MONSIEUR CADRE ET LE CARNAVAL

Ça sonne comme le titre d’une fable ou d’un conte. Et on n’en est pas loin. C’est une belle histoire d’amour que vit Arnaud Feraille depuis quelques années maintenant. Avec le carnaval de Dunkerque. Arnaud Feraille… Monsieur Cadre… Allons bon, ça ne vous dit rien ? Il se promène sur les bandes et dans les chapelles pour vous tirer le portrait… En voilà un dont personne ne pourra dire qu’il ne peut pas l’encadrer ! Surtout les carnavaleux ! Ils sont plusieurs centaines déjà à s’être fait immortaliser, seuls ou en groupe, par ce photographe généreux. De la Place Jean Bart à la Citadelle, en passant par la bande de Malo, il promène son cadre depuis plusieurs années. Cette fois, c’est de lui qu’on fait le portrait …

ARNAUD FERAILLE, ADOPTÉ !

Ben oui, adopté… parce qu’il est Lillois… Mais attention : pas un de ces touristes qui montent en car pour se mettre minable au bar du bal ou dans une chapelle où qu’il est même pas invité (« où qu’il est » : dialecte dunkerquois ; comprenez « dans laquelle il n’est pas » !). Non, Arnaud Feraille est tombé dans le carnaval il y a longtemps déjà.  Et il a assimilé la rhétorique du carnaval mieux que certains natifs eux-mêmes ! Et à force de fréquenter la plupart des bandes, il est tombé amoureux de cette tradition unique. Son éternel chapeau fleuri sur la tête. Et  son cletche (« cletche » : dialecte dunkerquois ; comprenez « déguisement »)… Mais attention ! Cette année Arnaud innove : il porte désormais un kilt, à l’écossaise

Finie la vieille matante qui portait pourtant 17 ans d’odeurs de sueur, de bière et de hareng….

Arnaud Feraille alias Monsieur Cadre.
Arnaud Feraille alias Monsieur Cadre.

Autre indice : son maquillage représente ce fameux cadre qu’il promène partout… Autre innovation, et autre indice encore pour le reconnaître : il porte en bandoulière des badges et des écussons. Pas n’importe lesquels. Les siens. Fabrications artisanales. Signes distinctifs. Bannières petit format pour témoigner de son attachement à l’humour du carnaval dunkerquois.

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Ses complices de bandes et de chapelles ? Son appareil photo et son cadre. Pour faire des images. Des photos. Des centaines de photos. Plus de 800 par année ! Qu’il ne vend pas. Qu’il offre. C’est que du leutche ! C’est gratuit (ndtr). Une pinte, peut-être, en échange… C’est son cadeau aux carnavaleux qui l’ont adopté. Des portraits. Dans un beau cadre fleuri, qu’il a fabriqué et qu’il rafistole au fil du temps. Cette année, vous y trouverez quelques plumes de faisan. Générosité. Offrir aux familles, aux inconnus, des souvenirs de ces moments festifs uniques. Sans rien en échange.

nous
Anonymes…

PHOTOMA…TANTE !

L’idée du cadre ? Elle vient des mariages. Vous avez tous vu un cadre se promener de groupe en groupe dans les vins d’honneur, et les invités laisser ainsi un souvenir joyeux aux époux. Arnaud Feraille est photographe professionnel. Sans studio. Alors il se déplace. Dans les mariages, essentiellement. Sa rencontre avec François Vandenbunder et Bernard Cartiaux, les auteurs de Photomatante, précise l’idée du cadre. Et son salaire ? Des mercis, plein de mercis, et des messages privés. Et des gens qui demandent même à le rencontrer pour se faire photographier. Tant son travail, qui confine à l’art, est reconnu. Son salaire ? Des amitiés, qui naissent et durent. L’Amicale des Sapeurs Pompiers l’a invité à sa chapelle, si courue ! Des amitiés de carnaval, de celles qui ne s’expliquent pas. Qui sont comme une évidence. Et pas avec n’importe qui : Pascal Leroux, les Prout, les Blues Zoulous, Casquelourd, rien que ça !

Sur la plage de Malo.
Sur la plage de Malo.
Les Noirs encadrés par Arnaud Feraille.
Les Noirs encadrés par Arnaud Feraille.

Yolande et Léon ne lui font même plus le coup de l’intrigue tant ils le connaissent bien. Il est complice évidemment avec Franck Talon et Jean Louis Burnod, autres photographes de génie du carnaval. Et il est copain avec deux tambours majors : Cô Bonnt’che, Tambour Major de Dunkerque s’il vous plaît, et Pouche Lô de Loon Plage. Du beau monde, quoi…  Et les Noirs ! Qui se sont fait prendre en couleurs, presque au complet !

Cô Bonnt'che, Tambour Major de Dunkerque.
Cô Bonnt’che, Tambour Major de Dunkerque.

Un très bon moment m’a déjà été offert en ce début d’année :  j’ai eu l’occasion de monter en nacelle pour « encadrer » Jean Bart après sa grande toilette ; et je dois avouer que, même en tant qu’enfant de Jean Bart « adopté », l’émotion et le plaisir étaient au rendez vous !

Arnaud et Jean Bart...
Arnaud et Jean Bart…

Je reste aussi avec certains « rêves » : une photo des Prout encadrés… une pancarte personnalisée de Léon et Yolande par exemple…

A bon entendeur…

POURQUOI CETTE PASSION POUR LE CARNAVAL ? ET POUR DUNKERQUE ?

Le carnaval, c’est la chute des classes sociales, c’est l’égalité retrouvée. C’est le respect. C’est l’attachement des carnavaleux, les vrais, à leur histoire locale, à l’arrachement des marins, à la Vissherbande, à Cô Pinard, alias Jean Minne, et à son hymne si beau.

Et les belles valeurs du carnaval s’exportent ! À Lille ou dans d’autres villes du Nord Pas de Calais. Et cette année encore à Paris ! Grâce au concert des Prout, le 15 mai 2016. Et Arnaud nous réserve à cette occasion une petite surprise :

J’attends les masquelours au Trocadéro, le dimanche 15 mai  2016, de 15h30 à 17h00, avant le concert des Prout, pour une petite photo encadrée devant la Tour Eiffel.

en cletche à paris

le site d’Arnaud Feraille : ici

sa page Facebook :

la page Facebook de l’événement parisien : par ici

Images : photos aimablement et généreusement mises à disposition par Arnaud Feraille. Qu’il en soit remercié !

LA CHANDELEUR : PETITE LEÇON DE SYMBOLISME

Le 2 février cette année, vous fêterez peut-être la chandeleur en faisant sauter des crêpes. Mais quelle est l’origine de cette tradition ? Et puis pourquoi des crêpes ? Et pourquoi tenir parfois une pièce dans la main ? Réponses dans cet article…

UN ENFANT ET DES CHANDELLES

La chandeleur, fête des chandelles, est une tradition très ancienne. Elle a lieu 40 jours exactement après Noël et commémore le jour où Marie et Joseph sont allés présenter leur premier né, Jésus, au Temple de Jérusalem. Marie, à l’instar de toutes les mères de confession juive, offre un sacrifice au dieu pour le remercier de lui avoir donné un enfant bien vivant.

Présentation de Jésus au Temple, Andrea Mantegna, 1465.
Présentation de Jésus au Temple, Andrea Mantegna, 1465.

Cette pratique rituelle fait référence à un autre épisode de la Bible : celui des Dix Plaies d’Égypte (cf le Livre de L’Exode). Les grenouilles, le Nil ensanglanté, les sauterelles…. vous connaissez. La dernière plaie : dieu fait mourir tous les nouveaux nés d’Égypte, sauf ceux des Hébreux. Ainsi, en mémoire de cet épisode, et dès le IVème siècle, toutes les jeunes mères pratiquent cette action de grâce et présentent leur enfant au Temple, en général 40 jours après leur naissance.

La coutume s’étend rapidement dans le monde chrétien. Au VIIème siècle, à Rome, on organise des processions de pénitence,  à la lumière de cierges (que l’on bénit à partir du Xème siècle). Fête de la lumière :  de ces « chandelles » que sont les cierges. Fête de la lumière :  cet enfant Jésus que Syméon ou Simon, personnage de l’Évangile de Luc, présent le jour de la Présentation de Jésus au Temple, reconnaît  comme « Lumière pour éclairer les nations ».

Syméon, peint par Alexey Yegorov (1830-1840).
Syméon, peint par Alexey Yegorov (1830-1840).

DES PETITS SOLEILS DANS VOTRE ASSIETTE

La crêpe est ronde et dorée, comme un petit soleil, source de lumière. Elle annonce, comme la chandelle, le retour de la lumière qui s’est amorcé au Solstice d’hiver,  auquel est superposée la fête de Noël pour les chrétiens. Et puis, elle est faite, dès le Vème siècle où elle est associée à la fête des chandelles, de froment ou de blé : symbole des moissons futures. D’ailleurs, la pièce qu’on tient souvent dans la main pour faire sauter la première crêpe est une conjuration du mauvais sort, un appel à la prospérité et à l’abondance.

La crêpe ressemble à un petit soleil...
La crêpe ressemble à un petit soleil…

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PINTJE BIER II : UNE FIGURE INCONTOURNABLE DU CARNAVAL

Pintje Bier II. Un regard bienveillant et malicieux. Une vigueur exceptionnelle à bientôt 73 ans. Et des moustaches à tomber par terre !  Figure incontournable de la Bande de Grande Synthe.  Figure incontournable aussi dans l’univers très codé du carnaval puisqu’il est le précurseur de quelques innovations. Pintje Bier II : souvent imité, jamais égalé ! Intronisation d’un Tambour Major, organisation d’une bande ou secrets d’un chef de clique…  Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Pintje Bier II, et pour avoir l’air moins bête en première ligne, est dévoilé ici…

LES SECRETS D’UN TAMBOUR MAJOR

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Comment devient-on Tambour Major ? Pintje Bier II, alias René De Lys dans le civil, était déjà une figure locale. Carnavaleux reconnu et responsable du Service des Fêtes de Grande Synthe. On recherchait alors, c’était en 1989, un volontaire pour conduire la bande. Sa ressemblance avec Lech Walesa, avec des bacchantes à rendre jaloux Astérix ou Obélix, a dû peser dans la balance… Une première bande, soutenue par Les Grisards Synthois en 1968 avait fait long feu. En 1989, sous la houlette, ou plutôt sous la canne, de René-Pintje Bier, la bande de Grande Synthe renaît de ses cendres et s’installe durablement dans le paysage carnavalesque local. Et c’est pour René que la première cérémonie d’intronisation d’un Tambour Major est créée !

Le Vivat flamand, lors de l'intronisation.
Le Vivat flamand, lors de l’intronisation.

Imaginez… Les Meulenaerds forment une haie d’honneur, au milieu de laquelle s’avance le futur

Le passage de canne par Cacaille, lors de l'intronisation.
Le passage de canne par Cacaille, lors de l’intronisation.

Tambour Major, suivi d’un cortège de carnavaleux recueillis. Le Maire de Grande Synthe de l’époque, René Carême, pose solennellement sur la tête de René, tel un pape sacrant un empereur,  le chako ou fameux bonnet à poils des Tambours Majors. Des enfants apportent alors sur un coussin la canne de maître de cérémonie de la bande qu’est le Tambour Major. Et c’est le grand Cacaille, Tambour Major de Saint Pol sur Mer, qui remet cette canne à un Pintje Bier II officiellement intronisé. S’en suivent les discours des dignitaires. Et l’inévitable Vivat Flamand qui promet l’immortalité, dans les esprits et dans les cœurs, de Pintje Bier II. Première intronisation d’un Tambour Major dans l’histoire du carnaval dunkerquois. Jusqu’alors, on organisait des « passages de canne ». Depuis, les intronisations se succèdent…

PINTJE BIER II : UNE BIÈRE, UN GÉANT, UNE MÉDAILLE ET DEUX CHANSONS

Pintje Bier II : il y a donc eu un premier Pintje Bier ? Eh oui ! En 1854. Premier Tambour Major de Dunkerque recensé. René ne voulait pas être un énième « Cô ». Et puis, la petite pinte de bière, pour lui qui a travaillé autrefois à la Brasserie Carlier à Coudekerque Branche, ça lui plaît bien ! Ça lui plaît tellement que quand l’idée de créer une bière de carnaval à son nom, la Pintje Bier, est lancée, il accepte immédiatement ! René est d’ailleurs « Esward d’Honneur » de la Guilde des Eswards Cervoisiens depuis 1993. Pintje Bier est aussi le seul Tambour Major à avoir un géant à son effigie ! Reuze Pintje réveille les Grands Synthois depuis 1999. Et les conduit dans les rues de la ville tout au long de la bande.

Le Géant Reuze Pintje. Pintje Bier II est le seul Tambour Major à avoir un géant à sa ressemblance...
Le Géant Reuze Pintje. Pintje Bier II est le seul Tambour Major à avoir un géant à sa ressemblance…

Saviez-vous que Pintje Bier II est le héros de deux chansons ? ! Alain Alaïe et les Bas résilles lui consacrent un titre, Pintje, dans leur album Quel Podingue ! Elle a des grosses totottes matante Charlotte devient Il a des grosses moustaches…

Pintje Bier II et le groupe Alain Alaie et les Bas résilles.
Pintje Bier II et le groupe Alain Alaie et les Bas résilles.

Et Casquelourd interprète l’émouvant:

Au chat noir, t’as pas su ? On s’est r’trouvé dans l’brin, vu qu’il en manquait un…

Autre innovation : la cérémonie de remise des Médailles aux 29 Tambours Majors. Cette année, elle a lieu le samedi 30 janvier. Elle existe depuis 1996.  20 ans donc que, chaque année, la Mairie de Grande Synthe remet aux 29 Tambours Majors de la Confrérie, sa médaille du carnaval. Les collectionneurs s’arracheraient à prix d’or ces médailles que René, et Francette son épouse, conservent dans une modeste boîte en carton…

Francette, son épouse. Elle est la mémoire de René. C’est elle qui cherche dans le gros album souvenirs du carnaval les photos et les articles de journaux soigneusement conservés. C’est elle qui se souvient des dates, des noms, des anecdotes. C’est elle qui entretient l’écusson de cuivre arborant l’aigle impérial sur le chako. C’est elle qui raccommode le calot de Pintje Bier II ou les  boutons de sa redingote, et qui l’aide à enfiler son plastron ! C’est elle encore qui ajustait chaque année les costumes de Tambour Major ou de Cantinière miniatures que portaient ses petits enfants, Aymeric, Yorik et Jade, chefs de file de la bande enfantine. « Quand j’ai vu mon ptit fils mener tout seul la bande enfantine d’Uxem, comme un chef, j’ai failli pleurer » me confie René. Faut dire que dans la famille on est carnavaleux de père en fils et de mère en fille, et qu’on tombe dedans à 3 ou  4 ans !

Pintje Bier II et son petit fils Yorick.
Pintje Bier II et son petit fils Yorick.

UN CHAHUT … BIEN ORGANISÉ !

La bande, c’est pas la débandade ! Tout est réglé comme sur du papier à musique. Et surtout la musique justement ! Pintje Bier II recrute ses musiciens en concertation avec le chef de bande qu’il a choisi. Christophe Denis a pris sa retraite de chef de bande de Grande Synthe quand le grand Co Schlock II a laissé sa place à Cô Boont’che à Dunkerque. Fin d’une époque. C’est Ludovic Minne qui organise la clique de Grande Synthe depuis 2010. Quand les fifres et les tambours attaquent « Roule ta bosse », alors Pintje sait qu’il va bientôt lever sa canne. C’est le signal pour s’arrêter et pour permettre aux cuivres d’attaquer. Quand les cuivres terminent leur récital, le chef de bande lève le bras pour prévenir le Tambour Major que la marche va pouvoir reprendre. Quand la bande s’arrête, pour permettre à tous de se désaltérer et de se reposer un peu, Pintje Bier II lance « un ptit rond » avec la main, canne à l’envers, pommeau en l’air. Y a pas, faut être initié pour comprendre…  Enfin, c’est quand même Amarande Debruyne, la Cantinière de Pintje Bier II depuis l’édition 2000, que les musiciens guettent du coin de l’œil. C’est elle qui distribue, pour leur tenir chaud, la fameuse mirabelle, la meilleure, selon René, de toutes les bandes ! Un petit aperçu de la bande (celle de 2010) :

La bande de Grande Synthe est unique. À l’image de son Tambour Major : conviviale, accueillante, bon enfant. Je laisse la conclusion à René Pintje Bier II :

 Le carnaval ? C’est la convivialité, le partage, l’amitié. Des liens qu’on a avec des gens qu’on connaît que déguisés. C’est notre culture dunkerquoise. Le Dunkerquois serait malheureux sans le carnaval.

Carnaval à Grande Synthe : Ouverture officielle et remise des Médailles, samedi 30 janvier, 11h30 à la Maison Communale, Salle des Conférences, en présence des Tambours Majors de l’agglomération.

Bal des Pint’jes : vendredi 5 février, de 22h à 4h, au Palais du Littoral.

Réveil du Géant Reuze Pintje : samedi 6 février, 10h30 à la Maison Communale

27ème Bande des Pêcheurs : 13h30 devant la Maison des Associations. Jet de z’harengs vers 15h45 sur le parvis de la Maison Communale. Rigodon puis Vin d’honneur vers 17h.

image 1 : Papydo Lemaire (merci à lui pour ses magnifiques photos du carnaval !) : son blog, ici.

images 2, 3, 4, 5 et 6 : photos personnelles de René De Lys, alias Pintje Bier II (merci à lui et à Francette !)

UN MAITRE D’ECOLE COMME ON LES AIME

Mon Maître d’école. Film documentaire sorti le 13 janvier 2016. La dernière année d’enseignement de Jean Michel Burel, instituteur (ou prof d’école ?) à Saint Just et Vacquières, département du Gard, arrondissement d’Alès. Un petit bijou d’humanité. On est loin de la réforme explosive de Najat Vallaud Belkacem. Et de l’usine à gaz jargonnante que devient progressivement l’Éducation Nationale. Notre coup de cœur de ce début d’année.

1h20 de plaisir. Plaisir de voir des enfants de CE2, CM1 et CM2 apprendre. Les divisions. Les châteaux de la Loire. Les os du corps humain. Le Dormeur du Val de Rimbaud. Les champignons, les bons et les vénéneux. La Première Guerre mondiale et son Armistice. Les enfants vont d’ailleurs  à la Commémoration du 11 Novembre, car M.Burel est aussi le maire du bourg d’à peine 300 habitants où il enseigne depuis 40 années…

40 années dans la même classe. Il a connu la génération des parents de ses élèves. Et c’est une de ses anciennes élèves, Emilie Thérond, qui lui rend hommage dans ce film qu’elle a réalisé. Il n’y est jamais question de notes ou de compétences du socle commun. Mais d’encouragements. Les enfants (et non les « élèves ») apprécient qu’on les encourage. Tout en étant lucide et exigeant sur les objectifs à atteindre. Il n’y est jamais question de « pédagogie » ou de « didactique ». M.Burel enseigne avec beaucoup de bon sens, de bienveillance et d’humanité. Le civisme, et la laïcité, et le « vivre ensemble », et la tolérance, on ne les enseigne pas : on les pratique, au gré des conflits qui perlent parfois dans la classe. On les règle par la discussion. On trouve toujours une solution pour rompre le cercle vicieux de la violence.

Affiche du film.
Affiche du film.

Les cours d’Éducation physique et sportive ? De longues promenades dans la campagne ; les enfants jouent, sautent, traversent des rivières et grimpent aux arbres. Personne ne se blesse jamais car le maître veille. On grandit en tombant. La vraie école, c’est l’école de la vie. On y apprend par la même occasion la course du soleil, les points cardinaux, la boussole et la mousse sur les arbres…

Le texte libre. Qui permet à chacun d’écrire. Son quotidien. Ce qu’il a sur le cœur. De la poésie. Ou pas. Ses origines. Ses blessures. Ses tristesses et ses joies. La dictée de mots que l’on fait sous l’auvent, derrière l’école, parce qu’il commence à faire vraiment chaud dans la classe. La boîte à questions. Parce que pour un enfant, rien n’est évident. Et il n’est jamais de questions idiotes. Le ménage qu’on fait après la classe avec l’instituteur. Et le voyage à Paris ! Pour s’émerveiller du haut de la Tour Eiffel, dans le métro station Voltaire ou sur les bancs du Sénat sur le fauteuil de Victor Hugo !

Jean Michel Burel incarne un savoir faire, ou savoir être d’une autre époque. Il se souvient de son arrivée au village 40 ans plus tôt. Il se souvient que les gens du village considéraient l’instituteur comme un «monsieur». Il sortait galvanisé de l’École Normale où on formait encore les « hussards noirs » de la République. Où l’unique ambition des instituteurs était de « semer la culture ». On se croirait presque chez Pagnol. Sauf qu’on est bien au XXIème siècle, et que c’est encore possible, d’enseigner avec bon sens et humanité…

La leçon de ce film ? On ne transmet bien que ce qu’on aime avec passion. Enseigner, c’est peut-être tout simplement apprendre aux enfants à devenir des hommes et des femmes responsables, autonomes et épanouis….On est vraiment loin de l’usine à gaz jargonnante que devient l’Éducation Nationale…

SALT AND PEPPER : ET LE ROCK N’A PLUS D’AGE…

Ils sont 46. D’une jeunesse exceptionnelle. Et pourtant la moyenne d’âge est de 66 ans. Le point commun entre la doyenne, 85 ans, et la cadette, 57 ans ? L’envie de chanter. Et pas des cantiques. Du rock. Du lourd. Du vrai. Du qui vous donne la pêche et vous donne envie de danser. Dynamisés par une chef de chœur enthousiaste et généreuse, la pétillante Nathalie Manceau, les dignes enfants des Beatles et de Jean Bart enflamment la scène partout où ils passent. Salt and Pepper ou  la rock and roll attitude. Portraits…

DU ROCK AND ROLL POUR NE PAS VIEILLIR

Des succès du groupe rock français Téléphone, en passant par Help des Beatles, High way to hell des ACDC, The Show must go on de Queen, Antisocial de Trust, Le Vent nous portera des Noir Désir ou d’autres titres de Led Zeppelin, leur répertoire est plutôt musclé. Chaque mardi soir, ils le peaufinent, le travaillent, l’enrichissent dans une salle des Glacis prêtée par la Mairie de Dunkerque. Et sous la houlette de leur chef de chœur au grand cœur, Nathalie Manceau, ils s’adonnent à leur passion. Ils sont parfois rejoints par Fatherless Child, DJ qui redimensionne leur rock. « Du rock and roll pour ne pas vieillir ». C’est leur devise.

Le groupe Salt and Pepper en concert.
Le groupe Salt and Pepper en concert.

ROCK AND ROLL IS NOT DEAD

José et son bandeau rouge, Dominique alias Dom, Jacqueline la Bruxelloise, Bernard, Christiane alias Cricri, Francine, Annie ou Dolly… Chacun, chacune ose la scène. Chacun, chacune brave sa timidité et sa fatigue. Chacun, chacune a trouvé dans ce groupe vocal un second souffle. Une seconde jeunesse. Des passages télé à foison ! Sur WEO. Sur Opal’TV. Sur France 3 Régions. Chez Mireille Dumas ou chez Sophie DavantToute une histoire et C’est au programme. Dans le 66 Minutes et le 100% Mag de M6. Dans un Grand Reportage de TF1. Les « Rockers du Nord » comptent plus d’une cinquantaine de concerts à leur actif, déjà, depuis la création du groupe en janvier 2010. À l’époque, c’est la scène dunkerquoise des 4 Écluses qui s’occupe d’eux. Et Virginie Scherrens surtout. Responsable des actions culturelles aux 4 Écluses. Nathalie Manceau se souvient avec émotion de leur prestation inoubliable au Grand Mix de Tourcoing, devant les responsables de la DRAC.  Elle se souvient aussi du premier morceau travaillé : l’incontournable Stand by me de Ben E.King. A capella. Un bijou. Elle se souvient aussi d’une erreur de jeunesse : donner des partitions à des chanteurs qui se fient à leur oreille et à leur cœur. Le rock, c’est simple, c’est brut. C’est l’énergie qui compte. Et la justesse bien sûr. Et la précision rythmique. Les morceaux sont travaillés comme des pièces d’orfèvrerie. Parfois, une ancienne prof d’anglais rectifie l’accent. Pas de partition. Du travail et de l’émotion. De l’émotion aussi pour le public. En particulier celle des publics un peu oubliés de notre société. Celui des maisons d’arrêt. Celui des maisons de quartier. Celui des foyers. Celui des retraités. Salt and Pepper assaisonne et redonne du goût à la vie affadie de ces publics parfois en marge. Franck Manceau à la batterie électronique. Et au son. Antonin Carette à la basse. Jonathan Nosalik à la guitare. Nathalie Manceau à la baguette magique. Du live. Du vivant quoi…

MONEY

Depuis 2012, le groupe vole de ses propres ailes. Une association s’est créée. Son président ? Philippe Lanoote. Qui porte bien son nom…

J’ai appris à chanter. J’ai appris à présider. J’ai appris à entrer en contact avec le monde de la scène et de la télévision. Si j’avais su le bonheur que c’est, j’aurais appris à chanter avant ! Nous produire sur scène, à nos âges, redonne confiance en soi. Nous apprenons à vaincre notre timidité, et nos fatigues. Et voir des jeunes chanter et danser sur nos morceaux, c’est une satisfaction énorme ! Le rock and roll est connu de toutes les générations !

Salt and Pepper, c’est du bon rock and roll. C’est du partage. De la générosité. De l’intergénérationnel comme on dit. De l’humain. Ce qui leur manque ? Des mécènes ! Rien que pour financer le transport de 46 chanteurs… avec le matériel.. C’est pas rien. Même si la Mairie de Dunkerque subventionne. Même si l’asso est reconnue d’«intérêt général» et peut donc recevoir des dons. Même si le crowfundig d’Ulule et les cotisations des membres mettent du beurre dans les épinards. Salt and Pepper a besoin d’un chauffeur. Pas de salle. Pas besoin, ils savent enflammer le public. Non, un budget pour leurs déplacements. À bon entendeur…

LA BAGUETTE MAGIQUE

Nathalie Manceau. Chanteuse professionnelle. Tombée dans la musique quand elle était petite. Numéro treize d’une fratrie où on joue de la trompette et où on chante en se levant dès le matin. Elle est le piment des Salt and Pepper. « Elle nous dynamise. Nous réveille. Chanter sous sa direction, c’est un grand bonheur. C’est une pro », nous confie Philippe Lanoote le Président. 

Nathalie Manceau dirige les Salt and Pepper.
Nathalie Manceau dirige les Salt and Pepper.

Ça fait plus de quinze ans qu’elle chante. Du rock, bien sûr. Du jazz aussi. Elle a fait la première partie du Tixier Quartet au Jazz Club de Dunkerque. Elle a commencé avec son partenaire à la vie comme à la scène, comme on dit, Franck Manceau. Leur duo s’appelait Double Je. Aujourd’hui, elle se produit dans plusieurs formations. Moon, quartet pop-jazz, avec Franck bien sûr,  François Tourneur à la guitare et Serge Samyn à la basse.  Man-Za Trio, pop-électro, avec Franck toujours et le guitariste Jonathan Nosalik. Duel Duets, duo rock-jazz-impro, avec François Tourneur à nouveau. Plus d’info sur le duo : ici. Elle participe à des projets de sensibilisation à la musique dans l’univers scolaire. Elle se produit régulièrement lors des Jam Sessions du Jazz Club de Dunkerque.

Nathalie Manceau sur la scène du Jazz Club de Dunkerque.
Nathalie Manceau sur la scène du Jazz Club de Dunkerque.

On laisse le mot de la fin à la fée des Salt and Pepper :

La devise des Salt and Pepper : « Du rock and roll pour ne pas vieillir ». Vieillir… ce serait ne plus avoir envie. Oublier ses rêves. Oublier son âme d’enfant. Ne plus chanter. Oui, ce serait ça, vieillir…

La page Facebook des Salt and Pepper : ici.

Le site des Salt and Pepper : .

La page Facebook de Nathalie Manceau : par ici.

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DUNKERQUE. UN SOIR AU JAZZ CLUB…

21h30. Thierry pianote déjà. Thomas chauffe tranquillement la basse. Et Sébastien donne le ton à la batterie. Françoise Devienne est au premier rang. À la droite de la reine mère du jazz à Dunkerque siège Emma, de Chti Jazz. Les habitués ont déjà troqué leur ticket d’entrée contre une bonne bière pression bien fraîche. C’est vrai que la chaleur est douce dans ce petit écrin de la musique. On aperçoit David Langlet. Sa trompette n’est pas loin. Et Fabrice Devienne aussi. La salle est pleine comme un œuf. Les premiers amateurs de jazz -au sens premier du terme : « qui aiment »- se préparent, instrument ou paroles de standards en main. La jam peut commencer…

Une jam session
Une jam session.

Du dunlerquois. De Bordeaux. De Montpellier. De Belgique. Ils viennent de partout. Pour oser la scène. Affronter le public. Et interpréter les fondamentaux du jazz. The Girl from Ipanema. Le vieux chanteur au chapeau laisse bientôt la place à une jeune interprète rousse. Et puis un sax alto s’invite. Puis un sax ténor. Et le vieux crooner revient pour conclure. On enchaîne sur Les Feuilles mortes. Les trois sax sont toujours là et rivalisent de virtuosité. Le tapis de feuilles est balayé par Charlie Parker. Et puis, on a envie de pleurer de bonheur quand un tout jeune garçon de 14 ans entame Amstrong, bien campé sur scène, comme s’il chantait dans sa cuisine. Un trémolo prometteur. À l’aise. Et généreux. Devant plus de 150 personnes. À 22h, sa prof de chant de collège, le tire par la manche pour rentrer : demain y a école… La musique traverse la nuit et les âmes, et fait oublier l’heure. Les talents qui investissent la scène aussi.  Les doigts de Fabrice Devienne et les touches du piano se confondent. D’autres musiciens enquillent. Sax, violon, guitare, un autre sax, un autre violon. Et la trompette de David Langlet. Et des chanteurs. Un autre chapeau : celui de Jean, qui rend hommage à Nathalie Cole. Une autre voix, exceptionnelle, venue de Belgique : Sandrine. Un groove à tomber par terre. Summertime. Sunny. Le temps est aboli. Il n’y a plus que la musique. Et la virtuosité généreuse des musiciens qui se succèdent. Générosité. C’est ça qui frappe et émeut : chacun saisit le rond de lumière en même temps que la mesure qui se propose. Puis s’efface. Pour laisser l’autre prendre sa place aussi dans l’édifice qui est en train de se construire. On passe même sa partoche au partenaire du moment, qui découvre, et partage. Et on s’efface à nouveau. Ce qui compte, c’est l’œuvre qui est en train de naître, dans l’improvisation contrôlée. Et pas l’ouvrier. Qui a la modestie de s’effacer quand il a posé sa pierre. Quel bonheur ! Quelles valeurs sont là transmises, dans le bonheur de la musique. Générosité. Humilité. Harmonie. Écoute. Partage. Et quel travail pour parvenir à un tel degré de maîtrise de l’instrument !

D’autres sont tombés sous le charme il y a longtemps déjà …

« Lieu mythique, le club de Jazz est bien sûr un lieu privilégié. Tout à la fois laboratoire pour les musiciens, par l’absence de contraintes, cadre privilégié de la rencontre avec un public idéalement proche, espace de convivialité sans façon (boissons, discussions, exclamations…) pour une musique inséparable du cadre de vie. Le club de Jazz est un peu de la « place du village » qui nous manque tant. »
Pascal ANQUETIL, Officier des Arts et des Lettres, spécialiste de Jazz.

La Page Facebook du Jazz Club : ici.

Le Jazz club de Dunkerque ? Une école de l’humanité en même temps qu’un lieu convivial et de culture accessible. Pour en savoir plus, c’est là.

Le Jazz Club de Dunkerque ? Une histoire d’amour entre Françoise Devienne, la musique Jazz et Dunkerque. La suite : ici.

Le Jazz Club de Dunkerque ? Une programmation et des spectacles  exceptionnels. Le planning : ici.

Le Jazz club de Dunkerque et sa généreuse jam session ? Unforgettable…

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UN CHAT DE 95 ANS !

Enfin, pas tout à fait. C’est celle qui a créé l’incontournable Bal du Chat Noir qui fête ses 95 ans cette année. L’association Les Quat’Z’Arts est à ce jour la plus vieille société philanthropique dunkerquoise. Et la vieille dame se porte plutôt bien, si l’on en croit les festivités et les surprises qu’elle prévoit pour honorer son grand âge. C’est leur anniversaire, mais ce sont eux qui offrent les cadeaux. Les cadeaux des Quat’Z’Arts ? On vous en parle ici… Portrait d’une association au grand cœur.

Le célèbre Chat de Geluck, parodié par Philippe Sagot.
Le célèbre Chat de Geluck, parodié par Philippe Sagot.

AU BAL : TOURNÉE GÉNÉRALE

Première surprise : une pinte ! Patrick Levoye, l’actuel Président de l’association, s’y est engagé : chaque carnavaleux présent au bal du Chat Noir le samedi 16 janvier 2016 se verra offrir un verre ! Comme ça. Pour le plaisir. Après tout, c’est la devise de l’asso depuis sa création en 1921 : Plaisir et Charité. Ce sont les carnavaleux qui depuis tout ce temps permettent aux Quat’Z’Arts de financer tant de belles actions philanthropiques. Ça, c’est le côté Charité. Alors les Quat’z’Arts remercient leurs bienfaiteurs en leur payant un verre. Le verre de l’amitié. Ça, c’est le côté Plaisir.

Affiche 2016.
Affiche 2016.

DES QUAT’Z’ARTS, UN CHAT NOIR, TOUTE UNE HISTOIRE

Vers 23h45, une autre surprise… Et là, ils innovent. Font preuve de créativité. Les Quat’Z’Arts vont projeter leurs 95 ans d’histoire sur les murs du Kursaal. Du mapping vidéo, ça s’appelle. De la projection d’images en 3D. C’est magnifique. Vous vous souvenez peut-être des projections vidéo qui ont illuminé les Bains Dunkerquois fin 2014 ? Ou celles qui rehaussent l’Église Saint Éloi pour les fêtes de Noël ?

Eh bien, c’est ça, mais version Quat’Z’Arts – Chat Noir. Ça promet d’être grandiose…

UN CHAT EN BOÎTE

Une autre surprise encore ! Vers 1h30 du matin, dans la petite salle cette fois… Ambiance discothèque. Boîte de nuit. Et là, nous avons eu beau tirer les moustaches du chat, il n’a pas daigné nous dévoiler vraiment la surprise… Patrick Hernandez chantera son tube interplanétaire Born to be alive ? Patrick Sébastien fera vraiment cette fois tourner les serviettes ? Des chippendales wale wale nous feront un numéro de nu intégral ? Pascal Houdot, chargé de communication de l’association, garde le secret…

DU MAPPING AUX MAJORS

Ce qui fait le charme du Bal du Chat Noir, c’est cette immense horloge qui décompte le temps jusqu’au lancement officiel de la saison carnavalesque. Majesté  des Tambours Majors et de la clique pour le chahut de minuit. Et ça, c’est le cadeau annuel des Quat’Z’Arts…

LE CHAT  VIEZ-VOUS ?

Que sont Les Quat’Z’Arts ? Pourquoi Le Chat Noir ? 1921. L’association naît à une époque où de grands auteurs comme Proust, Gide, Mauriac ou Colette font la une de l’actualité littéraire et artistique, aux côtés de Modigliani, Chagall ou du Douanier Rousseau. Et c’est Henri Ferrari qui la fonde. Convaincu par la devise latine : mens sana in corpore sano. Un esprit sain dans un corps sain. Les arts, oui. Le sport, aussi. Et le don de soi, par dessus tout. Un homme ne peut se réaliser, selon ce bienfaiteur de l’humanité, que s’il s’engage et milite pour autrui. Henri Ferrari s’était déjà illustré en créant en 1899 la première équipe de football dunkerquoise. Au lycée Jean Bart. Dont il était un ancien. Il est aussi à l’origine de la section cycliste du BACD Malo Rosendaël. Il invente même la presse sportive régionale !

Il décide donc de mettre en pratique sa foi en l’humanité en donnant naissance à une association philanthropique et en organisant un bal dont les bénéfices seront reversés aux plus démunis. En 1921, Montmartre est le creuset des arts. Tout le monde connaît le cabaret Le Chat noir, fondé par Rodolphe Salis en 1881. Cest tout naturellement, donc, que les pères fondateurs de l’association, étudiants aux Quat’Z’Arts (sculpture, peinture, architecture et gravure) lancent le thème du cabaret montmartrois comme décor à leurs premiers bals. À l’époque, d’ailleurs, les bals « du Chat Noir » ont lieu au Café George, Place du Théâtre à Dunkerque. Les Quat’Z’arts inventent le bal philanthropique. Et adoptent leur mascotte : le Chat noir.

Affiche du célèbre cabaret montmartrois LeCHat noir, fondé par Rodolphe Salis.
Affiche du célèbre cabaret montmartrois LeCHat noir, fondé par Rodolphe Salis.

Du Palais Jean Bart à la Salle de la Concorde, en passant par le Normandie Dancing, la Salle des Pompiers ou le Casino de Malo, Le Chat se promène et draine de plus en plus d’adeptes.  Les masquelours se retrouvent depuis 1984, et chaque année, au grand Kursaal. Michel Gadeyne, un des membres de l’association, publie un magnifique ouvrage en 1996, pour les 75 ans des Quat’Z’Arts, retraçant l’histoire de cette belle société. Il en rappelle les motivations :

Le philanthrope n’étudie ni ne disserte. Il apporte son aide aux plus démunis (…) L’association veut rendre à ceux qui l’ont perdue leur intégrité d’homme.

Et depuis 95 ans, portée par d’illustres figures dunkerquoises comme Paul Asseman, Gustave Fontaine ou Paul Verley, la générosité des Quat’Z’Arts soulage la difficulté de ceux qui sont dans le besoin. Les Resto du Cœur, La Banque alimentaire, les associations tournées vers le handicap ou le 3ème âge… Ce sont autant de dons pratiqués chaque année, et générés, entre autres, par les recettes du bal. Entre autres. Car les Quat’Z’Arts sont présents sur d’autres événements dunkerquois : les après-midis récréatifs du Petit Kursaal pour les personnes âgées, Dunkerque en Survêt’, le traditionnel Salon du Vin et de la Bière ou  l’inénarrable Cô Pinard’s Cup. Ils prévoient même d’innover en 2016 en s’intégrant à l’action d’Octobre Rose, le mois de la lutte contre le cancer du sein. Car ils ont beau être 48 hommes membres de l’asso (pour huit femmes), derrière chaque homme, il y a une femme qui œuvre… Il n’y a qu’à voir qui sont les bénévoles présentes sur ces différents événements. 80 000 euros ainsi reversés en 2015. Et pas seulement à des assos. À des particuliers aussi. Les Quat’Z’Arts financent par exemple des équipements plus ou moins lourds pour des personnes handicapées. Venir en aide aux plus démunis. Pascal Houdot insiste : si vous êtes dans la difficulté, n’hésitez pas à déposer une demande d’aide au siège de l’association Les Quat’Z’Arts : Bastion 32  Courtine 5 Route des Anciens Chantiers de France, 59140 Dunkerque.

95 ans, les Quat’Z’Arts ! Ce qu’on peut leur souhaiter pour leur anniversaire ? Laissons répondre Pascal Houdot :

Ce qu’on peut nous souhaiter ? Que chat va bien pour les années à venir !

 

La page Facebook des Quat’Z’Arts : ici.

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galerie de 5 images : affiches du Bal du Chat Noir, aimablement transmises par Pascal Houdot.

 

MADAME LE MAIRE A 10 ANS…

Ce samedi 9 janvier 2016, dans la salle du conseil municipal de la ville de Coudekerque Branche, en compagnie du Maire, Monsieur David Bailleul, des adjoints et des conseillers adultes, sous l’œil ému des parents qui pouvaient assister à la séance, le Conseil Municipal des Jeunes s’est réuni et a élu ses adjoints. Et son maire. Louise Minne. Elle a dix ans, est scolarisée en CM2 à l’école Queneau. Et a plein d’idées pour améliorer la vie de ses concitoyens.

Louise Minne et David Bailleul, deux Maires.
Louise Minne et David Bailleul, deux Maires.

À L’ÉCOLE DE LA DÉMOCRATIE

Ils sont 36 enfants, de 8 à 10 ans, qui siègent dans cette belle salle du conseil municipal, la salle du Verhulst. Ils ont tous été élus, déjà, par leurs camarades des différentes écoles de la ville. Chacun a eu l’occasion, dans une séance préliminaire, de se présenter et d’exposer ses idées. Ce samedi matin, c’était le grand jour. Celui des élections. Et chacun de ces apprentis élus a exercé son droit de vote. S’est adonné à la cérémonie républicaine du passage à l’isoloir. Chacun a frémi en entendant les noms égrenés lors du dépouillement. Tous ont applaudi à l’élection du maire, du 1er adjoint, et des 9 autres adjoints (1 adjoint par école).

À L’ÉCOLE DES SYMBOLES

Monsieur David Bailleul a remis à chacun des adjoints, et à la jeune maire, une écharpe tricolore, symbole de l’investiture. Moment émouvant. Le premier élu de la ville a rappelé brièvement les responsabilités de chacun : être élu, c’est être au service de la population. C’est servir l’idéal de la République. Et ce n’est certainement pas agir pour ses propres intérêts. Un discours qu’il serait bon de rappeler de temps en temps à d’autres grands élus de la République… Un autre moment d’émotion : la photo du Conseil Municipal des Jeunes, dans l’escalier monumental de la Mairie, sous cette belle fresque de Marianne. Et Monsieur le Maire a été quelque peu surpris, puis enthousiaste, en entendant ces jeunes chanter de bon cœur La Marseillaise, qu’il a repris avec les enfants. En ce jour où l’on commémore ceux et celles qui ont perdu la vie dans des attentats terroristes qui ont touché l’épicentre de la France il y a un an, ce chant résonnait avec d’autant plus d’émotion. La relève est assurée : les valeurs de la République et de la Démocratie semblent entre de bonnes petites mains…

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Le Conseil Municipal des Jeunes de Coudekerque Branche au complet.

À L’ÉCOLE DE L’ENGAGEMENT

Nous avons recueilli les impressions de la première élue de ce CMJ :

Merci à tous ceux qui ont voté pour moi. Rien n’est possible sans eux. Je pense qu’on va faire du bon boulot tous ensemble pendant ces deux années, et qu’on va bien s’amuser ! Je suis contre le racisme, je suis pour l’écologie, le respect. C’est déjà bien, non ? Je mettrai mon écharpe tricolore lors des événements importants. Je la montrerai à ma maîtresse d’école et à mes copines de classe dès lundi. Et je leur dirai de me donner leurs idées. Avec ma copine Chloé Sirère Demolie, qui est adjointe, on va mettre en place une boîte à idées anonymes ; comme ça, tout le monde pourra dire ce qu’il souhaite sans crainte. Mais moi j’ai déjà des idées pour améliorer le quotidien des enfants à l’école, à la cantine, en périscolaire et dans la ville…

La réussite de cette institution pleine de jeunesse revient en particulier à Monsieur Jean-Luc Decreton, Coordinateur Démocratie Locale Jeunes, et à son équipe si dévouée. Avec beaucoup d’enthousiasme et de foi en son action, il nous a rappelé l’historique de ce Conseil Municipal des Jeunes et les anecdotes saillantes qui ont jalonné cette institution :

Le Conseil Municipal des Jeunes existe depuis bien avant 1993 à Coudekerque Branche. Et depuis 2008 dans sa forme actuelle. Cette année, 830 écoliers de CE2 au CM2 des écoles publiques et privées coudekerquoises ont voté pour élire, parmi les 85 candidatures qui avaient été déposées le 2 décembre 2015, 36 représentants. Et les candidats ont mené campagne comme les grands : projets et professions de foi, affiches, tracts, réunions… Parmi ces jeunes qui siègent, Simon Weber vient de Bordeaux ; il était déjà élu dans sa commune l’année dernière ; et il a tenu à se présenter dans sa nouvelle commune ! C’est un bel engagement ! Et puis cette famille : les Gadan, dont les 3 enfants ont été tour à tour adjoint et/ou maire. C’est formidable ! Pour ce qui est des collégiens, un projet de démocratie participative et citoyenne est en chantier avec les partenaires concernés. Il faut savoir que les propositions des enfants sont systématiquement soumises au Conseil Municipal des adultes, ce qui est assez rare ! Voilà, le nouveau Conseil Municipal des Jeunes est installé pour deux ans. 15 filles et 21 garçons. Et une fille comme maire. C’est très bien !

Et la nouvelle Maire, Louise Minne, a tout de suite exercé son rôle en secondant Monsieur David Bailleul qui présidait une cérémonie d’anniversaire de mariage. La jeune fille de 10 ans a lu l’acte de mariage de ces époux qui renouvelaient leur union au bout de 60 ans … La rencontre des générations, dans ce lieu et dans ce moment si forts en symbole d’union  citoyenne, a terminé cette matinée de jeunesse en beauté…

images 1 et 2 : crédits photos LeMag@zoom.

UNE PRINCESSE PAS COMME LES AUTRES

Elle ne sait pas marcher avec des talons. Elle ne sait pas coudre. Elle attend le prince charmant.  Bref, elle ne sait pas se prendre en main. Elle n’est pas libre… D’ailleurs, elle vit au fond d’une grotte… Jusqu’au jour où elle comprend qu’elle ne peut compter que sur elle-même… Un conte initiatique ? Une princesse singulière. Une princesse plutôt sage qui va faire un carnage…

GENÈSE D’UNE PRINCESSE

Un spectacle pour les fêtes. Si possible avec des princes et des princesses, un peu comme dans La Reine des Neiges. Voilà un peu la commande qu’a reçue Nicolas Fabas, directeur de la Compagnie Noutique pour la commune de Béthune, où la jeune compagnie est implantée. Sauf que Nicolas n’avait pas très envie d’écrire un remake de Libérée, Délivrée, lui qui a été élevé plutôt à la sauce Shrek. Il s’attelle donc à sa table de travail. Et sur la page blanche, se dessinent les traits d’une princesse un peu singulière. Qui rêve d’un prince charmant bien sûr. Mais qui n’a pas les bonnes manières innées d’une Cendrillon.

photo couleur

PRINCESSE CARNAGE

Elle ne sait pas coudre. Elle ne sait pas marcher avec des talons hauts. Elle n’a pas le langage châtié d’une princesse. Elle vit au fond d’une grotte perdue au fin fond d’une contrée inaccessible. Ah ! et puis elle a pour seul ami un yeti prénommé Youpi. Voilà. Au fil du temps qui s’étire, à force d’attendre et d’attendre un prince charmant qui n’arrive jamais, Princesse Carnage (c’est son nom…) comprend que si elle veut être libre elle ne peut compter que sur elle-même. Princesse Carnage devient donc Princesse Courage… Et la fin, nous la taisons. Si vous voulez la connaître, si vous voulez voir, en famille, ce beau conte de fées moderne, rendez-vous le mardi 12 janvier, à 14h, au Théâtre Le Poche à  Béthune.

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Nicolas Fabas a écrit le spectacle et joue  le rôle de Youpi le yéti. Clément Bailleul a mis en scène. Suzanne Gellée joue le rôle de cette princesse pas comme les autres.

Réservations souhaitées : 06 40 78 69 88.

La page Facebook de la Cie Noutique : ici.

Le site de la Cie Noutique : .

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L’EPI… QUOI ENCORE ?

 

« Comme les Rois Mages / En Galilée / Suivaient des yeux l’étoile du Berger » lalala… Évidemment c’est une chanson de Sheila que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître ! Comme intro, j’aurais pu choisir quelque chose de plus universel. En même temps, si je cite l’Évangile de Matthieu, je risque de faire fuir tout le monde… Non, ne partez pas, chers lecteurs du Mag@zoom ! Cet article va vous permettre de vous sentir moins bêtes, ces prochains jours, lorsque vous serez confrontés à la sacro sainte tradition de la galette des rois. Beurre, frangipane ou aux pommes. Alors, qu’est-ce que l’Épiphanie ? Qui sont les Rois Mages ? Pourquoi la galette ? Et pourquoi j’ai jamais la fève ? Toutes les questions que vous vous posez depuis toujours sans avoir jamais osé l’avouer  trouvent leurs réponses ici !

ÉPI… QUOI ?

L’épiphanie, sans majuscule, est la manifestation de quelque chose de sacré ou de divin. C’est le sens premier du mot. Et les Anciens polythéistes utilisaient volontiers ce mot, concurrent d’un autre, «théophanie», pour désigner les apparitions des dieux aux hommes. Avec une majuscule, le mot désigne la fête religieuse, faisant maintenant partie de notre culture au sens large du terme, qui commémore l’apparition du Christ aux rois mages venus pour l’honorer. La différence avec la culture antique païenne, c’est que cette « apparition  » est en fait incarnation d’une divinité dans un enfant engendré d’une femme. Avec Noël, l’Épiphanie fait partie d’un cycle de fêtes de célébration du retour de la lumière, ayant pour pivot le solstice d’hiver. Capito ? non ? alors je vous invite à parcourir notre précédent article Noël c’est quoi ? Le retour de la lumière donc. 12 jours après Noël, l’Épiphanie, célébrée le 6 janvier (ou le deuxième dimanche après Noël quand le 6 janvier n’est pas férié), marque un réel et sensible allongement de la durée des jours. 12 jours, le nombre n’est pas choisi au hasard : symbolisant l’idée de totalité, il se réfère aux 12 mois de l’année ou aux 12 tribus d’Israël.

LES ROIS MAGES

Vélasquez, Adoration des Mages, 1619
Vélasquez, Adoration des Mages, 1619

L’Évangile de Matthieu est le seul du Nouveau Testament à évoquer l’existence de rois mages, missionnés par Hérode, ou venus d’Orient selon d’autres textes apocryphes, pour rendre compte de la naissance du Christ, pour le moins exceptionnelle. Michel Tournier, dans son passionnant roman Gaspard, Melchior et Balthazar, revisite la légende. Il fait de Gaspard le roi de Méroé, ville de Nubie, Soudan actuel : « Je suis noir, mais je suis roi ». Melchior est prince de Palmyrène, contrée de Syrie. Et Balthazar est roi de Nippur, cité de l’actuelle Irak. Rois orientaux, sages, prêtres, hommes de sciences, astronomes et astrologues, sachant lire la carte du ciel et suivre l’étoile, ils sont appelés « mages » parce qu’ils ont une connaissance du sacré et de l’ésotérique. Ils offrent l’or, l’encens et la myrrhe, tout ce qu’il y a de plus précieux dans cet antique Orient. Leur identité est incertaine ; leur légende s’est tissée au fil des siècles, servie par la richesse et l’abondance des récits et de l’iconographie. Ainsi, pourrait-on voir dans le choix de leur nom une référence à une prière de bénédiction commençant par ces mots : « G/Christus Mansionem Benedicat ». Chaque initiale correspondant aux initiales des noms des mages.

FÈVE ET GALETTE

Pourquoi mange-t-on de la galette ? Pourquoi y placer une fève ? La fève, à l’origine, c’est une vraie fève. Un légume sec. Celui qui récupérait la fève était désigné roi. Eh bien figurez-vous que cette coutume est antérieure à l’histoire biblique, et le roi de la galette n’est d’abord pas un roi mage ! Je m’explique. Dans l’Antiquité, et avant la naissance du Christ, les Romains avaient pour habitude de célébrer le solstice d’hiver, aux alentours du 25 décembre. Les Saturnales. Cette fête se prolongeait sur une douzaine de jours (tiens, tiens, 12…) et était un peu l’équivalent de notre carnaval : la hiérarchie sociale, ainsi que toute logique, s’inversaient : les esclaves devenaient maîtres, ce qui était d’ordinaire défendu était permis… et les soldats avaient pour habitude de tirer au sort parmi les condamnés à mort celui qui serait roi d’un jour. Ils se partageaient alors un gâteau dans lequel ils avaient placé une fève, et le plus jeune décidait de l’attribution des parts. Cette tradition s’est d’abord répandue dans les familles romaines, avant d’intégrer le folklore lié à la religion chrétienne, à partir du XIVème siècle.

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Les figurines en porcelaine remplacent les fèves à la fin du XIXème siècle, pour la joie des collectionneurs ! Et les variantes de la traditionnelle galette à la frangipane se multiplient : au beurre dans le dunkerquois, elle est brioche en forme de couronne dans le sud-ouest, et la même couronne briochée se pare de fruits confits dans le sud-est.

« Moi j’aime la galette, savez-vous comment ? quand elle est bien faite, avec du beurre dedans, lalala… »

Bon, la connaissez celle-là, hein ?! Et vous, vous l’aimez comment la galette ?

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