KERITH

Que se cache-t-il sous ce nom mystérieux ? Moniales subjuguées, incubes et succubes, moine fascinant, mondes parallèles où une réalité médiévale fantasmée cohabite avec les rêves hallucinés générés par une plante mystérieuse… La jeune réalisatrice dunkerquoise Ysé Le Bellec s’est inspirée de l’essai de Jules Michelet,  La Sorcière, et du roman gothique  Le Moine de M.G. Lewis, pour nous proposer une web série originale et fascinante : Kerith . Un « made in » Dunkerque unique. Une web série pas comme les autres, à découvrir le mercredi 3 octobre à Lille au cinéma l’Univers à 19h30, le  dimanche 7 octobre à 18h au Studio 43 à Dunkerque, et le 8 octobre à 21h sur internet en direct sur Twitch, puis sur YouTube…

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Ghazal Zati dans le rôle de Kérith.

Une vingtaine de journées de tournage. Autant de figurants. Dix épisodes. Sept personnages. L’Atelier couture du CCAS de Dunkerque pour les costumes. La Chartreuse de Neuville sous Montreuil. Le Fort des Dunes de Leffrinckoucke. La plage. Les bois et les eaux de Clairmarais. Des crépuscules à couper le souffle. Un froid de canard. Bref, Kerith est une production 100% locale, qui met en valeur autant les lieux de notre région que les talents locaux.

Clairmarais Kerith et Avdi
Kérith et Aavdi sur le site de Clairmarais

C’est aussi une « entreprise » familiale. Ysé Le Bellec à la conception, à l’écriture du scénario, à la caméra et au montage. Patrick, le papa, à l’éclairage, la régie et auprès de sa talentueuse fille pour le montage. Le matériel en partie prêté par Canasucre Productions. La maman, Nathalie Lagréga, à la régie,  à l’intendance, et dans un rôle de moniale. La petite sœur, Esther, dans la figuration. Et toute une troupe de copains et de copines pour assurer le reste. Ghazal Zati (Kerith), Félicien Graugnard (Isidore), Arthur Hubert (Ephialtès/Aavdi), Jeanne Duval (Aleka), Didier Cattoen (Burkhard)Cécile Deroubaix (Mara)Marjorie Tricot (Elvire). Des marionnettes et des masques d’une étrange beauté, réalisations de Pedro Cobra, Larissa Miyashiro, Romane Leleux et Aude Crépin. Et des musiques sublimes, originales, composées par Joshua Bousseau et  Franck Di Razza, qui n’ont pas à rougir des airs de Hildegarde de Bingen et de Bernard de Ventadour habillant d’un charme égal l’intrigue de Kerith

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A gauche, Patrick et Ysé Le Bellec

L’intrigue justement. Laissons Ysé nous raconter :  » Le point de départ du scénario est ma lecture de l’œuvre de Michelet, La Sorcière. Œuvre étrange qui oscille entre pertinences et lacunes historiques, pure fiction et essai sociétal. Cet aspect m’a beaucoup plu : emprunter à l’Histoire sans chercher l’exactitude historique. » Ysé a voulu « étudier le cas de la sorcière sous l’angle féministe. Pourquoi y a-t-il eu une chasse aux sorcières ? Qui étaient les victimes ? Pourquoi certaines femmes se revendiquent-elles sorcières ?
J’ai voulu raconter l’histoire d’une femme exploratrice de l’imaginaire. Puisque je remarque que la religion a une grande importance en fantasy et dans l’histoire de la sorcellerie, j’ai choisi de la mettre au cœur de cette première saison. Si elle tient une place évidente dans le genre c’est peut être, au delà du fait qu’elle joue un grand rôle dans l’accusation de sorcellerie, parce qu’elle crée ses propres monstres, ses propres miracles. Ce scénario est une sorte de récit initiatique de Kerith, sorcière en puissance, qui devra remettre en question ses certitude et essayer de sortir du monastère où les portes sont grandes ouvertes mais si difficiles à franchir. »

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Mara (Cécile Deroubaix), au Fort des Dunes

« On est allé jusqu’au bout du projet. Pas de barrière, pas de limite. On n’a pas cherché à plaire aux spectateurs. On a voulu montrer autre chose, autrement. On ne s’est pas préoccupé du comment le film allait être reçu. Décontenancer le spectateur, le laisser se perdre et se retrouver au fil de l’intrigue et des images, c’est respecter sa liberté. » Caméra portée avec lumière et son direct en décors réels. « Cette esthétique rend la caméra très présente, elle est impliquée dans le récit, elle n’est pas passive. Je ne souhaite pas créer de distance avec les situations et les acteurs mais au contraire avoir un filmage plutôt rentre-dedans. Je ne veux pas faire oublier au spectateur qu’il y a une équipe qui a œuvré à fabriquer cette série et je souhaite donc jouer avec les imperfections, les imprévus et les erreurs. Enfin, ce parti pris filmique permet de cadrer au plus proche des acteurs, d’avoir un filmage plus sensuel, plus charnel. Je souhaite dépasser les archétypes par un onirisme assumé à travers la lenteur, la contemplation et les trucages à l’ancienne inspirés du cinéma fantastique de Méliès, Carné et de Cocteau. Je propose donc un cadre d’expérimentation entre le récit d’un Moyen-Âge fantasmé et un filmage brutal et onirique. » De sa voix douce, posée, Ysé Le Bellec expose son intention. Calme légendaire et sérénité de cette toute jeune réalisatrice qui ne perd jamais son sang froid, même quand les aléas du quotidien la rattrapent et gênent parfois le tournage. « Quand on a tourné au Fort des Dunes, nous n’avions pas anticipé la présence d’un stand de tirs à proximité… Il a fallu beaucoup de patience et beaucoup de génie à Franck di Razza pour prendre le son puis retirer les scories au mixage… ». Une autre fois, c’est un piège à renards dissimulé dans une botte de paille qui donne un coup de sang à l’équipe… Une autre fois encore, c’est la perche qui se casse la figure… Et puis, il y a ces longues tirades -tour de force de mémorisation pour Jeanne Duval- qu’il faut répéter jusqu’à 14 fois, entre fous rires et cadrage à rectifier… Et puis, il y a les crépuscules du matin et du soir, soleil irradiant la plaine de sa rougeoyante clarté…

Jeanne Duval Soleil levant
Aleka (Jeanne Duval) au soleil couchant…

Le résultat est époustouflant. Intrigant. Étrange. Et vaut la peine d’être goûté. Rendez-vous le 6 octobre sur la chaîne YouTube de KERITH…

La page Facebook de Kérith : ici.

Le site de Canasucre Productions : .

Le site du Studio 43 : ici.

Images : Ysé Le Bellec et son équipe. Qu’ils en soient tous remerciés !

 

 

 

 

 

 

LA TETE HAUTE AU STUDIO 43 POUR LA P.J.J. DE DUNKERQUE

LUNDI 12 OCTOBRE 2015 à 19H30, le Studio 43 organise une  rencontre ayant pour thème : Jeunes et Justice. Une occasion pour ces jeunes de la P.J.J., aux parcours difficiles, de présenter les courts métrages qu’ils ont réalisés avec l’aide de l’association KOAN. Une occasion pour le public de voir ou de revoir le film d’Emmanuelle Bercot La Tête haute, réalisé en partie à Dunkerque. Une occasion de réfléchir aux responsabilités des parents et des institutions de notre pays face à la dérive de ces jeunes. Zoom sur le film et l’événement.

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UNE MÈRE ENFANT

sara forestierOn ne peut que saluer la performance d’actrice de Sara Forestier. Elle incarne Sèverine, une femme enfant, une mère irresponsable, une adulte qui n’a pas su grandir. La première scène du film est parlante. Dans le bureau de la juge, alias Catherine Deneuve, on comprend tout de suite les erreurs commises par cette mère. Jambes écartées, un bébé qui pleure sur les bras qu’elle n’arrive pas à calmer tant elle le secoue et lui crie dessus. Propos vulgaires. Elle apparaît à bout. Elle ne sait plus comment élever Malony, le héros du film, qui n’a alors que 5 ou 6 ans (interprété par le petit Enzo Trouillet… craquant ! ). Elle le rejette par des paroles blessantes. Elle ne sait plus quoi faire de lui. Il est ingérable. «C’est un boulet pour tout le monde, ce gosse». Il est comme son père. Qui est mort peu de temps auparavant… Tout ça devant son petit garçon bien sûr. Elle pleure. Elle crie.  Elle craque. Elle déborde. Elle finit par déposer un sac avec les affaires de Malony sur le bureau de la juge en déclarant qu’elle ne veut plus s’en occuper. Un placement en famille d’accueil est décidé. Le regard du petit garçon est plein d’incompréhension. Déchirant. On la retrouve quelques années plus tard, dans une voiture volée, que conduit, dangereusement, Malony. La mère et le petit frère hilares à l’arrière. On a compris.  Sa relation au Malony devenu ado, alias Rod Paradot, est ambiguë : copine, confidente. Quand elle est veut endosser son rôle de mère, elle est violente : elle le frappe, lui crache dessus. À d’autres moments, on a l’impression, par son irresponsabilité (elle refuse d’aller chercher le petit frère à l’école déclarant qu’il va bien savoir se débrouiller), qu’elle est la « fille » de son fils. Irresponsabilité. C’est le mot.  Elle ne sait pas où est Malony, ce qu’il fait. Elle fume des joints devant son petit dernier et s’étonne ensuite qu’il soit placé. En même temps, elle ressent de l’amour pour ses enfants qu’elle veut réunir à Noël… On pense à ce très beau, et très dur, film de Maïwenn, Polisse, sorti en 2011. «C’est difficile d’élever un enfant. Un enfant, c’est pas un jouet». Ces paroles qu’elle prononce vers la fin du film paraissent cyniques, en tout cas déplacées. Manque total de recul. Aucune prise de conscience. Sara Forestier incarne une mère irresponsable comme on peut en croiser parfois… La ressemblance est criante de vérité…

DES INSTITUTIONS AVEUGLES ET SOURDES

dans le bureau de la jugeFace à cette irresponsabilité parentale, deux institutions. L’École d’abord. Elle exclut. Purement et simplement. Et puis quand Malony présente à une principale de collège sa lettre de motivation (qu’il a eu bien du mal à rédiger, lui qui ne sait même pas tenir correctement un stylo entre ses doigts !), elle ne voit que les exclusions précédentes et prévient qu’elle n’a «pas assez de personnel de surveillance pour faire la police». Pas mal comme prise de contact avec ce jeune qui tente une repentance… Institution prédominante du film : la Justice. Incarnée par Catherine Deneuve, juge des enfants. Froide, distante, dont le discours reste souvent inaccessible. Curieusement, une certaine « sympathie » se dégage de sa personnalité. Et une réelle affection se noue entre elle et Malony, qu’elle « suit » pendant plus de dix ans… La froideur de la Justice s’incarne aussi dans la personnalité du jeune procureur, alias Martin Loizillon. CEF, MDE, EPM, PJJ. Mesures éducatives. Mesures de réparation. Jargon judiciaire jargonnant.  Rappels à la Loi. Discours qui tournent à vide, tout le temps. À aucun moment, quelqu’un ne pense à dire tout simplement à la mère comment il faut faire, comment il faut s’y prendre. Personne ne pense à demander à Malony ce qu’il veut, de quoi il souffre, s’il est heureux, ce qui le rend malheureux. Non ingérence dans l’exercice de l’autorité parentale, aussi défectueux, et dramatique dans ses conséquences, soit-il ? Que faut-il faire et dire ? A t-on le droit de rappeler aux parents comment on éduque un enfant ?

UN PEU D’AMOUR

benoît magimelDe l’amour, il y en a dans ce film. Heureusement. De la part de Benoît Magimel, qui joue le rôle de Yann, l’éducateur qui suit Malony. De la part de sa mère, même s’il est « surprenant ». On pense à Mommy, de Xavier Dolan, sorti il y a quelques mois. De la part de quelques acteurs sociaux ou judiciaires qui traversent le film. Comme cette infirmière qui propose un massage au jeune garçon, lors d’une séance d’«estime de soi». De la part de Tess, alias Diane Rouxel, la petite amie. Attention douce,  gestes affectueux, sympathie. Ce qui manque finalement cruellement à ce jeune homme catalogué « délinquant ». Amour qu’il semble trouver dans son tout nouveau rôle de père. À la fin du film. Père à 18 ans… Espoir ? Ou promesse d’une répétition du drame de la parentalité non assumée ? Emmanuelle Bercot n’apporte pas de réponse. La question reste ouverte. Elle sera certainement débattue après la projection du film et des courts métrages réalisés par ces jeunes qui vivent le parcours de Malony.

 Studio 43 de Dunkerque. Lundi 12 octobre 2015, 19h30. En présence du réalisateur des courts métrages et des jeunes participant au projet. Tarif unique : 5€.

site de l’association KOAN : ici.

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