MADEMOISELLE EST MORTE…

En ce 8 mars, Journée Internationale des Droits des Femmes, il est grand temps de célébrer un deuil… Celui d’un mot : «mademoiselle». Mademoiselle a disparu, quasiment totalement, des formulaires administratifs. Pas encore totalement de notre vocabulaire. Disparition symbolique ? Disparition inutile ? Oh que non, quand on sait le poids et le pouvoir des mots. Quand on est persuadé qu’ils modèlent notre pensée, notre mentalité et donc notre comportement. Petit retour nécessaire sur une question de vocabulaire…

Campagne « madame ou madame », lancée par un groupe féministe.

« demoiselle » vient du latin dominicella, issu lui-même de domina, la « maîtresse de maison ». La domina est une femme d’un milieu aisé, de notables, qui occupe un rang important dans la société antique. Le mot dominicella désigne la version jeune et non mariée de cette classe de femmes. Au Moyen Âge, le mot «damoiselle» désigne toujours cette catégorie de jeunes femmes célibataires de la noblesse. Et le masculin existe : «damoisel» ou «damoiseau». L’égalité est parfaite… Le damoiseau étant ce jeune homme aspirant à devenir chevalier.

Notons que « pucelle » existe aussi. On en connaît une très célèbre, la Pucelle d’Orléans. Ce mot désigne alors, toujours à l’époque médiévale, une jeune femme non encore mariée, et vierge ; on insiste en effet sur la pureté de la personne (pullicella est le féminin de pullus, purulus, purus qui a donné « pur »).

Au fil du temps, « mademoiselle » désigne surtout une femme de haute condition sociale, sans prendre en compte la situation maritale de la dame en question. Souvenons-nous du désespoir de George Dandin, triste héros d’une comédie que Molière présenta en 1666, et qui se plaint, lui riche paysan, de son mariage avec une jeune femme de la noblesse désargentée :

Ah ! qu’une femme demoiselle est une étrange affaire !

« demoiselle » ici désigne bien la femme née noble, mais qui n’éprouve pas toujours le prestige de la catégorie sociale à laquelle elle appartient.

« Mademoiselle » était aussi un titre porté par la nièce du Roi, son frère le plus jeune portant le titre de « Monsieur ». L’appellation « Madame » était normalement d’usage pour les membres de la famille royale… non titrées ou non mariées !  Les exemples les plus connus sont les sœurs de Louis XVI, ou encore Henriette d’Angleterre (épouse de Philippe d’Orléans). La rue Mademoiselle à Paris doit son nom à Louise Marie Thérèse d’Artois, fille du duc de Berry.

Mlle de Scudéry, célèbre écrivaine du XVIIème siècle.

D’autres « Mademoiselles » sont restées célèbres. Les actrices par exemple. Mademoiselle Clairon, actrice populaire du XVIIIème siècle ou Mademoiselle Jeanne Moreau plus proche de nous. Il s’agit d’une tradition qui remonte au XVIIe siècle, et qui s’est conservée chez les sociétaires de la Comédie Française. On pense aussi à Coco, Mademoiselle Chanel. Demoiselles célèbres… et officiellement célibataires, car non mariées, voire non mariables à cause de leur profession

Coco Chanel en 1920.

Et c’est bien là le problème. Les féministes, dès la fin du XIXème siècle, s’insurgent contre cette discrimination à l’égard des femmes : pourquoi distinguer la femme célibataire, mademoiselle, de la femme mariée, madame, quand chez les hommes cette distinction n’existe pas ? Monsieur, c’est monsieur !

Dans les années 1970, il est encore d’usage d’adresser ou de référencer par « Madame » les femmes célibataires occupant une position d’autorité ou d’indépendance (commerçantes, directrices, …). « Madame » entre dans les normes dans les années 1980 pour les femmes ayant eu des enfants, qu’elles soient mariées ou non, et pour les femmes ayant atteint l’âge adulte. Alors qu’ on appelait encore « mademoiselle » certaines employées comme les vendeuses, les employées de maison ou les préceptrices, même lorsqu’elles étaient mariées.

Depuis, « mademoiselle » en France, « Miss » en Angleterre ou « Fräulein » en Allemagne, tombent en désuétude, et cette mort des mots accompagne une lutte contre les discriminations sexistes dont souffrent les femmes. « Mademoiselle » plaçait la femme dans une sorte de statut de « mineure », « fille de » et pas encore « femme de ». Avec « Madame », on ne considère plus la femme que comme un être indépendant et autonome.

Le 21 février 2012, sur la proposition de la ministre des Solidarités Roselyne Bachelot, le Premier ministre François Fillon dans la circulaire no 5575 supprime l’utilisation des termes Mademoiselle, nom de jeune fille, nom patronymique, nom d’épouse et nom d’époux des formulaires et correspondances des administrations. Le 26 décembre 2012, le Conseil d’État valide la suppression du « Mademoiselle » dans les documents administratifs…

Mademoiselle est morte… Vive Madame !

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GYNECOLOGIE SANS FRONTIERES. PARCE QUE LA FEMME EST L’AVENIR DE L’HOMME.

8 Mars. Journée de promotion de l’égalité entre hommes et femmes dans le monde. Cette année, pas envie de rabâcher les sempiternels chiffres de progrès effectués par la gente masculine sur le temps passé à s’occuper des enfants ou à s’adonner aux tâches domestiques. Pas envie de rappeler pour la énième fois que tous les deux jours une femme meurt, en France, des coups reçus par son conjoint. Pas envie de rappeler que les filles sont meilleures à l’école que la garçons et que c’est étonnant qu’on ne les retrouve pas davantage à des postes à responsabilités dans l’entreprise ou la société civile. Même si le « plafond de verre » tend à prendre chaque année un peu plus de hauteur. Félicitons d’ailleurs pour cela toutes celles et tous ceux qui, par leur lutte ou leurs engagements multiples, ont contribué à diminuer l’inégalité dans les conditions de vie et de travail des hommes et des femmes. Tout au moins en France. Parce qu’ailleurs dans le monde ce n’est pas gagné. Rappelons qu’il n’est pas bon de naître fille en Inde où le viol reste majoritairement impuni. Qu’il n’est pas bon d’être femme ou fille dans un pays en guerre : le viol, encore, étant l’arme de guerre la plus destructrice dans le monde. Destructrice de corps. D’esprits. De destins. Brisés.

La femme est souvent une victime invisible.
La femme est souvent une victime invisible.

Et saluons au passage le travail de Denis Mukwege, l’homme qui répare les femmes. Il est étonnant que cet homme-là, décoré de distinctions diverses et variées, n’ait pas encore tout bonnement reçu le Prix Nobel de la Paix. Son portrait : ici.

Fi donc des éternelles statistiques. Des éternelles rengaines féministes aux relents de misandrie. Des stéréotypes séchés et autres clichés jaunis. Parlons plutôt de ceux qui agissent. Pour le bien des femmes. Quelles qu’elles soient. Et où qu’elles soient. LeMag@zoom a décidé de mettre à l’honneur une association qui fête ses 20 ans : Gynécologie sans Frontières. Les objectifs de cette association humanitaire ?

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Protéger les femmes contre les injustices qu’elles peuvent subir. Elles qui ont un rôle si important à jouer dans le développement des pays et dans tous les secteurs d’activité.  L’association se donne donc pour objectif principal de respecter la dignité humaine et de promouvoir la femme dans le monde en agissant sur 3 composantes essentielles : médicale, psychologique et sociale. GSF intervient, en urgence ou sur du long terme,  dans des pays et des secteurs où les infrastructures sont insuffisantes, voire inaccessibles. Burundi. Haïti. Madagascar. Népal. Afghanistan. Jordanie. La liste des lieux de la misère féminine est longue. Et les actions de GSF nombreuses : constructions de dispensaires, de maisons de naissances, voire de maternités, formation de la population locale à la gynécologie, formation de sages femmes, soins pré et post natalité.  Les problèmes abordés concernent ainsi la périnatalité, les souffrances médicales, les violences conjugales ou sexuelles, la discrimination de toute sorte ou encore le statut de la femme au sein de la société.  Excisions et autres mutilations sexuelles. Viols. Contraception. MST. Suivi de grossesse. Soins périnataux. Éducation à la santé. Les thèmes de réflexion et d’action sont nombreux.

Formation des personnels locaux à l'obstétrique.
Formation des personnels locaux à l’obstétrique.

Sages femmes, gynécologues, autres personnels de la médecine, bénévoles… Ils sont nombreux à rejoindre GSF depuis 20 ans. Les manifestations en France se multiplient : colloques, formation de personnels médicaux à l’obstétrique humanitaire, interventions en milieu scolaire pour sensibiliser à la santé des femmes, soirées thématiques avec projections de films.

Devant une maternité, à Lomé, au Togo.
Devant une maternité, à Lomé, au Togo.

Sans oublier la présence quotidienne de GSF à nos portes. En France. Dans les camps de réfugiés de Calais et de Grande Synthe, où la situation des femmes et des enfants est insupportable…

Une mère et son enfant. Camp de réfugiés de Grande Synthe. 2016...
Une mère et son enfant. Camp de réfugiés de Grande Synthe. 2016…

Le 8 mars, et tous les autres jours d’une vie, que nous soyons femmes ou hommes, soyons surtout humains…

Un obstétricien haitien, formé par GSF, porte un bébé qu'il vient de mettre au monde, en Haiti.
Un obstétricien haitien, formé par GSF, porte un bébé qu’il vient de mettre au monde, en Haiti.

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