DES TYRANS D’HIER, D’AUJOURD’HUI. DE LA SERVITUDE VOLONTAIRE. ET DE LA BOETIE…

« Par aventure, dit un jour La Boétie  à son ami Montaigne, n’étais-je point né si inutile que je n’eusse moyen de faire service à la chose publique ?» Jeune homme intelligent, plein d’ardeur, prodige politique de son époque : il intègre, par dérogation,  le Parlement de Bordeaux à 23 ans. La Boétie se passionne pour la politique, au sens noble du terme, et l’humain. Humanisme oblige. Féru, comme beaucoup d’érudits de la Renaissance, de littératures latine et grecque, il tente de comprendre le mécanisme des civilisations pour comprendre la sienne. Il meurt jeune, à 32 ans. Peut-être est-ce le prix à payer pour produire une pensée extraordinairement pertinente, et étonnamment pérenne. Aujourd’hui encore, son Discours de la Servitude volontaire crie de vérité et résonne d’une façon étrangement familière à nos oreilles, plus de 400 ans après sa parution. Non, La Boétie n’est pas né « inutile », et  ce petit ouvrage est le meilleur « service » à rendre « à la chose publique ». De la servitude et des tyrans d’aujourd’hui… c’est par ici…

Phrase extraite du Discours de la servitude volontaire de La Boétie.
Phrase extraite du Discours de la servitude volontaire de La Boétie.

SOYEZ RÉSOLUS DE NE PLUS SERVIR, ET VOUS VOILÀ LIBRES…

Cela paraît si simple… Mais qu’est-ce qui nous empêche de nous libérer du tyran ? Première réponse : la «coutume». Comprenez : les habitudes. La routine dirait-on aujourd’hui. L’homme accepte son asservissement parce que ses parents l’ont accepté avant lui, et parce que tout le monde autour de lui accepte.

C’est cela, que les hommes naissant sous le joug, et puis nourris et élevés dans le servage, sans regarder plus avant, se contentent de vivre comme ils sont nés, et ne pensent point avoir autre bien ni autre droit que ce qu’ils ont trouvé, ils prennent pour leur naturel l’état de leur naissance.

Autre explication ? Le manque de courage. De vaillance. Trop d’indifférence ?… Ou le manque de vertu, au sens où elle est courage de choisir la liberté contre la tyrannie, quel que soit le prix à payer… Mais qui aujourd’hui oserait renoncer à son petit confort pour renoncer aux tyrannies ? Et de quelle tyrannie parlons-nous ? De quels tyrans est-il question ? Hitler, Mussolini, Franco, Bokassa, Robert Mugabe, Denis Sassou N’Guesso, Alexandre Loukachenko, Idriss Déby, Paul Biya, Robert Mugabe, Kim Jon Un, Bachar Al Assad… La triste liste n’est pas exhaustive. Comment s’affranchir de ces tyrans qui sévissent encore aujourd’hui ? Aussi courageux qu’on soit, il est difficile d’admettre qu’on puisse se débarrasser de ces tyrans aussi facilement que La Boétie ne le prône dans son Discours…D’autant que ces hommes forts qui tétanisent des États sont les fantoches des puissances occidentales qui trouvent leur compte, qui satisfont leurs intérêts, en maintenant ces tyrans au pouvoir. Comment être vertueux, pour un État occidental, quand pétrole ou ressources rares sont à la clé ? Nous ne rappellerons pas le rôle honteux de la France dans ses relations avec l’Afrique, la fameuse FrançAfrique ou France à fric comme ironisent certains…Nous renvoyons pour cela à nos articles publiés : ici ou . Et ce mécanisme de corruption à tous les étages, qui permet de maintenir un tyran en place, La Boétie le décrit déjà à son époque :

Ce sont toujours quatre ou cinq qui maintiennent le tyran, quatre ou cinq qui tiennent tout le pays en servage. Toujours il a été que cinq ou six ont eu l’oreille du tyran, et s’y sont approchés d’eux-mêmes, ou bien ont été appelés par lui, pour être les complices de ses cruautés, les compagnons de ses plaisirs, les maquereaux de ses voluptés, et communs aux biens de ses pillages. Ces six adressent si bien leur chef, qu’il faut, pour la société, qu’il soit méchant, non pas seulement par ses méchancetés, mais encore des leurs. Ces six ont six cents qui profitent sous eux, et font de leurs six cents ce que les six font au tyran. Ces six cents en tiennent sous eux six mille, qu’ils ont élevés en état, auxquels ils font donner ou le gouvernement des provinces, ou le maniement des deniers, afin qu’ils tiennent la main à leur avarice et cruauté et qu’ils l’exécutent quand il sera temps, et fassent tant de maux d’ailleurs qu’ils ne puissent durer que sous leur ombre, ni s’exempter que par leur moyen des lois et de la peine.

On reconnaît en filigrane la mécanique infernale qui a organisé le système nazi, qui a entretenu la terreur stalinienne, qui maintient aujourd’hui encore dans le monde de petits chefs aux différents étages de la pyramide du pouvoir dans le monde…

La pyramide du capitalisme.
La pyramide du capitalisme.

LES AUTRES TYRANIES MODERNES

Bien sûr, des tyrannies déguisées prennent le pouvoir ici ou là en Occident. Mais les vraies tyrannies du monde modernes, ne sont-elles pas plus insidieuses ? N’avancent-elles pas sournoisement drapées dans le costume bien pensant de la démocratie de notre vieux monde ? Nos tyrannies modernes ont pour noms : finance, capital, loi du marché, consommation, politique politicienne, injustices sociales… Bill Gates, patron de Microsoft, Amancio Ortega, patron de Zara, Jeff Bezos, patron d’Amazon ou Liliane Bettencourt, patronne de L’Oréal, Bernard Arnault, Gérard Mulliez, Vincent Bolloré se partagent le pouvoir de l’argent, et le pouvoir politique si l’on creuse un peu du côté de leurs accointances avec des tyrans locaux en Afrique par exemple… Nous vous renvoyons pour cela à l’article très intéressant de Frédéric Munier du 11 septembre 2016, publié dans La Revue géopolitique, Diploweb.com :

« Le pétrole est devenu un dieu : il a ses dévots, il a un culte » soulignait l’écrivain Maxime du Camp à la fin du XIXe siècle, alors que débutait la deuxième révolution industrielle. Il relevait alors le prodigieux intérêt porté à l’or noir qui allait devenir en quelques décennies à la fois la principale source d’énergie mais aussi la première marchandise commercée de la planète. Un intérêt dont témoignent aujourd’hui les grandes puissances au chevet de l’Afrique, un continent dont les réserves et la production en pétrole, si elles sont modestes – avec respectivement 7,6% et 9,3% du total mondial – n’en demeurent pas moins décisives à une époque où règnent la diversification de l’approvisionnement et la multiplication des acteurs sur ce marché convoité. Parmi ces derniers, quatre zones/pays totalisent 90% des achats de pétrole africain : l’Union européenne, les Etats-Unis, la Chine et l’Inde. Aux yeux de ces grands ensembles et de leurs multinationales, publiques ou privées, l’Afrique représente un intérêt géopolitique majeur, particulièrement pour les pays d’Asie, tard venus sur le marché du pétrole : cela explique notamment leur activisme permanent, sous la forme d’accords de coopération économique, de soutien politique et militaire, jusqu’aux interventions armées qu’ils peuvent y mener. A cet égard, l’Afrique est devenue, en une génération, un véritable terrain de bataille. La suite de cet article : ici.

Et c’est vrai que « coutume » et « manque de courage » nous empêchent de nous affranchir de ces jougs… Nous pourrions aussi évoquer l’abêtissement programmé des masses par ce « pain et ces jeux » modernes que sont les divertissements les plus échevelés et la consommation la plus folle…

La consommation comme servitude consentie, "dictature douce et heureuse"...
La consommation comme servitude consentie, « dictature douce et heureuse »…

Pour conclure, comment changer ce monde-là ? Comment mettre fin au règne de ces tyrans, personnes physiques, ou engrenages financiers et politiques, qui gangrènent notre monde ? Laissons conclure La Boétie :

Mais, ô bon Dieu ! que peut être cela ? comment dirons-nous que cela s’appelle ? quel malheur est celui-là ? quel vice, ou plutôt quel malheureux vice ? Voir un nombre infini de personnes non pas obéir, mais servir ; non pas être gouvernés, mais tyrannisés (…) Apprenons donc quelquefois, apprenons à bien faire ; levons les yeux vers le ciel, ou pour notre honneur, ou pour l’amour même de la vertu, ou certes, apprenons à parler à bon escient…

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3 commentaires sur “DES TYRANS D’HIER, D’AUJOURD’HUI. DE LA SERVITUDE VOLONTAIRE. ET DE LA BOETIE…

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