CECI N’EST PAS UNE GUERRE DE RELIGIONS

On veut nous faire croire à une guerre de religions. On veut nous monter les uns contre les autres. Le crime commis hier sur la personne de Jacques Hamel, prêtre de 85 ans, à l’heure de la messe, au milieu de sa petite communauté dans cette église de Saint Etienne-du-Rouvray, en Normandie, ne relève pas de la guerre au nom d’une religion. C’est le meurtre d’un barbare qui ne connaissait même pas une sourate du Coran ! Des jeunes gens dans une dérive psychologique, affective, culturelle au sens large, se jettent sur les épaules le manteau du crime au nom de Daesh pour exister, et être reconnus au moins une fois dans leur vie… Ce n’est pas une guerre de religions. Au secours Voltaire…

Jacques Hamel.
Jacques Hamel.

TRAITÉ SUR LA TOLÉRANCE, VOLTAIRE

CHAPITRE XXIII

PRIÈRE À DIEU.

Ce n’est donc plus aux hommes que je m’adresse ; c’est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes, et de tous les temps : s’il est permis à de faibles créatures perdues dans l’immensité, et imperceptibles au reste de l’univers, d’oser te demander quelque chose, à toi qui as tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels, daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre nature ; que ces erreurs ne fassent point nos calamités. Tu ne nous as point donné un cœur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger ; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère ; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et si égales devant toi ; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution ; que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer supportent ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil ; que ceux qui couvrent leur robe d’une toile blanche pour dire qu’il faut t’aimer ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire ; qu’il soit égal de t’adorer dans un jargon formé d’une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau ; que ceux dont l’habit est teint en rouge ou on violet, qui dominent sur une petite parcelle d’un petit tas de la boue de ce monde, et qui possèdent quelques fragments arrondis d’un certain métal, jouissent sans orgueil de ce qu’ils appellent grandeur et richesse, et que les autres les voient sans envie : car tu sais qu’il n’y a dans ces vanités ni de quoi envier, ni de quoi s’enorgueillir.

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14 JUILLET : COUDEKERQUE BRANCHE CELEBRE LES JUSTES, SES MARTYRES ET SES RACINES

14 juillet 2016. Le soleil brille sur Coudekerque  Branche. Les premiers arrivés se réchauffent aux rayons encore timides ce matin. Au menu de cette matinée de commémorations : un point de rendez-vous symbolique, un défilé par une rue qui l’est tout autant. Des discours pour ne pas oublier. Retour sur un moment clé de la mémoire coudekerquoise autant que nationale.

Marianne. Hôtel de Ville de Coudekerque Branche.
Marianne. Hôtel de Ville de Coudekerque Branche.

Rue des Élus de Nanterre. C’est là que les différents acteurs de la cérémonie se sont donnés rendez-vous. On y croise un haut représentant de la Marine Nationale. Une brigade de pompiers. Les Anciens Combattants. Drapeaux claquant et médailles brillant dans le soleil. Les tambours de la fanfare bien sûr. La Brigade Vandamme de Coudekerque Branche et le 13ème Léger de Hondschoote. Cocardes tricolores, bicornes et uniformes de la Révolution Française, ces deux groupes nous replongent immédiatement dans notre histoire de France. 14 juillet 1790.

La Brigade Vandamme et le 13ème Léger.
La Brigade Vandamme et le 13ème Léger.
La Brigade Vandamme et le 13ème Léger.
La Brigade Vandamme et le 13ème Léger.

C’est la Fête de la Fédération, et non pas la prise de la Bastille, que nous commémorons : c’est ce que nous rappelle l’exposition « Coudekerque Branche et la Révolution Française », à voir jusqu’au 19 juillet dans le hall de la Mairie.

Coudekerque Branche et la Révolution Française. Exposition visible jusqu'au 19 juillet.
Coudekerque Branche et la Révolution Française. Exposition visible jusqu’au 19 juillet.

Rue des Élus de Nanterre. Le lieu n’est pas anodin. Il rappelle la tuerie de mars 2002. Un fou furieux, « frustré » qui avait  mené « une vie de merde » (ce sont ses mots), Richard Durm ouvre le feu plus d’une trentaine de fois sur les élus du Conseil Municipal de Nanterre qui viennent de terminer leurs travaux. Un fou furieux qui voulait faire mourir, en toute conscience, des élus de la Nation. Premier rendez-vous avec notre tragique passé.

Le traditionnel défilé se déroule le long de la rue Henri Ghesquière. Autre martyre. Homme modeste, élu de Lille, prisonnier des Allemands lors de la Première Guerre mondiale. Il succombe sous les sévices de la torture ennemie aux portes de l’armistice.

Puis c’est le Parvis de l’Hôtel de Ville. Le Parvis des Justes. Lieu de rendez-vous obligé en ce jour où la France commémore aussi le 72ème anniversaire de la Rafle du Vel d’Hiv. Plus de 1300 juifs sont arrêtés et envoyés à Auschwitz. Gerbes de fleurs. Sonnerie aux morts. Nous nous recueillons…

Se souvenir d’où l’on vient pour savoir où l’on va. Ce sont les mots de David Bailleul. Pour gouverner, non pas avec une girouette, mais avec une boussole. Et transmettre ce patrimoine hérité des Lumières, de la Déclaration des Droits de l’Homme, aux plus jeunes.

Angèle Julien, Louise Minne, Simon Weber, élus du CMJ, M.Bailleul, Maire, M.Parent, Adjoint aux Anciens Combattants.
Angèle Julien, Louise Minne, Simon Weber, élus du CMJ, M.Bailleul, Maire, M.Parent, Adjoint aux Anciens Combattants.

D’ailleurs, ils sont là, les plus jeunes. Sous la houlette bienveillante de M. Decreton qui préside aux destinées du Conseil Municipal des Jeunes et forme avec enthousiasme les apprentis citoyens, trois jeunes élus : Simon Weber et Angèle Julien, tous deux adjoints du CMJ accompagnent leur maire, Louise Minne. Gageons qu’ils sauront tirer les leçons de notre histoire, depuis la Révolution Française, ses exécutions sauvages et ses rêves de liberté, jusqu’aux conflits mondiaux qui devaient payer le prix d’une paix durable dans le monde…

Se souvenir d’où l’on vient pour savoir où l’on va, et ce qu’on veut…

Photographies : Le Mag@zoom.

FUKUSHIMA EN AVIGNON

Vendredi 11 mars 2011. Début d’après-midi. Fukushima. Japon. La terre tremble. La mer mugit. Et c’est la catastrophe. Nucléaire. Fukushima, Terre des cerisiers raconte la descente aux enfers du peuple nippon. Largement inspiré du livre de Michaël Ferrier, Fukushima, Récit d’un désastre, le spectacle de Brigitte Mounier de la Compagnie des Mers du Nord, se jouera en Avignon, du 7 au 30 juillet. A ne pas manquer. Un avant-goût ici.

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UNE CATASTROPHE ANNONCÉE

Les dangers du nucléaire, ce n’est pas la première fois que Brigitte Mounier, de la Compagnie des Mers du Nord,  en alerte le public. Reflets du monde, novembre 2013 ; Tchernobyl mon amour, avril 2014,  mise en scène de La Supplication, livre dans lequel la journaliste russe, prix Nobel de Littérature 2015, Svetlana Alexievitch rapporte avec émotion les récits des témoins de la tragédie nucléaire de Tchernobyl. Cette fois, elle frappe plus fort encore, les consciences, en adaptant l’essentiel de Fukushima, Récit d’un désastre de Michaël Ferrier. « Cela fait 80 millions d’années que ces plaques [les plaques tectoniques] se frictionnent. Aujourd’hui, ce vieux conflit s’est réveillé. Les répliques s’enchaînent à une cadence folle. La terre tremble. La terre tremble. Le vendredi 11 mars : 78 séismes. Le samedi 12 mars : 148 séismes. Le dimanche 13 : 117 séismes. (…) Paul Claudel, lui, trouve pour le dire les mots justes et l’image exacte : ″A tout moment, à midi, au théâtre, pendant le repas, la main mystérieuse intervient. Elle saisit le Japon au collet, elle lui rappelle qu’elle est là.″ Ici, en une semaine, on en est à plus de 400 répliques. Un tremblement de terre magnitude 5 minimum toutes les 17 minutes… Et c’est dans ce pays qu’on a construit 54 réacteurs nucléaires. » Ce sont les mots de l’auteur, repris par Brigitte Mounier pour dire l’essentiel du message qu’elle veut transmettre au public. L’inconscience meurtrière de ceux qui ont installé des centrales nucléaires sur une terre fragile. Ce mois de mars 2011, les éléments se déchaînent sur le Japon : la terre tremble, un tsunami engloutit tout ce qui vit sous un déluge d’eau, le feu brûle infiniment dans les réacteurs de la centrale, et l’air qu’on respire devient poison, et tue lentement.

Une mère et sa fille prient lors du premier anniversaire de la catastrophe d'Hiroshima, le 11 mars 2012. REUTERS/Kim Kyung-Hoon.
Une mère et sa fille prient lors du premier anniversaire de la catastrophe d’Hiroshima, le 11 mars 2012. REUTERS/Kim Kyung-Hoon.

« L’île principale de l’archipel semble avoir glissé de plus de deux mètres et l’axe de rotation de la Terre s’être déplacé de dix centimètres, alors imaginez ce qui s’est passé avec les maisons (..) le séisme du Tohoku a libéré une énergie 24 mille fois plus forte que la bombe atomique larguée en 1945 à Nagasaki. » Les mots disent l’énormité, l’aberration, l’horreur aussi vécue pas les populations victimes à la fois du cataclysme naturel et de la catastrophe nucléaire. Mettre en scène l’énormité, l’aberration et l’horreur, c’est le pari de Brigitte Mounier.

MISE EN SCÈNE D’UNE CATASTROPHE

Une année de préparation. Une année d’imprégnation du texte. Des trouvailles techniques ingénieuses. 1h15 seule en scène. Une performance d’actrice remarquable, servie par une chorégraphie époustouflante, composée par Antonia Vitti, partenaire de Carolyn Carlson. Un spectacle en trois tableaux. Comme un haïku que l’on découvre vers après vers. Ou comme un éventail qui se déplie. La Terre. La Mer. Le Ciel. Ou comment le monde devient fou. Baudelaire et Claudel se cassent la figure de la bibliothèque. Des bouts du ciel nous tombent sur la tête. Les murs tremblent. Le sol tangue. Tout est sens dessus dessous. Et la mer vient engloutir le tout. Comment montrer la vague haute de trois étages ? Comment montrer ce déferlement vertigineux : la vitesse d’un tsunami est de 360 km /h pour 1km d’eau ; à 5 km du rivage, les vagues sont encore à 800 km/h … à 500 mètres, c’est l’équivalent d’un TGV ( 250 km/h) qui se lance sur la plage… Comment montrer « les corps, les cris, la lente agonie (..) le bruit de l’eau (…) l’écharpe de boue, la strangulation liquide » les amas de voitures, de bateaux, de maisons, les objets, le verre, le bois, les métaux, toutes ces choses du quotidien des hommes entremêlées dans une danse stagnante et macabre. Comment ? Un aquarium. Sur scène Déroutant. Étonnant. Confondant. Le corps de l’actrice immergé montre tous ces cadavres à la dérive d’un déluge qui charrie êtres et choses dans son cortège boueux et funèbre.

Affiche du spectacle de Brigitte Mounier.
Affiche du spectacle de Brigitte Mounier.

Entre poésie et crudité, entre douceur et violence, entre cerisiers en fleurs et eau stagnante, Brigitte Mounier évolue avec grâce et fermeté pour dénoncer la folie des hommes. Pour éveiller les consciences.

Fukushima. Récit d'un désastre, Michael Ferrier (2012)
Fukushima. Récit d’un désastre, Michael Ferrier (2012)

Il faut lire le récit de Michaël Ferrier, paru aux éditions Gallimard en 2012, et disponible en format de poche. Il faut courir voir le spectacle de Brigitte Mounier, dans le cadre des Hauts de France en Avignon. Gageons que Fukushima, Terre des cerisiers provoque, lui, le séisme des consciences…

Présence Pasteur, 13 rue Pont Trouca, Avignon. Réservations : 07 82 90 08 21. Informations pratiques : ici.

Le site de la Compagnie des Mers du Nord, avec une présentation du spectacle : ici.

La Page Facebook de La Compagnie des Mers du Nord : .

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MISERABLES ! PREMIERE ET PREMIERES IMAGES…

Samedi 18 juin 2016. 18h. Coudekerque Branche. L’Espace Jean Vilar est plein comme un œuf. Les 150 enfants de l’École Municipale de Musique et de Danse sont prêts. Danseuses, musiciens, choristes, solistes interprètent Misérables ! d’après l’œuvre de Victor Hugo. Retour en images sur cette première…

A la volonté du peuple (Orion P.)
A la volonté du peuple (Orion P.)
A la volonté du peuple, chorale, côté jardin...
A la volonté du peuple, chorale, côté jardin…
A la volonté du peuple, chorale, côté cour...
A la volonté du peuple, chorale, côté cour…

Cosette Philippine

Cosette et Léa

Louise Minne, Eponine, et les danseuses.
Louise Minne, Eponine, et les danseuses.

Mon histoire danseuses

Louis Fichelle, Marius.
Louis Fichelle, Marius.
Mme Thénardier, Elena Cilli.
Mme Thénardier, Elena Cilli et les danseuses.
Margot Minne est Fantine (ABC)
Margot Minne, Fantine.
Margot Minne, Fantine, et les danseuses.
Margot Minne, Fantine, et les danseuses.
Emy et Rosie.
Emy et Rosie.
La mort de Gavroche, Tristan Spicht.
La mort de Gavroche, Tristan Spicht.
Final : le PDI et Alain Fenet.
Final : le PDI et Alain Fenet.

Toutes les photos et toutes les vidéos du spectacle seront bientôt en ligne sur le site de la ville de Coudekerque Branche.

Photo 1 : Orion Productions (merci à Pierre Thouvenot !)

Autres photos : AndelBorneCompagny (merci à Bernard Borne !)

 

 

LOLA, BACHIR, GRETEL ET KNUT, ET TOUS LES AUTRES…

Ils sont 14. Le plus jeune a 14 ans, le plus âgé en a 31. Ils sont motivés, joyeux, investis. Parce qu’ils portent sur scène, et parfois pour la première fois, la parole de leurs parents. L’histoire de leur famille. La trajectoire de leurs anciens. La destinée d’une infime part d’humanité. Qui a les visages de toute l’humanité. Ils sont 14. Et ils sont les chaînons marquants des générations X, Y et Z, qui se succèdent, qui migrent, à travers les territoires et les années, riches de leurs mythologies familiales. Pour entendre leur parole, rendez-vous au Palais du Littoral les 19 et 20 mai prochains. Ou ici, comme une avant première…

Affiche du spectacle.
Affiche du spectacle.

Youmni Aboudou, Caroline Desmet, Laure Diacre, Clara Dubuis, Victor Gosset, Lison Graszk, Dine Halifa, Séphora Henni, Anush Kazarian, Nina Lachery, Mehdi Laidouni, Hélène Vanden Bril, Florian Dupré-Degrave et Kalid Bazi sont nés à Grande Synthe, à Saint Pol sur Mer, à Dunkerque ou à Gravelines. Ils sont les acteurs choisis par Brigitte Mounier, Directrice de la Compagnie des Mers du Nord et metteure en scène, pour ce projet européen qui dépasse largement les frontières de l’Europe. Parler des migrations. Simplement. Sans polémique. En s’attachant au vécu des êtres. De septembre à décembre 2015, ces jeunes ont écrit leur histoire. Sont remontés le long de leur arbre généalogique pour explorer les ramifications. Françaises, maghrébines, portugaises, italiennes, polonaises, biélorusses, arméniennes, éthiopiennes, malgaches, comoriennes.

En 2008, 3,1 millions de personnes âgées de 18 à 50 ans, nées en France métropolitaine, sont enfants d’immigrés. La moitié d’entre elles ont moins de 30 ans. 50 % ont deux parents immigrés, 20 % sont descendants d’immigrés uniquement par leur mère et 30 % uniquement par leur père. La moitié des descendants directs ont un parent immigré né en Europe et quatre sur dix sur le continent africain, essentiellement au Maghreb. Les descendants les plus jeunes ont des parents d’origines plus variées et plus lointaines. Les enfants d’immigrés de 18 à 30 ans ont une fois sur deux une ascendance africaine. Près du quart des descendants ayant la nationalité française ont au moins une autre nationalité. Pour la grande majorité des descendants, la langue française a été transmise dans leur enfance par au moins un de leurs parents. À la génération suivante, les descendants devenus eux-mêmes parents parlent français avec leurs enfants vivant en France, dans 99 % des cas. Source : INSEE. Le site : ici.

Youmni, Mehdi, Lison et les autres jeunes acteurs.
Youmni, Mehdi, Lison et les autres jeunes acteurs.

Donner chair aux statistiques. C’est ce qu’avait déjà fait Brigitte Mounier en 2003. Synthe Saga : spectacle qui donnait la parole aux grands-parents et aux parents. Aux pionniers de l’immigration. Parfois à leurs enfants. Encore petite, Lison, qu’on retrouve aujourd’hui, n’avait que 6 ans à l’époque. Kalid était tout jeune aussi. Il en a fait du chemin depuis. Acteur professionnel et réalisateur. Beau parcours au service des arts. Mais ce n’est pas que leur chemin à eux qui est évoqué sur la scène du Palais du Littoral. C’est plutôt la croisée des chemins. Des questionnements. D’où viennent leurs parents et les parents de leurs parents ? Est-ce qu’ils se sentent Français, et qu’est-ce ça signifie pour eux ? Quel regard portent-ils sur les migrants d’aujourd’hui ? Avec leurs mots et leurs sensibilités, ils répondent à ces questions difficiles. Quand on les pose d’ailleurs à la metteure en scène, elle répond avec un sourire dans la voix :

Je suis une Méditerranéenne aux yeux bleus. Être française, pour moi, ce n’est pas seulement me sentir appartenir à un territoire, c’est surtout défendre les valeurs de la République, c’est diffuser et faire rayonner son message d’humanité.

Dire et montrer les origines...
Dire et montrer les origines…

Humanité. C’est ça qui est joué. Et chanté aussi. Et chorégraphié. Brigitte Mounier a fait appel à la remarquable cheffe de chœur  Nadège de Kersabiec : formée à la Maîtrise de Radio France et ayant chanté auprès des plus grands, elle revisite avec les jeunes acteurs des chants traditionnels des régions d’origine et réserve des surprises polyphoniques prometteuses. Thierry Duirat, comédien, musicien et danseur,  s’est chargé de la maîtrise du geste. Entre Tanz Theater et chorégraphie, les corps évoluent avec les mots et les histoires.

Lola, Bachir, Greta, Knut et les autres sont d’ici et d’ailleurs. Et leurs histoires ont engendré d’autres projets en Europe. Le KJT de Dortmund, sous la direction de Andreas Gruhn, travaille parallèlement sur un spectacle du même type. Pour faire entendre la voix des migrants d’Allemagne. C’est la même volonté en Suède et au Portugal. De la volonté, il en faut pour désarçonner les idées reçues et la langue de bois sur ce thème. Générations X, Y et Z, dans toutes les langues, ils sont, comme le dit Brigitte

ceux qui représentent l’avenir, de jeunes gens en construction, ces générations à qui nous allons léguer notre « bazar ».

Bazar ou crise. S’inspirant de l’antifasciste et humaniste Antonio Gramsci, une parole du spectacle accroche la pensée :

Il faut allier le pessimisme de l’intelligence à l’optimisme de la volonté.

Ajoutons celle-ci, de ce même intellectuel visionnaire, qui permet de comprendre pourquoi des spectacles de ce type sont plus que nécessaires :

La crise consiste dans le fait que l’ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître. Dans ce clair obscur surgissent les monstres.

Pour dompter les monstres, allons écouter la parole joyeuse, colorée et essentielle de Lola, Bachir, Gretel et Knut, jeudi 19 et vendredi 20 mai, à 20h, au Palais du Littoral de Grande Synthe. 03 28 21 66 00.

Le site de la Compagnie des Mers du Nord : ici.

La page Facebook de la Cie des Mers du Nord : là.

Merci à Brigitte Mounier de nous avoir confié les photos des répétitions.

DEUX TRAGEDIES DE L’ESCLAVAGE

10 mai. Depuis le  31 mars 2006, la journée du 10 mai est officiellement reconnue comme « Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions ». Un Comité National pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage est créé (CNMHE). Il s’agit pour ce Comité de référencer et d’afficher toutes les actions commémoratives. Le but n’est pas de retracer ici l’histoire du commerce triangulaire, de la traite jusqu’à l’abolition, acquise après maints revirements. Voyez plutôt une modeste contribution au « devoir de mémoire ». Pour ne pas oublier ce crime contre l’humanité. Deux œuvres théâtrales qui traitent de la traite…

Statue en Mémoire de l'Esclavage, Robert Ford, Ile de Gorée, Sénégal.
Statue en Mémoire de l’Esclavage, Robert Ford, Ile de Gorée, Sénégal.

TRAGIQUE CÉSAIRE

La Tragédie du Roi Christophe. Aimé Césaire. 1964. On est à l’époque en pleine décolonisation. Et cette pièce contre les tyrannies, toutes les tyrannies, semble dirigée à la fois contre l’esclavage en Haïti au début du XIXème siècle (elle s’inscrit dans ce contexte historique) et aussi contre l’Europe colonisatrice qui perd peu à peu de son hégémonie dans les années 1960. Cette pièce raconte la lutte du peuple haïtien pour la liberté. Elle raconte aussi l’irrésistible chute de Henri Christophe, ancien esclave, dans la démesure et la mégalomanie. Lui, le héros de la révolte des esclaves, compagnon de lutte de Toussaint Louverture, est nommé Président à vie en 1807, puis roi. C’est ce que Aimé Césaire raconte. À l’esclavage succède un autre esclavage. Le tyran blanc laisse la place à un tyran noir. Comment concilier les lourds héritages de l’esclavage, de la décolonisation et des racines africaines ? Laissons parler la poésie du texte de Césaire. Écoutons ce que Madame Christophe reproche à son époux :

Christophe, à vouloir poser la toiture d’une case, sur une autre case, elle tombe dedans ou se trouve grande ! Christophe ne demande pas trop aux hommes et à toi-même, pas trop ! Et puis je suis une mère et quand parfois je te vois emporté sur le cheval de ton cœur fougueux, le mien à moi, trébuche et je me dis : pourvu qu’un jour on ne mesure pas au malheur des enfants la démesure du père. Nos enfants, Christophe, songe à nos enfants. Mon Dieu ! Comment tout cela finira-t-il ?

Et voilà ce que répond Henri Christophe :

Je demande trop aux hommes ! Mais pas assez aux nègres, Madame ! S’il y a une chose qui, autant que les propos des esclavagistes, m’irrite, c’est d’entendre nos philanthropes clamer, dans le meilleur esprit sans doute, que tous les hommes sont des hommes et qu’il n’y a ni Blancs ni Noirs. C’est penser à son aise, et hors du monde, Madame. Tous les hommes ont mêmes droits. J’y souscris. Mais du commun lot, il en est qui ont plus de devoirs que d’autres. Là est l’inégalité. Une inégalité de sommations, comprenez-vous ? A qui fera-t-on croire que tous les hommes, je dis tous, sans privilège, sans particulière exonération, ont connu la déportation, la traite, l’esclavage, le collectif ravalement à la bête, le total outrage, la vaste insulte, que tous, ils ont reçu plaqué sur le corps, au visage, l’omni-niant crachat ! Nous seuls, Madame, vous m’entendez, nous seuls, les nègres ! Alors, au fond de la fosse ! C’est bien ainsi que je l’entends. Au plus bas de la fosse. C’est là que nous crions ; de là que nous aspirons à l’air, à la lumière, au soleil. Et si nous voulons remonter, voyez comme s’imposent à nous, le pied qui s’arcboute, le muscle qui se tend, les dents qui se serrent, la tête, oh ! la tête large et froide ! Et voilà pourquoi il faut en demander aux nègres plus qu’aux autres : plus de travail, plus de foi, plus d’enthousiasme, un pas, un autre pas, encore un autre pas et tenir gagné chaque pas ! C’est d’une remontée jamais vue que je parle, Messieurs, et malheur à celui dont le pied flanche !

Et Césaire encore : Savez-vous pourquoi il travaille jour et nuit ? Savez-vous, ces lubies féroces, comme vous dîtes, ce travail forcené… C’est pour que désormais il n’y ait plus de par le monde une jeune fille noire qui ait honte de sa peau et trouve dans sa couleur un obstacle à la réalisation des vœux de son cœur.

D’UNE TRAGÉDIE À L’AUTRE

La Mission, Souvenir d’une révolution. Heiner Muller. Magnifique, encore. Parue en 1979. Jouée pour la première en France en 1982. Le contexte historique de l’action : la première tentative d’abolition de l’esclavage aux Antilles après la Révolution Française. Cela commence avec la révolte des esclaves de Saint Domingue en 1791. En février 1794, l’abolition est proclamée dans toutes les colonies françaises. C’est Bonaparte, Napoléon Ier, qui rétablit l’esclavage, sous la pression des « lobbies économiques » de l’époque, en 1802. La Mission rejoue ces soubresauts, cette lutte sanglante entre Blancs et Noirs. Et c’est le personnage de Sasportas qui porte la voix noire de la révolte dans cette tragédie :

J’ai dit que les esclaves n’ont pas de patrie. Ce n’est pas vrai. La patrie des esclaves est le soulèvement. Je vais au combat, armé des humiliations de ma vie. (…) Les morts combattront quand les vivants ne pourront plus. Chaque battement de cœur de la révolution fera de nouveau croître de la chair sur leurs os, du sang dans leurs veines, de la vie dans leur mort. Le soulèvement des morts sera la guerre des paysages, nos armes les forêts, les montagnes, les mers, les déserts du monde. Je serai forêt, montagne, mer, désert. Moi, c’est l’Afrique. Moi, c’est l’Asie. Les deux Amériques, c’est moi.

Cette tragédie contemporaine met en garde, elle aussi, contre les mirages de la liberté. Contre les tyrannies qui prennent la place d’autres tyrannies. Contre ces libérateurs qui se révèlent dictateurs.

La révolution n’a plus de patrie, ce n’est pas nouveau sous le soleil qui ne brillera peut-être jamais sous une nouvelle terre, l’esclavage a de multiples visages, nous n’avons pas encore vu le dernier (…) ce que nous avons pris pour l’aurore de la liberté n’était peut-être qu’un nouvel esclavage plus effroyable (…) et ta bien-aimée inconnue, la liberté, quand ses masques seront usés, peut-être n’aura-t-elle pas d’autre visage que la trahison.

La Tragédie du Roi Christophe, Aimé Césaire. La Mission, Heiner Müller. Deux pièces à voir, à revoir, à lire, à relire. Deux tragédies sur l’esclavage. Deux tragédies de la négritude. Deux poings d’interrogation sur la liberté et sur l’humaine condition.

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QUAND LES JEUNES DU CMJ DE COUDEKERQUE BRANCHE SE SOUVIENNENT…

24 avril. Journée Nationale du Souvenir des victimes de la Déportation. Ils ont bravé le froid, la pluie, et leur émotion, pour rendre hommage aux déportés et porter la mémoire d’événements qu’ils n’ont pas connus. Entourés de plus anciens, trois jeunes représentants du CMJ de Coudekerque Branche se sont recueillis ce dimanche et ont retracé les grandes lignes du procès de l’horreur, Nuremberg. Retour sur ce moment digne et émouvant.

Stèle à la mémoire des Déportés, Cimetière de Coudekerque Branche.
Stèle à la mémoire des Déportés, Cimetière de Coudekerque Branche.

La Seconde Guerre Mondiale, Goering, les camps de concentration et d’extermination, la cruauté généralisée en empire… Tout ça, ils n’en avaient que vaguement entendu parler. M. Jean Luc Decreton, Coordinateur du Conseil Municipal des Jeunes, les a initiés avec beaucoup de tact et de justesse à ces tristes pages de notre Histoire. Qui ? Les enfants du Conseil Municipal des Jeunes de Coudekerque Branche. De jeunes élus âgés de 8 à 10 ans…

Louise Minne, Maire, au centre. A droite : Angèle Julien, Adjointe. A gauche, Samuel Dumey, 1er Adjoint.
Louise Minne, Maire, au centre. A droite : Angèle Julien, Adjointe. A gauche, Samuel Dumey, 1er Adjoint.

Ils étaient trois ce dimanche. Louise Minne, Maire. Samuel Dumey, Premier Adjoint. Et Angèle Julien, Adjointe. Ils avaient travaillé leur diction, appris à maîtriser leur souffle et leur stress pour lire. Lire une synthèse du déroulement du procès de Nuremberg. Et leurs jeunes voix ont ému l’auditoire présent. Un auditoire concerné. M. Jean-Paul Parent, Adjoint délégué aux affaires scolaires, à la tranquillité publique et aux anciens combattants. Le Capitaine de Vaisseau  Gaël Verpiot, Commandant d’Armes de la Marine Nationale de Dunkerque. Les Anciens Combattants. Portant drapeaux et dignité.

Gaël Verpiot, Commandant d’Armes de la Marine Nationale de Dunkerque et Jean Paul Parent, Adjoint aux Anciens Combattants.
Gaël Verpiot, Commandant d’Armes de la Marine Nationale de Dunkerque et Jean Paul Parent, Adjoint aux Anciens Combattants.

Du 20 novembre 1945 au 10 octobre 1946, les plus hauts dignitaires du nazisme comparaissent dans le tribunal de la ville de Nuremberg. Le choix du lieu est lourd de sens : Nuremberg est, dans les années 1930,  berceau du nazisme et terreau de la doctrine de l’aryanisme. Le NSDAP ( le parti national socialiste = le parti nazi), la SS (escadron de protection), le SD (service de sécurité) et la Gestapo (police politique) sont reconnus organisations criminelles. 12 condamnés à mort dont Goering, Commandant en chef de la Luftwaffe et ministre de l’Aviation, personnage clé du IIIème Reich. 3 condamnations à la prison à perpétuité dont celle de Rudolf Hess :  compagnon influent d’Adolf Hitler dès ses débuts politiques,  représentant officiel auprès du parti nazi (chef de la chancellerie du NSDAP) et principal rédacteur des lois de Nuremberg qui fondent le nazisme. D’autres condamnations à des peines de prison longues sont prononcées. Nuremberg invente un chef d’inculpation : le crime contre l’humanité. Voir à ce propos notre précédent article : ici.

C’est ce que nos trois jeunes ont rappelé. Parce qu’il est essentiel de faire savoir qu’il n’ait pas de crime impuni. Parce que la connaissance du passé doit éclairer le présent et orienter l’avenir. Parce que si nous voulons que la paix ne soit plus un mot vide de sens, il faut sans cesse porter haut les valeurs humanistes de respect et de fraternité. Ce message de paix, celui de Gandhi, on le retrouve d’ailleurs sur le parvis de l’Hôtel de Ville :

Si tu veux la paix dans le monde,
il faut la paix dans ton pays.

Si tu veux la paix dans ton pays,
il faut la paix dans ta région.

Si tu veux la paix dans ta région,
il faut la paix dans ta ville.

Si tu veux la paix dans ta ville,
il faut la paix dans ta rue.

Si tu veux la paix dans ta rue,
il faut la paix dans ta maison. 

Si tu veux la paix dans ta maison,
il faut la paix dans ton cœur.

Alors, que la paix soit dans tous les cœurs…

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images 2 et 3 : avec l’aimable autorisation de M. J.L. Decreton. Qu’il en soit remercié !

AVRILS TRAGIQUES. CRIME CONTRE L’HUMANITE ET BANALITE DU MAL

Avril. Drôles de printemps. Étranges anniversaires…  Génocide arménien : 24 avril 1915.   Avril encore, de l’année 1945 :  libération de la plupart des camps de concentration. 24 avril : c’est cette date qui est retenue pour honorer la mémoire de ceux qui ne sont jamais revenus. Ou qui en sont revenus, sans jamais vraiment revenir. Les « revenants », comme les appelle Charlotte Delbo, l’une des rares rescapées d’Auschwitz. Avril 1946 :  procès de Nuremberg. La notion de « crime contre l’humanité » est inventée. Avril 1961 : procès Eichmann et naissance d’une autre notion : celle de « banalité du mal ». Retour sur ces tragédies que nous lègue l’Histoire…

La une de L'Humanité sur la libération du camp de Lublin en septembre 1944.
La une de L’Humanité sur la libération du camp de Lublin en septembre 1944.

Lublin, Dachau, Bergen Belsen, Buchenwald, Auschwitz, Mehlteuer, Matthausen… Triste litanie de noms qui font encore trembler d’effroi aujourd’hui. Triste litanie qu’il faut psalmodier encore et encore, chaque année, dans les classes ou lors des commémorations pour ne pas oublier. Devoir de mémoire. Parce que Charlotte Delbo, Anne Frank, Primo Levi, Etty Hillesum, et tant d’autres doivent être lus. Et connus. Pour sensibiliser les jeunes générations. Leur faire prendre conscience de la « banalité du mal ».  Écoutons ces voix d’outre tombe. Etty Hillesum d’abord. De 1941 à 1943, cette jeune hollandaise à peine plus âgé qu’Anne Frank, tient elle aussi un journal. Le 7 septembre 1943, elle est envoyée au camp de transit de Westerbork. Transit. Entre deux. Entre la vie à Amsterdam et une mort certaine à Auschwitz. Elle écrit des lettres bouleversantes depuis ce camp. Voici un passage dans lequel elle raconte comment elle essaie d’apporter son aide aux mamans qui sont programmées avec leurs enfants dans les prochains convois vers la mort. À Westerbork, il y avait une infirmerie, une « nurserie » et un orphelinat… ironie tragique…

Quand je dis : cette nuit j’ai été en enfer, je me demande ce que ce mot exprime pour vous. Je me le suis dit à moi-même au milieu de la nuit, à haute voix, sur le ton d’une constatation objective : Voilà, c’est donc cela l’enfer. Impossible de distinguer entre ceux qui partent et ceux qui restent. Presque tout le monde est levé, les malades s’habillent l’un l’autre. Plusieurs d’entre eux n’ont aucun vêtement, leurs bagages se sont perdus ou ne sont pas encore arrivés. (…) On prépare des biberons de lait à donner aux nourrissons, dont les hurlements lamentables transpercent les murs des baraques. Une jeune mère me dit en s’excusant presque : « D’habitude le petit ne pleure pas, on dirait qu’il sent ce qu’il va se passer. » Elle prend l’enfant, un superbe bébé de 8 mois. (…) La bonne femme au linge mouillé est au bord de la crise de nerf : « Vous ne pourriez pas cacher mon enfant ? Je vous en prie, cachez-le, faites-le pour moi, il a une forte fièvre, comment pourrais-je l’emmener ? Un enfant malade, ils vous l’enlèvent, et on ne le revoit plus jamais. »

Voici un autre texte. De Charlotte Delbo, déportée politique française. Rescapée d’Auschwitz. Elle écrit de nombreux textes sur l’enfer. Celui-ci prend la forme d’une prière. Prière aux vivants :

Vous qui passez bien habillés de tous vos muscles, un vêtement qui vous va bien, qui vous va mal, qui vous va à peu près. Vous qui passez animés d’une vie tumultueuse aux artères et bien collée au squelette, d’un pas alerte sportif lourdaud, rieurs renfrognés, vous êtes beaux, si quelconques, si quelconquement tout le monde, tellement beaux d’être quelconques diversement, avec cette vie qui vous empêche de sentir votre buste qui suit la jambe, votre main au chapeau, votre main sur le cœur, la rotule qui roule doucement au genou… Comment vous pardonner d’être vivants…

Vous qui passez bien habillés de tous vos muscles, comment vous pardonner, ils sont morts tous.

Vous passez et vous buvez aux terrasses, vous êtes heureux, elle vous aime, mauvaise humeur souci d’argent… Comment comment vous pardonner d’être vivants comment comment vous ferez-vous pardonner par ceux-là qui sont morts pour que vous passiez bien habillés de tous vos muscles que vous buviez aux terrasses que vous soyez plus jeunes chaque printemps

Je vous en supplie faites quelque chose, apprenez un pas, une danse, quelque chose qui vous justifie, qui vous donne le droit d’être habillés de votre peau, de votre poil, apprenez à marcher et à rire parce que ce serait trop bête à la fin que tant soient morts et que vous viviez sans rien faire de votre vie.

Je reviens d’au-delà de la connaissance il faut maintenant désapprendre je vois bien qu’autrement je ne pourrais plus vivre.

Et puis mieux vaut ne pas y croire à ces histoires de revenants, plus jamais vous ne dormirez si jamais vous les croyez ces spectres revenants, ces revenants qui reviennent sans pouvoir même expliquer comment.

Lisez encore Primo Levi, Si c’est un homme. Lisez, lisez. Regardez aussi, si vous préférez : La Liste de Schindler, Steven Spielberg. La Rafle, Rose Bausch. La Vie est belle, Roberto Benigni. Le Fils de Saül, László Nemes. Elle s’appelait Sarah, Gilles Paquet-Brenner...Et bien d’autres chefs d’œuvre du cinéma qui remplissent leur devoir de mémoire. Et le film de Margarethe von Trotta sur le combat de Hannah Arendt.

Les fours crématoires de Buchenwald.
Les fours crématoires de Buchenwald.

Banalité du mal. Concept élaboré par Hannah Arendt : ceux qui ont commis ces horreurs ne sont pas des monstres. Ce serait trop facile de penser ainsi. Ce ne sont pas des monstres, ce sont des êtres humains, comme vous et moi, qui ont accompli leur « devoir ». La banalité du mal expliqué ici :

Eichmann est responsable de la logistique de la « solution finale ». Il organise notamment l’identification des victimes de l’extermination raciale, et leur déportation vers les camps de concentration et d’extermination. Eichmann est jugé en Israel à partir d’avril 1961, est condamné à mort et pendu en mai 1962.  Il avait échappé à un autre procès presque 20 ans plus tôt. Le procès qui invente le chef d’inculpation de « crime contre l’humanité » : Nuremberg.

Du 20 novembre 1945 au 10 octobre 1946, les plus hauts dignitaires du nazisme comparaissent dans le tribunal de cette ville, qui n’est pas choisie au hasard : berceau du nazisme et terreau de la doctrine de l’aryanisme. Le NSDAP ( le parti national socialiste = le parti nazi), la SS (escadron de protection), le SD (service de sécurité) et la Gestapo (police politique) sont reconnus organisations criminelles. 12 condamnés à mort dont Goering, Commandant en chef de la Luftwaffe et ministre de l’Aviation, personnage clé du IIIème Reich. 3 condamnations à la prison à perpétuité dont celle de Rudolf Hess :  compagnon influent d’Adolf Hitler dès ses débuts politiques,  représentant officiel auprès du parti nazi (chef de la chancellerie du NSDAP) et principal rédacteur des lois de Nuremberg qui fondent le nazisme. D’autres condamnations à des peines de prison longues sont prononcées. Nuremberg invente un chef d’inculpation : le crime contre l’humanité.

La une du Monde annonce la libération du camp de Bergen Belsen.
La une du Monde annonce la libération du camp de Bergen Belsen.

Comment le « sens du devoir » peut-il pousser un homme à accomplir les actes les plus cruels à l’encontre de ses semblables ? Un début d’explication avec La Mort est mon métier de Robert Merle : les pseudo-mémoires de Rudolf Höß, rebaptisé Rudolf Lang dans le livre, commandant du camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz. Rédigé entre 1950 et 1952, ce récit nous fait comprendre le concept de banalité du mal élaboré pourtant presque 10 plus tard par Hannah Arendt. Voici un extrait de la préface du livre écrite par Robert Merle signée du 27 avril 1972 :

Il y a bien des façons de tourner le dos à la vérité. On peut se refugier dans le racisme et dire : les hommes qui ont fait cela étaient des Allemands. On peut aussi en appeler à la métaphysique et s’écrier avec horreur, comme un prêtre que j’ai connu : « Mais c’est le démon ! Mais c’est le Mal !… ».
Je préfère penser, quant à moi, que tout devient possible dans une société dont les actes ne sont plus contrôlés par l’opinion populaire. Dès lors, le meurtre peut bien lui apparaître comme la solution la plus rapide à ses problèmes.
Ce qui est affreux et nous donne de l’espèce humaine une opinion désolée, c’est que, pour mener à bien ses desseins, une société de ce type trouve invariablement les instruments zélés de ses crimes.
C’est un de ces hommes que j’ai voulu décrire dans La Mort est mon métier. Qu’on ne s’y trompe pas : Rudolf Lang n’était pas un sadique. Le sadisme a fleuri dans les camps de la mort, mais à l’échelon subalterne. Plus haut, il fallait un équipement psychique très différent.
Il y eu sous le nazisme des centaines, des milliers, de Rudolf Lang, moraux à l’intérieur de l’immoralité, consciencieux sans conscience, petits cadres que leur sérieux et leurs « mérites » portaient aux plus hauts emplois. Tout ce que Rudolf fit, il le fit non par méchanceté, mais au nom de l’impératif catégorique, par fidélité au chef, par soumission à l’ordre, par respect pour l’Etat. Bref, en homme de devoir : et c’est en cela justement qu’il est monstrueux.

Se méfier du démon de la pureté. Se méfier du sens du devoir qui pousse sur les champs de frustrations, sur les collines de l’orgueil, sur les murs qu’édifie l’individualisme.

images 1, 2 et 3

TCHERNOBYL ET UNE SUPPLICATION

Samedi 26 avril 1986. Il y a 30 ans… Le réacteur 4 de la centrale de Tchernobyl explose, libérant dans l’air un nuage radioactif. Tchernobyl, 100 000 habitants. Ukraine. Voisine de Pripiat. Distante d’une centaine de kilomètres de la capitale Kiev. Samedi 26 avril 1986 : le réacteur 4 de la centrale de Tchernobyl explose, libérant dans l’air un nuage radioactif. 400 fois plus puissant que la bombe qui a meurtri Hiroshima. Retour sur la catastrophe.

UNE TRAGÉDIE NUCLÉAIRE

La Supplication, Svetlana Alexievitch. Des témoignages poignants...
La Supplication, Svetlana Alexievitch. Des témoignages poignants…

Ce que nous appelons la centrale de Tchernobyl, est une centrale nucléaire, qui porte le nom de Lénine, installée au bord de la rivière Pripiat, à 15 km environ de la ville de Tchernobyl. Construite entre 1977 et 1983, elle est, à l’époque, l’un des fleurons de l’industrie nucléaire soviétique. Le 26 avril 1986, à 1h23, le réacteur 4 surchauffe et explose. Les pompiers de Pripiat sont appelés en urgence. On leur cache l’origine de l’«incendie» qu’ils sont censés éteindre. Ils ne sont pas protégés contre la radioactivité. Tous mourront dans les 15 jours qui suivront l’intervention. Cette anecdote tragique liée à la catastrophe, c’est Svetlana Alexievitch, Prix Nobel de Littérature 2015,  qui la rapporte, entre autres nombreux récits de témoins, et de survivants, dans un ouvrage bouleversant : La Supplication.

« Ferme les lucarnes et recouche-toi. Il y a un incendie à la centrale. Je serai vite de retour. » Je n’ai pas vu l’explosion… Rien que la flamme. Tout semblait luire… Tout le ciel… Une flamme haute. De la suie. Une horrible chaleur. Et il ne revenait toujours pas. [C’est la femme d’un pompier qui témoigne.] Ils étaient partis comme ils étaient, en chemise, sans leurs tenues en prélart. Personne ne les avait prévenus. On les avait appelés comme pour un incendie ordinaire.

Plusieurs fois dans son récit, recueilli par Svetlana Alexievitch, cette jeune femme répète : « Personne ne parlait de radiation… » Les militaires qui envahissent très vite Pripiat et Tchernobyl, qui encerclent et ferment la zone, portent tous des masques. La population, elle, continue à se promener, à vivre, comme si rien d’anormal ne s’était produit. On se demande comment, et surtout pourquoi, les autorités soviétiques, tardent à évacuer et à informer l’opinion publique. Ce petit film :  édifiant, sur les heures qui précèdent et suivent immédiatement la catastrophe …

Il changeait : chaque jour, je rencontrais un être différent… Les brûlures remontaient à la surface… Dans la bouche, sur la langue, les joues… D’abord, ce ne furent que de petits chancres, puis ils s’élargirent… La muqueuse se décollait par couches… (…) « Vous ne devez pas oublier que ce n’est plus votre mari, l’homme aimé, qui se trouve devant vous, mais un objet radioactif avec un fort coefficient de contamination. »  (…) La peau des bras et des jambes se fissurait.. Tout le corps se couvrait d’ampoules… Quand il remuait la tête, des touffes de cheveux restaient collées sur l’oreiller.

15 jours. Pour « disparaître ». Par morceaux. Par lambeaux.  4 000 personnes selon l’Organisation Mondiale de la Santé, sont mortes dans les jours qui suivent la catastrophe.  Greenpeace estime que 200 000 personnes contracteront ou ont contracté depuis,  un cancer…

[Tchernobyl]. Pour la petite Biélorussie de dix millions d’habitants, il s’agissait d’un désastre à l’échelle nationale. Pendant la Seconde Guerre mondiale, sur la terre biélorusse, les nazis avaient détruit 619 villages et exterminé leur population. A la suite de Tchernobyl, le pays en perdit 485. Soixante-dix d’entre eux sont enterrés pour toujours. La guerre tua un Biélorusse sur quatre ; aujourd’hui, un sur cinq vit dans une région contaminée. Cela concerne 2,1 millions de personnes, dont sept cent mille enfants. Les radiations constituent la principale source de déficit démographique.

UNE TRAGÉDIE SANITAIRE

La Une de Libération : une désinformation évidente...
La Une de Libération : une désinformation évidente…

Et ailleurs ? Dans le reste du monde ? Le nuage ne s’est pas « arrêté à la frontière », comme les journalistes, et certains scientifiques, le martelaient à l’époque. Encore une fois : pourquoi cette désinformation ? Plusieurs semaines plus tard, le président Gorbatchev circonscrit une zone de 30 kms autour de la centrale. La plupart des personnes déplacées avaient déjà été contaminées dans un rayon de 300 kms autour de Tchernobyl… Et le nuage continuait à se déplacer, au gré des vents, dans le monde entier : Biélorussie, Scandinavie, Luxembourg, Belgique, France… Pays Bas, Écosse, Corse, Grèce, Turquie, Tunisie… Finalement, en quelques semaines, le nuage enveloppe tout l’hémisphère Nord. On retrouve des traces de radioactivité à … Hiroshima, située à 7000 kms de TchernobylCancers de la thyroïde, autres cancers liés à un dysfonctionnement de la thyroïde, malformations congénitales, stérilité… Les conséquences sur la santé sont multiples et ne s’arrêtent pas, elles non plus, « à la frontière ».

Avril 1986 : le voyage du nuage radioactif autour du monde...
Avril 1986 : le voyage du nuage radioactif autour du monde…

Ci-dessous, des extraits d’un document publié en 2006, pour les 20 ans de la catastrophe, par la CRIIRAD (Commission de Recherche et d’Information Indépendantes  sur la Radioactivité), qui met en lumière l’entreprise de propagande et de désinformation de l’AIEA suite à la catastrophe. La totalité du document est à lire ici.

Dès le mois d’août 1986, l’AIEA (Agence Internationale de l’Énergie Atomique) organisait, à son siège de Vienne, une conférence internationale consacrée à l’accident, à ses causes et à ses conséquences. Plus d’une centaine de journalistes étaient présents mais ils n’eurent droit qu’aux conférences de presse : les  discussions sensibles eurent lieu à huis-clos. La délégation soviétique avait préparé un rapport détaillé présentant notamment une estimation des conséquences sanitaires de l’accident. Le nombre de cancers mortels radio-induits était évalué à environ 44 000, un chiffre a minima qui ne prenait pas en compte tous les radionucléides et qui se basait sur les facteurs de risque cancérigène de la CIPR 26  qui allait peu après être revus à la hausse (…) La propagande de l’AIEA :  Après avoir lu le chapitre “maladies de la thyroïde” dans le rapport OMS, on est plus inquiet que rassuré sur le nombre et le sort des victimes. On est bien loin du bilan vanté et vendu par l’AIEA dans les conférences de presse organisées à Londres, Vienne, Washington et Tokyo. L’objectif de l’Agence n’est pas de fournir au public des informations  vérifiées qui lui permettent de réfléchir sur une question difficile mais de le convaincre de tourner la page de Tchernobyl. (…) Des enjeux élevés : Si les incertitudes sur la nature et le niveau des risques sont élevées, il est difficile de demander aux populations de vivre normalement en zone contaminée. Si au contraire, on déclare disposer de réponses définitives, démontrant l’absence de problèmes autres que psychologiques, il n’y a plus aucune raison de ne pas s’engager dans le repeuplement des zones polluées. Le concept de développement durable en zone contaminée, mis au point par le lobby nucléaire français, a un riche avenir devant lui. Ce n’est pas par hasard s’il est au cœur de la stratégie de l’AIEA. Au delà de Tchernobyl, c’est une gestion à moindre coût des prochains accidents qui se met en place. Si le risque radiologique est faible et que les évacuations sont au contraire très traumatisantes, il vaudra mieux laisser sur place les prochaines victimes de pollutions. Ça tombe bien, ça coûte aussi moins cher…

Une exposition avec des photos des "liquidateurs" de Tchernobyl, ces hommes envoyés sur la centrale accidentée pour tenter de contenir la catastrophe, au mépris de la radioactivité.
Une exposition avec des photos des « liquidateurs » de Tchernobyl, ces hommes envoyés sur la centrale accidentée pour tenter de contenir la catastrophe, au mépris de la radioactivité.

Depuis, il y a eu Fukushima. Voir notre précédent article à ce sujet : là. Depuis, les gouvernements tergiversent encore sur l’utilité de l’énergie nucléaire. Alors que l’éolien, ou d’autres énergies renouvelables ont montré leur efficacité… À moins que ce ne soit un autre lobby que celui de l’énergie qui entretienne cette « bombe » à retardement : celui de l’armement…

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DU CINEMA DANS UNE PISCINE…

Moteur demandé. Ça tourne au son. Ça tourne à l’image. Annonce. Quai du Prélude, séquence 20, plan 1, 1ère. Sileeeennnnce…. Action ! Et ça tourne. Dans tous les sens du terme. Dans les bureaux. Dans le couloir. Dans l’espace cabaret aménagé près du bar. Sur la scène de La Piscine. Autour de Félix Létot, le réalisateur. Depuis octobre ça tourne. Ça s’active. Ça écrit. Ça prend le son. Ça  joue. Ça  monte. Et ça sort. Bientôt. Tout bientôt. A vos agendas.

Tournage d'une scène de cabaret, sous la direction de Félix Létot.
Tournage d’une scène au cabaret, sous la direction de Félix Létot.

POUR L’AMOUR DE L’ART, DU 7ème ART

7 pro du métier. Et presque 40 amateurs.

Bernard et Pascal, deux amateurs amoureux de cinéma.
Bernard et Pascal, deux amateurs amoureux de cinéma.

Des vrais. Des amoureux. De la scène. De la toile. Du jeu. Du voyage devant et derrière la caméra. Entre octobre et mars, entre écriture du scénario et tournage, ils se sont trouvés et retrouvés pour réaliser un film : Quai du Prélude. Une production XILEF. Sous la houlette bienveillante, ingénieuse et pédagogue de Félix Létot, jeune réalisateur lillois.

UN FILM NOIR

Meurtres, infidélité, trahison, jalousie, fatalisme : voilà pour les ingrédients essentiels au genre. Ajoutez-y  un détective privé de second ordre, cynique et blasé, Alan Bogaerd, alias Christophe Jean, embauché pour une enquête dont les véritables implications lui sont cachées par son commanditaire, Conti, alias Maxence Cambron. Son enquête l’amène à rencontrer une femme fatale qui le manipule et quelques flics dépassés. Le tout dans une ambiance de cabaret, entre piano bar, whisky et numéros à plumes. Et ça donne Quai du Prélude

Maxence Cambron et Christophe Jean sur le tournage.
Maxence Cambron et Christophe Jean.

Le film sera projeté mercredi 27 et jeudi 28 avril à 20h, à La Piscine, rue du Gouvernement, Dunkerque.

Le site de Xilef Productions : .

Infos et réservation pour la projection : par ici.

Les photos sont de LAURENT WILLIART, photographe officiel de La Piscine. Qu’il soit remercié !

 

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