CAVIAR, POISSON STAR

« Mémoire d’éléphant, voix cristalline, écailles scintillantes et sourire bright ». Voici le portrait de Caviar, star du dernier opus pour la jeunesse de Justine Jotham. Et pourquoi pas faire chanter un oiseau plutôt ? Trop facile ! Faire chanter un poisson, voilà un défi à la hauteur des talents de l’auteure dunkerquoise. Et défi relevé ! Depuis le 7 février dernier, Caviar chante et enchante tous ses lecteurs et a trouvé sa place dans la collection « Nos amies les sales bêtes » des Editions du Poulpe. Caviar… pas si sale et pas si bête que ça…

Portrait de Caviar, poisson star.

Caviar poisson star, c’est d’abord une photographie intéressante de notre société… Un père macho qui travaille beaucoup, Jean Bernard. Une maman qui travaille beaucoup, aussi, Prunelle… Une grand-mère qui ne s’entend pas avec son gendre et atteinte de la maladie d’Alzheimer, Mémé. A l’école, c’est pas mieux. Madame la Directrice ne connaît pas la bienveillance. Quand Léopold apporte son poisson en classe, elle invite les autres élèves à se moquer de ce pourtant si touchant duo. On appelle ça du harcèlement aujourd’hui. Ici, il est même encouragé :

« Caviar ? HA HA HA ! Vous avez entendu ça, les enfants ? Qu’est-ce que c’est que ce nom ?

– Bouh ! Léopold ! La honte ! HA HA HA !!! HA HA HA !!! s’esclaffent les élèves en pointant du doigt le marmot dépité.

Léopold observe ses pieds et ses baskets trop petites aux lacets défaits. Défait, il l’est aussi – abattu, rompu, vaincu. Ses iris joliment bleutés se noient dans les larmes et son regard est vague et translucide. Je sais bien que, par principe, je n’aime pas les mouflets, mais Léopold est différent dans sa fragilité. Différent…

Justine Jotham a des souvenirs malheureux de l’école maternelle, nous confie t elle… Enseignante quelques années en collège, elle a eu le temps de se forger une opinion : « Je ne suis pas sûre que les enfants soient heureux à l’école, heureux de ce qu’on leur propose. Malgré l’illusion de « bienveillance, d’ « ouverture »  » et de « confiance »…

Justine Jotham, Maître de Conférences en Littérature à l’ULCO Dunkerque, et auteure jeunesse.

Sous la plume de Justine, c’est Caviar qui raconte. Star de la chanson. Et star du récit. Poignante, la solitude du petit Léopold. C’est Mémé, qui perd la boule, et Goldy, rebaptisé Caviar, qui vont, vous l’avez compris, combler ce vide affectif.

Goldy, c’est son premier nom, nom d’artiste, du temps où il partageait la vie et la scène avec Miss Silver, vedette de la chanson, apporte gaieté et amour dans la vie du petit héros. Chaque chapitre s’ouvre en musique… Et on s’amuse à reconnaître ici ou là des airs connus cachés dans les paroles retravaillées de Caviar Poisson Star :

« C’est la java des aieux,

La plus belle des ritournelles… »


Comme chez Beaumarchais, tout finit avec de l’amour et des chansons…

Mais chut ! Je n’en dis pas plus. A vous de découvrir l’histoire…

Caviar… à déguster !

Un narrateur chanteur. Une auteure musicienne. Cela va de soi. Tromboniste à l’Orchestre Semper Fidelis, Justine Jotham voue une adoration pour Le Lac des Cygnes de Tchaïkovski. Elle passe du temps sur sa batterie électronique ; la Mémé de Léopold est d’ailleurs percussionniste sur batterie… de cuisine ! Cette Mémé est attachante dans sa folie douce ; elle est née des souvenirs que Justine a de sa propre grand-mère, qu’ un AVC a rendue aphasique, mais qui gardait une mémoire intacte pour fredonner les chansons de carnaval…

Pédagogue née (elle est Maître de Conférence en littérature à l’ULCO Dunkerque), Justine met aussi un point d’honneur à parsemer son récit de références scientifiques, littéraires, et culturelles d’une manière générale. Et toujours avec humour… Ainsi Caviar est un « cyprin doré », non un vulgaire poisson rouge, et son anatomie est détaillée au fil des pages, entre « branchies », « ouies » et « mâchoires pharyngiennes ». On apprend dans la bonne humeur que « ce qui monte doit nécessairement redescendre », et les notes de bas de pages sont succulentes :

Méphistophélique : adjectif qui veut dire diabolique, mais j’aime bien ce mot, parce qu’il fait peur et que ça en met plein la vue (…)

« les vieilles personnes qui « se hâtent avec lenteur » : c’est ce que dit La Fontaine de La Tortue qui se mesure au Lièvre dans sa fable (…)

« Alzheimer a ses raisons que la raison ignore, disait le philosophe… »

Le texte se suffirait à lui-même, Justine jouant aussi sur la taille et la morphologie des caractères utilisés… Mais il est rehaussé par les illustrations de Perceval Barrier, qui a su, sans concertation nous a confié Justine, trouver les images collant parfaitement aux mots…

Bref, ce récit, comme les précédents, est un régal pour les lecteurs de 7 à 77 ans. Vous ne connaissez pas les précédents ?! Allez vite voir, pour découvrir Qui veut la peau d’Otto Dafé ? Et ici vous serez tentés par les aventures de Zénobie Abernathy, dont le tome 2, A la Recherche du Big Louchard, est sorti récemment…

La suite des aventures de Zénobie Abernathy…

Et pour rencontrer la belle Justine, insomniaque qui écrit, pour peupler ses nuits et les imaginations de ses lecteurs de personnages plus attachants les uns que les autres, allez voir dans les librairies de la région… Elle s’y promène pas mal en ce moment…

Justine Jotham est à La Mare aux diables à Dunkerque, samedi 16 février. L’événement : ici.

Le site des Editions du Poulpe : .

La Page Facebook de Justine Jotham : ici.

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