Voici la réponse à l’énigme 2 : qui est cette femme ?
Charlotte Cooper, 1ère femme médaillée d’or aux J.O., Paris, 1900.
Il s’agit de Charlotte Cooper, dite « Chatty », britannique, 1ère femme médaillée d’or aux Jeux Olympiques. C’était à Paris, en 1900. Pour en savoir plus, c’est par : là.
Énigme 3 : qui a écrit Qui veut la peau d’Otto Dafé ?
Voici la réponse à l’énigme 1 : de qui sont ces mots ?
Je vous souhaite à tous, à chacun, d’avoir votre motif d’indignation. C’est précieux. Quand quelque chose vous indigne, alors on devient militant, fort et engagé. On rejoint ce courant de l’Histoire et le grand courant de l’Histoire doit se poursuivre grâce à chacun. Et ce courant va vers plus de justice, plus de liberté . Ces droits, dont la Déclaration universelle a rédigé le programme en 1948, sont universels. Si vous rencontrez quelqu’un qui n’en bénéficie pas, plaignez-le, aidez-le à les conquérir. Indignez-vous !
Ces mots sont de Stéphane Hessel… résistant, diplomate et militant. Ce Berlinois né en 1917, arrivé en France à l’âge de 8 ans, s’engage dans les Forces Françaises Libres en 1941. Il connaît la déportation. À Buchenwald. Cette expérience de la guerre, de la Résistance, de la déportation, puis de l’action politique en tant que diplomate aux Nations Unies, le pousse à s’engager pour les « sans papiers » notamment. Jamais il ne renoncera à son indignation face à ceux qui bafouent les Droits de l’Homme. Son manifeste Indignez-vous ! paraît en 2010. Stéphane Hessel est mort en février 2013.
Je vous souhaite à tous, à chacun, d’avoir votre motif d’indignation. C’est précieux. Quand quelque chose vous indigne, alors on devient militant, fort et engagé. On rejoint ce courant de l’Histoire et le grand courant de l’Histoire doit se poursuivre grâce à chacun. Et ce courant va vers plus de justice, plus de liberté . Ces droits, dont la Déclaration universelle a rédigé le programme en 1948, sont universels. Si vous rencontrez quelqu’un qui n’en bénéficie pas, plaignez-le, aidez-le à les conquérir. Indignez-vous !
La Mag@zoom fête son premier anniversaire … Merci aux lecteurs, de plus en plus nombreux, qui le suivent et le font exister. Le Mag@zoom ouvre une fenêtre sur le monde, d’ici et d’ailleurs, dénonce parfois, met en valeur toujours. Des événements, des personnalités, des valeurs humanistes. Pour fêter cette année d’existence, un petit jeu sous forme d’énigmes : chaque jour du mois de septembre 2016, la publication d’une citation ou d’un portrait. Aux lecteurs de retrouver l’auteur de la citation ou l’identité du personnage sur le portrait. Les réponses se trouvent… dans les articles du Mag@zoom publiés depuis un an… ! Amusez-vous !
Rendez-vous le 1er septembre 2016 pour la 1ère énigme…
Rio 2016 : la présence des femmes aux J.O. semble une évidence. Il n’en a pas toujours été ainsi. Et même si le C.I.O. s’est engagé à promouvoir l’égalité des sexes au sein de l’olympisme, la présence des femmes est d’abord toute récente. La présence des femmes est ensuite, et encore, source de polémique. Femme, sport et islam ont du mal à trouver un terrain d’entente. Retour sur une lutte pour une place sur les podiums. Avers et revers de la médaille…
La première femme en or des Jeux Olympiques est Charlotte Reinagle Cooper. Britannique déterminée et raffinée, c’est à l’âge de 30 ans qu’elle accomplit déjà un premier exploit : le droit de participer à la IIème Olympiade moderne, depuis sa création 4 ans plus tôt à Athènes. Et ce, malgré les réticences de Pierre de Coubertin. Elles sont d’ailleurs 22femmes à se frayer un chemin sur le parcours de golf ou les courts de tennis, parmi les 975 hommes inscrits aux Jeux de Paris, en 1900. 22 femmes, pour 5 disciplines qui leur sont ouvertes : voile, croquet, équitation, golf et tennis.
Charlotte Cooper, 1ère femme médaillée d’or aux J.O., Paris, 1900.
C’est d’ailleurs sur un court de tennis que s’illustre notre Charlotte, affectueusement surnommée « Chatty« . Première femme des Jeux Olympiques à remporter une médaille d’or. C’est à Paris. En 1900. Elle la partage avec sa compatriote Reginald Doherty, pour leur performance commune en double mixte.
Depuis, les femmes se sont imposées. avec les encouragements du C.I.O.. On peut lire en effet dans la Charte olympique de 2015, Règle 2, paragraphe 7 : « le rôle du CIO est d’encourager et soutenir la promotion des femmes dans le sport, à tous les niveaux et dans toutes les structures, dans le but de mettre en œuvre le principe d’égalité entre hommes et femmes. » Depuis 1991, chaque sport voulant intégrer l’Olympe doit prévoir des épreuves féminines. 44% des athlètes aux J.O. de Londres en 2012 étaient des femmes. Elles n’étaient que 13% à Tokyo en 1964. Le C.I.O. montre d’ailleurs l’exemple au sein même de son administration. Pour la première fois, en 1990, une championne d’équitation, de tennis et de golf, membre de l’équipe équestre vénézuélienne aux Jeux de la XVIe Olympiade en 1956, est élue membre de la commission exécutive : Flor Isava Fonseca. Pionnière, elle ouvre la voie à d’autres femmes parties à l’assaut du sommet olympien. Anita L. DeFrantz, Gunilla Lindberg, Nawal El Moutawakel, Claudia Bokel. Toutes médaillées aux J.O. dans leurs disciplines respectives. Toutes œuvrant pour que les femmes aient leur place aux côtés des hommes dans la légende des Jeux.
Flor Isava Fonseca, 1ère femme élue membre de la commission exécutive du C.I.O.
Combien sont-elles à Rio ? Les comptes seront faits à l’heure du bilan. Il est un chiffre que l’on retient cependant tant il étonne, tant il montre que les progrès en matière d’égalité sont encore à fournir : 4. 4 athlètes saoudiennes ont été discrètement « invitées » à participer aux J.O. de Rio. Discrètement, car l’Arabie Saoudite ne veut pas s’attirer les foudres des autorités religieuses… Sarah al-Attar, qui a déjà participé aux J.O. de Londres en 2012, concourt pour le 800 mètres. Wujud Fahmi en judo. Lubna al-Omair en escrime. Cariman Abu al-Jadail sur le 100 mètres. Encore des pionnières… L’Arabie Saoudite a exigé du C.I.O. des conditions pour que ces 4 femmes puissent participer : elles doivent porter la tenue islamique, se couvrir de la tête aux pieds, obtenir l’accord d’un tuteur (père ou frère) qui devra les chaperonner tout au long de leur séjour à Rio… Un précédent avait déjà soulevé une polémique. La judokate saoudienne Wodjan Shahrkhani, qui accompagnait déjà Sarah al-Attar à Londres, avait pu fouler le tatami à condition d’avoir la tête couverte. Le voile étant banni pour raison de sécurité dans ce genre d’épreuve, elle avait porté un bonnet :
Sarah al-Attar avait pris part à l’épreuve du 400 m aux J.O. de Londres en 2012, voilée… :
Ces images ainsi que les compromis du C.I.O. suscitent des polémiques. On pourrait aussi sourire des images « floutées » des athlètes féminines diffusées sur certaines chaînes contrôlées par des autorités islamistes. Le C.I.O. s’est engagé, outre à promouvoir l’égalité homme-femme, à bannir toute « sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale dans un lieu, site ou autre emplacement olympique » (article 50-2). Ces femmes qui se distinguent par leur tenue vestimentaire sont-elles le symbole d’une avancée en matière d’égalité des sexes dans les pays fortement islamisés ?Leur présence aux J.O. en serait la preuve suffisante. Ou sont-elles la preuve que la soumission des femmes aux diktats de certains hommes qui brandissent la religion comme un étendard de domination sur la moitié de l’humanité ? Comment doit-on interpréter le port de certains vêtements, voile, bonnet, burkini, dans les lieux voués au sport ? Certaines femmes elles-mêmes revendiquent ces tenues comme des remparts contre l’impudeur…
Femme, musulmane, arabe, Nawal el-Moutawakel, représentante du Maroc aux J.O. de Los Angeles en 1984, a pourtant couru le 400 mètres bras et jambes découverts…
Il semble que la femme soit depuis toujours un prétexte, un « terrain » de conflits. Conflits virtuels dans le sport, conflits réels en tant de guerre. La femme reste un objet symbolique de prise de pouvoir des hommes qui s’opposent dans une lutte pour une domination financière et territoriale du monde.
«L’important aux Jeux olympiques n’est pas d’y gagner, mais d’y prendre part ; car l’essentiel dans la vie n’est pas tant de conquérir que de bien lutter.» C’est par la diffusion de ces paroles de Pierre de Coubertin que débute la XIème Olympiade, au Stade Olympique de Berlin, construit pour l’occasion. Bien lutter. Ce que fit un athlète en particulier : Jesse Owens. Entre boycott et participation symbolique, l’athlète noir américain démontre que la lutte est toujours possible, que le symbole demeure nécessaire dans une société, celle de 1936 en Europe, celle d’aujourd’hui, où certaines valeurs sacrées pour l’humanité s’étiolent dans le « tout à l’ego » de l’indifférence mondialisée. Un film sorti en France cet été retrace ce moment clé pour le sport et pour l’évolution des droits : La Couleur de la victoire, de Stephen Hopkins. Retour sur un événement, 80 ans après…
Jesse Owens. J.O. d’été de Berlin, 1936.
Les Jeux Olympiques d’été à Berlin en 1936, c’était pas gagné d’avance. Hitler est au pouvoir en Allemagne depuis 1933, et ils sont nombreux, un peu partout dans le monde, au Comité Olympique aussi, à vouloir boycotter ces jeux. Comment un Afro Américain peut-il cautionner par sa présence un régime ostensiblement hostile aux juifs et aux noirs ? Montrer par une absence visible qu’on ne cautionne pas ce régime. Voilà une partie du débat d’idées. Sans parler des pressions que subit Jesse Owens lui-même de la part des associations de lutte contre le racisme aux États Unis : comment un noir peut-il représenter une nation dans laquelle il n’est même pas à égalité de droits avec les blancs ?
L’équipe américaine prend le bateau quand même. Des athlètes noirs. Des athlètes juifs aussi. Après les qualifications de juillet 1936, l’homme le plus rapide du monde, comme on le surnomme alors, enchaîne les exploits. Immense stade Olympique de Berlin. 100 000 spectateurs. Première diffusion des Jeux d’été à la télévision. Postérité tout acquise par un autre film en train de se tourner : Les Dieux du Stade, réalisé par Leni Riefenstahl. 100 m. Saut en longueur. 200 m. 4 x 100 m en relais. 4 épreuves. 4 médailles d’or. Et des records du monde… Le film de Stephen Hopkins montre avec réussite ces exploits jubilatoires. Parce qu’à la beauté du défi sportif s’ajoute la jubilation de la revanche : celle d’un homme de couleur qui brave le racisme.
Il montre aussi le revers de la médaille : Jesse Owens ne devait pas prendre part au relai 4 x 100 m. Les organisateurs, tout acquis à la cause nazie, ont refusé que les deux athlètes juifs de l’équipe américaine y participent : Marty Glickman et Sam Stoller apprennent le matin même de l’épreuve qu’ils ne peuvent pas prendre le départ. Les Américains ripostent à leur façon : ce sont deux athlètes noirs qui remplaceront les deux athlètes juifs… Pied de nez à l’idéologie nauséabonde.
Marty Glickman, à gauche, Sam Stoller, à droite.
Les J.O. de Berlin n’ont pas empêché l’holocauste. Ils ont même encouragé les nations occidentales à continuer à dormir sur leurs illusions et leur indifférence … Ils ont cependant permis à la lutte pour l’égalité des droits civiques aux États Unis de se poursuivre. La question reste posée : quels symboles véhiculent aujourd’hui les Jeux Olympiques ? Quelle est leur importance idéologique dans notre société ? Comment le sport peut-il être une démonstration de la pensée et des valeurs ? Nous avons tous en tête ces images du talentueux Jesse Owens. Nous nous souvenons aussi de ce tragique assassinat de 11 athlètes juifs lors des J.O. de 1972 à Munich. Nous préférons garder cette dernière image de la lutte sportive au service du combat pour des valeurs de respect de l’humanité, image capturée lors des J.O. de 1968 à Mexico :
Jeux olympiques de Mexico. Podium du 200 mètres masculin, de g. à dr. : Peter Norman (Australie, 2ème), Tommie Smith et John Carlos (Etats-Unis, respectivement 1er et 3ème, faisant le signe du « Black Power »), 16 octobre 1968.
Si vous n’avez pas vu le film sorti en février 2016 qui lui est consacré, peut-être pourrez-vous revoir ce documentaire, réalisé par Thierry Michel, en replay sur la chaîne de Public Sénat. Un film choc qui permettra, autant que le souhaite cet article, de prendre conscience d’un drame humanitaire et « fémicide » qui se joue, depuis 20 ans maintenant, en République Démocratique du Congo. Et qui permettra de rendre hommage à un homme extraordinaire, dont l’action mérite d’être saluée unanimement : Denis Mukwege.
UN « FÉMICIDE » ORGANISÉ
La géopolitique de la RDC est complexe, comme dans la plupart des pays d’Afrique. La situation troublée de la RDC s’enracine dans le conflit fratricide du Rwanda qui oppose Hutu et Tutsi d’une part ; et d’autre part dans l’opposition au régime autocratique du Président Mobutu, opposition menée par Laurent-Désiré Kabila. De là, des conflits incessants, notamment dans l’est du pays, à la frontière avec le Rwanda voisin. C’est dans cette zone que sont perpétrés des viols collectifs, de femmes mais aussi de très jeunes filles, parfois mineures. Le viol collectif comme arme de guerre. Chouna Malgondo, journaliste congolaise réfugiée en France à la Maison des Journalistes en 2010, expliquait ainsi la situation de son pays :
Bien que le conflit soit officiellement terminé depuis la signature d’accords de paix en décembre 2002, l’est du pays continue d’être le théâtre de combats et de pillages, perpétrés par divers groupes armés. Les violences restent particulièrement fortes dans la région du Kivu, dans le Katanga, et en Ituri (…). Les différents groupes armés continuent de défendre leurs propres intérêts et leur lutte pour le contrôle d’un territoire s’accompagne souvent d’exactions sur les populations civiles, de pillages. Dans un pays où les structures de santé sont défaillantes ou inexistantes, la situation générale demeure très précaire. En RDC, des centaines de milliers de femmes sont violées depuis 1994, en marge de la guerre civile. Des crimes impunis, malgré la résolution de l’ONU votée en juin 2008 et qui considère le viol comme arme de guerre. Le viol peut donc constituer un crime de guerre, un crime contre l’humanité ou un élément constitutif de génocide.
Carte de la RDC.
Denis Mukwege et l’équipe de chirurgiens qu’il forme en RDC, dénoncent aussi les viols, de plus en plus nombreux, commis sur des enfants. Cette pratique tend à se répandre dans la société. Et ce sont des êtres abîmés que le professeur tente de «réparer»…
L’HOMME QUI RÉPARE LES FEMMES
Denis Mukwege est né en 1955 au sud Congo, à l’époque où le pays est encore colonie belge. Il se forme à la médecine à l’université du Burundi, et se spécialise en gynécologie en Europe, à l’université d’Angers puis à l’université libre de Bruxelles. Il est devenu «un ange qui soigne», comme le dit avec beaucoup de fierté sa maman dans le documentaire. Mais contrairement à d’autres Africains qui font carrière dans les pays dits développés, il décide de retourner dans son pays d’origine pour venir en aide aux populations les plus en détresse. Il devient ainsi médecin directeur de l’hôpital de Lemera dans le Sud Kivu. Hôpital violemment détruit lors de la Première Guerre du Congo en 1996. Le Docteur Denis Mukwege a la vie sauve. Il se réfugie à Nairobi, puis décide de retourner en RDC. Il y fonde l’hôpital Panzi à Bukavu.
Le Docteur Denis Mukwege en 2014.
C’est là qu’ il découvre avec horreur une pathologie nouvelle qui le marque et donne une nouvelle orientation à son action en faveur de l’humanité : la destruction volontaire et planifiée des organes génitaux des femmes. Il fait connaître au monde cette barbarie sexuelle dont les femmes sont victimes à l’Est du Congo où le viol collectif est utilisé comme arme de guerre. Il se spécialise dans la prise en charge des femmes victimes de viols collectifs. Prise en charge physique, psychique, économique et juridique. C’est à ce titre qu’il a reçu un doctorat honoris causa de l’université d’Umeå (Suède) en octobre 2010. Au cours de la même année, il a reçu la médaille Wallenberg de l’université du Michigan. Auparavant, en 2008, il a été élevé au rang de Chevalier de la Légion d’Honneur en France et a reçu le Prix des Droits de l’Homme des Nations Unies. En 2014, il reçoit le Prix Sakharov.
Ce médecin, ce bienfaiteur de l’humanité, est le sujet de ce film documentaire, de Thierry Michel et Colette Braeckman :L’homme qui répare les femmes. La colère d’Hippocrate. Il retrace l’histoire et le combat du docteur Denis Mukwege.
Le docteur profite de ce coup de projecteur donné à son action pour intervenir de plus en plus dans les médias. Ce qu’il dénonce : l’injustice. Les criminels, auteurs de viols, ne sont toujours pas jugés. Denis Mukwege réclame que justice soit faite. Denis Mukwege s’insurge contre les violences faites aux femmes, partout dans le monde, en cas de conflits. Denis Mukwege veut une réelle prise de conscience que ces crimes contre les femmes, et aujourd’hui contre les enfants, sont des crimes contre l’humanité. Nous l’entendons ici lors de son passage à Paris en mars 2016 :
Un regard bleu azur trempé comme l’acier de sa détermination. Un physique d’athlète forgé par des années de pratiques sportives et par un métier musclé. Des convictions pleines de bon sens et de générosité acquises par des années d’observation du monde et du monde du travail. À 45 ans, Bruno Isaert est devenu un artisan qui cultive un art de vivre et d’exister qui change le monde à sa mesure et avec mesure. Portrait.
Il a fondé son entreprise de peinture et de décoration du bâtiment il y a bientôt 20 ans. Après avoir exercé un métier hors du commun qui lui a permis d’approfondir la psychologie humaine et le comportement d’une certaine élite. Devant le comportement mesquin, sans humanité, voire irresponsable de ces élites du pouvoir et de l’argent, il a opéré un changement radical dans sa vie professionnelle. Artisan engagé. Aujourd’hui, il met son savoir faire au service de son art.Et au service des autres au sein de la CAPEB : Confédération de l’Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment. C’est le syndicat patronal de l’artisanat du bâtiment. Pour les petites entreprises comprenant jusqu’à 11 employés. Un monde du travail à taille humaine.
Confédération de l’Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment.
Sa raison de vivre, c’est ce combat pour défendre une profession parfois en butte à des décisions politiques ou à des désordres dus à un capitalisme échevelé qui méprisent l’être humain et l’environnement. Ses combats sont ceux de cette confédération, qui, depuis 70 ans, a fait progresser ces métiers. Dans une après guerre où tout est à reconstruire, les artisans se regroupent. Autour de Marcel Lecœur, un des pères fondateurs. Aujourd’hui, cette confédération est une « cathédrale » avec à sa tête Patrick Liébus, couvreur zingueur de formation. Et les combats ont porté leurs fruits. Formation en alternance et apprentissage. Prime à l’amélioration de l’habitat pour les propriétaires les plus modestes. Instauration du taux à 0%. Prise en compte des normes d’accessibilité des bâtiments par la marque Handibat. Lutte contre le travail clandestin. Aide à la création d’entreprises. Amélioration des conditions de travail des artisans. Reconnaissance du statut des épouses d’artisans. Catherine Foucher, Présidente de la Commission Nationale des Femmes d’Artisans, a d’ailleurs été élevée au rang de Chevalier dans l’Ordre national du mérite en juillet 2016, par Patrick Liébus lui-même. Promotion des métiers du bâtiment auprès des jeunes, et des filles.
Campagne de promotion des femmes au sein des métiers du bâtiment.
Combat écologique : la CAPEB a, par exemple, permis la baisse de la TVA sur les travaux d’isolation thermique de 10 à 5%. La CAPEB a lutté pour que ces travaux d’isolation, bénéfiques pour l’économie d’énergie et donc pour la protection de l’environnement, soient déductibles d’impôts… C’est la CAPEB qui est à l’origine d’une prise de conscience écologique dans les métiers du bâtiment. Avec par exemple la norme «éco artisan», et les réflexions menées pour une conception durable et écologique du bâtiment.
Bruno Isaert.
Le combat est humain aussi. C’est celui de la lutte contre les conditions d’emploi des «travailleurs détachés». C’est d’ailleurs une priorité du gouvernement français au sein de l’Europe. Explication : le travailleur détaché quitte son pays d’origine, souvent un pays de l’est de l’Europe, pour offrir ses compétences professionnelles dans un autre pays. Sauf que les cotisations sociales sont celles du pays d’origine et pas celles du pays d’accueil. Conséquences : une sorte d’esclavage moderne, des ouvriers issus des pays de l’est par exemple qui sont bien moins payés par les employeurs (en général de grosses entreprises du bâtiment). Ces ouvriers sont sous payés, malmenés le temps de leur contrat. Sans parler que cette pratique met en place une concurrence malsaine entre ces travailleurs détachés et les artisans du cru. Voir à ce propos l’article de La Voix du Nord de novembre 2014 qui évoque ce dossier et le combat de Bruno Isaert : ici.
Ces combats sont donc ceux que Bruno Isaert mène depuis 1998 au sein de la CAPEB. Autre cheval de bataille, toujours en lien avec l’environnement et l’écologie : le traitement des déchets. Notre Président de la Chambre des Peintres, élu de la CAPEB 59, s’insurge contre les déchetteries devenues payantes. Ce qui n’encourage pas, selon lui, le réflexe citoyen, et écologique, et qui est une charge financière de plus pour les artisans qui sont amenés à déblayer. Une sorte d’«impôt déguisé» pour notre représentant de Dunkerque Flandre Littoral qui n’a pas l’habitude de mâcher ses mots… . Voir à ce propos l’article de La Voix du Nord de septembre 2015 : là. Et ces combats, il les mène avec humanité et détermination. Et avec beaucoup de modestie aussi :
Je n’aime pas qu’on me mette en avant. Si je prends la parole, c’est pour aider ou défendre les collègues qui m’ont élu en tant que leur représentant. Je ne me contente pas de paroles. Je vais au charbon. Je suis une personne de terrain.
Il confie lui-même qu’il ne prend jamais de décisions sous le coup de l’émotion. Il prend le temps de la réflexion, en discute avec les «anciens», s’inspirant de leur expérience et de leur sagesse. Les prochains combats pour Bruno Isaert au sein de la CAPEB ? La protection sociale des artisans. La santé et la sécurité au travail. Une plus grande reconnaissance des épouses d’artisans, partenaires à égalité dans l’entreprise.
Amoureux de nature, il s’est épris des Antilles, notamment de la Guadeloupe où il n’hésite pas à se rendre dès que son planning plutôt chargé le lui permet. Pêche, plongée sous marine, conversations avec les autochtones. Ce contact contribue à maintenir en lui une réflexion constante sur les rapports que l’homme entretient avec le monde qui l’entoure.
L’eau est essentielle pour la vie. Dans nos pays développés, on ouvre un robinet, l’eau coule et on ne se rend pas compte de cette chance que nous avons. Nous ne nous rendons plus compte du confort dans lequel nous vivons. Dans certains pays du monde, ceux de l’Afrique, aux Antilles, à Cuba… on n’a pas ce confort. Ici, il faut faire prendre conscience aux jeunes de cette chance que nous avons de ne pas à avoir à nous battre pour notre survie. Et il faut faire en sorte de ne pas léguer tous nos déchets polluants aux générations futures…
Les jeunes, il les connaît bien. Il en a formé des dizaines au sein de son entreprise. Leur transmettre l’amour du métier, le goût de toujours bien faire, l’envie d’apprendre des techniques et de les affiner, le respect du contact humain…L’humain. C’est ce qui le fait se lever chaque matin. Il avoue qu’un de ses rêves aurait été de travailler dans l’humanitaire. Pour «apporter une pierre de gentillesse» dans ce monde qui en a besoin. Son métier lui permet d’entrer dans l’intimité des particuliers et de faire des rencontres enrichissantes. La sienne en est une. N’hésitez pas à faire appel au savoir faire de cet artisan qui sait aussi savoir être…
La décision est tombée. Déception des uns, contentement des autres, compréhension de tous. Il n’y aura pas de braderie de Lille cette année en 2016.
Notez bien qu’on dit « la braderie de Lille », et non pas « la braderie à Lille », ou « la foire », tant cette manifestation est- était ? – unique en Europe : mélange de commerçants attitrés et de « bradeux » amateurs, amateurs de moules frites, amoureux de brocante, promeneurs et flâneurs de toute la région et d’une partie de l’Europe du Nord. Pourtant, le caractère de cette foire dont on peut déplorer l’annulation un peu tardive – Michèle et Josette avaient déjà rempli leur camion de « vieuseries » qui leur auraient rapporté de quoi se payer des vacances à Stella Plage l’année prochaine et les restaurateurs, et autres professionnels, avaient déjà assuré leurs commandes aux fournisseurs – ne prend sa forme que dans un passé très récent…
Watteau, La Braderie de Lille, 1799-1800.
La foire ou « franche foire », qui avait lieu à Lille au Moyen Age, se tenait juste après le 15 août sur la Place du Marché (actuelle Place du Général de Gaulle) et réunissaient des commerçants qui pouvaient y vendre exceptionnellement leurs produits. Du tissu essentiellement. La première dont on garde une trace grâce aux chroniques de Galbert de Bruges, remonte à 1127. Cette foire de Lille était à ce titre une foire aussi courue à l’époque que celle d’Ypres, de Bruges, de Torhout ou de Messines. Lille était flamande à l’époque…
Une foire au Moyen Age. On y vendait essentiellement du tissu.
La foire se développe durant le Moyen Age. Elle est rendue possible par l’amélioration des routes qui mènent aux grandes villes flamandes. En 1446, deux marchands, Godin Maille et Pierre Tremart, s’installent sur la place et vendent autre chose que du tissu : des volailles et des harengs. En flamand, « rôtir » se dit « braden » ; le mot « braderie » semblerait donc tirer son origine du poulet rôti et non pas des moules frites…
La foire devient vide grenier au début du XVIème siècle (en 1523) : les domestiques obtiennent l’autorisation de leurs patrons de vendre de menus objets usagés… Un siècle plus tard, les voies d’accès s’améliorent et le commerce se développe plus facilement. Les marchands n’attendent plus les foires pour se répandre sur les marchés… La foire de Lille voit son public se colorer d’artistes ambulants qui donnent un air de fête à cette manifestation de plus en plus populaire.
Au XIXème siècle, des bourgeois et des camelots venus d’autres bourgades viennent à Lille vendre leurs objets. Et c’est à la fin du XIXème siècle que les frites apparaissent ! Avec les forains qui viennent de plus en plus nombreux, apportant avec eux l’électricité, les frites en cornet et la fête. Évidemment les deux conflits mondiaux et la reconstruction voient se ternir cette manifestation qui refleurit avec les Trente Glorieuses. On vient à la braderie de Lille aussi pour consommer autrement, pour acheter de l’ancien ou du pas cher. Sorte de réaction à la fièvre de consommation de ces années d’opulence économique…
La moule frite lilloise est une quadragénaire qui se porte bien. Et gageons que l’annulation de la braderie cette année n’empêchera pas le tissu populaire de se reformer autour des monceaux de coquilles vides devenus symboles d’une convivialité qui ne veut pas se perdre…
On veut nous faire croire à une guerre de religions. On veut nous monter les uns contre les autres. Le crime commis hier sur la personne de Jacques Hamel, prêtre de 85 ans, à l’heure de la messe, au milieu de sa petite communauté dans cette église de Saint Etienne-du-Rouvray, en Normandie, ne relève pas de la guerre au nom d’une religion. C’est le meurtre d’un barbare qui ne connaissait même pas une sourate du Coran ! Des jeunes gens dans une dérive psychologique, affective, culturelle au sens large, se jettent sur les épaules le manteau du crime au nom de Daesh pour exister, et être reconnus au moins une fois dans leur vie… Ce n’est pas une guerre de religions. Au secours Voltaire…
Jacques Hamel.
TRAITÉ SUR LA TOLÉRANCE, VOLTAIRE
CHAPITRE XXIII
PRIÈRE À DIEU.
Ce n’est donc plus aux hommes que je m’adresse ; c’est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes, et de tous les temps : s’il est permis à de faibles créatures perdues dans l’immensité, et imperceptibles au reste de l’univers, d’oser te demander quelque chose, à toi qui as tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels, daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre nature ; que ces erreurs ne fassent point nos calamités. Tu ne nous as point donné un cœur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger ; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère ; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules,entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et si égales devant toi ; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution ; que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer supportent ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil ; que ceux qui couvrent leur robe d’une toile blanche pour dire qu’il faut t’aimer ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire ; qu’il soit égal de t’adorer dans un jargon formé d’une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau ; que ceux dont l’habit est teint en rouge ou on violet, qui dominent sur une petite parcelle d’un petit tas de la boue de ce monde, et qui possèdent quelques fragments arrondis d’un certain métal, jouissent sans orgueil de ce qu’ils appellent grandeur et richesse, et que les autres les voient sans envie : car tu sais qu’il n’y a dans ces vanités ni de quoi envier, ni de quoi s’enorgueillir.