
La première carte de vœux est anglaise et date de 1843…
Le Mag@zoom vous souhaite une belle année 2017 : santé, paix et lumière…
Il s’appelle M…z. Il a 15 ans. Un visage d’ange. Une voix d’ange. Doux comme un agneau. Qu’on mène au sacrifice, pour l’heure… Son histoire ? Elle ressemble à toutes celles, bien tristes, de réfugiés dans l’attente. L’attente. D’un regroupement familial. D’un miracle de l’administration française pour qu’elle accélère le traitement d’un dossier, le sien, parmi des centaines d’autres. L’attente d’un rêve : celui de pouvoir serrer enfin dans ses bras une maman qu’il n’a pas vue depuis des mois. Et 4 petites sœurs qu’il n’a pas vues grandir… Il attend ce miracle qui ferait que l’administration française à travers les papiers, tampons, et autres courriers et récépissés, voie enfin les visages de réfugiés en souffrance, la détresse d’une famille écartelée…
Son français est de moins en moins hésitant. Il en a faits, des progrès, depuis un peu plus d’un an qu’il est scolarisé au collège Jules Verne de Grande Synthe. Il a des ami(e)s. Il aime l’école. Il travaille beaucoup. Il veut réussir. Son grand projet ? Intégrer un jour Sciences Po. Il est bien intégré en somme. Et il est soutenu. Par ses camarades. Et par ses professeurs. Notamment par Caroline Riedi, professeure d’anglais, qui a pris à bras le corps la détresse qui gagne Momtaz depuis quelques semaines. Qui s’est alarmée de la tristesse qui grandit chez cet adolescent originaire de la province de Nangarhar en Afghanistan. De Bessoud plus exactement. Petite ville jamais vraiment tranquille, comme le reste du pays du reste.

Pays pris en étau entre les combattants de Daesh d’un côté, qui veulent étendre leur État Islamique jusque dans les zones les plus reculées ; et les Talibans, qui n’ont jamais vraiment renoncé à leur emprise depuis l’intervention d’une coalition internationale en 2001. Pays qui n’a jamais vraiment connu la paix depuis son invasion par l’URSS en 1979, tiraillé aujourd’hui entre ces extrémismes de tous bords, al Qaïda s’invitant dans la ronde des combats et des attentats toujours plus meurtriers… Attaque suicide contre un consulat allemand, le 11 novembre. Explosion meurtrière dans la base militaire de Bagram, le 12 novembre. Explosion dans une mosquée chiite de Kaboul, le 21 novembre. Les Nations unies décrivent une situation « alarmante » en Afghanistan. Le pays enregistre, au 30 novembre 2016, un nouveau record de plus d’un demi-million de civils déplacés depuis le début de l’année, fuyant la violence et les combats. Plus du double comparé à 2014.

Et c’est dans cette poudrière que vivent les 4 petites sœurs de M…z. Et c’est vers cette terre ensanglantée par la terreur que la maman de M…z a décidé de retourner, il y a peu, pour tenter de récupérer ces 4 filles…
Alors M…z a écrit. Aux différents services de l’administration française. Au Ministère de l’Intérieur, à la Direction de l’Immigration, à la Sous-Direction des Visas, Bureau Familles. À l’Office Français des Réfugiés et Apatrides. À l’Ambassade de France à Kaboul. Il frappe à toutes les portes de cette forteresse kafkaïenne, pour y raconter son histoire :
Bonjour Madame, Monsieur
Nous sommes arrivés en France le 19 septembre 2015 avec mon frère I…H et ma mère F…A A…B par regroupement familial. Mon père est arrivé en France 2010. Mes sœurs sont en Afghanistan parce qu’elles ne sont pas déclarées réfugiées. Mon père qui ne connaissait pas le fonctionnement de l’administration française, a eu peur de demander le regroupement familial en même temps pour tous ses enfants, car il avait peur que tous ses enfants soient refusés parce que nous sommes 6. Il pensait qu’avoir 4 filles et 2 garçons était mal vu en France. Il pensait même que ma mère, mon frère et moi ne viendrions jamais parce qu’il ne comprend pas. La culture Afghane et la culture Française sont différentes. Ma mère est repartie en Afghanistan pour rester avec mes sœurs, car si un enfant est éloigné de ses parents, il est en danger, menacé directement par Daech. Ma mère me manque , mon frère I…H est triste , il pleure tous les soir. Nous aimerions retrouver notre mère et nos sœurs. Mes professeurs disent que je travaille très bien, je trouve que je comprends le mieux en mieux, mais les problèmes de papiers et ma tristesse m’empêchent de travailler comme je le voudrais. J’aimerais tellement que mes sœurs et ma mère nous rejoignent.
Dans l’espoir d’une réponse favorable de votre part, je vous prie l’agréer, Madame, Monsieur l’expression de mes salutations distinguées.


M…z n’a pas de jolis souvenirs d’enfance. Il ne lui reste de l’Afghanistan que des images de guerre. Quand on lui demande ce qu’il souhaiterait pour l’année nouvelle qui s’approche, pour lui et pour le monde, il ne montre aucune hésitation : que sa mère et ses sœurs reviennent, et tout de suite ! Et que le monde vive en paix.
J’ai vu trop de guerres. On ne peut progresser que dans la paix…
Si vous voulez aider M…z, pour que le dossier de regroupement familial soit traité au plus vite, suivez ce lien : ici.
images 3 et 4 : photographies de la lettre originale écrite par M…z confiées par Caroline Riedi. Qu’elle en soit remerciée…
Le 6 décembre, la plupart des pays du Nord de l’Europe fêteront Saint Nicolas… Alors que dans d’autres régions, on attend plutôt, et avec une impatience non dissimulée, la venue du Père Noël. Beaucoup ne s’embarrassent pas de choix cornéliens et fêtent les deux figures tutélaires de l’enfance, de la famille et de la joie. Et si ces deux figures n’en faisaient qu’une… Portraits croisés…
Nicolas est né en Lycie, province d’Anatolie. Bout de la Turquie d’aujourd’hui. Il devient évêque de Myre, ville turque, en l’an 300 de notre ère, succédant à son oncle, lui-même évêque. Jusque là, rien d’extraordinaire. Pourquoi est-il donc devenu aussi populaire dans tout le Nord de l’Europe et dans certains pays des Balkans ? Ce qui rend ce personnage extraordinaire, c’est sa personnalité généreuse et déterminée. D’ailleurs, ce sont souvent les personnalités généreuses et déterminées qui entrent dans la légende. Souvenez-vous de l’autre évêque, devenu saint très populaire lui aussi, Martin, fêté le 10 novembre. Nicolas, lui, ne partage pas son manteau avec un indigent. Mais il partage. Et vient en aide à ceux qui sont dans le besoin. L’histoire, puis la légende, retiennent de lui qu’il a donné trois sacs d’or à son voisin, pour qu’il puisse constituer des dots à ses filles, et leur épargner ainsi la prostitution. On dit aussi qu’il sauva de la famine la ville de Myre en persuadant des marins de se délester d’une partie de leur cargaison de grains.

Il sauve aussi trois jeunes gens injustement condamnés à mort. Il sauve des pêcheurs de la noyade. Et dans la légende que tout le monde connaît, il aurait sauvé trois enfants, découpés en morceaux par un méchant boucher et jetés au saloir pendant 7 ans… Ça, c’est la légende que l’on colporte, mais elle symbolise bien les actes de charité accomplis par l’évêque : le sel de la mer, sel de sagesse que diffuse le personnage. Les 3 enfants symbolisent peut-être aussi l’innocence de ces trois condamnés à mort injustement. Il nourrit, il libère, dans tous les sens des termes, ceux qui le côtoient. Et c’est peut-être pour cela qu’il est devenu le patron de beaucoup de corporations (marins et commerçants, entre autres) et des enfants. Des reliques sont conservées. Notamment une phalange, à Saint Nicolas de Port, en Lorraine, où Saint Nicolas est très populaire.

Le Père Fouettard qui l’accompagne, et qui punit les bêtises quand lui récompense la sagesse, est une invention plus tardive. Il rappelle le boucher de la légende. On raconte que ce sont les Lorrains qui auraient inventé la figure de son alter ego maléfique, Rubbelz, «Robert à la fourrure», que les Belges appellent Zwarte Piet. Enfin, la monture de l’évêque ajoute encore à l’humilité du personnage : l’âne de Saint Nicolas est aussi célèbre que celui de Jésus ou celui de Saint Martin… Il n’est pas trop tard pour que vos enfants écrivent une lettre à ce saint si populaire : un service de la poste belge leur répondra volontiers… Voici l’adresse : Saint Nicolas, Rue du Paradis no 1, 0612 CIEL…
Après la Réforme protestante survenue au XVIe siècle, la fête de Saint Nicolas est abolie dans certains pays européens. Les Hollandais conservent cependant cette ancienne coutume catholique. Au début du XVIIe siècle, des Hollandais émigrent aux États-Unis et fondent une colonie, « Nieuw Amsterdam » qui, en 1664, devient New York. En quelques décennies, cette coutume néerlandaise de fêter la Saint-Nicolas se répand dans ces jeunes États. Pour les Américains, Sinter Klaas devient rapidement Santa Claus. Et on le fête de plus en plus tard, les catholiques du Nouveau Monde associant ce saint préféré des enfants à la fête de Noël. En 1821, un pasteur américain, Clément Clarke Moore écrit un conte de NOËL pour ses enfants. Un personnage sympathique y apparaît, dodu, jovial et souriant… Ainsi naît le Père Noël, dans son traîneau tiré par huit rennes. La mitre de Saint Nicolas devient bonnet, la crosse sucre d’orge. Et l’âne est remplacé par 8 rennes fringants. En 1860, Thomas Nast, illustrateur et caricaturiste au journal new-yorkais Harper’s Illustrated Weekly, revêt Santa-Claus d’un costume rouge, garni de fourrure blanche et rehaussé d’un large ceinturon de cuir. C’est Coca Cola, en 1931, qui popularise la figure du Père Noël, telle que nous la connaissons aujourd’hui, dans une campagne de publicité incitant à consommer sa boisson gazeuse même en hiver…

Saint Nicolas et le Père Noël offrent des cadeaux… Le nôtre ? Cette Cantate pour Saint Nicolas écrite par Benjamin Britten en 1948 pour le centenaire du Lancing College :
Moteur demandé. Ça tourne au son. Ça tourne à l’image. Annonce. Quai du Prélude, séquence 20, plan 1, 1ère. Sileeeennnnce…. Action ! Et ça tourne. Dans tous les sens du terme. Sur le Môle 1. Dans les rues de la Citadelle. Dans les couloirs de l’ULCO – La Piscine. Dans l’espace cabaret aménagé près du bar. Sur la scène. Autour de Félix Létot, le réalisateur, pour poser câbles, combo et autre mandarine. Film noir. Quai de pluie, piano bar et tontons flingueurs. Quai du Prélude… Vous avez raté la projection d’avril. Novembre vous rattrape. Ambiance…

Régulièrement, l’Atelier culture de l’ULCO, La Piscine, offre la possibilité à des jeunes, et moins jeunes, passionnés de pratiques artistiques de travailler avec des professionnels sur un projet. Danse. Théâtre. Chant. Et cinéma, cette fois, avec Félix Létot, jeune réalisateur, pionnier de XILEF Productions.

Félix a réuni une trentaine d’étudiants autour d’un projet de film. QUAI DU PRÉLUDE. Un projet dans sa totalité : écriture du scénario, tournage, montage, mixage. Scénaristes, dialoguistes, décorateurs, accessoiristes, costumiers, preneurs de son, preneurs d’images, intendance… Il en faut, du monde, sur un tournage… On comprend l’importance, et la longueur, du générique. Pierre et JC au son. Pablo, partout où il faut un technicien. Donc partout. Vincent le chef op. Et puis les premiers rôles, tenus par des acteurs professionnels : Maxence Cambron et Christophe Jean. Et tous les autres, amateurs, amoureux, invités dans l’aventure. Conscients de cette chance exceptionnelle d’être dirigés par des pros.



Amateurs. Des vrais. Des amoureux. De la scène. De la toile. Du jeu. Du voyage devant et derrière la caméra. Entre octobre 2015 et mars 2016, entre écriture du scénario et tournage, ils se sont trouvés et retrouvés pour réaliser ce film : Quai du Prélude. Une production XILEF. Sous la houlette bienveillante, ingénieuse et pédagogue de Félix Létot.
Meurtres, infidélité, trahison, jalousie, fatalisme : voilà pour les ingrédients essentiels au genre. Ajoutez-y un détective privé de second ordre, cynique et blasé, Alan Bogaerd, alias Christophe Jean, embauché pour une enquête dont les véritables implications lui sont cachées par son commanditaire, Conti, alias Maxence Cambron. Son enquête l’amène à rencontrer une femme fatale qui le manipule et quelques flics dépassés. Le tout dans une ambiance de cabaret, entre piano bar, whisky et numéros à plumes. Et ça donne Quai du Prélude…

Le film sera projeté mardi 22 novembre à 20h, à La Piscine, rue du Gouvernement, Dunkerque.
La page Facebook de Quai du Prélude : ici.
Le site de Xilef Productions : là.
Infos et réservation pour la projection : par ici.
Les photos sont de LAURENT WILLIART, photographe officiel de La Piscine. Qu’il soit remercié !
Soleil et ciel bleu. Comme un clin d’œil chaleureux du temps qu’il fait au temps qui passe, pour accomplir le devoir de mémoire. Comme partout en France, la commune de Coudekerque Branche honore, en ce 11 novembre, ses morts. Morts pour la France. Ceux de Douaumont ou Verdun. Morts pour que nous puissions jouir pleinement de notre liberté. Beaucoup d’enfants et de jeunes associés à cette cérémonie. Parce que cent ans après, quand aucun survivant ne peut plus témoigner, transmettre est essentiel.
ADRIAM Charles, AERNOUT Théophile, BASSIMON Georges, BATTEUR Gaston, BECAM Fernand DEMEESTER Auguste, DEMEULEMEESTER Gustave, FONTAINE Maurice, MARTEAU Lucien MERCIER Arsène, VLASSEMAN Albert, WAESELYNCK Lucien, WASTIAUW Gabriel, WATBLED Marcel
WEEXSTEEN Robert, WILLAERT Charles … Tous Coudekerquois… Et des dizaines d’autres noms… Voilà ce qui reste de la grande boucherie. Une liste de noms, gravés dans la pierre de nos cimetières.

Qui se souvient d’eux ? Leurs descendants savent-ils seulement qu’ils ont existé, qu’ils ont été enfants, qu’ils ont aimé, qu’ils sont partis un jour de grand soleil, la fleur au fusil comme ils disent, et qu’ils ne sont jamais revenus. Jamais. Corps aimés et aimants engloutis par la terre de Verdun ou de Douaumont. Ou d’ailleurs sur l’immense champ de bataille de 14-18, labour des volontés et des enthousiasmes les plus acharnés. Pluie de mitrailles et d’obus. Rats nocturnes effrayants. Jeunesse sacrifiée dans la boue des puissances se partageant un monde en déliquescence. Relisez Dorgelès. Relisez Barbusse. Relisez Céline. Découvrez Au revoir là-haut de Lemaître. Lisez Cris de Gaudé. Ou parcourez simplement les archives de votre commune. Ils prendront alors un peu vie dans votre imagination, ces noms gravés dans la pierre. Elle prendra à nouveau chair, cette chair à canon, peuple d’hommes sacrifiés.

Lisez les lettres de ces poilus. À leurs mères. À leurs fiancées. À leurs femmes. À leurs enfants. Comme l’ont fait les filles et les garçons du Conseil Municipal des Jeunes de Coudekerque Branche. Avec le sérieux qui incombait à cette importante tâche.
28 juin 1916. Mon amour. Je t’écris ces lignes, peut-être les dernières, quelques heures avant de monter à l’assaut. Il s’agit de repousser les Allemands, au prix de n’importe quel sacrifice au-delà du village de Fleury (…) Ni ma main, ni mon cœur ne tremble. Tu sais combien je t’aime. Tous les battements de mon cœur sont à toi, ma tendrement chérie, à nos petits, à l’enfant attendu. Je voudrais vivre pour vous tous, mais si je devais tomber, Dieu pourvoirait à votre bonheur. Car je veux qu’ils vivent, mes enfants, pour honorer la mémoire de leur père, pour le continuer, s’il est besoin, à côté de leur petite mère dont ils sècheront les larmes à force de caresses, tous nos petits anges aimés, y compris celui que tu portes en toi, ma douce et tendre enfant. Reçois un baiser ardent, où je fais passer toute mon âme, toute ma puissance d’aimer, de celui qui n’a jamais, auprès de sa chérie, connu que la joie de vivre. Je pars réconforté et confiant (…) Je te confie et je confie nos petits, Jean, Pol, Bernard, celui ou celle qui naîtra demain, au bon Dieu. Et je demande à ma mère, à mes parents, de se souvenir que si ton mari est mort pour la France, celle qui porte son nom a droit à toute la pitié, ou plutôt toute la justice et à tout l’amour des siens. Armand. France.

Puis le drapeau de la commémoration du 1er conflit mondial fut transmis : d’un jeune du collège La Salle à un jeune du collège du Westhoek. Passation de la flamme. Du souvenir. Et puis les enfants de l’école élémentaire Pagnol ont chanté. La Marseillaise bien sûr. Mais aussi une émouvante chanson qui raconte le quotidien d’un poilu…

Ces jeunes-là, engagés dans la vie de leur cité, savent certainement la chance qu’ils ont de vivre dans un pays en paix. Ils savourent leur chance d’aller à l’école, librement, chaque jour. Ils mesurent leur chance de ne pas devoir quitter leur famille, fusil à l’épaule et fleur au fusil, pour aller disparaître corps et âme dans la boue d’un champ de bataille. Ces jeunes-là le savent certainement. Et ils montrent la voie à d’autres. Commémoration, mémoire. Champ mental du souvenir qui, intact, doit aider à envisager l’avenir pour que plus jamais n’existent les champs de bataille.
Photos du Mag@zoom, sauf image 2.
Ils sont 15 ado. De 11 à 15 ans. Et ils se sont emparés de l’univers de Jacques Tati avec une audace folle. Il faut dire qu’ils sont dirigés par la main expérimentée de Brigitte Mounier, directrice de La Cie des Mers du Nord. Et certains fréquentent l’atelier théâtre de leur professeure, Mme Tricot, depuis leur arrivée en 6ème, au collège. Jules Verne, de Grande Synthe. Pourquoi Jacques Tati ? Parce que la Galerie Robespierre propose jusqu’au 10 novembre une exposition haute en couleurs : Monsieur Hulot s’expose, de David Merveille, illustrateur, qui s’est emparé du petit monde cinématographique de Tati pour réaliser des œuvres uniques. Et c’est dans ce cadre, entre Jour de Fête et Les Vacances de Monsieur Hulot, que les élèves de l’Atelier Scène vont clôturer l’expo. Suivez le guide…

David Merveille vit à Bruxelles. Il travaille principalement pour l’édition jeunesse, la publicité et la presse. Son univers graphique coloré, emprunt d’insolite et de fantaisie, s’exprime dans de nombreux albums pour enfants édités. Il a commis avec Zidrou, (auteur de l’élève Ducobu), plusieurs titres dont Le Nid (éd. du Rouergue), Sapristi (éd. Mijade) et avec Jean Van Hamme Un si petit Hippopotame (éd. Mijade).
Son goût pour le burlesque, l’observation et le souci du détail, le pousse tout naturellement vers l’univers de Jacques Tati, auquel il rend hommage en 2006 en réalisant Le Jacquot de Monsieur Hulot aux éditions du Rouergue, un superbe livre jeunesse sans texte, un petit bijou d’humour et de poésie.

Ce livre a reçu plusieurs récompenses dont le Prix Québec/Wallonie-Bruxelles 2007. Parallèlement à son travail d’auteur-illustrateur, David Merveille enseigne depuis 1996 à l’Institut St Luc de Bruxelles. Son blog : ici.

Ce Bruxellois est un amoureux de l’univers de Tati. De son burlesque. De ces absurdités, entre monde moderne et monde ancien. Entre indifférence froide et chaleur humaine. Tati, qu’on a pu considérer comme le Chaplin ou le Keaton français, a pointé les contradictions de notre monde contemporain. Et a imprimé pour l’éternité la silhouette de ce grand homme au chapeau et à la pipe vissée au coin de la bouche.
L’univers de Tati est extrêmement sonore. Celui de Merveille est muet : images, traits, couleurs… et pas de mots ! Alors, les élèves de l’Atelier Scène du Collège Jules Verne de Grande Synthe ont décidé de remplir de mots et de bruits, à l’instar du grand Tati, les images de Merveille…

Triptyque, cet « objet théâtral » reproduit d’abord la sphère cinématographique de Tati : personnages caricaturaux, chorégraphies gestuelles et sonores, dialogues inspirés de Mon Oncle ou de Jour de fête. La parole se démultiplie ensuite pour rappeler à quel point la bande son des films de Tati est la pierre angulaire de chacun de ses films. Et les apprentis comédiens, bruiteurs et doubleurs le prouvent enfin, dans une démonstration « artisanale » et ludique…

Pour passer de l’autre côté du miroir, et rencontrer Merveille, Tati et Jules Verne, rendez-vous le jeudi 10 novembre 2016, à 18h30, à La Galerie Robespierre, Place de L’Europe à Grande Synthe.

Entrée libre. Réservation souhaitée au 03 28 28 90 20
Page Facebook de David Merveille : ici.
Page Facebook de La Cie des Mers du Nord : là.
Site de la Cie des Mers du Nord : ici.
Site de la Galerie Robespierre : là.
image 1 – image 2 – image 3 – images 4, 5, 6 et 7 – image 8 – images 9 et 10 : Le Mag@zoom
Ils sont nés dans de drôles de choux. À la mode de chez eux, on a entre 2 et 25 ans, et on souffre. De toutes sortes de handicaps et des troubles associés. On fréquente un IEM. Ou pas… On est suivi par un service de soins spécialisés. Et on rêve de vivre avec tout le monde. Comme tout le monde. Alors, pour planter là les indifférents ou les cyniques, tous ces jeunes participent à un événement atypique et exceptionnel : un défilé de mode « hors normes », le 21 janvier 2017, à 18h, au Grand Sud, à Lille. Chacun fait as mode. Défilé hors normes. Défilé énorme.

Chacun fait as mode : voyez dans l’inversion du déterminant peut-être un clin d’œil langagier à la touche toute régionale de cet événement… Ce sont en effet des enfants et des jeunes de l’IEM Jules Ferry de Lille et de l’IEM Dabbadie, à Villeneuve d’Ascq ; des enfants et des jeunes des Services d’éducation et de soins spécialisés à domicile, les SESSD Jean Grafteaux, Les Près, Marc Sautelet basés à Villeneuve d’Ascq encore ; enfin, des enfants et des jeunes venus de tous les coins des Hauts de France, qui sont sollicités pour créer des costumes et les présenter au public. Être créateur et mannequin d’un jour…

Pour de rire. Pour jouer. Car le défilé est un prétexte. Pas une handi fashion, comme il en existe déjà, qui présente des vêtements adaptés aux handicaps. Non. Une excuse pour créer un grand spectacle. Et LMAC (Lille Métropole Arts et Culture), avec à sa tête Audrey Boulfroy, et Le Rêve de Norinia, asso présidée par Catherine Faidherbe, organisent cet événement atypique. Bernard Philippe, fondateur de LMAC, est l’homme orchestre du projet. Ils ont fait appel à d’autres partenaires de jeu pour inscrire ce défilé énorme dans un chouette show tout chaud : Michel Picavet, le compagnon acteur de toujours, qui participait déjà dans les années 1980-1990 aux spectacles de cirque montés à l’époque par les jeunes de feu le foyer Jean Grafteaux, initiés par Bernard Santraine. Père fondateur de la culture et des pratiques artistiques comme vecteurs d’intégration et d’épanouissement des personnes en situation de handicap. Autres partenaires de création : La Compagnie théâtrale La Folle Avoine ; Danse qui veut, compagnie de danse handivalide présidée par Cathy Marin ; le Centre Social et Culturel de L’Arbrisseau ; et les Ambassadeurs de la ville de Lille. Et une invitée surprise : Théodora Marais, miss euro région, qui prendra part au défilé…



Et ce projet, chapeauté de main de maître par Bernard Philippe, successeur et disciple de Bernard Santraine, est rendu possible par des mécènes et soutiens qui ont compris l’importance de rendre visibles les différences : les Villes de Lille et de Villeneuve d’Ascq, Don de Soie (association qui recycle les vêtements ; par ici le site), la Banque Populaire du Nord, le Crédit Agricole; citons encore les Maisons de Mode (implantées à Lille et à Roubaix autour d’une même ambition : développer la création textile en offrant des services et des lieux dédiés aux jeunes créateurs de mode afin que ceux-ci participent au renouveau textile du Nord ; le site : là) ; et enfin, InformaTif ( École privée de coiffure et d’esthétique ; le site : ici. ).

Et pour vous donner une idée du talent de tous ces jeunes, voici un extrait vidéo qui revient sur les prestations artistiques précédentes :
Chacun as mode. AS, c’est aussi une inversion, comme une traversée du miroir volontaire. Miroir. Qui renvoie une image parfois tellement trompeuse de ce que nous sommes vraiment. Une image qui voudrait coller aux normes imposées par la société. Et c’est justement contre ces normes, dans l’énorme, que ce défilé s’inscrit. Pour faire exploser les canons traditionnels de la mode. Pour que chacun, chacune, non pas « malgré » mais « avec » ses différences, puisse trouver sa place sur le podium. 40 duos, valide-non valide, constitués pour montrer la diversité dans l’harmonie, pour favoriser la mixité sociale et générationnelle, pour répondre aux besoins d’estime de soi et de reconnaissance des personnes en situation de handicap. 40 duos dont s’occupe Annie Fovette, art thérapeute, conceptrice des costumes et associée enthousiaste de Bernard Philippe dans cette aventure. 40 duos dont les images seront immortalisées par des photographes et des vidéastes, dont Virginie Rooses et François Dehaene. 40 duos qui sont la preuve encore, après le succès du précédent spectacle En Piste : les géants tournent de 2015, que l’enthousiasme créatif donnent des ailes à ceux et celles qui ne sont pas nés dans les mêmes choux…
Blog de LMAC : ici.
Page Facebook de LMAC : là.
Site de Le Rêve de Norinia : par ici.
Page Facebook de Le Rêve de Norinia : là.
Page Facebook de la salle Le Grand Sud à Lille : ici.
Page Facebook de Virginie Rooses, photographe : là.
Page Facebook de François Dehaene, photographe : ici.
Photographies fournies, avec l’aimable et enthousiaste autorisation, par Bernard Philippe. Qu’il en soit remercié !
Pourquoi cette popularité de Poutine dans les pays de l’ex Union Soviétique ? Pourquoi même cette nostalgie de Staline ? Les écrits de Soljenitsyne ne font même plus frémir la jeunesse russe d’aujourd’hui… Et les posters de Lénine côtoient ceux du Che dans les chambres des ados du vaste empire déchu… Svetlana Alexievitch, Prix Nobel de Littérature 2015, outre qu’elle invente un nouveau genre littéraire – la réécriture de témoignages – apporte quelques réponses à cette paradoxale idéologie russe contemporaine…
«Sur les cent millions de personnes qui peuplent la Russie soviétique, nous devons en entraîner derrière nous quatre-vingt-dix millions. Les autres, on ne peut pas discuter avec eux, il faut les anéantir.» Comment la population russe d’aujourd’hui a-t-elle oublié ces paroles de Zinovev, membre du Politburo et Président de l’Internationale communiste dans les années 1920 ? Comment a-t-elle pu oublier le goulag et les monstruosités de près d’un quart de siècle de terreur stalinienne ? La Fin de l’homme rouge, publié en 2013, apporte des réponses… Ou plutôt les hommes et les femmes que l’auteure rencontre et interroge.

La Boétie l’a inventée, l’homme russe l’a expérimentée. Et Svetlana Alexievitch de citer Dostoïevski :
L’homme resté libre n’a pas de réoccupation plus constante ni plus torturante que de trouver au plus vite quelqu’un devant qui s’incliner (…) et à qui remettre ce don de la liberté avec lequel cette malheureuse créature vient au monde. Les Frères Karamazov (1879).
Aujourd’hui, la moitié des jeunes de 19 à 30 ans considèrent Staline comme « un très grand homme politique ». Tout ce qui est soviétique revient à la mode : les cafés soviétiques, le saucisson soviétique, la vodka soviétique. Masochisme ? Voici ce que Svetlana Alexievitch entend dans les cuisines où elle laisse traîner son magnétophone, entre 1991 et 2001 :
Nous parlons tout le temps de la souffrance… C’est notre voie à nous vers la connaissance. Les Occidentaux nous paraissent naïfs parce qu’ils ne souffrent pas comme nous, ils ont des médicaments pour le moindre petit bouton. Alors que nous, nous avons connu les camps, nous avons recouvert la terre de nos cadavres pendant la guerre, nous avons ramassé du combustible à main nue à Tchernobyl. Et maintenant, nous nous retrouvons sur les décombres du socialisme. Comme après la guerre. Nous sommes coriaces, de vrais durs… Et nous avons notre langage à nous… Le langage de la souffrance…

Fatalisme ? Déterminisme de la misère sociale ? Ils se sont retrouvés des milliers, anciens ingénieurs, professeurs d’universités, et autres cerveaux de l’empire soviétique, déclassés avec l’avènement de Gorbatchev et de sa pérestroïka. Avec, à sa suite, Eltsine et la capitalisation des ressources et du marché russe. Avec cette entrée brutale dans le capitalisme sauvage qui marque les années 1990 dans l’ancien monde soviétique. Les témoins qu’interroge Svetlana Alexievitch parlent d’un grand espoir déçu : la foi en un homme nouveau, qui ne connaîtrait plus l’uniformité monotone du communisme et pourrait s’offrir la nourriture et les biens de consommation « exotiques » tant vantés par les fossoyeurs du stalinisme. Il n’en fut rien : les tickets de rationnement et le système D sont le nouveau quotidien de ceux qui se sont pris de plein fouet l’injustice capitaliste. Qui prend le visage soudain d’une mafia toute puissante ou de nouveaux riches à la réussite obscène. Voici un autre témoignage cueilli sur la Place Rouge, en décembre 1997 :
Je suis ouvrier dans le bâtiment. Jusqu’au mois d’août 1991, on a vécu dans un pays, et depuis, on vit dans un autre pays. (…) Qui suis-je ? Un de ces imbéciles qui ont pris la défense d’Eltsine. (…) La Russie, on s’est essuyé les pieds dessus. N’importe qui peut lui taper sur la gueule. On en a fait un dépotoir dans lequel l’Occident se débarrasse de ses vieux vêtements et de ses médicaments périmés. De sa camelote ! Le pouvoir soviétique ? Ce n’était pas idéal, mais c’était mieux que ce qu’on a maintenant. Plus digne. (…) Il n’y avait pas de gens excessivement riches, ni de pauvres, pas de sans abris ni d’enfants des rues… Les vieux pouvaient vivre avec leur retraite, ils ne ramassaient pas les bouteilles vides ni les restes de nourriture dans les poubelles. (…) Bon, qu’est-ce qu’on voulait ? Un socialisme plus doux, plus humain… Et qu’est-ce qu’on a ? Un capitalisme sauvage. Avec des fusillades, des règlements de comptes, pour savoir qui aura un kiosque, qui aura une usine…

Et encore, cet homme de 87 ans :
Nous avions un grand empire qui allait d’un océan à l’autre, du cercle polaire jusqu’aux tropiques. Où est-il passé ? Il a été vaincu sans bombe. Sans Hiroshima. Il a été vaincu par Sa Majesté le Saucisson ! C’est la bonne bouffe qui a gagné. Et les Mercedes… L’homme n’a plus besoin d’autre chose, il ne faut rien lui proposer de plus, ce n’est pas la peine. Juste du pain et des jeux ! C’est ça, la plus grande découverte du XXème siècle. La réponse à tous les grands humanistes. Et aux rêveurs du Kremlin. (…) Au lieu de la dictature du prolétariat, vous avez la loi de la jungle : dévore les plus faibles que toi, et rampe devant ceux qui sont plus forts.
Regretter la garantie d’une nourriture, d’une santé, d’une éducation et d’un travail assurés, certes… Mais de là à regretter Staline… Peut-être aurait-il fallu un procès de la terreur stalinienne, comme il en fut un de la terreur hitlérienne…
Qui ne ressentirait de l’effroi en lisant ce témoignage d’un jeune homme de 19 ans :
Je ne m’intéresse pas à la politique. Tout ce cirque ne me concerne pas. Mais j’aime bien Staline.
Imaginez-vous un seul Européen dire ouvertement aujourd’hui : « Mais j’aime bien Hitler » ? Peut-être aurait-il fallu l’équivalent d’un procès de Nuremberg pour les crimes du stalinisme… Pas une seule famille épargnée. Relisez Soljenitsyne. Lisez les témoignages recueillis par Svetlana Alexievitch.
C’est la peur qui m’a poussée à entrer au Parti. Les Bolcheviks de Lénine ont fusillé mon grand-père, et les communistes de Staline ont exterminé mes parents dans les camps de Mordovie (…) Je n’ai jamais aimé Staline. Mon père lui avait pardonné, mais pas moi. (…) Un appartement communautaire banal. Cinq familles qui vivent ensemble, vingt sept personnes. Une seule cuisine et un seul cabinet. Deux voisines sont amies, l’une a une fille de 5 ans, l’autre est célibataire. Dans les appartements communautaires, les gens se surveillaient les uns les autres, c’était courant. Ils s’espionnaient. Ceux qui avaient une pièce de 10 m2 enviaient ceux qui en avaient une de 25. C’est la vie, c’est comme ça… Et voilà qu’une nuit arrive un « corbeau noir », un fourgon cellulaire. La mère de la petite fille est arrêtée. Avant d’être emmenée, elle a le temps de crier à son amie : « Si je ne reviens pas, occupe-toi de ma fille. Ne la mets pas dans un orphelinat ! ». Et la voisine prend l’enfant. On lui attribue une seconde pièce. La fillette l’appelle « maman Ania ». Au bout de 17 ans, la vraie maman revient. Elle baise les mains et les pieds de son amie. (…) Sous Gorbatchev, quand on a ouvert les archives, on a proposé à l’ancienne détenue de consulter son dossier. Elle l’a ouvert : sur le dessus, il y avait une dénonciation. D’une écriture familière… Celle de sa voisine. C’était « maman Ania » qui l’avait dénoncée… Cette femme n’a pas compris. Elle est rentrée chez elle et elle s’est pendue…
Bribes de conversations à propos de la culpabilité et de l’injustice :
Il faut passer en jugement uniquement ceux qui exécutaient, ceux qui torturaient (…) et aussi ceux qui dénonçaient (…) ceux qui prenaient les enfants des « ennemis du peuple » et les envoyaient dans des orphelinats (…) les chauffeurs qui transportaient les gens arrêtés (…) le directeur des chemins de fer qui envoyait vers le Nord des wagons à bestiaux remplis de prisonniers politiques (…)

Dans la Russie post soviétique, les victimes côtoient leurs anciens bourreaux, habitent dans les mêmes immeubles, empruntent les mêmes rues… Comment supporter cela ? Pas de procès, pas de justice, pas de compte à rendre. Tout se passe comme si on avait simplement tourné une page… Et la jeunesse d’aujourd’hui se retrouve sans mémoire…
À l’injustice, à la grande pauvreté, s’est ajouté l’éclatement territorial de l’empire. Et le déchaînement des haines communautaristes. Les Lettons, les Lituaniens, les Estoniens, les Moldaves, les Arméniens, les Géorgiens, les Azerbaïdjanais, les Ouzbèkes, les Tadjiks, les Tchétchènes avaient appris à vivre ensemble. Ils se sentaient soviétiques avant tout. Quand l’empire se délite, dans les années 1990, les Russes de ces républiques se retrouvent rejetés comme des étrangers, et à Moscou il ne fait plus bon être originaire des provinces lointaines…
1992… Au lieu de la liberté que nous attendions tous, c’est la guerre civile qui a commencé. Les habitants du Kouliab tuaient ceux du Pamir, ceux du Pamir tuaient ceux du Kouliab… (…) Ils prenaient tous leur indépendance. Il y avait des pancartes sur les maisons : « Les Russes, foutez le camp du Tadjikistan ! » (…) Des foules d’hommes armés de barre de fer et de pierres se promenaient dans les rues de la ville… Des gens tout à fait calmes et paisibles s’étaient transformés en assassins. La veille encore, ils n’étaient pas comme ça, ils prenaient tranquillement le thé dans des salons de thé, et maintenant, ils éventraient des femmes avec des barres de fer. (…) J’ai vu un petit garçon russe se faire tuer dans la cour. Personne n’est sorti, tout le monde avait fermé ses fenêtres. (…) Il était allongé, il ne bougeait plus… Ils sont partis. Mais ils sont revenus tout de suite et ils ont continué à lui taper dessus. Des garçons tout jeunes, comme lui…(…)
La haine est partout, entre communautés. À Moscou, il existe une vie souterraine ; dans les sous sols labyrinthiques de la mégalopole vivent des centaines de Tadjiks et d’ Ouzbecks. Ils sont venus travailler à Moscou. Bien souvent sur les chantiers, pour un salaire de misère. Et il ne fait pas bon s’aventurer seul…
Un garçon qui marche dans la rue, un garçon à nous, un Tadjik… Ils l’appellent, il s’approche, et ils le flanquent par terre. Ils le tabassent à coup de batte de base ball (…) Ils le ligotent et le chargent dans le coffre d’une voiture. Ils l’attachent à un arbre dans les bois. On voit que celui qui filme cherche le bon angle. Et on lui coupe la tête. (…) Aujourd’hui, on égorge les Tadjiks, demain ce sera les riches, ou ceux qui prient un autre dieu. La guerre, c’est un loup. Et il est déjà là…

Comment conclure ? En invitant à lire et à relire Soljenitsyne bien sûr, mais aussi Svetlana Alexievitch qui se fait l’écho d’une polyphonie russe bouleversante… Que de tragédies dans les mémoires des oubliés de l’empire agonisant ! Quel cynisme de la part des nouvelles classes dirigeantes…!
Un Russe, ça tient sur trois béquilles : « on sait jamais », « on verra bien », et « on s’en sortira toujours ».
L’âme russe, si noble, si pétrie de littérature, se souviendra peut-être de ces mots que Tchékhov fait prononcer à Trofimov dans La Cerisaie : Le voilà le bonheur, le voilà qui arrive. Il s’approche de plus en plus, j’entends déjà ses pas. Et si nous ne le voyons pas, si nous ne le reconnaissons pas, est-ce un malheur ? D’autres le verront !
10 octobre. Journée internationale de lutte contre la peine de mort. L’occasion de nous rappeler quelques figures fondatrices de la lutte. L’occasion de faire un petit tour d’horizon de l’état de cette peine dans la plupart des États.
C’est sans conteste son combat le plus fervent et le plus long. Toute une vie. Dès l’enfance, il est fortement troublé par le triste spectacle d’un prisonnier conduit à l’échafaud sur une place de Burgos. À l’adolescence, c’est la vision des préparatifs d’un bourreau en place de Grève qui le révolte. Sa lutte d’écrivain commence donc avec la publication d’un premier ouvrage en 1829 : Le denier Jour d’un condamné. Écrit à la première personne, ce récit frappe par l’angoisse qu’il suscite et libère son auteur du sentiment de culpabilité qui l’étreint chaque fois qu’il est confronté à ce douloureux problème. Devant la Chambre des Pairs, où il officie, il s’élève contre « les peines irréparables ».

Un autre ouvrage important dans la lutte littéraire et politique de Victor Hugo : Claude Gueux, paru en 1834. L’histoire se base sur des faits réels. Claude Gueux, condamné pour avoir volé un pain. Poussé à bout par un surveillant qu’il finit par tuer dans un accès de colère, mû par le sentiment d’injustice. Claude Gueux préfigure le Jean Valjean des Misérables, qui paraîtra presque trente ans plus tard. Et toujours la même certitude qui hante Hugo : c’est la misère qui conduit au crime. La misère sociale. Nous ajouterions aujourd’hui la misère affective, psychologique, culturelle. C’est toujours dans le désert de l’ignorance que pousse le crime. Et l’échafaud.
Cette tête de l’homme du peuple, cultivez-la, défrichez-la, arrosez-la, fécondez-la, éclairez-la, moralisez-la utilisez-la ; vous n’aurez pas besoin de la couper. Claude Gueux.
Est-ce parce que son père est mort déporté au camp de concentration de Sobibor ? Robert Badinter a toujours défendu l’abolition de la peine de mort. Garde des Sceaux de Mitterand de 1981 à 1986, son discours en faveur de l’abolition du 17 septembre 1981, prononcé devant l’Assemblée marque un tournant pour la justice en France.
Il s’agit bien, en définitive, dans l’abolition, d’un choix fondamental, d’une certaine conception de l’homme et de la justice. Ceux qui veulent une justice qui tue, ceux-là sont animés par une double conviction : qu’il existe des hommes totalement coupables, c’est-à-dire des hommes totalement responsables de leurs actes, et qu’il peut y avoir une justice sûre de son infaillibilité au point de dire que celui-là peut vivre et que celui-là doit mourir.
A cet âge de ma vie, l’une et l’autre affirmations me paraissent également erronées. Aussi terribles, aussi odieux que soient leurs actes, il n’est point d’hommes en cette terre dont la culpabilité soit totale et dont il faille pour toujours désespérer totalement. Aussi prudente que soit la justice, aussi mesurés et angoissés que soient les femmes et les hommes qui jugent, la justice demeure humaine, donc faillible. (…)
Parce qu’aucun homme n’est totalement responsable, parce qu’aucune justice ne peut être absolument infaillible, la peine de mort est moralement inacceptable.

La peine de mort est abolie en France depuis octobre 1981.
Lorsqu’Amnesty International a démarré sa campagne mondiale contre la peine de mort il y a 35 ans, le monde comptait une minorité d’États abolitionnistes, au nombre de 16. Aujourd’hui 140 pays sont désormais abolitionnistes en droit ou dans la pratique, et ce sont les États qui s’accrochent à la peine capitale qui sont l’exception. La République Dominicaine vient d’adhérer, le 21 septembre dernier, au traité de l’ONU visant à abolir la peine de mort. Mais combien sont-ils encore à pratiquer cet acte irréversible ?

Chine. Iran. Irak. Arabie Saoudite. États-Unis d’Amérique. Guinée. Mali. Sierra Leone. 58 pays pratiquent encore actuellement la peine de mort. 23 exécutions aux Étas-Unis en 2015. La dernière en date a eu lieu le 6 octobre dernier au Texas… Et bien d’autres dont vous trouverez la macabre liste sur le site d’Amnesty International et sur celui de La Peine de Mort dans le Monde.
Le 10 octobre est la journée internationale contre la peine de mort.