, purus qui a donné « pur »).

Au fil du temps, « mademoiselle » désigne surtout une femme de haute condition sociale, sans prendre en compte la situation maritale de la dame en question. Souvenons-nous du désespoir de George Dandin, triste héros d’une comédie que Molière présenta en 1666, et qui se plaint, lui riche paysan, de son mariage avec une jeune femme de la noblesse désargentée :

Ah ! qu’une femme demoiselle est une étrange affaire !

« demoiselle » ici désigne bien la femme née noble, mais qui n’éprouve pas toujours le prestige de la catégorie sociale à laquelle elle appartient.

« Mademoiselle » était aussi un titre porté par la nièce du Roi, son frère le plus jeune portant le titre de « Monsieur ». L’appellation « Madame » était normalement d’usage pour les membres de la famille royale… non titrées ou non mariées !  Les exemples les plus connus sont les sœurs de Louis XVI, ou encore Henriette d’Angleterre (épouse de Philippe d’Orléans). La rue Mademoiselle à Paris doit son nom à Louise Marie Thérèse d’Artois, fille du duc de Berry.

Mlle de Scudéry, célèbre écrivaine du XVIIème siècle.

D’autres « Mademoiselles » sont restées célèbres. Les actrices par exemple. Mademoiselle Clairon, actrice populaire du XVIIIème siècle ou Mademoiselle Jeanne Moreau plus proche de nous. Il s’agit d’une tradition qui remonte au XVIIe siècle, et qui s’est conservée chez les sociétaires de la Comédie Française. On pense aussi à Coco, Mademoiselle Chanel. Demoiselles célèbres… et officiellement célibataires, car non mariées, voire non mariables à cause de leur profession

Coco Chanel en 1920.

Et c’est bien là le problème. Les féministes, dès la fin du XIXème siècle, s’insurgent contre cette discrimination à l’égard des femmes : pourquoi distinguer la femme célibataire, mademoiselle, de la femme mariée, madame, quand chez les hommes cette distinction n’existe pas ? Monsieur, c’est monsieur !

Dans les années 1970, il est encore d’usage d’adresser ou de référencer par « Madame » les femmes célibataires occupant une position d’autorité ou d’indépendance (commerçantes, directrices, …). « Madame » entre dans les normes dans les années 1980 pour les femmes ayant eu des enfants, qu’elles soient mariées ou non, et pour les femmes ayant atteint l’âge adulte. Alors qu’ on appelait encore « mademoiselle » certaines employées comme les vendeuses, les employées de maison ou les préceptrices, même lorsqu’elles étaient mariées.

Depuis, « mademoiselle » en France, « Miss » en Angleterre ou « Fräulein » en Allemagne, tombent en désuétude, et cette mort des mots accompagne une lutte contre les discriminations sexistes dont souffrent les femmes. « Mademoiselle » plaçait la femme dans une sorte de statut de « mineure », « fille de » et pas encore « femme de ». Avec « Madame », on ne considère plus la femme que comme un être indépendant et autonome.

Le 21 février 2012, sur la proposition de la ministre des Solidarités Roselyne Bachelot, le Premier ministre François Fillon dans la circulaire no 5575 supprime l’utilisation des termes Mademoiselle, nom de jeune fille, nom patronymique, nom d’épouse et nom d’époux des formulaires et correspondances des administrations. Le 26 décembre 2012, le Conseil d’État valide la suppression du « Mademoiselle » dans les documents administratifs…

Mademoiselle est morte… Vive Madame !

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L’AMOUR, C’EST QUOI ?

« Parlez-moi d’amour, Oh dites-moi des choses tendres… » 14 février : depuis le XIVème siècle en Angleterre et depuis le XIXème siècle un peu partout ailleurs, les amoureux s’échangent de petits cadeaux en gage de leurs sentiments. Il serait peut-être utile de faire le point sur ce sentiment -ou ce concept ?- qui peut enflammer, consumer ou briser les cœurs… Qu’est-ce que l’amour ? Quelques pistes à suivre et à méditer…

Le couple d'amoureux selon Robert Doisneau.
Le couple d’amoureux selon Robert Doisneau.

AGAPE

Les Grecs définissaient trois formes d’amour. L’agape, la filia et l’eros. Déclinées à leur tour selon des modalités terrestre ou céleste. Ainsi, l’agape, c’est l’amour fraternel, l’amitié. L’amour pour ceux et celles que l’on a choisi d’aimer. Les ami(e)s. Il a son pendant : la philanthropia, qui est l’amour agape mais pour l’humanité entière…Voici ce que dit Cicéron, en 44 avant J.C., à propos de l’amitié :


La force que recèle l’amitié devient tout à fait claire pour l’esprit si l’on considère ceci : parmi l’infinie société du genre humain, que la nature elle-même a ménagée, un lien est contracté et resserré si étroitement que l’affection se trouve uniquement condensée entre deux personnes, ou à peine davantage.
  Ainsi l’amitié n’est rien d’autre qu’une unanimité en toutes choses, divines et humaines, assortie d’affection et de bienveillance : je me demande si elle ne serait pas, la sagesse exceptée, ce que l’homme a reçu de meilleur des dieux immortels. Certains aiment mieux les richesses, d’autres la santé, d’autres le pouvoir, d’autres les honneurs, beaucoup de gens aussi lui préfèrent les plaisirs. Ce dernier choix est celui des brutes, mais les choix précédents sont précaires et incertains, reposent moins sur nos résolutions que sur les fantaisies de la fortune. Quant à ceux qui placent dans la vertu le souverain bien, leur choix est certes lumineux, puisque c’est cette même vertu qui fait naître l’amitié et la retient, et que sans vertu, il n’est pas d’amitié possible !

Une unanimité en toutes choses, assortie d’affection et de bienveillance. Cette définition est toutefois sujette à conditions. Et le philosophe de mettre en garde :

Voici donc les limites à respecter, selon moi : si les mœurs des amis sont bien policées, ils instaureront entre eux une communauté en toutes choses, ambitions, projets, sans aucune exception; en outre, s’il arrivait par accident qu’on dût assister des amis dans des projets pas très convenables, où sont en jeu leur personne ou leur réputation, on s’autorisera un écart de conduite, pourvu que l’honneur n’ait pas à en souffrir gravement. En effet, jusqu’à un certain point, il y a des concessions que l’on peut faire à l’amitié sans qu’il faille vraiment renoncer à notre réputation, ou perdre de vue que la sympathie des citoyens, dans le domaine politique, n’est pas une arme à sous-estimer : qu’il soit ignoble de la récolter par les flatteries et la démagogie n’implique pas que la vertu, qui suscite aussi l’affection, doive le moins du monde être rejetée. Pour lire la suite du texte de Cicéron, suivez ce lien : ici.

Les deux amis les plus célèbres de la littérature française sont sans conteste Montaigne et La Boétie. Parce que c’était lui, parce que c’était moi. Amitié inconditionnelle, tautologique. Voici ce qu’écrit Montaigne dans ses Essais à propos de ce noble sentiment :

Les amitiés communes, on les peut départir, on peut aimer en celui-ci la beauté, en cet autre la facilité de ses mœurs (…) ; mais cette amitié qui possède l’âme et la régente en toute souveraineté, il est impossible qu’elle soit double.
La Boétie, génie précoce, avait d’ailleurs écrit ces lignes, prémonitoires, à son ami :
Si le destin le veut, la postérité, sois-en sûr/Portera nos deux noms sur la liste des amis célèbres.
Montaigne et La Boétie, les deux amis les plus célèbres de la littérature française.
Montaigne et La Boétie, les deux amis les plus célèbres de la littérature française.
Pour relire l’article du Monde qui retrace l’amitié exemplaire de ces deux hommes, c’est par .
L’amitié, sentiment fort, indéfectible visiblement… Entre personnes du même sexe ? de sexes différents ? L’amitié, plus fort que l’amour car débarrassée de tout sexe ? À méditer…

FILIA

C’est l’amour filial. D’un parent pour son enfant. D’un enfant pour ses parents. Philippe Ariès, dans son ouvrage paru en 1960, L’Enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime, avait démontré que l’amour n’est pas évident jusqu’au Moyen Âge. La forte mortalité infantile pourrait expliquer ce phénomène. L’idée d’«enfance» existe encore moins… Dès qu’un enfant est sevré et autonome, il est considéré comme un adulte. Pas d’enfance, certes, mais certains historiens remettent en cause la théorie de Ariès sur l’amour qu’on porte aux enfants. Il n’en reste pas moins que la conception de l’enfance, et la place importante que nous accordons à l’enfant dans notre société moderne, trouve ses origines dans un passé proche, avec les progrès de la santé, la contraception et le resserrement de la cellule familiale autour du noyau primordial, parent – enfants.
On n’aime pas ses enfants alors ? On n’aime pas ses parents ? Disons qu’on parlait plutôt descendance et transmission d’un patrimoine avec les uns, et de piété avec les autres. L’amour pour les parents est aussi une invention moderne. Il s’apparente à une affection, la storge des Grecs, l’amour qui « prend soin ».
Évidemment, les textes de piété filiale sont légion… Je retiendrai ces lignes du Livre de ma mère, de ALbert Cohen, le plus beau chant d’amour pour une mère que la littérature ait pu produire :
Avec les plus aimés, amis, filles et femmes aimantes, il me faut un peu paraître, dissimuler un peu. Avec ma mère, je n avais qu’à être ce que j étais, avec mes angoisses, mes pauvres faiblesses, mes misères du corps et de l âme. Elle ne m aimait pas moins. Amour de ma mère, à nul autre pareil. (…) O toi, la seule, mère, ma mère et de tous les hommes, toi seule, notre mère, mérites notre confiance et notre amour. Tout le reste, femmes, frères, sœurs, enfants, amis, tout le reste n’est que misère et feuilles emportée par le vent. (…) Pleurer sa mère, c’est pleurer son enfance. L homme veut son enfance, veut la ravoir, et s il aime davantage sa mère à mesure qu’il avance en âge, c’est parce que sa mère, c’est son enfance. ALbert Cohen, Le Livre de ma mère, 1954.

EROS

Eros, c’est l’amour charnel, le pendant terrestre de l’amour platonique. Et c’est là que les ennuis commencent. Finies la quiétude et la sérénité. On est inquiet, soucieux de savoir ce que fait l’autre, s’il partage bien les mêmes sentiments, si cet amour durera toujours… Eros se mâtine bien sûr de désir, de pulsion. Freud, et ses successeurs de toutes écoles, démontrent la part importante de la libido dans le sentiment amoureux. Une histoire de phéromones aussi ; ça, ce sont les découvertes en biochimie qui le font apparaître… Ce parfum d’amour dont rêvait Jean Baptiste Grenouille dans le roman époustouflant de Süskind paru en 1985 avoisine la mort… Eros et Thanatos : amour et haine sont deux sentiments voisins. L’amour passion devient oubli de soi, et folie. Albert Cohen, encore, raconte cet amour fou dans le plus beau roman d’amour de la littérature française, selon moi… : Belle du seigneur (1968). Le roman transporte, et l’histoire se métamorphose en tragédie…
Ô cette joie complice de se regarder devant les autres, joie de sortir ensemble, joie d’aller au cinéma et de se serrer la main dans l’obscurité, et de se regarder lorsque la lumière revenait, et puis ils retournaient chez elle pour s’aimer mieux, lui orgueilleux d’elle, et tous se retournaient quand ils passaient, et les vieux souffraient de tant d’amour et de beauté. 
Extrait de Belle du Seigneur, Albert Cohen.
Quatrième de couverture de Belle du Seigneur, Albert Cohen.
En littérature, en art, on dirait que l’amour, pour durer, doit demeurer impossible, voué à l’échec, voire à la mort ; les amoureux célèbres sont des amants malheureux : Roméo et Juliette, Tristan et Yseult, Pyrame et Thisbé, Orphée et Eurydice…
Célèbre statue d'Eros de Picadilly Circus, Alfred Gilbert (1892).
Célèbre statue d’Eros de Picadilly Circus, Alfred Gilbert (1892).
Et dans la vraie vie ? Comment dure un amour ? Mais si Freud avait raison ? Et si aimer, quelle que soit la forme d’amour, c’était toujours n’aimer que soi à travers les autres… Pour Helen Fisher, il existerait même une loi implacable du cycle amoureux, sa moyenne ne dépassant pas trois ou quatre ans, tout au plus. Cela correspondrait à un « cycle naturel ». C’est le temps qu’il faut pour nouer une relation, faire un enfant et s’assurer des soins nécessaires à la petite enfance. Dès lors, le couple pourrait alors se séparer et chacun trouver un nouveau partenaire. Loi évolutionniste ou pas, les sentiments sont fragiles (H. Fisher, Histoire naturelle de l’amour, Robert Laffont, 1994). On dirait que la recette du bonheur dans le couple s’accommode d’une pincée de chacune des formes d’amours examinées ci-dessus : un peu d’eros pour assouvir la jeunesse des sens, un peu de filia et de storge, pour prendre soin de l’autre, un peu de philanthropia pour comprendre erreurs et errements, un peu d’agape pour que l’être aimé demeure un(e) ami(e), tout au long des années… Et si l’amour n’était pas un sentiment, mais un concept ou un art… Ovide, au début de notre ère,  donne des conseils dans son Art d’aimer. Art de séduire et art d’être aimé :  « Sois aimable et tu seras aimé ». L’Art d’aimer est également le titre d’un livre publié en 1956 par Erich Fromm (1900-1980), l’un des philosophes freudo-marxistes de l’école de Francfort. Voici ce qu’il dit  de l’amour :
La première démarche qui s’impose est de prendre conscience que l’amour est un art, comme vivre est un art.
L’amour authentique suppose de surmonter notre narcissisme ou notre dépendance pour fonder une relation amoureuse basée sur le respect de l’autre. Pour Ovide comme pour Fromm, l’amour n’est pas un sentiment qui va de soi, mais il s’entretient et se cultive…
Nous renvoyons au très riche article de Jean François Dortier, publié en septembre 2015, dans la revue des Sciences Humaines. C’est par ici.

DES TYRANS D’HIER, D’AUJOURD’HUI. DE LA SERVITUDE VOLONTAIRE. ET DE LA BOETIE…

« Par aventure, dit un jour La Boétie  à son ami Montaigne, n’étais-je point né si inutile que je n’eusse moyen de faire service à la chose publique ?» Jeune homme intelligent, plein d’ardeur, prodige politique de son époque : il intègre, par dérogation,  le Parlement de Bordeaux à 23 ans. La Boétie se passionne pour la politique, au sens noble du terme, et l’humain. Humanisme oblige. Féru, comme beaucoup d’érudits de la Renaissance, de littératures latine et grecque, il tente de comprendre le mécanisme des civilisations pour comprendre la sienne. Il meurt jeune, à 32 ans. Peut-être est-ce le prix à payer pour produire une pensée extraordinairement pertinente, et étonnamment pérenne. Aujourd’hui encore, son Discours de la Servitude volontaire crie de vérité et résonne d’une façon étrangement familière à nos oreilles, plus de 400 ans après sa parution. Non, La Boétie n’est pas né « inutile », et  ce petit ouvrage est le meilleur « service » à rendre « à la chose publique ». De la servitude et des tyrans d’aujourd’hui… c’est par ici…

Phrase extraite du Discours de la servitude volontaire de La Boétie.
Phrase extraite du Discours de la servitude volontaire de La Boétie.

SOYEZ RÉSOLUS DE NE PLUS SERVIR, ET VOUS VOILÀ LIBRES…

Cela paraît si simple… Mais qu’est-ce qui nous empêche de nous libérer du tyran ? Première réponse : la «coutume». Comprenez : les habitudes. La routine dirait-on aujourd’hui. L’homme accepte son asservissement parce que ses parents l’ont accepté avant lui, et parce que tout le monde autour de lui accepte.

C’est cela, que les hommes naissant sous le joug, et puis nourris et élevés dans le servage, sans regarder plus avant, se contentent de vivre comme ils sont nés, et ne pensent point avoir autre bien ni autre droit que ce qu’ils ont trouvé, ils prennent pour leur naturel l’état de leur naissance.

Autre explication ? Le manque de courage. De vaillance. Trop d’indifférence ?… Ou le manque de vertu, au sens où elle est courage de choisir la liberté contre la tyrannie, quel que soit le prix à payer… Mais qui aujourd’hui oserait renoncer à son petit confort pour renoncer aux tyrannies ? Et de quelle tyrannie parlons-nous ? De quels tyrans est-il question ? Hitler, Mussolini, Franco, Bokassa, Robert Mugabe, Denis Sassou N’Guesso, Alexandre Loukachenko, Idriss Déby, Paul Biya, Robert Mugabe, Kim Jon Un, Bachar Al Assad… La triste liste n’est pas exhaustive. Comment s’affranchir de ces tyrans qui sévissent encore aujourd’hui ? Aussi courageux qu’on soit, il est difficile d’admettre qu’on puisse se débarrasser de ces tyrans aussi facilement que La Boétie ne le prône dans son Discours…D’autant que ces hommes forts qui tétanisent des États sont les fantoches des puissances occidentales qui trouvent leur compte, qui satisfont leurs intérêts, en maintenant ces tyrans au pouvoir. Comment être vertueux, pour un État occidental, quand pétrole ou ressources rares sont à la clé ? Nous ne rappellerons pas le rôle honteux de la France dans ses relations avec l’Afrique, la fameuse FrançAfrique ou France à fric comme ironisent certains…Nous renvoyons pour cela à nos articles publiés : ici ou . Et ce mécanisme de corruption à tous les étages, qui permet de maintenir un tyran en place, La Boétie le décrit déjà à son époque :

Ce sont toujours quatre ou cinq qui maintiennent le tyran, quatre ou cinq qui tiennent tout le pays en servage. Toujours il a été que cinq ou six ont eu l’oreille du tyran, et s’y sont approchés d’eux-mêmes, ou bien ont été appelés par lui, pour être les complices de ses cruautés, les compagnons de ses plaisirs, les maquereaux de ses voluptés, et communs aux biens de ses pillages. Ces six adressent si bien leur chef, qu’il faut, pour la société, qu’il soit méchant, non pas seulement par ses méchancetés, mais encore des leurs. Ces six ont six cents qui profitent sous eux, et font de leurs six cents ce que les six font au tyran. Ces six cents en tiennent sous eux six mille, qu’ils ont élevés en état, auxquels ils font donner ou le gouvernement des provinces, ou le maniement des deniers, afin qu’ils tiennent la main à leur avarice et cruauté et qu’ils l’exécutent quand il sera temps, et fassent tant de maux d’ailleurs qu’ils ne puissent durer que sous leur ombre, ni s’exempter que par leur moyen des lois et de la peine.

On reconnaît en filigrane la mécanique infernale qui a organisé le système nazi, qui a entretenu la terreur stalinienne, qui maintient aujourd’hui encore dans le monde de petits chefs aux différents étages de la pyramide du pouvoir dans le monde…

La pyramide du capitalisme.
La pyramide du capitalisme.

LES AUTRES TYRANIES MODERNES

Bien sûr, des tyrannies déguisées prennent le pouvoir ici ou là en Occident. Mais les vraies tyrannies du monde modernes, ne sont-elles pas plus insidieuses ? N’avancent-elles pas sournoisement drapées dans le costume bien pensant de la démocratie de notre vieux monde ? Nos tyrannies modernes ont pour noms : finance, capital, loi du marché, consommation, politique politicienne, injustices sociales… Bill Gates, patron de Microsoft, Amancio Ortega, patron de Zara, Jeff Bezos, patron d’Amazon ou Liliane Bettencourt, patronne de L’Oréal, Bernard Arnault, Gérard Mulliez, Vincent Bolloré se partagent le pouvoir de l’argent, et le pouvoir politique si l’on creuse un peu du côté de leurs accointances avec des tyrans locaux en Afrique par exemple… Nous vous renvoyons pour cela à l’article très intéressant de Frédéric Munier du 11 septembre 2016, publié dans La Revue géopolitique, Diploweb.com :

« Le pétrole est devenu un dieu : il a ses dévots, il a un culte » soulignait l’écrivain Maxime du Camp à la fin du XIXe siècle, alors que débutait la deuxième révolution industrielle. Il relevait alors le prodigieux intérêt porté à l’or noir qui allait devenir en quelques décennies à la fois la principale source d’énergie mais aussi la première marchandise commercée de la planète. Un intérêt dont témoignent aujourd’hui les grandes puissances au chevet de l’Afrique, un continent dont les réserves et la production en pétrole, si elles sont modestes – avec respectivement 7,6% et 9,3% du total mondial – n’en demeurent pas moins décisives à une époque où règnent la diversification de l’approvisionnement et la multiplication des acteurs sur ce marché convoité. Parmi ces derniers, quatre zones/pays totalisent 90% des achats de pétrole africain : l’Union européenne, les Etats-Unis, la Chine et l’Inde. Aux yeux de ces grands ensembles et de leurs multinationales, publiques ou privées, l’Afrique représente un intérêt géopolitique majeur, particulièrement pour les pays d’Asie, tard venus sur le marché du pétrole : cela explique notamment leur activisme permanent, sous la forme d’accords de coopération économique, de soutien politique et militaire, jusqu’aux interventions armées qu’ils peuvent y mener. A cet égard, l’Afrique est devenue, en une génération, un véritable terrain de bataille. La suite de cet article : ici.

Et c’est vrai que « coutume » et « manque de courage » nous empêchent de nous affranchir de ces jougs… Nous pourrions aussi évoquer l’abêtissement programmé des masses par ce « pain et ces jeux » modernes que sont les divertissements les plus échevelés et la consommation la plus folle…

La consommation comme servitude consentie, "dictature douce et heureuse"...
La consommation comme servitude consentie, « dictature douce et heureuse »…

Pour conclure, comment changer ce monde-là ? Comment mettre fin au règne de ces tyrans, personnes physiques, ou engrenages financiers et politiques, qui gangrènent notre monde ? Laissons conclure La Boétie :

Mais, ô bon Dieu ! que peut être cela ? comment dirons-nous que cela s’appelle ? quel malheur est celui-là ? quel vice, ou plutôt quel malheureux vice ? Voir un nombre infini de personnes non pas obéir, mais servir ; non pas être gouvernés, mais tyrannisés (…) Apprenons donc quelquefois, apprenons à bien faire ; levons les yeux vers le ciel, ou pour notre honneur, ou pour l’amour même de la vertu, ou certes, apprenons à parler à bon escient…

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CHACUN FAIT AS MODE : LE DEFILE SOUS TOUTES SES COUTURES

Fauteuil trône, drapé soyeux et rouge profond. Fauteuil traîne,  tulle et chapeau blanc. Fauteuil arbre, branches colorées et oiseaux des îles. Robes accordéons pour accordéonistes. Ombrelles et dentelles. Parapluies à gouttes de tulle,  froufrous en noir et blanc. Robes de soirée à cœurs et pompons papiers collés. Robes à tubes et tuyaux dorés. Rouge boudeur et boutons de roses. Robe à visage, robe à lunettes et escarpins vernis. Tubes et lamelles de métal noir, tresses africaines brunes et blondes. Froufrou fourrure et fauteuil chauve souris. Les créations du Défilé hors normes CHACUN FAIT AS MODE, présentées ce samedi 21 janvier au Grand Sud à Lille, ont enflammé le podium d’un soir et les cœurs des spectateurs. Retour sur ce moment hot en couleurs et en joie…

Une différence ? L'une est blonde, l'autre est brune...
Une différence ? L’une est blonde, l’autre est brune…. Photo de Jérôme Haremza.

UN DÉFILÉ DÉFI

88 mannequins, valides, non valides, 150 personnes mobilisées pour créer l’événement. De la création des costumes à la mise en scène. Enfants et jeunes de l’IEM Jules Ferry de Lille et de l’IEM Dabbadie, à Villeneuve d’Ascq ;  enfants et jeunes des Services d’éducation et de soins spécialisés à domicile, les SESSD Jean Grafteaux, Les Près, Marc Sautelet basés à Villeneuve d’Ascq encore ;  enfants et jeunes venus de tous les coins des Hauts  de France, qui sont sollicités pour créer des costumes et les présenter au public. Comédiens de La Folle Avoine, danseurs de N’DIDANCE, de Danse qui veut et Abdallah le danseur prometteur.  Jongleurs de la Freaky Factory. Techniciens de la Salle du Grand Sud. Partenaires du Centre social de l’Arbrisseau. Ambassadeurs de la Ville de Lille. Bénévoles de l’Amicale Marc Sautelet. De l’APF. De Don de Soie. D‘Épin’Art.  Coiffeurs et coiffeuses de l’école InformatIf. Spécialistes de La Maison des Modes. Le Rêve de Norinia et Catherine Faidherbe, LMAC et Audrey Boulfroy en grands commanditaires et organisateurs de cet événement fou. Annie Fovette en créatrice de mode et en directrice artistique. Bernard Philippe enfin, metteur en scène, rassembleur de pièces de puzzle, en grand architecte de ce monument d’un soir. Permettre à tout ce petit monde de réaliser un rêve : être créateur et mannequin le temps d’un défilé… Mission accomplie, défi relevé…

Mannequins d'un soir...
Mannequins d’un soir… Photo de Jérôme Haremza.

UN DÉFILÉ QUI FAIT FI DES DIFFÉRENCES

Édouard et Pénélope, maîtres de cérémonie de la Cie théâtrale La Folle Avoine, nous préviennent : on

Mannequins d'un soir...
Mannequins d’un soir… Photo de Jérôme Haremza.

fait fi des différences. De la différence. On raye le mot de son vocabulaire. Parce que les différences, on ne les soupçonne pas ! Jeunes ou (beaucoup) moins jeunes, noirs et blancs, filles et garçons, hommes et femmes, enfants et adultes, valides et non valides… On a en effet du mal à percevoir ce qui les différencie. Par contre, on voit immédiatement ce qui se ressemble et qui les rassemble. Ce sont les mêmes explosions de couleurs, de formes et d’inventivité dans la création des costumes. C’est la même démarche assurée, sur le  podium et dans les têtes. Ce sont les mêmes mimiques et minauderies empruntées en un clin d’œil aux pro de la mode. Ces sont les mêmes sourires accrochés à tous les visages et les mêmes baisers de fraternité envoyés au public. C’est la même émotion, sur scène et dans la salle. Légère et s’exaltant au fil du défilé, à l’image de ces petits ballons qui s’échappent d’une robe enfantine…

Robes ballons... un exemple de créations... Photo de Jérôme Haremza.
Robes ballons… un exemple de créations…Photo de Jérôme Haremza.
... et des sourires sur tous les visages...
… et des sourires sur tous les visages… Photo de Jérôme Haremza.

UN DÉFILÉ… LA FIN ?

Fantaisie, Poésie, Insolite, Fashion. 4 mouvements d’une symphonie éclectique, reliés par des impromptus de danse, de comédie, d’humour, de musique et de mystère. Gentillesse, rires, amour, joie, 4 mots cueillis au hasard du défilé, 4 mots accrochés à un parapluie,  qui résument  à merveille l’esprit de cette soirée unique… Pour prolonger encore un peu cette communion entre acteurs et spectateurs, des photos, prises par François Dehaene et Virginie Rooses. Et un DVD est en préparation. Parce qu’on ne peut que graver un souvenir de cette intensité…

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Les photos ont été fournies par JEROME HAREMZA : qu’il en soit remercié !