ET SI C’ ETAIT VOUS…?

C’est l’histoire d’une famille déchirée entre la France et l’Afghanistan. C’est l’histoire de Caroline, professeure d’anglais dans un collège du dunkerquois, qui se démène depuis plus de 6 mois, pour rassembler cette famille.  De courriers sans réponse en coups de fil vains, de paperasseries kafkaïennes en dossiers ubuesques, de l’espoir au désarroi, par lassitude, elle a envoyé la lettre qui suit au Président de la République, à l’OFPRA, aux tribunaux de Nantes et de Paris et à l’ambassade de France à Kaboul :

Mesdames, Messieurs

En 2010, monsieur x est parti, à contre cœur d’Afghanistan, de sa région du Nangarhar, près de Jalalabad, pour trouver refuge en France. Le voyage étant dangereux et ne sachant pas dans quelles conditions il allait vivre, sa femme et ses enfants sont restés sur place.

Après de longues démarches administratives, il a obtenu refuge en France et a décidé, malgré la barrière de la langue, de monter des dossiers de réunification familiale (une procédure normale puisque toute personne qui obtient l’asile en France y a droit).

Du fait de la barrière de la langue (Monsieur parle pachtoune. Non, pas le pakistanais comme l’a dit la « dame qui ne finit pas ses phrases et parle vite » de l’OFPRA.), Monsieur X a demandé de l’aide à des tiers plus ou moins bienveillants qui lui ont conseillé de faire des dossiers séparés pour ses filles et ses garçons et ont fait des erreurs d’orthographe sur les prénoms.

En septembre 2015, les deux fils et leur maman Y sont arrivés en France …  sans les petites qui sont restées chez une voisine.

Pendant un an, la pauvre Y pleurait de ne pas avoir pu emmener ses filles, et malgré tout l’amour qu’elle porte à ses fils, elle  a préféré rejoindre ses 4 jeunes filles en septembre 2016, pensant qu’au moins ses fils étaient en sécurité avec leur père en France. Elle a donné naissance à BB le 16 décembre 2016.

Depuis 7 ans, un père n’a pas revu ses filles.
Depuis un an et demi, deux frères n’ont pas revu leurs sœurs.
Depuis 6 mois, deux fils pleurent de savoir leur mère à 7000 km de chez eux.
BB a 3 mois et fait ses premiers sourires loin de son papa et de ses frères.
Depuis un an et demi, des enfants sont inscrites à l’école républicaine mais sont coincées dans une région que l’armée afghane ne maîtrise pas, sur laquelle les talibans et Daesh règnent…

Présence des Talibans en Afghanistan.
Daesh est présent en Afghanistan, se « disputant » régions et population avec les Talibans…

Depuis octobre 2016, moi, simple professeure d’anglais dans le collège où sont scolarisés les garçons, je les aide dans les démarches, et malgré mon attachement à mon pays, j’ai honte…

Honte de voir que les frontières sont en fait des procédures administratives compliquées, malveillantes et ubuesques.

Honte de constater que deux adolescents qui ont appris le français en moins d’un an, qui sont consciencieux et aiment la France, ne dorment plus, se cachent pour pleurer car ils ont peur pour leur famille, peur de ne plus revoir ni leurs sœurs ni leur maman.

Peut-on en vouloir à cette maman d’être repartie car elle était morte d’inquiétude pour ses enfants ? Non, clairement non. Liberté, Egalité, Fraternité…ce mot n’a donc aucune valeur chez nous?

Il a fallu attendre notre déplacement à l’OFPRA le 22 décembre 2016 pour apprendre que le premier dossier avait été rejeté car mal monté…Depuis 2 mois que je téléphonais, on nous répondait (quand quelqu’un daignait décrocher) que le dossier était en cours d’instruction, ou qu’il avait été transféré au tribunal, ou qu’il allait l’être.
La personne qui nous a reçus nous a conseillé de refaire un dossier suite à la naissance de la petite BB et de déposer un recours auprès du tribunal de Nantes.

Or, suite à un entretien avec un avocat, il apparaît que le tribunal de Nantes ne peut être sollicité qu’après un refus notifié de l’OFPRA. Pourtant, il a fallu que nous appelions 10 fois en 15 jours pour enfin obtenir une information sur le dossier, juste pour nous dire qu’après l’envoi de dossier du 23 décembre, il a été porté à l’étude le 11 janvier.
Il a fallu la gentillesse de monsieur Caremelle pour apprendre par un simple mail de monsieur Brice qu’il nous fallait déposer un recours auprès du tribunal de Nantes…

Bref, aucune information n’est cohérente…

Il est écrit dans la Convention Internationale des Droits de l’Enfant que tout enfant a droit à la sécurité, à l’instruction et à sa famille.

Il est écrit dans la loi française que toute personne réfugiée en France a droit de faire venir sa famille en entier.

Alors certes, Monsieur X a fait une erreur et a déposé deux dossiers différents suite à de mauvais conseils. Mais vous, derrière vos écrans, imaginez que vous arriviez seul dans un pays dont vous ne connaissez pas la langue, ni la culture, auriez-vous fait mieux ?

Engager un avocat coûte cher. L’aide juridique ne s’applique pas pour ce genre d’affaire.

Pendant ce temps là, les filles sont en danger dans une zone officiellement en guerre.

Alors donc, j’en appelle à vous tous qui ne nous répondez pas de façon cohérente…ON FAIT QUOI ? On attend ? Et si le chemin des bombes qui tombent sur Jalalabad en ce moment croisent le chemin des filles, on fait quoi ? On se dira qu’on n’y peut rien ?

C’est quoi ces méthodes ubuesques ? C’est quoi cette gestion de l’humain ? C’est quoi cet outrage aux droits de 4 petites filles Afghanes? Attendons-nous que la fille aînée se fasse kidnapper et soit mariée de force sans que son père ne puisse réagir ?

Voilà…moi je ne sais plus, mais j’ai honte pour vous qui êtes si sûrs de bien faire parce que vous êtes coincés dans vos procédures.

Pour relire la lettre écrite par M…, fils aîné, et l’article que nous lui avions consacré en décembre dernier, c’est ici.

Les jeunes enfants afghans n’ont jamais connu la paix…

Un réfugié – au sens de la Convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés – est une personne qui se trouve hors du pays dont elle a la nationalité ou dans lequel elle a sa résidence habituelle et qui craint avec raison d’être persécutée du fait de son appartenance communautaire, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, et qui ne peut ou ne veut se réclamer de la protection de ce pays ou y retourner en raison de la dite crainte.

Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR ou HCR dans l’espace francophone) a pour but de défendre les droits et la sécurité des réfugiés et des demandeurs d’asile. Cette organisation onusienne estime que, en 2015, il y avait 16,1 millions réfugiés dans le monde. L’UNHCR estime que, en 2016, 60 millions de personnes dans le monde ont été forcées de quitté leurs maisons, 60% de plus que la décennie présente.

Selon l’UNICEF, environ 31 millions d’enfants étaient réfugiés fin 2015, et 17 millions étaient déplacés à l’intérieur de leur pays…

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