THEROIGNE DE MERICOURT : LA PLUS BELGE DES REVOLUTIONNAIRES FRANCAISES

Elle est une des femmes auxquelles Michel Onfray rend hommage dans son récent ouvrage : La Force du sexe faible. Contre-histoire de la Révolution Française. Comme Olympe de Gouges, Charlotte Corday ou Mme Roland, elle fut une des premières féministes, et surtout l’une des nombreuses humanistes, de cette période troublée et sanglante de notre histoire. Fille spirituelle de Plutarque et de Condorcet, elle joua un rôle important pour donner à la Révolution un visage humain. Portrait de la « belle Liégeoise ».

Théroigne de Méricourt en 1791. Portrait de Jean Fouquet.
Théroigne de Méricourt en 1791. Portrait de Jean Fouquet.

Elle naît Anne-Josèphe Terwagne en 1762, à Marcourt. Campagne de Liège. Aujourd’hui, elle serait Belge. Famille de paysans aisés. Mais très vite la catastrophe s’abat sur elle : orpheline de mère, elle devient le souffre douleur d’une belle mère acariâtre. Cendrillon dans un Siècle des Lumières. De couvent en parent maltraitant, de l’opulence originelle à la misère qui fait son lit, la jeune Terwagne doit son salut à une famille anglaise de passage, qui l’embauche comme dame de compagnie pour les enfants. Elle apprend alors à lire, à écrire, à chanter, à jouer du piano. Elle rencontre un jeune officier anglais. Cendrillon semble vivre son conte de fée.

Sauf que le jeune officier anglais l’emmène à Paris et lui montre son univers familier : celui du libertinage. Le XVIIIème siècle est aussi celui de Sade… Enfant maltraitée, elle devient objet sexuel. Y prend goût ? Elle attrape la syphilis. Et cette maladie la fera souffrir jusqu’à la mort. En passant par la folie.

Pour l’heure, elle prend un traitement à base de mercure qui la fait horriblement souffrir, mais qui éloigne encore la démence. C’est à Paris qu’elle devient Théroigne de Méricourt. C’est la presse royaliste qui l’appelle de cette façon : en l’affublant d’une particule, elle veut la faire passer pour une traîtresse à la cause du roi et comme une ennemie du peuple. Elle loue un logement à Versailles pour suivre les délibérations de l’Assemblée. Elle s’intéresse à l’élaboration de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Elle assiste aux débats entre députés. Elle reçoit chez elle Desmoulins, Sieyès, Brissot. Elle fonde en janvier 1790 la Société des amis de la Loi. Dans ce club, ils sont nombreux, les « think tanks » de l’époque, on propose des idées neuves pour réformer cette société sclérosée aux finances proches de la banqueroute, où la noblesse gaspille et où le peuple meurt de faim. Abrogation de la loi contraignant à payer pour être élu député, citoyenneté entière pour les juifs, « pour les musulmans et les hommes de toutes les sectes », liberté de la presse, égalité entre hommes et femmes.

La marche des femmes du 6 octobre 1789.
La marche des femmes du 6 octobre 1789.

Ce club-là est dissout. Qu’à cela ne tienne, elle en fonde un autre : le club des Droits de l’Homme. Homme au sens d’être humain bien sûr. Les valeurs défendues ? Fraternité, justice, bonnes mœurs, vertu, défense des faibles par l’éducation. Hugo n’a rien inventé…

Théroigne attise les haines. À droite, la haine des ultra royalistes. À gauche, la haine des Montagnards, qui se révèleront d’ultra révolutionnaires sanguinaires. Les Montagnards accoucheront d’un monstre : la Terreur robespierriste. Elle continue son combat pacifiste. Elle fait sienne les idées de Condorcet : abolition de l’esclavage, abolition de la peine de mort, y compris celle du roi, égalité des droits entre hommes et femmes. Ces idées sont diffusées largement par les travaux d’un club mixte qui voit le jour en 1791 : la Société fraternelle des deux sexes. Théroigne en fait évidemment partie.

Fatiguée des attaques continuelles, elle se réfugie un temps en Belgique, sa terre natale, et y exporte les idées neuves de la Révolution. Elle se plonge à nouveau dans la lecture des philosophes antiques. Retour aux sources encore. Considérée comme une complotiste par les ennemis royalistes, elle est arrêtée et incarcérée dans une prison autrichienne. Elle y reste une année entière. Elle y découvre les textes de Rousseau.

De retour en France, celle que la presse royaliste surnomme la « charogne ambulante » est accueillie chaleureusement par les Girondins, les modérés de la Révolution. Ils l’invitent d’ailleurs à témoigner de son aventure à la tribune de l’Assemblée le 1er février 1792. Le procureur de la Commune dit d’elle :

Vous venez d’entendre une des premières amazones de la liberté. Elle a été martyre de la Constitution.

Brissot, leader de la frange girondine, parle d’elle comme d« une amie de la liberté ». Forte de ce soutien, elle crée des légions d’amazones, des phalanges féminines. Elle harangue les citoyennes, elle parle de

progrès des Lumières qui vous invitent à réfléchir (…) il faut prendre pour arbitre la raison(…) Il est temps que les femmes sortent de leur honteuse nullité, où l’ignorance, l’orgueil, et l’injustice des hommes les tiennent asservies depuis si longtemps (…) Nous aussi nous voulons mériter une couronne civique, et briguer l’honneur de mourir pour une liberté qui nous est peut-être plus chère qu’à eux, puisque les effets du despotisme s’appesantissent encore plus sur nos têtes que sur les leurs.

Quelle audace ! Quelle témérité ! Quels risques pris aussi dans une Révolution qui prend un tournant résolument  machiste et terroriste…. Fessée publique. Insultes de plus en plus violentes dans les journaux hostiles à son action. Notamment de la part de François Suleau, journaliste aux Actes des Apôtres… Celui-ci finit mal : pris à partie et assassiné  par une foule populaire animée de vengeance. Théroigne est dans cette foule. Elle ne tue pas. La violence est contre nature pour elle. Mais il n’en faut pas plus pour qu’elle soit arrêtée.

Théroigne de Méricourt en amazone. Auguste Raffet.
Théroigne de Méricourt en amazone. Auguste Raffet.

Elle n’est pas guillotinée. Elle est enfermée dans un asile, après avoir été déclarée folle… Sans traitement contre la syphilis, qu’elle porte en elle depuis sa jeunesse, folle elle le devient effectivement… Elle passe 23 années de sa vie dans une cellule… Quelle étrange fin pour cette passionnée de la raison…

Ses paroles comme un testament :

Citoyens, arrêtons-nous et réfléchissons, ou nous sommes perdus. Le moment est enfin arrivé où l’intérêt de tous veut que nous nous réunissions, que nous fassions le sacrifice de nos haines et de nos passions pour le salut public.

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14 JUILLET : COUDEKERQUE BRANCHE CELEBRE LES JUSTES, SES MARTYRES ET SES RACINES

14 juillet 2016. Le soleil brille sur Coudekerque  Branche. Les premiers arrivés se réchauffent aux rayons encore timides ce matin. Au menu de cette matinée de commémorations : un point de rendez-vous symbolique, un défilé par une rue qui l’est tout autant. Des discours pour ne pas oublier. Retour sur un moment clé de la mémoire coudekerquoise autant que nationale.

Marianne. Hôtel de Ville de Coudekerque Branche.
Marianne. Hôtel de Ville de Coudekerque Branche.

Rue des Élus de Nanterre. C’est là que les différents acteurs de la cérémonie se sont donnés rendez-vous. On y croise un haut représentant de la Marine Nationale. Une brigade de pompiers. Les Anciens Combattants. Drapeaux claquant et médailles brillant dans le soleil. Les tambours de la fanfare bien sûr. La Brigade Vandamme de Coudekerque Branche et le 13ème Léger de Hondschoote. Cocardes tricolores, bicornes et uniformes de la Révolution Française, ces deux groupes nous replongent immédiatement dans notre histoire de France. 14 juillet 1790.

La Brigade Vandamme et le 13ème Léger.
La Brigade Vandamme et le 13ème Léger.
La Brigade Vandamme et le 13ème Léger.
La Brigade Vandamme et le 13ème Léger.

C’est la Fête de la Fédération, et non pas la prise de la Bastille, que nous commémorons : c’est ce que nous rappelle l’exposition « Coudekerque Branche et la Révolution Française », à voir jusqu’au 19 juillet dans le hall de la Mairie.

Coudekerque Branche et la Révolution Française. Exposition visible jusqu'au 19 juillet.
Coudekerque Branche et la Révolution Française. Exposition visible jusqu’au 19 juillet.

Rue des Élus de Nanterre. Le lieu n’est pas anodin. Il rappelle la tuerie de mars 2002. Un fou furieux, « frustré » qui avait  mené « une vie de merde » (ce sont ses mots), Richard Durm ouvre le feu plus d’une trentaine de fois sur les élus du Conseil Municipal de Nanterre qui viennent de terminer leurs travaux. Un fou furieux qui voulait faire mourir, en toute conscience, des élus de la Nation. Premier rendez-vous avec notre tragique passé.

Le traditionnel défilé se déroule le long de la rue Henri Ghesquière. Autre martyre. Homme modeste, élu de Lille, prisonnier des Allemands lors de la Première Guerre mondiale. Il succombe sous les sévices de la torture ennemie aux portes de l’armistice.

Puis c’est le Parvis de l’Hôtel de Ville. Le Parvis des Justes. Lieu de rendez-vous obligé en ce jour où la France commémore aussi le 72ème anniversaire de la Rafle du Vel d’Hiv. Plus de 1300 juifs sont arrêtés et envoyés à Auschwitz. Gerbes de fleurs. Sonnerie aux morts. Nous nous recueillons…

Se souvenir d’où l’on vient pour savoir où l’on va. Ce sont les mots de David Bailleul. Pour gouverner, non pas avec une girouette, mais avec une boussole. Et transmettre ce patrimoine hérité des Lumières, de la Déclaration des Droits de l’Homme, aux plus jeunes.

Angèle Julien, Louise Minne, Simon Weber, élus du CMJ, M.Bailleul, Maire, M.Parent, Adjoint aux Anciens Combattants.
Angèle Julien, Louise Minne, Simon Weber, élus du CMJ, M.Bailleul, Maire, M.Parent, Adjoint aux Anciens Combattants.

D’ailleurs, ils sont là, les plus jeunes. Sous la houlette bienveillante de M. Decreton qui préside aux destinées du Conseil Municipal des Jeunes et forme avec enthousiasme les apprentis citoyens, trois jeunes élus : Simon Weber et Angèle Julien, tous deux adjoints du CMJ accompagnent leur maire, Louise Minne. Gageons qu’ils sauront tirer les leçons de notre histoire, depuis la Révolution Française, ses exécutions sauvages et ses rêves de liberté, jusqu’aux conflits mondiaux qui devaient payer le prix d’une paix durable dans le monde…

Se souvenir d’où l’on vient pour savoir où l’on va, et ce qu’on veut…

Photographies : Le Mag@zoom.

OLYMPE DE GOUGES OU LA CONTRE HISTOIRE DE LA REVOLUTION FRANCAISE

14 juillet. Les commémorations envahissent l’espace national. À l’heure où l’on célèbre les grands hommes qui ont fait la Révolution, on se rend compte que des femmes, grandes par leur pensée et leur action, sont oubliées. Les historiens ont souvent mis en avant les sanguinaires et les violents (Robespierre, Danton, Saint Just, parmi d’autres), passant sous silence l’œuvre des progressistes. Des femmes pour la plupart. Michel Onfray leur rend un hommage mérité dans La Force du sexe faible, sous-titré Contre histoire de la Révolution Française. Histoire de remettre les pendules à l’heure. Parmi ces femmes, Olympe de Gouges. Portrait.

Olympe de Gouges, pastel de Alexandre Kucharski.
Olympe de Gouges, pastel de Alexandre Kucharski.

Olympe naît Marie Olympe Gouze en 1748, et son père n’est pas son père. Son père biologique est le marquis de Pompignan, chef du parti des Antiphilosophes, chef du parti bigot mais troussant volontiers ses servantes (faites ce que je dis, pas ce que je fais). Son père adoptif, Gouze, est un boucher traiteur. Elle parle occitan, sait à peine écrire. Et on se demande comment cette jeune femme si éloignée des Lumières sera leur porte parole le plus actif, voire le plus téméraire, sous la Révolution. Veuve et mère à 20 ans, elle modifie alors son identité. Elle devient Olympe de Gouges. Refuse de se marier à nouveau. Mais pas d’aimer. Et elle sera la compagne d’un haut fonctionnaire du Ministère de la Marine, qui lui assurera, en partie, son indépendance financière. Et voilà. Comme le dit Onfray, la libéralité de certains hommes peut faire la liberté de certaines femmes.

Très vite Olympe se passionne pour la littérature, la philosophie. Elle emménage à Paris où tout se joue en ces années d’effervescence intellectuelle. Elle écrit des pièces de théâtre. Beaucoup. Sur les sujets qui lui tiennent à cœur : La Nécessité du divorceMolière chez Ninon ou le Siècle des grands hommes, pièce sur l’insoumission des femmes ; Zamore et Mirza ou l’heureux naufrage, pièce qui s’insurge contre l’esclavage. Brissot, député qui sera à l’origine de la formation des Girondins, est le premier Français à lutter contre l’esclavage ; il importe la Société des Amis des Noirs, créée à Londres en 1787. Olympe y adhère. En 1788, elle publie des Réflexions sur les hommes nègres. Elle y dénonce le colonialisme, l’esclavage et la discrimination. Étonnante modernité.

Elle se passionne pour son pays. Elle publie nombreuses Réflexions qui sont des propositions d’une incroyable modernité là encore. Elle propose de redistribuer plus équitablement les richesses fustigeant « les capitalistes calculateurs qui refusent d’ouvrir leurs trésors ». Elle propose d’ouvrir des maisons pour les plus démunis, maisons qu’elle appelle « maisons du cœur » (De Olympe à Coluche… deux siècles…). Elle propose d’ouvrir des maisons pour que les femmes enceintes puissent accoucher en toute hygiène et en toute quiétude, aidées par des sages femmes. Des maternités quoi. Elle propose une sorte d’assurance sur les catastrophe naturelles, qui préserverait les paysans en cas de mauvaises récoltes (la France est paysanne dans sa presque globalité à l’époque). Elle s’insurge contre la peine de mort. Elle dénonce les conditions de détention en prison.

Et puis, elle écrit et lutte en faveur de l’égalité entre les hommes et les femmes. Dans un siècle où les femmes sont considérées comme épouses et/ou comme mères, soumises à leur père ou à leur époux, Olympe, s’inspirant peut-être du Discours sur la servitude volontaire de La Boëtie, proclame que c’est aux femmes de se libérer de ce joug masculin sous lequel elles se sont librement tenues pendant des siècles. Elle fréquente les salons de Mme Helvétius, épouse de l’audacieux philosophe et parlementaire qui osa s’insurger contre la peine de mort. Elle fréquente le salon de Mme Condorcet, épouse d’un autre éminent penseur. Elle croise dans ces salons Diderot, Chamfort, Condorcet, Beccaria, D’Alembert… Elle s’inscrit au Club de la révolution. Et c’est là, au contact de ces esprits éclairés, humanistes, qu’elle forge son féminisme :

Quelles que soient les barrières que l’on vous oppose, il est en votre pouvoir de les affranchir ; vous n’avez qu’à le vouloir.

Et voilà ce qu’elle propose en faveur des femmes : droit de vote, éligibilité, partage des fortunes, droits des enfants à connaître leur père et à hériter, pension alimentaire, protection des prostituées, mariage des prêtres, égalité avec les gens de couleur. Toutes ces idées sont développées dans LE texte d’Olympe de Gouges que tout le monde connaît maintenant : La Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne (1791), sorte de pied de nez tout à fait sérieux dans son contenu à la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, héritée de la Révolution Française

Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne (1791)
Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne (1791)

Voilà encore ce qu’elle y écrit :

La femme a le droit de monter à l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la tribune.

Témérité, audace de cette femme qui n’hésita pas à placarder ses propositions dans les rues de Paris. Témérité, audace de cette femme qui n’hésita pas à soumettre ses propositions à la Reine Marie Antoinette… à les distribuer aux Députés qui présidaient alors à la destinée de la France. À une époque où l’un d’entre eux, Sylvain Maréchal pour ne pas le nommer, proposait une loi portant défense d’apprendre à lire aux femmes !

Préambule de la DDFC.
Préambule de la DDFC.

Le 3 novembre 1793, elle est guillotinée, Place de la République. 15 jours après Marie Antoinette.

Retenons encore cette réflexion sur l’humaine condition, qu’elle livre dans La Fierté de l’innocence ou Le silence du véritable patriotisme, et qui fait écho dans nos sociétés, où il s’en faut parfois de peu pour qu’une démocratie devienne tyrannie :

Le sang, disent les féroces agitateurs, fait les révolutions. Le sang même des coupables, versé avec profusion et cruauté, souille éternellement les révolutions, bouleverse tout à coup les cœurs, les esprits, les opinions et, d’un système de gouvernement, on passe rapidement à un autre.

Une mise en  garde contre les sanguinaires et les violents de tous bords…

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FUKUSHIMA EN AVIGNON

Vendredi 11 mars 2011. Début d’après-midi. Fukushima. Japon. La terre tremble. La mer mugit. Et c’est la catastrophe. Nucléaire. Fukushima, Terre des cerisiers raconte la descente aux enfers du peuple nippon. Largement inspiré du livre de Michaël Ferrier, Fukushima, Récit d’un désastre, le spectacle de Brigitte Mounier de la Compagnie des Mers du Nord, se jouera en Avignon, du 7 au 30 juillet. A ne pas manquer. Un avant-goût ici.

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UNE CATASTROPHE ANNONCÉE

Les dangers du nucléaire, ce n’est pas la première fois que Brigitte Mounier, de la Compagnie des Mers du Nord,  en alerte le public. Reflets du monde, novembre 2013 ; Tchernobyl mon amour, avril 2014,  mise en scène de La Supplication, livre dans lequel la journaliste russe, prix Nobel de Littérature 2015, Svetlana Alexievitch rapporte avec émotion les récits des témoins de la tragédie nucléaire de Tchernobyl. Cette fois, elle frappe plus fort encore, les consciences, en adaptant l’essentiel de Fukushima, Récit d’un désastre de Michaël Ferrier. « Cela fait 80 millions d’années que ces plaques [les plaques tectoniques] se frictionnent. Aujourd’hui, ce vieux conflit s’est réveillé. Les répliques s’enchaînent à une cadence folle. La terre tremble. La terre tremble. Le vendredi 11 mars : 78 séismes. Le samedi 12 mars : 148 séismes. Le dimanche 13 : 117 séismes. (…) Paul Claudel, lui, trouve pour le dire les mots justes et l’image exacte : ″A tout moment, à midi, au théâtre, pendant le repas, la main mystérieuse intervient. Elle saisit le Japon au collet, elle lui rappelle qu’elle est là.″ Ici, en une semaine, on en est à plus de 400 répliques. Un tremblement de terre magnitude 5 minimum toutes les 17 minutes… Et c’est dans ce pays qu’on a construit 54 réacteurs nucléaires. » Ce sont les mots de l’auteur, repris par Brigitte Mounier pour dire l’essentiel du message qu’elle veut transmettre au public. L’inconscience meurtrière de ceux qui ont installé des centrales nucléaires sur une terre fragile. Ce mois de mars 2011, les éléments se déchaînent sur le Japon : la terre tremble, un tsunami engloutit tout ce qui vit sous un déluge d’eau, le feu brûle infiniment dans les réacteurs de la centrale, et l’air qu’on respire devient poison, et tue lentement.

Une mère et sa fille prient lors du premier anniversaire de la catastrophe d'Hiroshima, le 11 mars 2012. REUTERS/Kim Kyung-Hoon.
Une mère et sa fille prient lors du premier anniversaire de la catastrophe d’Hiroshima, le 11 mars 2012. REUTERS/Kim Kyung-Hoon.

« L’île principale de l’archipel semble avoir glissé de plus de deux mètres et l’axe de rotation de la Terre s’être déplacé de dix centimètres, alors imaginez ce qui s’est passé avec les maisons (..) le séisme du Tohoku a libéré une énergie 24 mille fois plus forte que la bombe atomique larguée en 1945 à Nagasaki. » Les mots disent l’énormité, l’aberration, l’horreur aussi vécue pas les populations victimes à la fois du cataclysme naturel et de la catastrophe nucléaire. Mettre en scène l’énormité, l’aberration et l’horreur, c’est le pari de Brigitte Mounier.

MISE EN SCÈNE D’UNE CATASTROPHE

Une année de préparation. Une année d’imprégnation du texte. Des trouvailles techniques ingénieuses. 1h15 seule en scène. Une performance d’actrice remarquable, servie par une chorégraphie époustouflante, composée par Antonia Vitti, partenaire de Carolyn Carlson. Un spectacle en trois tableaux. Comme un haïku que l’on découvre vers après vers. Ou comme un éventail qui se déplie. La Terre. La Mer. Le Ciel. Ou comment le monde devient fou. Baudelaire et Claudel se cassent la figure de la bibliothèque. Des bouts du ciel nous tombent sur la tête. Les murs tremblent. Le sol tangue. Tout est sens dessus dessous. Et la mer vient engloutir le tout. Comment montrer la vague haute de trois étages ? Comment montrer ce déferlement vertigineux : la vitesse d’un tsunami est de 360 km /h pour 1km d’eau ; à 5 km du rivage, les vagues sont encore à 800 km/h … à 500 mètres, c’est l’équivalent d’un TGV ( 250 km/h) qui se lance sur la plage… Comment montrer « les corps, les cris, la lente agonie (..) le bruit de l’eau (…) l’écharpe de boue, la strangulation liquide » les amas de voitures, de bateaux, de maisons, les objets, le verre, le bois, les métaux, toutes ces choses du quotidien des hommes entremêlées dans une danse stagnante et macabre. Comment ? Un aquarium. Sur scène Déroutant. Étonnant. Confondant. Le corps de l’actrice immergé montre tous ces cadavres à la dérive d’un déluge qui charrie êtres et choses dans son cortège boueux et funèbre.

Affiche du spectacle de Brigitte Mounier.
Affiche du spectacle de Brigitte Mounier.

Entre poésie et crudité, entre douceur et violence, entre cerisiers en fleurs et eau stagnante, Brigitte Mounier évolue avec grâce et fermeté pour dénoncer la folie des hommes. Pour éveiller les consciences.

Fukushima. Récit d'un désastre, Michael Ferrier (2012)
Fukushima. Récit d’un désastre, Michael Ferrier (2012)

Il faut lire le récit de Michaël Ferrier, paru aux éditions Gallimard en 2012, et disponible en format de poche. Il faut courir voir le spectacle de Brigitte Mounier, dans le cadre des Hauts de France en Avignon. Gageons que Fukushima, Terre des cerisiers provoque, lui, le séisme des consciences…

Présence Pasteur, 13 rue Pont Trouca, Avignon. Réservations : 07 82 90 08 21. Informations pratiques : ici.

Le site de la Compagnie des Mers du Nord, avec une présentation du spectacle : ici.

La Page Facebook de La Compagnie des Mers du Nord : .

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MISERABLES ! PREMIERE ET PREMIERES IMAGES…

Samedi 18 juin 2016. 18h. Coudekerque Branche. L’Espace Jean Vilar est plein comme un œuf. Les 150 enfants de l’École Municipale de Musique et de Danse sont prêts. Danseuses, musiciens, choristes, solistes interprètent Misérables ! d’après l’œuvre de Victor Hugo. Retour en images sur cette première…

A la volonté du peuple (Orion P.)
A la volonté du peuple (Orion P.)
A la volonté du peuple, chorale, côté jardin...
A la volonté du peuple, chorale, côté jardin…
A la volonté du peuple, chorale, côté cour...
A la volonté du peuple, chorale, côté cour…

Cosette Philippine

Cosette et Léa

Louise Minne, Eponine, et les danseuses.
Louise Minne, Eponine, et les danseuses.

Mon histoire danseuses

Louis Fichelle, Marius.
Louis Fichelle, Marius.
Mme Thénardier, Elena Cilli.
Mme Thénardier, Elena Cilli et les danseuses.
Margot Minne est Fantine (ABC)
Margot Minne, Fantine.
Margot Minne, Fantine, et les danseuses.
Margot Minne, Fantine, et les danseuses.
Emy et Rosie.
Emy et Rosie.
La mort de Gavroche, Tristan Spicht.
La mort de Gavroche, Tristan Spicht.
Final : le PDI et Alain Fenet.
Final : le PDI et Alain Fenet.

Toutes les photos et toutes les vidéos du spectacle seront bientôt en ligne sur le site de la ville de Coudekerque Branche.

Photo 1 : Orion Productions (merci à Pierre Thouvenot !)

Autres photos : AndelBorneCompagny (merci à Bernard Borne !)

 

 

JUSTINE OU LES VERTUS DE LA LITTERATURE

 Avez-vous jamais rêvé de voir évoluer ensemble, dans une même aventure, Cyrano de Bergerac, Miss Marple, Peter Pan et Don quichotte ? Traversant les époques et les genres, ces personnages se rencontreraient par la grâce d’un Lazarillo responsable, sous l’égide d’un Pangloss très âgé mais très courageux, et mèneraient une guerre impitoyable à un tyran inculte, qui a détruit les livres de son pays, et dont le nom sonne comme un mauvais souvenir du nazisme : Otto Dafé. Ne rêvez plus : ce livre, Justine Jotham l’a écrit et il a été publié le 26 mai. Qui veut la peau d’Otto Dafé ? C’est le titre. Qui veut en savoir un peu plus sur son auteure, ses inspirations et  ses aspirations ? C’est le sujet de cet article… 

Justine Jotham.
Justine Jotham.

Les amoureux de littérature, quel que soit leur âge, se régaleront. Les autres ? Aussi ! Les personnages : tous issus de romans, de pièces de théâtre, de récits très célèbres. Lucida, Ali Baba, Lazarillo, Nemo, Rouletabille, Pangloss, Shéhérazade, Miss Marple, Dr Jekyll, Cyrano de Bergerac, Peter Pan et le Capitaine Crochet… Ils ne se souviennent pas tous du terrible auto dafé de l’hiver 1984 qui a détruit tous les livres. 1984. Clin d’œil évidemment à George Orwell et à son roman de science fiction (paru en 1949…) qui décrit un modèle de société policière et dictatoriale. C’est un peu l’ambiance qui règne dans ce roman de littérature de jeunesse.

Le dernier roman de littérature jeunesse de Justine Jotham (mai 2016)
Le dernier roman de littérature jeunesse de Justine Jotham (mai 2016)

Roman. Et on y trouve un souffle romanesque indéniable. Aventures, secret, mystère à élucider, conciliabule et affrontement du bien contre le mal. Jeunesse. Comme celle qui anime tous les protagonistes de ce récit. Comme celle que veut rétablir Justine Jotham quand elle pense à ce cliché qui a la vie dure, encore, chez la plupart des enfants ou des adolescents. Dépoussiérer la littérature, montrer l’importance de la lecture dans le développement des imaginaires et des personnalités. Démonter ce stéréotype qui veut que la littérature soit une vieille dame poussiéreuse, compliquée et inaccessible.

J’ai découvert la littérature avec la Comtesse de Ségur. Les Malheurs de Sophie. Je me souviens encore de la couverture rose bonbon qui donnait envie de lire. Et puis, j’ai eu un coup de foudre pour la série des Alice. J’adore. Je parcours les brocantes pour reconstituer la collection. Et je me rends compte que c’est de la bonne littérature de jeunesse. Si j’écris, c’est un peu grâce à ma grand-mère… Elle me demandait de lui raconter le livre que j’avais lu avant de me l’emprunter… Raconter, c’est un peu écrire à nouveau…

Simples, les premiers émois. Et ça accroche. Et ça continue. Ça se poursuit. Le grand coup de foudre adolescent de Justine Jotham ?  Un Cœur simple de Flaubert. L’histoire simple d’une vie. Celle de Félicité, jeune fille trahie, servante dévouée qui finit dans la solitude. Pour autant, Félicité n’est pas le prénom d’héroïne de roman que Justine Jotham aurait aimé porter. Non, décidément, c’est Sophie qui lui plaît… Peut-être à cause des malheurs qui l’accompagnent. Des malheurs, Justine en a connus, comme tout le monde. Une personnalité, la sienne, qu’elle qualifie de « marginale » ou « hors normes ». Une santé fragile, qui a blanchi la plupart de ses nuits. Et c’est, pas de hasard dans cette histoire-là, ce goût pour le silence de la nuit, et les plages immenses de solitude qu’elle offre, qui a poussé Justine à écrire. Elle écrit. Toutes les nuits.

Même à Noël. Même en vacances. J’ai mon rituel. Je me lève entre une et deux heures du matin. Et j’écris. Pas à mon bureau. Le bureau, c’est pour travailler. Je préfère le salon. Ou la salle de bains quand je suis à l’hôtel. Et toujours sur l’ordinateur, en général posé sur mes genoux.

Son bureau, elle y est le jour. Pour préparer ses cours à l’IUT de Techniques de Commercialisation. Elle y enseigne la communication et la culture. En fait, là encore elle dépoussière : elle veut amener les jeunes à la culture. À toutes les formes qu’elle revêt : expo, conférences, films, théâtre, musique, danse… Elle veut montrer que la culture est partout et accessible surtout. Son bureau encore, pour préparer les conférences qu’elle donne. Les figures de femmes dans le roman naturaliste. Chez les frères Goncourt notamment. Ses auteurs de thèse et de prédilection. Les peintres de Barbizon. Le XIXème siècle dans sa deuxième moitié, quoi. Dans sa volonté de peindre la société des petits, des bourgeois, des rêves malmenés et des existences exemplaires dans leur simplicité. Elle poursuit son œuvre de démocratisation de la littérature au sein et par l’association qu’elle a créée en 2009 : Les Littœrales. Les interventions nombreuses auprès des jeunes, d’écoles ou de collèges, ou des publics éloignés des livres, organisées par l’asso montrent cette volonté de transmettre le goût et le plaisir de la lecture. Pari fou à l’heure où les images envahissent les vies de promouvoir les mots ? « Qui vit sans folie n’est pas si sage qu’on croit ». La Rochefoucauld. Cité Pangloss en répartie à Rouletabille. Ou bien encore : « C’est bien la pire folie que de vouloir être sage dans un monde de fous. » Dixit le même Pangloss. Pas celui de Voltaire. Celui réinventé par Justine dans Qui veut la peau d’Otto Dafé ?

Justine Jotham "dépoussière" la littérature...
Justine Jotham « dépoussière » la littérature…

Il ne manque que Poil de Carotte et Tartarin de Tarascon dans cette aventure, nous confie l’auteure. Eux aussi auraient eu leur rôle à jouer dans cette lutte pour le rétablissement de la littérature. Elle nous avoue encore que si elle devait sauver trois livres d’un éventuel auto dafé, elle choisirait : Un Cœur simple bien sûr, La Vie devant soi de Romain Gary et L’Amour au temps du choléra de Gabriel Garcia Marquez. Et vous, quels livres sauveriez-vous du désastre ?

Le site de l’association Les Littœrales : ici.

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images 1 et 3 : photos personnelles de Justine Jotham.

TRISTAN SERA GAVROCHE

60 musiciens, presqu’autant de danseuses, 1 danseur, une cinquantaine de choristes, 10 solistes. Et un grand garçon de tout juste 10 ans, Tristan Spicht, qui tiendra un des rôles principaux : Gavroche. Cosette, Jean Valjean, Fantine, les Thénardier, Gavroche, Marius, Éponine… Vous avez deviné de quelle œuvre on parle ? Les Misérables, bien sûr ! Victor Hugo, évidemment. Tout ce petit monde, fréquentant assidûment l’École Municipale de Musique et de Danse de Coudekerque Branche, répète depuis septembre pour présenter la comédie musicale inspirée de ce monument de la littérature française : Misérables ! Et Tristan sera Gavroche…

Tristan Spicht sera Gavroche.
Tristan Spicht sera Gavroche.

Un regard et un ton déterminés. Qui cachent mal une certaine timidité. Tristan est un enfant comme les autres, ou presque. Il fréquente l’école élémentaire Georges Brassens de Coudekerque Branche, et termine son année de CM2. Il aime bien sa maîtresse, Mme Deram. Ce qu’il préfère à l’école ? Le sport. Il a adoré le cycle consacré à la piscine. C’est même dommage que ce soit si vite fini… Et les arts plastiques aussi. Il a adoré fabriquer des oiseaux, avec de la paille, du bois et autres  matériaux de récupération. Il a eu un coup de foudre pour Claude Monet. Impression Soleil levant, bien sûr. Un enfant comme les autres, donc…

Quoique… Tristan est aussi corniste… depuis trois ans. C’est déjà moins courant. Il suit les cours de Hervé Marescaux, professeur de cor à l’École Municipale de Musique et de Danse de Coudekerque Branche. Il fait donc maintenant partie de l’orchestre de jeunes de l’école. Moins courant encore. Et il a été repéré pour interpréter le rôle de Gavroche, dans le spectacle musical sur lequel les professeurs et les élèves travaillent depuis septembre. Et ça, c’est unique.

Ludovic Minne avait repéré la voix de Tristan. Il en parle à la maman, Amandine. Qui convainc, sans trop de difficulté, un Tristan enthousiaste !

Au début, j’avais le trac quand même. Et puis, dès la première séance de travail avec les danseuses, sur Bonjour Paris, je me suis senti plus à l’aise.

Et Tristan voyage. Beaucoup. D’une répétition à une autre. De l’espace Aragon pour répéter avec les petits du PDI (Parcours de Découverte Instrumentale), à l’Ancienne Mairie pour les répétitions avec l’orchestre. En passant de temps en temps au Maître de Poste. Pour répéter avec les danseuses de Julie Delvart.

Tristan répète avec les petits du PDI, et leur professeur Alain Fenet.
Tristan répète avec les petits du PDI, et leur professeur Alain Fenet.
Alain Fenet accompagnera Tristan et les enfants du PDI pour La Faute à Voltaire...
Alain Fenet accompagnera Tristan et les enfants du PDI pour La Faute à Voltaire…

Il a conscience d’avoir un rôle important. Qu’il travaille avec beaucoup de sérieux et de concentration. Gavroche ? Il l’aime bien.

Il y a encore quelque temps, je ne connaissais rien des Misérables. Je ne connaissais pas l’histoire. Je ne connaissais pas Gavroche. C’est un petit garçon espiègle, qui fait des farces. Il aime bien taquiner les autres. Comme il est pauvre, il est obligé de voler. Et donc, il est poursuivi par les gendarmes.

En effet, on peut dire qu’il connaît bien le personnage qu’il interprète ! Même s’il ne comprend pas encore vraiment pourquoi Hugo en fait un martyre.

C’est vrai, c’est triste que Gavroche meure sur la barriacade. Mais c’est pour nous rappeler que toutes les choses ont une fin, et qu’un jour ou l’autre on doit mourir…

Tristan sera Gavroche.
Tristan sera Gavroche.

Quelle maturité… Pas courant non plus. Un autre personnage le touche : Cosette bien sûr. D’ailleurs, il aurait bien aimé interpréter ce rôle. S’il avait été une fille évidemment !

Elle a de la chance. Le rôle principal, c’est elle. Et puis elle a le temps, que Gavroche n’a pas, car elle vit plus longtemps…

Amandine et Vincent, ses parents, peuvent être fiers… Et ils seront certainement émus en découvrant les qualités de chanteur et d’acteur de Tristan. Et de tous les autres ! Car ils seront nombreux sur la scène de Jean Vilar pour interpréter Misérables !

Tristan, Baptiste, et beaucoup d'autres chanteront Misérables !
Tristan, Baptiste, et beaucoup d’autres chanteront Misérables !

Samedi 18 juin, 18h et dimanche 19 juin, 16h, à l’Espace Jean Vilar de Coudekerque Branche.

Photographies de Amandine Plancke, photographe de la Ville de Coudekerque Branche. Qu’elle en soit remerciée !

LA FETE DES MAIRES…

C’est une fillette très intimidée. C’est un homme très occupé. Elle porte pour l’occasion une jolie robe noire et une veste grise. Lui est en costume, fonction oblige. Elle a bientôt onze ans. Lui en a un peu plus de quarante. Et ils ont deux points communs : ils sont fans de Tintin. Et ils sont maires ! Lui de la commune de Coudekerque Branche. Elle du Conseil Municipal des Jeunes de cette même ville. Cette interview à deux, c’est un peu un jour de fête pour eux. Portraits croisés.

Louise Minne et David Bailleul, devant la fresque "façon Tintin" du bureau de M. le Maire.
Louise Minne et David Bailleul, devant la fresque « façon Tintin » du bureau de M. le Maire.

Elle est en CM2 à l’école Queneau. Lui a fréquenté jadis l’école Millon. Le Vieux Coudekerque. Il a grandi dans ce quartier. Elle, elle aime son quartier de Sainte Germaine. Elle y a ses copines, les ami(e)s de la famille ; ce n’est pas très loin de l’école de musique qu’elle fréquente. Pas très loin non plus de la maison de quartier du Vieux Coudekerque où ont lieu les réunions du CMJ, qu’elle préside en tant que maire. Sous la houlette bienveillante de M. Decreton, qui s’occupe avec beaucoup d’attention de ces jeunes élus. Conseillers municipaux et adjoints en herbe.

En attendant le rendez-vous avec son aîné...
En attendant le rendez-vous avec son aîné…

Lui se souvient de son grand-père. C’est cet homme-là, ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale, qui lui a transmis le goût de l’engagement. Et les valeurs républicaines. C’est cet homme-là qu’il a en mémoire quand il entre à Sciences Po Lille puis entame des études d’Histoire Politique à Lille III. Il affectionne aussi les engagements de Victor Hugo et de Jules Ferry. L’histoire politique et de la politique, c’est son thème de prédilection. Et puis tout naturellement, il entre au service de la Cité. Celle de Lille, aux côtés de Pierre Mauroy. Autre mentor. Modèle. Grand homme parmi d’autres  grands hommes. Il cite volontiers Gandhi et son idéal de paix. C’est d’ailleurs ce très beau texte du libérateur pacifiste qui est choisi pour illustrer le Parvis des Justes devant la mairie :

Si tu veux la paix dans le monde,
il faut la paix dans ton pays.

Si tu veux la paix dans ton pays,
il faut la paix dans ta région.

Si tu veux la paix dans ta région,
il faut la paix dans ta ville.

Si tu veux la paix dans ta ville,
il faut la paix dans ta rue.

Si tu veux la paix dans ta rue,
il faut la paix dans ta maison. 

Si tu veux la paix dans ta maison,
il faut la paix dans ton cœur.

Elle, elle dévore les récits de La Bibliothèque Rose et de La Bibliothèque Verte. Elle lit aussi ce qui lui tombe sous la main, au hasard des rayonnages de la bibliothèque de la maison : les Fables de La Fontaine ou Le petit Prince de Saint Exupéry. Lui se souvient avoir eu une passion pour les romans de Jules Verne, quand il avait son âge. Les romans d’aventures le transportaient… Et puis un héros de cinéma aussi : Rocky Balboa, alias Sylvester Stallone. Un héros positif… Partir de pas grand-chose, être de condition modeste. Et par le sport, mais surtout par le travail et la volonté, se hisser vers le succès. Et, sur le ring, lever les bras en signe de victoire. Elle, elle a vu pas mal de films d’animation déjà : les mangas japonais, tous les Walt Disney. Elle a adoré les adaptations de Harry Potter. Tiens, un autre point commun : ce magicien né de la plume de J.K. Rolling. D’ailleurs, lui, nous confie un scoop : la Fête de la Flandre et de la Nature, cette année, sera sous le signe de la magie…

C’est une rencontre émouvante, et on n’y parle pas que de souvenirs d’école ou de passions artistiques. On y parle aussi valeurs. Et de politique. Au sens premier, noble, du terme. Être maire, pour elle, c’est s’occuper de la ville, organiser des activités pour les adultes, mais aussi pour les enfants. C’est promouvoir la solidarité, préserver l’environnement, être à l’écoute des gens et des jeunes. Définition qu’il partage complètement. S’occuper d’une ville, c’est la construire, en définir les cadres. Mais ça ne veut rien dire si on ne pense pas à la population qui y vit ! Être maire, c’est s’occuper de ses concitoyens. Petite leçon de vocabulaire pour sa cadette : «les concitoyens, on partage leurs préoccupations». Autre petite leçon quand il s’agit d’évoquer la laïcité. Car elle entend parler souvent d’«école laïque». Sans savoir trop ce que ça veut dire. Monsieur le Maire vient à sa rescousse : ça veut dire que tout le monde peut exercer et vivre sa foi, mais dans la sphère privée. Pour préserver la sérénité du vivre ensemble. La fraternité, elle sait ce que ça signifie : elle a deux petits frères et une grande sœur. Elle veut considérer les autres comme des frères aussi. Lui va plus loin : la fraternité est la condition même de la paix. Dans une ville, dans un pays, dans le monde.  Quant à la liberté, ils partagent l’adage connu que «la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres». Et elle mesure sa chance de vivre dans un pays de libertés : de parole, de presse, d’action. «C’est la base même de la démocratie», renchérit son aîné. La liberté, c’est la possibilité exceptionnelle du choix, et notamment du choix des représentants élus. Nous avons la chance de pouvoir choisir, contrairement à d’autres populations du monde. Et tous les deux d’évoquer Louis XVI, l’«affreux jojo» qui maintenait prisonnière dans des catégories figées la population française de l’Ancien Régime. Mais la liberté induit aussi un devoir : nous sommes responsables des choix que nous formulons, ou pas… Aborder la question de l’égalité, autre valeur de la République défendue par nos deux maires, est difficile : tous deux reconnaissent que l’égalité de tous existe devant la loi. Mais que les inégalités sociales ou de naissance ou de parcours subsistent. Et que l’éternel combat est de les corriger. République. Le mot est lâché. Elle, sait qu’elle vit dans une République, et pressent bien que c’est une chance. Elle en cite d’ailleurs quelques symboles : Marianne, les couleurs du drapeau. Lui, précise que c’est un régime politique qui garantit justement liberté, égalité et fraternité. Et que même si ce n’est pas le régime le plus parfait, en France, on n’a pas trouvé mieux !

Lors de l'élection de la maire du CMJ, en décembre 2015.
Lors de l’élection de la maire du CMJ, en décembre 2015.

L’entretien touche à sa fin… Petit moment de fête pour ces deux-là que seules les années séparent. Fête des maires. Fête des mères. C’est bientôt…. M. le Maire enchaîne les rendez-vous cet après-midi là… Juste le temps d’évoquer rapidement ce moment. Le cadeau pour Martine, sa maman à lui, est déjà acheté. Pour elle, c’est fait aussi… Un au revoir en forme de précepte :

Reste toi-même. Pense toujours que tout ce que tu veux entreprendre est réalisable. Il ne faut pas partir défaitiste : à force de volonté et de travail, on y arrive. Il faut tenter sa chance et y travailler.

Partir de pas grand-chose et lever les bras en signe de victoire, sur le ring de la vie…

Photographies : Le Mag@zoom.

 

LOUISE SERA EPONINE…

60 musiciens, presqu’autant de danseuses, 1 danseur, une cinquantaine de choristes, 10 solistes. Et une grande fille de presque 11 ans, Louise Minne, qui tiendra un des rôles principaux : Éponine. Cosette, Jean Valjean, Fantine, les Thénardier, Gavroche, Marius, Éponine… Vous avez deviné de quelle œuvre on parle ? Les Misérables, bien sûr ! Victor Hugo, évidemment. Tout ce petit monde, fréquentant assidûment l’École Municipale de Musique et de Danse de Coudekerque Branche, répète depuis septembre pour présenter la comédie musicale inspirée de ce monument de la littérature française : Misérables ! Et Louise sera Éponine

Louise Minne en Eponine.
Louise Minne en Eponine.

Éponine… C’est peut-être un des personnages les moins connus et pourtant un des plus émouvants du roman de Victor Hugo. Et du spectacle musical inspiré de l’œuvre du grand homme. Fille des Thénardier, elle est élevée avec la petite Cosette. Dans l’ombre même de l’«Alouette», comme l’appelle Hugo, qui incarne à elle-seule l’enfance bafouée. Éponine ne devient visible dans le récit que bien plus tard, en 1832, à Paris, quand tous les protagonistes se retrouvent sur les barricades. Les années ont passé. Cosette et Éponine ont grandi. Éponine est amoureuse du beau Marius, étudiant idéaliste, membre des amis de l’ABC, un club révolutionnaire. Ils se retrouvent sur la barricade. Mais Marius aime Cosette, qu’il a croisée au jardin du Luxembourg. Trio amoureux tragique. Hugo se souvient de Racine. Et Éponine sacrifie son amour pour permettre à Cosette et à Marius de vivre le leur.

Louise a compris le drame du personnage qu’elle incarne. Voici ce qu’elle en dit :

Éponine, c’est la fille des Thénardier, mais elle n’est pas méchante comme ses parents. C’est la sœur d’Azelma et de Gavroche. Quand elle grandit, elle tombe amoureuse de Marius ; mais lui préfère Cosette ; alors elle se sacrifie pour eux. Elle meurt même sur la barricade en protégeant Marius d’une balle. J’aime beaucoup mon personnage. Il est émouvant. Il est généreux.

Louise interprète Éponine dans trois chansons. Elle intervient aussi dans un autre tableau où elle joue le rôle d’une ouvrière qui fera renvoyer Fantine.

Avec tout ça, je ne sais pas encore si je pourrais jouer avec l’orchestre… Je crois que je ne pourrai pas : je dois changer de costumes ; j’interviens dans plusieurs tableaux…

Car si Louise fréquente l’École Municipale de Musique et de Danse depuis l’âge de 6 ans, c’est pour y apprendre la flûte traversière.

Elena Cilli, c’est ma prof de flûte. Elle est très sympa. Elle m’apprend toujours beaucoup. Elle sera Madame Thénardier dans le spectacle. Elle joue très bien son rôle ! Mon prof de solfège, c’est Cyril Carbonne. Lui, il va jouer dans l’orchestre. D’ailleurs, il dirige un ensemble de clarinettes sur un très beau tableau avec Cosette petite, Une Poupée dans la vitrine. En fait, c’est bien de travailler avec les gens qu’on connaît. Et qu’on aime bien.

Louise dit encore avoir appris à interpréter et à chanter, à écouter les directives d’un metteur en scène, à être synchro avec les danseuses dirigées par Julie Delvart.

Louise sera Eponine.
Louise sera Eponine.

À l’école, Louise aime le français, surtout la littérature, et les arts plastiques. Elle espère que ses deux maîtresses du CM2 de Queneau, Mme Revret et Mme Hamon, viendront la voir. Et ses copines aussi !

Il faut venir écouter, regarder et chanter avec nous la belle comédie musicale Misérables ! Ça vaut le coup !

Misérables ! samedi 18 juin 18h, dimanche 19 juin 16h, espace Jean Vilar à Coudekerque Branche.

Réservations : 06 77 07 40 68

images : photographies prises et confiées par Amandine Plancke, photographe de la ville de Coudekerque Branche. Qu’elle en soit remerciée !

LOLA, BACHIR, GRETEL ET KNUT, ET TOUS LES AUTRES…

Ils sont 14. Le plus jeune a 14 ans, le plus âgé en a 31. Ils sont motivés, joyeux, investis. Parce qu’ils portent sur scène, et parfois pour la première fois, la parole de leurs parents. L’histoire de leur famille. La trajectoire de leurs anciens. La destinée d’une infime part d’humanité. Qui a les visages de toute l’humanité. Ils sont 14. Et ils sont les chaînons marquants des générations X, Y et Z, qui se succèdent, qui migrent, à travers les territoires et les années, riches de leurs mythologies familiales. Pour entendre leur parole, rendez-vous au Palais du Littoral les 19 et 20 mai prochains. Ou ici, comme une avant première…

Affiche du spectacle.
Affiche du spectacle.

Youmni Aboudou, Caroline Desmet, Laure Diacre, Clara Dubuis, Victor Gosset, Lison Graszk, Dine Halifa, Séphora Henni, Anush Kazarian, Nina Lachery, Mehdi Laidouni, Hélène Vanden Bril, Florian Dupré-Degrave et Kalid Bazi sont nés à Grande Synthe, à Saint Pol sur Mer, à Dunkerque ou à Gravelines. Ils sont les acteurs choisis par Brigitte Mounier, Directrice de la Compagnie des Mers du Nord et metteure en scène, pour ce projet européen qui dépasse largement les frontières de l’Europe. Parler des migrations. Simplement. Sans polémique. En s’attachant au vécu des êtres. De septembre à décembre 2015, ces jeunes ont écrit leur histoire. Sont remontés le long de leur arbre généalogique pour explorer les ramifications. Françaises, maghrébines, portugaises, italiennes, polonaises, biélorusses, arméniennes, éthiopiennes, malgaches, comoriennes.

En 2008, 3,1 millions de personnes âgées de 18 à 50 ans, nées en France métropolitaine, sont enfants d’immigrés. La moitié d’entre elles ont moins de 30 ans. 50 % ont deux parents immigrés, 20 % sont descendants d’immigrés uniquement par leur mère et 30 % uniquement par leur père. La moitié des descendants directs ont un parent immigré né en Europe et quatre sur dix sur le continent africain, essentiellement au Maghreb. Les descendants les plus jeunes ont des parents d’origines plus variées et plus lointaines. Les enfants d’immigrés de 18 à 30 ans ont une fois sur deux une ascendance africaine. Près du quart des descendants ayant la nationalité française ont au moins une autre nationalité. Pour la grande majorité des descendants, la langue française a été transmise dans leur enfance par au moins un de leurs parents. À la génération suivante, les descendants devenus eux-mêmes parents parlent français avec leurs enfants vivant en France, dans 99 % des cas. Source : INSEE. Le site : ici.

Youmni, Mehdi, Lison et les autres jeunes acteurs.
Youmni, Mehdi, Lison et les autres jeunes acteurs.

Donner chair aux statistiques. C’est ce qu’avait déjà fait Brigitte Mounier en 2003. Synthe Saga : spectacle qui donnait la parole aux grands-parents et aux parents. Aux pionniers de l’immigration. Parfois à leurs enfants. Encore petite, Lison, qu’on retrouve aujourd’hui, n’avait que 6 ans à l’époque. Kalid était tout jeune aussi. Il en a fait du chemin depuis. Acteur professionnel et réalisateur. Beau parcours au service des arts. Mais ce n’est pas que leur chemin à eux qui est évoqué sur la scène du Palais du Littoral. C’est plutôt la croisée des chemins. Des questionnements. D’où viennent leurs parents et les parents de leurs parents ? Est-ce qu’ils se sentent Français, et qu’est-ce ça signifie pour eux ? Quel regard portent-ils sur les migrants d’aujourd’hui ? Avec leurs mots et leurs sensibilités, ils répondent à ces questions difficiles. Quand on les pose d’ailleurs à la metteure en scène, elle répond avec un sourire dans la voix :

Je suis une Méditerranéenne aux yeux bleus. Être française, pour moi, ce n’est pas seulement me sentir appartenir à un territoire, c’est surtout défendre les valeurs de la République, c’est diffuser et faire rayonner son message d’humanité.

Dire et montrer les origines...
Dire et montrer les origines…

Humanité. C’est ça qui est joué. Et chanté aussi. Et chorégraphié. Brigitte Mounier a fait appel à la remarquable cheffe de chœur  Nadège de Kersabiec : formée à la Maîtrise de Radio France et ayant chanté auprès des plus grands, elle revisite avec les jeunes acteurs des chants traditionnels des régions d’origine et réserve des surprises polyphoniques prometteuses. Thierry Duirat, comédien, musicien et danseur,  s’est chargé de la maîtrise du geste. Entre Tanz Theater et chorégraphie, les corps évoluent avec les mots et les histoires.

Lola, Bachir, Greta, Knut et les autres sont d’ici et d’ailleurs. Et leurs histoires ont engendré d’autres projets en Europe. Le KJT de Dortmund, sous la direction de Andreas Gruhn, travaille parallèlement sur un spectacle du même type. Pour faire entendre la voix des migrants d’Allemagne. C’est la même volonté en Suède et au Portugal. De la volonté, il en faut pour désarçonner les idées reçues et la langue de bois sur ce thème. Générations X, Y et Z, dans toutes les langues, ils sont, comme le dit Brigitte

ceux qui représentent l’avenir, de jeunes gens en construction, ces générations à qui nous allons léguer notre « bazar ».

Bazar ou crise. S’inspirant de l’antifasciste et humaniste Antonio Gramsci, une parole du spectacle accroche la pensée :

Il faut allier le pessimisme de l’intelligence à l’optimisme de la volonté.

Ajoutons celle-ci, de ce même intellectuel visionnaire, qui permet de comprendre pourquoi des spectacles de ce type sont plus que nécessaires :

La crise consiste dans le fait que l’ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître. Dans ce clair obscur surgissent les monstres.

Pour dompter les monstres, allons écouter la parole joyeuse, colorée et essentielle de Lola, Bachir, Gretel et Knut, jeudi 19 et vendredi 20 mai, à 20h, au Palais du Littoral de Grande Synthe. 03 28 21 66 00.

Le site de la Compagnie des Mers du Nord : ici.

La page Facebook de la Cie des Mers du Nord : là.

Merci à Brigitte Mounier de nous avoir confié les photos des répétitions.