JULES VERNE ET TATI AU PAYS DE MERVEILLE

Ils sont 15 ado. De 11 à 15 ans. Et ils se sont emparés de l’univers de Jacques Tati avec une audace folle. Il faut dire qu’ils sont dirigés par la main expérimentée de Brigitte Mounier, directrice de La Cie des Mers du Nord. Et certains fréquentent l’atelier théâtre de leur professeure, Mme Tricot, depuis leur arrivée en 6ème, au collège. Jules Verne, de Grande Synthe. Pourquoi Jacques Tati ? Parce que la Galerie Robespierre propose jusqu’au 10 novembre une exposition haute en couleurs : Monsieur Hulot s’expose, de David Merveille, illustrateur, qui s’est emparé du petit monde cinématographique de Tati pour réaliser des œuvres uniques. Et c’est dans ce cadre, entre Jour de Fête et Les Vacances de Monsieur Hulot, que les élèves de l’Atelier Scène vont clôturer l’expo. Suivez le guide…

Monsieur Hulot s'expose, David Merveille, Galerie Robespierre, Grande Synthe.
Monsieur Hulot s’expose, David Merveille, Galerie Robespierre, Grande Synthe.

L’EXPO

David Merveille vit à Bruxelles. Il travaille principalement pour l’édition jeunesse, la publicité et la presse. Son univers graphique coloré, emprunt d’insolite et de fantaisie, s’exprime dans de nombreux albums pour enfants édités. Il a commis avec Zidrou, (auteur de l’élève Ducobu), plusieurs titres dont Le Nid (éd. du Rouergue), Sapristi (éd. Mijade) et avec Jean Van Hamme Un si petit Hippopotame (éd. Mijade).
Son goût pour le burlesque, l’observation et le souci du détail, le pousse tout naturellement vers l’univers de Jacques Tati, auquel il rend hommage en 2006 en réalisant  Le Jacquot de Monsieur Hulot  aux éditions du Rouergue, un superbe livre jeunesse sans texte, un petit bijou d’humour et de poésie.

Le Jacquot de M. Hulot, David Merveille.
Le Jacquot de M. Hulot, David Merveille.

Ce livre a reçu plusieurs récompenses dont le Prix Québec/Wallonie-Bruxelles 2007. Parallèlement à son travail d’auteur-illustrateur, David Merveille enseigne depuis 1996 à l’Institut St Luc de Bruxelles. Son blog : ici.

Dessins de David Merveille
Dessins de David Merveille

Ce Bruxellois est un amoureux de l’univers de Tati. De son burlesque. De ces absurdités, entre monde moderne et monde ancien. Entre indifférence froide  et chaleur humaine. Tati, qu’on a pu considérer comme le Chaplin ou le Keaton français, a pointé les contradictions de notre monde contemporain. Et a imprimé pour l’éternité la silhouette de ce grand homme au chapeau et à la pipe vissée au coin de la bouche.

L’univers de Tati est extrêmement sonore. Celui de Merveille est muet : images, traits, couleurs… et pas de mots ! Alors, les élèves de l’Atelier Scène du Collège Jules Verne de Grande Synthe ont décidé de remplir de mots et de bruits, à l’instar du grand Tati, les images de Merveille…

 Jacques Tati et "son" Monsieur Hulot...
Jacques Tati et « son » Monsieur Hulot…

CECI EST UNE PIPE

Triptyque, cet « objet théâtral » reproduit d’abord la sphère cinématographique de Tati : personnages caricaturaux, chorégraphies gestuelles et sonores, dialogues inspirés de Mon Oncle ou de Jour de fête. La parole se démultiplie ensuite pour rappeler à quel point la bande son des films de Tati est la pierre angulaire de chacun de ses  films. Et les apprentis comédiens, bruiteurs et doubleurs le prouvent enfin, dans une démonstration « artisanale » et ludique…

Séance de répétition à la Galerie Robespierre de l'Atelier Scène, octobre 2016.
Séance de répétition à la Galerie Robespierre de l’Atelier Scène, octobre 2016.

Pour passer de l’autre côté du miroir, et rencontrer Merveille, Tati et Jules Verne, rendez-vous le jeudi 10 novembre 2016, à 18h30, à La Galerie Robespierre, Place de L’Europe à Grande Synthe.

Les infos...
Les infos…

Entrée libre. Réservation souhaitée au 03 28  28 90 20

Page Facebook de David Merveille : ici.

Page Facebook de La Cie des Mers du Nord : là.

Site de la Cie des Mers du Nord : ici.

Site de la Galerie Robespierre : là.

image 1image 2image 3images 4, 5, 6 et 7image 8 – images 9 et 10 : Le Mag@zoom

LOLA, BACHIR, GRETEL ET KNUT, ET TOUS LES AUTRES…

Si vous avez raté ce petit bijou de spectacle en mai dernier, rattrapage ce samedi, le 10 septembre. Ils sont 14, de 14 à  31 ans. Ils sont motivés, joyeux, investis. Parce qu’ils portent sur scène, et parfois pour la première fois, la parole de leurs parents. L’histoire de leur famille. La trajectoire de leurs anciens. La destinée d’une infime part d’humanité. Qui a les visages de toute l’humanité. Ils sont 14. Et ils sont les chaînons marquants des générations X, Y et Z, qui se succèdent, qui migrent, à travers les territoires et les années, riches de leurs mythologies familiales. Pour entendre cette parole bouleversante, rendez-vous au Palais du Littoral le samedi 10 septembre à 20h.

Youmni Aboudou, Caroline Desmet, Laure Diacre, Clara Dubuis, Victor Gosset, Lison Graszk, Dine Halifa, Séphora Henni, Anush Kazarian, Nina Lachery, Mehdi Laidouni, Hélène Vanden Bril, Florian Dupré-Degrave et Kalid Bazi sont nés à Grande Synthe, à Saint Pol sur Mer, à Dunkerque ou à Gravelines. Ils sont les acteurs choisis par Brigitte Mounier, Directrice de la Compagnie des Mers du Nord et metteure en scène, pour ce projet européen qui dépasse largement les frontières de l’Europe. Parler des migrations. Simplement. Sans polémique. En s’attachant au vécu des êtres. De septembre à décembre 2015, ces jeunes ont écrit leur histoire. Sont remontés le long de leur arbre généalogique pour explorer les ramifications. Françaises, maghrébines, portugaises, italiennes, polonaises, biélorusses, arméniennes, éthiopiennes, malgaches, comoriennes.

En 2008, 3,1 millions de personnes âgées de 18 à 50 ans, nées en France métropolitaine, sont enfants d’immigrés. La moitié d’entre elles ont moins de 30 ans. 50 % ont deux parents immigrés, 20 % sont descendants d’immigrés uniquement par leur mère et 30 % uniquement par leur père. La moitié des descendants directs ont un parent immigré né en Europe et quatre sur dix sur le continent africain, essentiellement au Maghreb. Les descendants les plus jeunes ont des parents d’origines plus variées et plus lointaines. Les enfants d’immigrés de 18 à 30 ans ont une fois sur deux une ascendance africaine. Près du quart des descendants ayant la nationalité française ont au moins une autre nationalité. Pour la grande majorité des descendants, la langue française a été transmise dans leur enfance par au moins un de leurs parents. À la génération suivante, les descendants devenus eux-mêmes parents parlent français avec leurs enfants vivant en France, dans 99 % des cas. Source : INSEE. Le site : ici.

Les origines des personnages sont très diverses.
Les origines des personnages sont très diverses.

Donner chair aux statistiques. C’est ce qu’avait déjà fait Brigitte Mounier en 2003. Synthe Saga : spectacle qui donnait la parole aux grands-parents et aux parents. Aux pionniers de l’immigration. Parfois à leurs enfants. Encore petite, Lison, qu’on retrouve aujourd’hui, n’avait que 6 ans à l’époque. Kalid était tout jeune aussi. Il en a fait du chemin depuis. Acteur professionnel et réalisateur. Beau parcours au service des arts. Mais ce n’est pas que leur chemin à eux qui est évoqué sur la scène du Palais du Littoral. C’est plutôt la croisée des chemins. Des questionnements. D’où viennent leurs parents et les parents de leurs parents ? Est-ce qu’ils se sentent Français, et qu’est-ce ça signifie pour eux ? Quel regard portent-ils sur les migrants d’aujourd’hui ? Avec leurs mots et leurs sensibilités, ils répondent à ces questions difficiles. Quand on les pose d’ailleurs à la metteure en scène, elle répond avec un sourire dans la voix :

Je suis une Méditerranéenne aux yeux bleus. Être française, pour moi, ce n’est pas seulement me sentir appartenir à un territoire, c’est surtout défendre les valeurs de la République, c’est diffuser et faire rayonner son message d’humanité.

Humanité. C’est ça qui est joué. Et chanté aussi. Et chorégraphié. Brigitte Mounier a fait appel à la remarquable cheffe de chœur  Nadège de Kersabiec : formée à la Maîtrise de Radio France et ayant chanté auprès des plus grands, elle revisite avec les jeunes acteurs des chants traditionnels des régions d’origine et réserve des surprises polyphoniques prometteuses. Thierry Duirat, comédien, musicien et danseur,  s’est chargé de la maîtrise du geste. Entre Tanz Theater et chorégraphie, les corps évoluent avec les mots et les histoires.

De jeunes acteurs bouleversants...
De jeunes acteurs bouleversants…

Lola, Bachir, Greta, Knut et les autres sont d’ici et d’ailleurs. Et leurs histoires ont engendré d’autres projets en Europe. Le KJT de Dortmund, sous la direction de Andreas Gruhn, travaille parallèlement sur un spectacle du même type. Pour faire entendre la voix des migrants d’Allemagne. C’est la même volonté en Suède et au Portugal. De la volonté, il en faut pour désarçonner les idées reçues et la langue de bois sur ce thème. Générations X, Y et Z, dans toutes les langues, ils sont, comme le dit Brigitte

ceux qui représentent l’avenir, de jeunes gens en construction, ces générations à qui nous allons léguer notre « bazar ».

Bazar ou crise. S’inspirant de l’antifasciste et humaniste Antonio Gramsci, une parole du spectacle accroche la pensée :

Il faut allier le pessimisme de l’intelligence à l’optimisme de la volonté.

Ajoutons celle-ci, de ce même intellectuel visionnaire, qui permet de comprendre pourquoi des spectacles de ce type sont plus que nécessaires :

La crise consiste dans le fait que l’ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître. Dans ce clair obscur surgissent les monstres.

Pour dompter les monstres, allons écouter la parole joyeuse, colorée et essentielle de Lola, Bachir, Gretel et Knut, jeudi 19 et vendredi 20 mai, à 20h, au Palais du Littoral de Grande Synthe. 03 28 21 66 00.

Le site de la Compagnie des Mers du Nord : ici.

La page Facebook de la Cie des Mers du Nord : là.

Merci à Brigitte Mounier de nous avoir confié les photos.

FUKUSHIMA, TERRE DES CERISIERS

Vendredi 11 mars 2011. Début d’après-midi. Fukushima. Japon. La terre tremble. La mer mugit. Et c’est la catastrophe. Nucléaire. Fukushima, Terre des cerisiers raconte la descente aux enfers du peuple nippon. Largement inspiré du livre de Michaël Ferrier, Fukushima, Récit d’un désastre, le spectacle de Brigitte Mounier de la Compagnie des Mers du Nord, se jouera à La Verrière les 27, 28 et 29 novembre prochains. A ne pas manquer. Un avant-goût ici.

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UNE CATASTROPHE ANNONCÉE

Les dangers du nucléaire, ce n’est pas la première fois que Brigitte Mounier, de la Compagnie des Mers du Nord,  en alerte le public. Reflets du monde, novembre 2013 ; Tchernobyl mon amour, avril 2014,  mise en scène de La Supplication, livre dans lequel la journaliste russe, prix Nobel de Littérature 2015, Svetlana Alexievitch rapporte avec émotion les récits des témoins de la tragédie nucléaire de Tchernobyl. Voir à ce propos, dans le webzine xyetz.com,  notre article Tchernobyl Grande Synthe. Cette fois, elle frappe plus fort encore, les consciences, en adaptant l’essentiel de Fukushima, Récit d’un désastre de Michaël Ferrier. « Cela fait 80 millions d’années que ces plaques [les plaques tectoniques] se frictionnent. Aujourd’hui, ce vieux conflit s’est réveillé. Les répliques s’enchaînent à une cadence folle. La terre tremble. La terre tremble. Le vendredi 11 mars : 78 séismes. Le samedi 12 mars : 148 séismes. Le dimanche 13 : 117 séismes. (…) Paul Claudel, lui, trouve pour le dire les mots justes et l’image exacte : ″A tout moment, à midi, au théâtre, pendant le repas, la main mystérieuse intervient. Elle saisit le Japon au collet, elle lui rappelle qu’elle est là.″ Ici, en une semaine, on en est à plus de 400 répliques. Un tremblement de terre magnitude 5 minimum toutes les 17 minutes… Et c’est dans ce pays qu’on a construit 54 réacteurs nucléaires. » Ce sont les mots de l’auteur, repris par Brigitte Mounier pour dire l’essentiel du message qu’elle veut transmettre au public. L’inconscience meurtrière de ceux qui ont installé des centrales nucléaires sur une terre fragile. Ce mois de mars 2011, les éléments se déchaînent sur le Japon : la terre tremble, un tsunami engloutit tout ce qui vit sous un déluge d’eau, le feu brûle infiniment dans les réacteurs de la centrale, et l’air qu’on respire devient poison, et tue lentement.

A mother and her daughter offer prayers for victims of the March 11, 2011 earthquake and tsunami disaster at a seaside which was damaged by the disaster in Iwaki, Fukushima prefecture, March 11, 2012, to mark the first anniversary of the earthquake and tsunami that killed thousands and set off a nuclear crisis. REUTERS/Kim Kyung-Hoon (JAPAN - Tags: ANNIVERSARY DISASTER)
Un an après la catastrophe, une mère et sa fille prient pour les victimes du 11 mars. REUTERS/Kim Kyung-Hoon (JAPAN – Tags: ANNIVERSARY DISASTER)

« L’île principale de l’archipel semble avoir glissé de plus de deux mètres et l’axe de rotation de la Terre s’être déplacé de dix centimètres, alors imaginez ce qui s’est passé avec les maisons (..) le séisme du Tohoku a libéré une énergie 24 mille fois plus forte que la bombe atomique larguée en 1945 à Nagasaki. » Les mots disent l’énormité, l’aberration, l’horreur aussi vécue pas les populations victimes à la fois du cataclysme naturel et de la catastrophe nucléaire. Mettre en scène l’énormité, l’aberration et l’horreur, c’est le pari de Brigitte Mounier.

MISE EN SCÈNE D’UNE CATASTROPHE

Une année de préparation. Une année d’imprégnation du texte. Des trouvailles techniques ingénieuses. 1h15 seule en scène. Une performance d’actrice remarquable, servie par une chorégraphie époustouflante, composée par Antonia Vitti, partenaire de Carolyn Carlson. Un spectacle en trois tableaux. Comme un haïku que l’on découvre vers après vers. Ou comme un éventail qui se déplie. La Terre. La Mer. Le Ciel. Ou comment le monde devient fou. Baudelaire et Claudel se cassent la figure de la bibliothèque. Des bouts du ciel nous tombent sur la tête. Les murs tremblent. Le sol tangue. Tout est sens dessus dessous. Et la mer vient engloutir le tout. Comment montrer la vague haute de trois étages ? Comment montrer ce déferlement vertigineux : la vitesse d’un tsunami est de 360 km /h pour 1km d’eau ; à 5 km du rivage, les vagues sont encore à 800 km/h … à 500 mètres, c’est l’équivalent d’un TGV ( 250 km/h) qui se lance sur la plage… Comment montrer « les corps, les cris, la lente agonie (..) le bruit de l’eau (…) l’écharpe de boue, la strangulation liquide » les amas de voitures, de bateaux, de maisons, les objets, le verre, le bois, les métaux, toutes ces choses du quotidien des hommes entremêlées dans une danse stagnante et macabre. Comment ? Un aquarium. Sur scène Déroutant. Étonnant. Confondant. Le corps de l’actrice immergé montre tous ces cadavres à la dérive d’un déluge qui charrie êtres et choses dans son cortège boueux et funèbre.

affiche spectacle

Entre poésie et crudité, entre douceur et violence, entre cerisiers en fleurs et eau stagnante, Brigitte Mounier évolue avec grâce et fermeté pour dénoncer la folie des hommes. Pour éveiller les consciences.

Il faut lire le récit de Michaël Ferrier, paru aux éditions Gallimard en 2012, et disponible en format de poche. Il faut courir voir le spectacle de Brigitte Mounier, vendredi 27, samedi 28 et dimanche 29 novembre prochains au Théâtre de La Verrière, à Lille. Gageons que Fukushima, Terre des cerisiers provoque, lui, le séisme des consciences…couverture du livre

Le site de la Compagnie des Mers du Nord, avec une présentation du spectacle : ici.

La Page Facebook de La Compagnie des Mers du Nord : .

Le site du théâtre de La Verrière : par ici.

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